LIVRE II
Sui* mer, à tous périls je me suis exposé,
Sans promesse d'Amour, mon guide en ce voyage.
Donc, ô belle Diane, helas ! asseurez moy Si, pour vous adorer seule, ainsi que je doy. De toute vieille erreur j*ai purgé mon courage.
Belle et cruelle main, qui m'avez enchaisné Dans la prison d'Amour, mon antique adversaire, Estant si délicate, lié ! comment se peut faire Qu'un coup si dangereux par vous me soit donné?
Mon cœur, nouveau captif, en est tout estonné, Mes sens tous esperdus; et mon œil téméraire. De vous voir pour son mal ne se sçauroit distraire, Tant la beauté l'attire et le rend obstiné.
Par un nouvel efiFort mon ame est surmontée. Je sçavoy bien que Mars, par sa main redoutée, Fait ces actes guerriers et se rend plus connu ;
Mais que ma liberté deust estre retenue Par une main si tendre, encore toute nuê, Ce miracle est à moy seulement advenu.
Chacun jour mon esprit loin du corps se retire r Je tombe en pâmoison, je pers le mouvement. Ma couleur devient palle, et tout en un moment Je n'enten, je ne voy, je ne sens ny respire.
Revenant puis après, vers le ciel je souspire. J'ouvre les yeux ternis, je m»esmeus doucement, Gomme un qui a dormy, puis, sans estonnement, J'atten le pront retour d'un si lascbe martire.
Ceux qui voyent comment ce mal me met au bas. Comme il revient soudain, n'attendent qu'un trespas Qui ces petites morts d'heure à autre finisse.
Il ne m'en chaut pour moy; c'est tout mon reconfort. Hais pour vous je m'en plains, qui perdrez à ma mort Un cœur qui n'estoit nay que pour vostre service.
Beaux nœux crespes et blonds nonchalamment épars, Dont le vainqueur des Dieux s'emprisonne et se lie; Front de marbre vivant, table clake et polie, Où les petits Amours vont aiguisant leurs dars;
. Espais monceau de neige aveuglant les itigars, Pour qui de tout objet mon ceil se desallie; Et toy, guerrière main de ma prise embellie, Qui peut, nuë, acquérir la victoire de Mars;
Yeux pleuvans à la fois tant d*aise et de martire. Sous-ris par qui TAmour entretient son empire, Voix dont le son demeure au cœur si longuement;
Esprit par qui le fer de nostre âge se dore, Beautez, grâces, discours, qui m'alles transformant, Las ! connoissez-vous point comme je vous adore *?
DIALOGUE
Qui vous rend, 6 mes yeux ! vostre joye proniere, Vu que vous n'estiex plus qu'aux pleurs accousturaez?
— L'espérance de voir nostre aimable lumière, Et d'adorer bien-tost ses rayons tant aimez.
D'où vient que mon oreille est si pronte et soudaine, Et qu'elle est attentive à tout bruit qui se fait?
— Û lui semble d'ouyr cette voix plus qu'humaine Qui peut rendre mon cœur contant et satishlt.
Est-ce Amour, ô mes pieds I qui vous preste ses ailes. Vu que les jours passez vous ne pouviez marcher?
— Cest que nous courons voir des beautez immortelles, Dont l'elirort suffiroit pour mouvoir un rocher.
Pourquoy donc, ô mon cœur ! quand cet heur nous anivr , Languis-tu de foiblesse et te vas effiroyant?
— (Test l'extrême désir qni<le force me prive. Puis je crain de mourir de joye en la voyant.
LUI
Quoy que vous en pensiez, je suis tousjours semblable: Le tans, qui change tout, n'a point changé ma foy. Les destins, mon vouloir, et ce que je vous doy, 1 ont qu'aux flots des malheurs mon ame est immuable.
Vos yeux, dont la beauté rend ma perte honorable. N'ont jamais veu de serf si fidelle que moy ; Je tien des simples corps dont constante est la loi : Toujours je vous adore, et rude, et favorable.
