‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 78 sur 259 · DIANE. — LIVRE II · texte numérisé non relu

DIANE. — LIVRE II

En diverses saisons départira son cours,

En froid et puis en chaud, en longs et petits joui's,

Et la terre, ores laide, en avril sera belle.

Ce grand flambeau du ciel sans fin resplendissant, Œil visible de Dieu, fils aine de Nature, Tousyours dessous un signe immobile ne dure, Ains change et fait changer Tâge pront et glissant.

Mais sa diversité n'esmeut mon cœur fidelle. Car rien plus de changeant n'y sçauroit arriver : La constance est ma forme, on ne m'en peut priver ; Elle m*a donné Testre, et ne seroy sans elle.

Ce qu'est le mouvement au ciel qui tout dispose, La lumière au soleil, au plomb la gravité, La firoidure à Thyver, la chaleur à l'esté, Yostre cœur est à moy toute une mesme chose.

Qu'on ne soit donc jamais en doute de ma foy, Car, devant que le tans nos deux cœurs desassemble. Un si\jet recevra deux contraires ensemble : Cessant de vous aimer, je ne seroy plus moy.

Tay couru, j'ay tourné, volage et variable. Selon que la jeunesse et Terreur m'ont pou^. Et mon vol trop hardi jusqu'au ciel j'ay haussé, Dressant à mes désirs maint trophée honorable.

S'il y eut onc amant heureux et misérable, Fasché, contant, jaloux, bien et mal carressé, Qui par tous les destours hazardeux ait passé, C'est moy dont le renom doit estre menK)rable.

Rendu sage à la fin, je me suis retiré A vostre ceil, qui de moy fut premier adoré, Ne trouvant autre part nulle flamme asses claire.

Yous seule à l'avenir ayei sur moy pouvoir. Les amours de ce tans vostre foy m'ont fait voir : Un contraire est tou^jours mieux veu par son oontraire.

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