‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 55 sur 259 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

On bien, si vous ne m*ainiei pas, Ne retardez plus mon trespas ; Je le prendray pour recompense.

Depuis que sous vos loix mon ame est retenue, L*an desjà quatre fois s'est veu recommencer : Et ma foy, que le tans n'a jamais sçeu fausser. Vieux que le premier jour n'est de vous reconnue.

Si pour voir vostre sein j'abaisse un peu la veuë, Si j'ose vostre main de la mienne presser. Ou baiser vostre gant, je vous voy courrousaer. A tel heur, en quatre ans, ma fortune est venue !

Les propos plus communs qu'il vous plaist m'affermer, C'est que vous n'aimez rien ny ne pouves aimer, Et qu'il ne faut de vous attendre autre asseurance.

Donc, si par vostre advis je pren de moy pitié. Changeant mon amour forte en commune amitié, A sçavoir si l'on peut m*accuser d'inconstance?

HelasI chassez ce vouloir obstiné!

Helas 1 changez ceste estrange nature.

Et n'éteignez, faute de nourriture.

Mon foible espoir, aussi-tost mort que né.

N'est-il pas tans que je sois guerdonné? N'est-il pas tans qu'une heureuse advanture Donne allégeance au tourment que j'endure* Et de cheiif me rende fortuné ?

Si vous sçavez que ma foy soit certaine. Si vous voyez la grandeur de ma peine, Si vous pouvez mes langueurs secourir :

Que vous sert-il que je sois misérable? Las ! hastez-vous de m'estre favorable.

Ou vous hastez de me faire mourir!

Que trop d'amour me seiche et me dévore ainsi, Devant vos yeux cruels embellis de ma painej Que je m'aille appastant d'une espérance vaine, Plus pour aigrir mon maV que le rendre adoncy;

Que je ne trouve en vous nf pitié ny mercy* Que je meure de soif au bord de le finitalne i .

78 AIAHB.

Cessons donc de faimor, et» pour noos en distraire.

Tonnions ailleurs nos pas.

Mais peut-il estre way que je le veoiile fiûre? Non» je ne le veux pas.

CHANSON

Je ne Tenz jamais plos penser De voir un jour recompenser Le mal qu'en aimant je supporte, Puis que celle qui tient mon cœur Ife monstre une extrême rigueur, Parmy Tamour qu'elle me porte.

Mais pourroy-je espérer aussi Qu'elle eust jamais de moy mercy, Teu qu'à soy-mesme elle est cruelle, Se privant des plus doux plaisirs, Meortnssant ses propres désirs Et perdant sa saison nouvelle?

Cruelle, où avei-vous les yeux?

Toyes ce printans gracieux ; Toyes oeste belle Terdure, Un jour des prochaines chaleurs Fera languir tontes ces fleurs, Ores beautés de la nature.

Si le tans léger et coulant Dévore tout en s*envolant, S^U rend toute chose eSAoée, Est-ce pas trop de cruauté.

De laisser pondre une beauté Si chère et si soudain passée f

8i c'est la peur qui vous retient.

Penses que la crainte ne vient Qu'à firate d'amitié parfkite.

Amour est une vive ardeur.

Et la crainte est une firoidenr, Soudain par vraye amour deafiùte.

Si ma foy vous £ût diflierer, Qui vous en peut mieux asseurer Que vostre oeil qui lit dans les âmes? Bêlas 1 aimay-je arditntement?

Quand je parle i vous seulement, U sort de ma bouche des fiâmes.

Si vous m'aimes, fiâtes le vinr, Sans plus mes douleurs deoe?oir.

Les «Btretenut d'csperiMoe ;

On bien, si vous ne m*ainiei pas, Ne retardez plus mon trespas ; Je le prendray pour recompense.

Depuis que sous vos loix mon ame est retenue, L*an desjà quatre fois s'est veu recommencer : Et ma foy, que le tans n'a jamais sçeu fausser. Vieux que le premier jour n'est de vous reconnue.

Si pour voir vostre sein j'abaisse un peu ïa veué, Si j'ose vostre main de la mienne presser, Ou baiser vostre gant, je vous voy courrousser. A tel heur, en quatre ans, ma fortune est venue !

Les propos plus communs qu'il vous plaist m*affermer. C'est que vous n'aimez rien ny ne pouves aimer, Et qu'il ne faut de vous attendre autre asseurance.

Donc, si par vostre advis je pren de moy pitié, Changeant mon amour forte en commune amitié, A sçavoir si l'on peut m'accuser d'inconstance?

Helas! chassez ce vouloir obstiné!

Helas 1 changez ceste estrange nature* Et n'éteignez, faute de nourriture.

Mon foible espoir, aussi-tost mort que né.

N'est-il pas tans que je sois guerdonné? N'est-il pas tans qu'une heureuse advantvre Donne allégeance au tourment que j'endure^ Et de chetif me rende fortuné ?

Si vous sçavez que ma foy soit certaine. Si vous voyez la grandeur de ma peine, Si vous pouvez mes langueurs secourir :

Que vous sert-il que je sois misérable? Las I hastez-vous de m'estre favorable.

Ou vous hastez de me faire mourir!

Que trop d'amour me seiche et me dévore ainsi, Devant vos yeux cruels embellis de ma paine; Que je m'aille appastant d'une espérance vaine. Plus pour aigrir mon mal que le rendre adoucy;

Que je ne trouve en vous qy pitié ny mercy* Que je meure de soif au bord de le finitalne a

TS AIAHB.

Cessons donc de l'ainier, et» pour noos en distraire.

Tournons ailleurs nos pas.

