‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 62 sur 259 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Aussi-tost que le corps est laissé de son ame.

Donc, si c'est une mort, on peuf voir clairement Que celuy ne fut onc éloigné de sa dame, Qui surnomma douleur un tel éloignement.

Las I je ne verray plus ces soleils gracieux, Qui servoient de lumière à mon ame égarée! Leur divine clairté s'est de moy Vetirée Et me laisse esperdu, dolent et soucieux.

C'est en vain désormais, ô grand* flambeau des deux ! Que tu sors au matin de la plaine aiurée, Va nuict dure tousjours, et ta tresse dorée, Qui sert de jour au monde, est obscure à mes yeux.

Mes yeux, helas ! mes yeux, sources de mon dommage, Vous n'aurez plus de guide en Famoureux voyage, Perdant l'astre luisant qui souloit m'esclairer.

Mais, si je ne vois plus sa clairté coustumiere. Je ne veux pas pourtant en chemin demeurer : Car du feu de mon cœur je ferai ma lumière.

CHANSON

LasI en vous esloignant, ma dame, Au moins n'emportex point mon ame Et mon cœur que vous m*avez pris :

Il sied mal à une deease.

Jeune et belle comme Gypris, D'estre cruelle et larronnesse.

Huguenots qui courez la France, De grâce, faites-moi vengeance D'une aussi mauvaise que vous :

Sa main est apprise au pillage.

Et ses yeux, qui feignent les doux, N'ont plaisir qu'à faire dommage.

Guettez oeste belle meurtrière, Qu'elle soit vostre prisonnière.

Elle qui met tout en prison; Lies ses mains de chaisnes fortes.

Las 1 qui m'ont volé ma raison, L'ayant navrée en mille sortes.

Ainsi donc, ma fiere ennemie, De ma mort vous serez punie, Et des torts que vous m'avei ftiits.

Mais f ty peur que Vmumoif bleame^

Toyant vos yeux armez de traits, Se rende prisonnier lui-mesme.

Cheveux, présent fatal de ma douce contraire. Mon cœur, plus que mon bras, est par vous enchaisné; Pour vous, je suis captif en triomphe mené, ^

Sans que d'un si beau rêt je cherc-he à me deffiadre.

Je sçay qu*on doit fuir les dons d'un adversaire; Toutesfois je vous ainde, et me tiens fortuné, Qu'avec tant de cordons je sois emprisonné. Car toute liberté commence à me déplaire.

0 cheveux, mes vainqueurs, vantez-vous hardiment D'enlacer en vos nœuds le plus fidelle amant Et le cœur plus devôt qui fut onc en servage.

Vais voyez si d'amour je suis bien transporté, Qu'au lieu de m'essayer à vivre en liberté. Je porte en tous endroits mes ceps et mon cordage*.

Aimons-nous, ma déesse, eynonstrons à l'épreuve Qu'une si belle ardeur ne se ^t allumer; Mostre amour s'en fera d'autant plus estimer. Qu'en ce tans la constance en peu d'amans se treuve.

Bien que le ciel, l'envie et la fortune pleuve Sur nous tout ce qu'ils ont d'angoisseux et d'amer. Jamais ils ne pourront nos cœurs desenflamer; Le tans mesme, en passant, rendra nostre amour neuve,

Lisant en vostre cœur, j'y verray mon vouloir ; Ce sera mesme ennuy qui nous fera douloir. Et ne garderons rien que nous nous voulions taire.

Nous n'aurons en deux corps qu'un esprit seulement; Car l'amour si commune est conune un diamant, Qui demeure sans prix es mains du populaire.

< Sonnet destiné i mademoiselle de Chftteaaneof; mattresM da due d'A»jon, depuis Henri III, el conqposé par Desportes pour lui être offert comme expression des sentirooits du prince. Renie de Bienx, demoiselle de CbAteumeuf; était née en Bretagne vers i55«. Nous avons raconté son hiaIoÉv dans la vie de notre auteur. Le sonnet a eu pour modte un sonnet italien qui commence paf ceUe strophe :

0 chiome, parte délia treccia d'en»

Di ctti fè Araor il laccio, ove fiii

Quai simplice augeletto : e dal qnal leioio Mon spero esse mai più, st pria non moro.

