‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 67 sur 259 · DIA.^E · texte numérisé non relu

DIA.^E

Mes amis dtn»oles hautement m'avoient i>leint, Me voyant si débile et mon oeil si farouche.

Durant que je mourois, le rigoureux Amour, Collé sur mon chevet, sans repos nuit et jour. Me soufUoit à l'oreille et redoubloit ma flame.

«Las! Amour, laisse moy mourir plus doucement. — Je le veux bien, dit-il ; mais fay ton testament, Et dy qu*apres ta mort tu me laisses ton ame. »

Cette humeur qui m*aveugle et me bande les yeux, Coulant incessamment, pour mon bien est venue. Car je cesse de voir le bel oeil qui me tué. Et qui rend de ma prise un enfant glorieux.

Non, ce n'est pour mon bien; mais c'est quelqu'un des Dieux, Jaloux du paraidis qui hien-heuroit ma veué, En l'objet des beautés dont vous estes pourveuê, Qui m'a donné ce mal, de mon aise envieux.

Quiconque sois des Dieux, cesse d'avoir envie Que deux si beaux soleils fâçent luire ma vie. Et que de leurs rayons procèdent mes chaleurs.

Helas I j'achette asseï les regards de ma dame. Qui sens pour un trait d'oeil mille pointes ai l'ame, Et pour un court plaisir tant de longues douleurs.

LU

Quel supplice infernal, quelle extrême souffi^ince, Peut approcher du mal dont je suis tourmenté? 0 rigoureux Amour ! si je t'ay despité. Tu te monstres trop aigre à punir mon offlunce.

J'avois esté six mois, pleurant pour une absence, Languissant, désolé, couvert d'obscurité, Vivant du seul espoir de revoir la clarté. Qui fait fleurir mes jours par sa douce influence.

Amans, jugea ma peine : or* qu'elle est de retour, 11 fiiut près de ses yeux, pour couvrir mon amour, Que, sans la regarder, je tourne ailleurs la veué.

Helas! je suis réduit jusqu'à si piteux point, Qu'afin que mon amour à tous soit inconnue Je feins tant, qu'elle croit que je ne l'aime point.

LUI

Dieu des hommes perdus, sera-ce jamais fiût? .' 5eray-je toujours butte aux douleurs incurables?

LIVRB II. lOS

Mes esprits abattus sont-ils si fort coupables, Que leur peine en trois ans ne t'ait pas satisfait?

Mon cœur, mon œil, mon teint, blessé, cave, deffail, De traits, de pleurs, d'ennuis, cruels, amers, durables, Pourroient faire avouer aux damaez misérables Que de mes passions l'enfer n'est qu'un portrait.

De ma soif près des eaux Tantale est la figure; Le vautour de Titye est la peine où je dure, Tenaillé d'un désir qui me ronge et me poind ;

Mon travail sans profit est le seau des Belides, Et mes chauds desespoirs les fieres Eumenides; Mais, lasî en mon enfer Lethés ne passe point.

Dressez-moy sans cesser querelle sur querelle, Et tenez de vos yeux le beau soleil caché, Pour rendre mon espoir languissant et seiche, Et pour couvrir mes jours d'une nuict étemelle;

Que pour moy de tout point la pitié soit cruelle, Et que tousjours le ciel à mes cris soit bouché. La rigueur des ennuis dont je scray touché N'aura jamais pouvoir de me rendre infldelle.

Mon cœur, aux flots du mal, semble un roc endurcy; Vous estes mon soleil, je suis vostre soucy, M'ouvrant tant seulement aux rais de vostre veué.

Las ! vous le sçavez bien ; mais, pour me tourmenter, Sans cause, à tous propos, vous monstrez d'en douter. Et c'est de tous mes maux celuy seul qui me tué.

Puisqu'il vous plaist, Madame, et qu'avez tant d*envie Que je cesse d'aimer, d'adorer, et d'avoir Au cœur vostre portrait, je veux vous faire voir Que je puis l'impossible en vous rendant servie.

Vos rigueurs, vos dédains, les douleurs de ma vie, En vain eussent pensé ma constance émouvoir, Car aux plus grands malheurs s'augmentoit son pouvoir. Comme un roc s'endurcit aux vens et à la pluie.

Mais, puis que je vous fasche, et qu'il ne vous plaist pas D'un regard seulement honorer mon trespas; Puis que ma servitude et ma foi vous offencc,

L'ame et le cœur en feu, l'œil de pleurs tout chargé, Pour ne vous ennuyer par trop de patience Et pour vous obefr, j'accepte moQ congé..

lOi DIàMB.

Tant d*amour, tant de foy dont vos lettres sont plaines, Tant de feu que le tans n'a rendu moins tivant, Et tous ces beaux discours qui m'alloient décevant, Ne sont que des chansons et des parolles vaines.

Je ne m'en paye plus, mes travaux et mes paines Cherchent du bien solide, au lieu d*ombre et de vant, PTabusez donc l'espoir d'un fidelle servant : Amour veut des effets et des preuves certaines.

Depuis quatre ans entiers vous m*appastez ainsi ; Je vieillis cependant, vous vieillissez aussi, Et perdons de nos ans la saison mieux aimée.

D'en taxer la fortune et les empeschemens, C'est une foible excuse : oncques deux vrais amans Ne trouvèrent pour eux de porte assez fermée.