Mais peut-il estre vray que je le veuille fiûre? Non» je ne le veux pas.

CHANSON

Je ne veux jamais plus penser De voir un jour recompenser Le mal qu'en aimant je supporte, Puis que celle qui tient mon cœur Ife monstre une extrême rigueur, Parmy Tamonr qu'elle me porte.

Mais pourroy-je espérer aussi Qu'elle eust jamais de moy mercy, Teu qu*à soy-mesme elle est cruellet Se privant des plus doux plaisirs, Meurtrissant ses inropres désirs Et perdant sa sanon nouvelle?

Cruelle, oà avei-vous les yeux?

Toyes ce printans gracieux ; Toyes oeste belle verdure, Un jour des prochaines dialenrs Fera languir toutes ces fleurs, Ores beautés de la nature.

Si le tans léger et coulant Dévore tout en s*enifolant, S^il rend toute chose eBAcée, Est-ce pas trop de cruauté. De laisser perdre une beauté Si chère et si soudain passée ?

& c'est la peur qui vous retient.

Penses que la crainte ne vient Qu'à faute d*amitié parbite.

Amour est une vive ardeur.

Et la crainte est une fhudeur, Soudain par vraye amour deafiute.

Si ma foy vous £ût diflierer.

Qui vous en peut mieux asseurer Que vostre œil qui lit dans les âmes?

Helas 1 aimay-je arditntement?

Quand je parle i vous seotement, 11 sort de ma bouche des fiâmes.

Si vous m'aimes, fidtes le voir.

Sans plus mes doolenrs deoevoir.

Les «Btrstenant d'cspenaoe ;

LIVIB II.

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Je te prendrai pour recompeiiM. .

Depuis que sous vos loix mon ame est retenue, L'an defljà quatre fois s'est Tea reoanuneneer : Et ma foy, que le tans n'a jamais sçea ilnisser, Mieux que le premier jour n'est de vous reoognué.

Si pour voir vostre sein j'abaisse un peu la veué, Si j'ose vostre main de la mienne presser, Ou baiser vostre cr^nt, je vous voy eourronsaer. A tel heur, en quatre ans, ma fortune est venue !

Les propos plus commune qu'il vous i^aist m'affermer , C'est que vous n'aimei rien nj ae pouvee aimer, Et qu'il ne fout de vous attendre autre asseurance.

Donc, si par vostre advis je pren de moy plCIé, Changeant mon amour forte en commune «nltié, A sçavoir si l'on peut m'acouser d'inoonetaBM?

Helasl chassea ce voukrir obetiaél Helas 1 changes œste estrange nttwM»

Et n'éteignes, Ihute de nourriture.

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M'est-il pas tais que je sois guerdcmét M'est-il pas tans qu*ime heureuse idviiittfe Donne allegeanoe m tourment que j'endire. Et de chetif me rende fortuné?

Si vous eçaves que ma foy soit eertaine. Si vous voyes la grandeur de ma peine. Si vous pouves mes langnenra aeeessrir t

Que vous seri41 que je sois miaeraUet ' Las I hastes^ous de m'eatre fovereble.

Ou vous hastee de me foire mourir!

Que trop d'amour me leifitae et me dévora ëné&r Devant vos yeut erueto embeUis de ma piinei^'' Que je m'aille a^tastant d'une eiqMranQS vtfinb, nus pour aigrk mon mat que le rendra edoncy;

Que je ne trouve en vous ny pitié ny nnrey^ Que je navra de sotf MèqrtiiiiftJMéMi-

80 DIAHK.

Non, il n*en sera rien, beauté trop inhumaine, J*ay soin de mon salut, dont vous n*avez soucy.

Par vos feintes douceurs ne sortans point de Tame, Quand vous m*avez rendu tout de soulfre et de flame. Vous pensez-vous mocquer d* Amour et de ma foy? ^ Mais vos deguisemens forcent ma patience, Vostre firoid mon ardeur, les tourmens ma constance : Je ne puis estre à vous si vous n'estes à moy.

Vous le voulez, et j*ay trop de coustume De vous servir pour ne le faire pas : Sors, traistre amour, tourne arrière tes pas ; Tu me brûlois, le dédain te consume.

Si jamais plus vostre beauté m'allume, Yeux qui pleuvez des traits et des appas. Ma flamme esteinte, et qui seulement fume, Revive encor pour mon cruel trespas.

Malgré ma dame et malgré que j'en aye, Qu'à 'diauds bouillons tousjours saigue la playe Qu'elle me fit à ses pieds estendu.

Je sens ma braise en glaçons convertie. Mon cœur tout sien comme elle elle t rendu : Toufljours le tout se suit de sa partie.

Encor tucunefois, cet archer dece>'ant Au combat me desfie et tasche à me reprendre Avec des yeux trompeurs, qui, sous ma vieille cendre, Font revivre des feux brûlans comme devanU

Mais la nuict solitaire, à mon aide arrivant. Fait qu'en moy je retourne et me mets à comprendre Le mal qui m'est prochain : parquoy, sans plus attendre. Tous ces brasiers je plonge en Lethée bien avant.

Conune un petit oyseau j'approche de la proye. Puis la peur des gluaux me fait prendre autre voye. J'y revien, je la laisse, et fay maint et maint tour.

J'ose et je n'ose pas, je m'arreste et galope ; Bref, j'ourdis une toile ainsi que Pénélope, Dont je desfoy la nuict ce que j'ay foit le jour.

Puis que mon plus bel âge, ai servant detpenaé, Puis que ma loyauté, mon ardeur, ma tristîne, '

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