L'absence et les rigueurs de cent mille acddens N'ont sçeu rendre en quatre ans mes brasiers moins ardans,
I Sonnet destiné i mademoiiele deClillaatiiMaf et eonposé pour le due d'Anjou, depuis Henri m. (Vojes h aot« de h pege M.)
iSy les diminuer d'une seule estincelle.
Vous serez le premier et dernier de mes vœux, J'en jure par vos yeux, et par vos blonds cheveux, Et par l'éternité de ma peine cruelle.
CHANSON
Amour, grand vainqueur des vainqueurs, Et la Beauté, royne des cœurs.
Jadis firent un vœu notable; Et, pour n'y manquer nullement, Chacun jura maint grand serment Qu'il le tiendroit irrévocable.
Premier, cet enfiant passager Jura de jamais ne loger, En esprit ou en fkntasie.
Sans exanter homme ni Dieu Qu'il n'y retint toujours un lieu Prés de soy, pour la Jalousie.
Beauté, jurant après Amour, Promit de ne faire séjour Ny d'arrester jamais en place.
Sans y loger aussi soudain L'orgueil fantastique et hautain, L'aigreur, le mespris et l'audace.
Sermens cruels et rigoureux, Cest par vous que les amoureux Sont pressez d'angoisses mortelles.
L'un rend leur esprit transporté ; L'autre fait que la cruauté A tant de force au cœur des belles.
De ces vœux trop bien observez, Nous avons esté reservez, 0 ma belle et chère Déesse 1 Vos douces beautez et ma foy Sont du tout exempts de la loy.
Et ne sentent point sa rudesse.
Car, bien que la mesme beauté Ait en vous son siège arresté.
Rien de fier ne vous deshonore :
Vos yeux et vos propos sont doux; Il est vray que ce n'est à tous, Mais à moy seul qui vous adore.
Aussi, jaçoit que vos beaux yeux Puissent rendre, jusqow aux deux.
. Espais monceau de neige aveuglant les l'égaré, Pour qui de tout objet mon oeil se desallie; Et toy, guerrière main de ma prise embellie, Qui peut, nuë, acquérir la victoire de Mars;
Yeux pleuvans à la fois tant d*aise et de martire, Sous-ris par qui l'Amour entretient son empire, Voix dont le son demeure au cœur si longuement;
Esprit par qui le fer de nostre âge se dore, Beautez, graces, discours, qui m'allez transformant, Las! connoissez-vous point comme je vous adore *?
DIALOGUE
Qui vous rend, à mes yeux ! vostre joye proniera, Vu que vous n'estiex plus qu'aux pleurs accousturaez?
— L'espérance de voir nostre aimable lumière, Et d'adorer bien-tost ses rayons tant aimez.
D'où vient que mon oreille est si pronte et soudaine, Et qu'elle est attentive à tout bruit qui se fait?
— Û lui semble d'ouyr cette voix plus qu'humaine Qui peut rendre mon cœur contant et satisfiût.
Est-ce Amour, ô mes pieds ! qui vous preste ses ailes. Vu que les jours passez vous ne pouviez marcher?
— Cest que nous courons voir des beautez immortelles, Dont l'elirort suffiroit pour mouvoir un rocher.
Pourquoy donc, ô mon cœur ! quand cet heur nous arrive, Languis-tu de foiblesse et te vas efl)royant?
— (Test l'extrême désir qni<le force me prive. Puis je crain de mourir de joye en la voyant.
LUI
Quoy que vous en pensiez, je suis tousjours semblable: Le tans, qui change tout, n'a point changé ma foy. Les destins, mon vouloir, et ce que je vous doy, i ont qu'aux flots des malheurs mon ame est immuable.
Vos yeux, dont la beauté rend ma perte honorable, N'ont jamais veu de serf si fidelle que moy ; Je tien des simples corps dont constante est la loi : Tousjours je vous adore, et rude, et favorable.
L'absence et les rigueurs de cent mille accidens N'ont sçeu rendre en quatre ans mes brasiers moins ardans,
1 Sonnet destiné i mademoiiele deClillMtiiMaf et eonposé pour le due d'Aigou, depuis Henri m. (Vojes h Bot« de h pege M.)