J'ai tant souffert d'ennuis, de honte et de misère, Depuis qu'à vos beaux yeux mon esprit s'est rendu; Mon âge et mon labeur j'ai si mal despendu, Que j'en sers de risée et de fable au vulgaire.

Je veux rompre mes fers, plein de juste colère, Et perdre heureusement l'amour qui m'a perdu. L*eu8sé-je fait plus tost ! J'ai bien tard attendu. Mais si n'est-ce pas peu de m'en pouvoir deffaire.

Loin, loin, bien loin de moy, porisers fallacieux. Espoirs faux et trompeurs, désirs ambitieux. Et des travaux passez souvenir trop durable.

Tappen à Nemesis, pour acquiter mes vœux. Ces traits qu'elle^ a rompus, ces flambeaux et ces nœux, Esteints et delieî par sa main secourable.

LYIll

Le robuste animal dont llnde est nourricière. Qui, pour n'estre poilu, se purge et va lavant. Afin que, plus devôt, il puisse, en arrivant La nouvelle Diane, adorer sa lumière :

S'il faut monter sur mer, par force ou par prière. Estant prés du vaisseau, ne veut passer avant Si son maistre ne parle et lui jure devant De sain le reconduire en sa terre première :

Moy, plus lourd mille fois et pins mal aiMaé,

LITRE II. 105

Sur mer, à tous périls je me suis exposé,

Sans promesse d'Amour, mon guide en ce voyage.

Donc, ô belle Diane, helas ! asseurez moy Si, pour TOUS adorer seule, ainsi que je doy. De toute vieille erreur j'ai purgé mon courage.

Belle et cruelle main, qui m'avez enchaisné Dans la prison d'Amour, mon antique adversaire, Estant si délicate, hé ! comment se peut faire Qu'un coup si dangereux par vous me soit donné?

Mon cœur, nouveau captif, en est tout estonné, Mes sens tous esperdus ; et mon œil téméraire. De vous voir pour son mal ne se sçauroit distraire, Tant la beauté l'attire et le rend obstiné.

Par un nouvel effort mon ame est surmontée. Je sçavoy bien que Mars, par sa main redoutée, Fait ces actes guerriers et se rend plus connu ;

Mais que ma liberté deust estre retenue Par une main si tendre, encore toute nuê, Ce miracle est à moy seulement advenu.

Chacun jour mon esprit loin du corps se retire < Je tombe en pâmoison, je pers le mouvement. Ma couleur devient palle, et tout en un moment Je n'enten, je ne voy, je ne sens ny respire.

Revenant puis après, vers le ciel je souspire, J'ouvre les yeux ternis, je m'esmeus doucement, Gomme un qui a dormy, puis, sans estonnement, J'atten le pront retour d'un si lascbe martire.

Ceux qui voyent comment ce mal me met au bas, Comme il revient soudain, n'attendent qu'un trespas Qui ces petites morts d'heure à autre finisse.

Il ne m'en chaut pour moy; c'est tout mon reconfort. Mais pour vous je m'en plains, qui perdrez à ma mort Un cœur qui n'estoit nay que pour vostre service.

Beaux nœux crespes et blonds nonchalamment épars. Dont le vainqueur des Dieux s'emprisonne et se lie; Front de marbre vivant, table claire et polie, Où les petits Amours vont aiguisaiit leurs ders;

lOi DIàMB.

Tant d*amour, tant de foy dont vos lettres sont plaines, Tant de feu que le tans n'a rendu moins tivant, Et tous ces beaux discours qui m*alloîent décevant, Ne sont que des chansons et des parolles vaines.

Je ne m*en paye plus, mes travaux et mes paines Cherchent du bien solide, au lieu d'ombre et de vant, N'abusez donc l'espoir d'un fidelle servant : Amour veut des effets et des preuves certaines.

Depuis quatre ans entiers vous m*appastez ainsi ; Je vieillis cependant, vous vieillissez aussi, Et perdons de nos ans la saison mieux aimée.

D'en taxer la fortune et les empeschemens, C'est une foible excuse : oncques deux vrais amans Ne trouvèrent pour eux de porte assez fermée.

J'ai tant souffert d'ennuis, de honte et de misère. Depuis qu'à vos beaux yeux mon esprit s'est rendu; Mon âge et mon labeur j'ai si mal despendu, Que j'en sers de risée et de fable au vulgaire.

Je veux rompre mes fers, plein de juste colère, Et perdre heureusement l'amour qui m*a perdu. L*eu8sé-je fait plus tost ! J'ai bien tard attendu. Mais si n'est-ce pas peu de m'en pouvoir deffaire.

Loin, loin, bien loin de moy, porisers fallacieux. Espoirs faux et trompeurs, désirs ambitieux, Et des travaux passez souvenir trop durable.

Tappen à Nemesis, pour acquiter mes vœux. Ces traits qu'elle^ a rompus, ces flambeaux et ces nœux, Esteints et deliei par sa main secourable.

LYIll

Le robuste animal dontllnde est noorridere. Qui, pour n'estre poUu, se purge et va lavant. Afin que, plus devôt, il puisse, en arrivant La nouvelle Diane, adorer sa lumière :

S'il faut monter sur mer, par force ou par prière, Estant prés du vaisseau, ne veut passer avant Si son maistre ne parle et lui jure devant De sain le reconduire en sa terre première :

Moy, plus lourd mille fois et pins mal aiMaé,

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