LIVRB II. 97

STANCES

Lors qu'un de vos rayons doucement me blessa, Et que mon ame libre en prison fut réduite, Mon cœur, ravi d'amour, aussi-tost me laissa. Et sans autre conseil se mit à vostre suite ; Mais, comme un voyageur qui s'arreste pour voir S'il trouve en son chemin quelque chose nouvelle. Alors qu'il veit vos yeux, de passer n'eut pouvoir. Et demeura surpris d'une clarté si belle.

Puis il reprend courage et s'asseure à la fin. Désireux d'achever l'entreprise première.

Soit qu'Amour le guidast, ou son heureux destin, Ou que vostre œil luisant lui foumist la lumière : Hazardeux pèlerin, il vient jusques au lieu Siège de vostre cœur, qu'il embrassa sur l'heure. Et me dit en riant un étemel adieu.

Ne voulant plus partir de si belle demeure.

Vostre cœur, qui ne veut, plein d'un brave désir, Souffrir un compagnon, autre empire pourchasse, Et, délaissant le sien, d'un lieu vient se saisir, Où nul autre que luy ne pet^roit avoir place ; Ci'est le roc que mon cœur, plein d'amour et de foy, Divinement guidé, délaissa pour vous suivre. Voilà donc comme Amour du depuis nous fiiit vivre: Mon cœur est dedans voasife vostre est dedans moy.

J'ay fait de mes deux yeux une large rivière, Que de vos ilers regards les feux estincelans, Et de mon estomac les brasiers violans, Au lieu de la tarir, font devenir plus flere.

Contre vostre rigueur, je veux, belle meurtrière, Mettre avec mes soupirs ces pleurs tousjours coulans. Puis les jetter aux vens ; les vens, courriers volans, Les porteront en l'air d'une course légère;

Puis l'élément du feu de l'air les tirera; Mais leur humidité pourtant ne tarira, Car des eaux de mes pleurs la source est étemelle.

Ils viendront jusqu'au ciel; lors, les Dieux, cle pitié, Puniront vos rigueurs, vengeans mon amitié : Car ils me feront sage et tous feront motet belle.

Vostre bouche, ô déesse ! a mal prophetizé ; Pardonnez si rAmour me fait vous contredire, Car Philene a bouché ses oreilles de cire, Et des charmes trompeurs ne l'ont point amusé.

Cet ceil, qui l'a rendu quelquefois embrasé, Obscurci d'un plus beau, pour luy cesse de luire; 11 le voit sans danger, sans joie et sans martire : Jamais un bel esprit n'est deux fois abusé.

Reste donc, que Diane, en voyant sa constance, Souffire qu'Amour la touche, et, douce, ore commance A plaindre un peu le mal d'un cœur qui est tout sien ;

Sinon vous jugerez si l'amant est bien sage, Qui fuit les doux appas d'une dame volage Pour ae perdre aux rigueurs d'une qui n'aime rien.

Cent et cent fois le jour je f^y nouveaux discours; Mal contant, mal payé des travaux que j'endure. Et, lassé de porter une charge si dure. Je rebelle mon cœur du grand roy des amours.

La raison aussi-tost s'avance à mon secours. Qui m'ouvre les prisons et guarit ma pointure; Libre alors, je maudy sa méchante nature. Et consens que sa loy n'ait en moy plus de cours;

Mais, presque au même instant, sans oser me défendre, Un clin d'œil, un propos, mon cœur, viennefit reprendre, Rechassent ma raison, r'enserrent mes espris ;

Et l'Amour, par vangeance, en rigueur se renforce. Lors, comme un pauvre serf nouvellement repris. J'endure, et, tout honteux, de servir je m'efiforce.

CHANSON

Geluy que le ciel tout-puissant Fait d'un cœur ardant en naissant, Veut que chacun luy obéisse; Vais, bien que son œil vigoureux .

3rait rendu chaud et généreux.

Je n'aime qu'à faire service.

Guerriers, qui, d*ùn bras glorieux, ..

Gravez vos'&its victorieux

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