‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 79 sur 259 · LES · texte numérisé non relu

LES

Icare est cheut icy, le jeune audacieux, ■ Qui pour voler au del eut assez de coura^ : Icy tomba son corps degamy de plumage, Laissant tous braves cœurs de sa cheute envieux.

0 bien-heureux travail d'un esprit glorieux, Qui tire un si grand gain d'un si petit dommage ! 0 bien-heureux malheur plein de tant d'avantage, Qu'il rende le vaincu des ans victorieux 1

Un chemin si nouveau n'estonna sa jeunesse, Le pouvoir lui faillit, mais non la hardiesse : Il eut pour le brûler des astres le plus beau ;

II mourut poursuivant une haute advanture ; Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture : Ei>t-il plus beau dessein ou plus riche tombeau * ?

Quand je pouvoy me plaindre en l'amoureux tourment. Donnant air à la flamme en ma poitrine enclose,

* Imité d'un soonet de Stniuuar qui conunsnce par os vart : Icaro cadde qui, quMte ond« il saïuio, «te.

116 LES AMOUKS D HIPPOLYTE.

Je vivuii» trop heureux : las ! maintenant Je n'ose Alle^r ma douleur d*un soupir seulement.

Cest me poursuirre, Amour, trop rigoureusement : J*aime, et je suis contraint de feindre une autre chose; Au fort de mes trayaux, je dy que je repose, Et monstre en mes ennuis un vray contentement.

0 supplice muet, quêta force est terrible 1 Mais je me plains à tort de ma gesne invisible, Veu qu*un si beau désir fiiit naistre mes douleui*s.

Puis j'ay ce reconfort en mon cruel martire, Que j'escry toute nuict ce que je n'ose dire, Et, quand l'encre me faut, je me sers de mes pleurs *.

Venus cherche son fils. Venus, tout en colère. Cherche Taveugle Amour par le monde égaré : Mais ta recherche est vaine, ô dolente CyUiere ! Il s*est couvertement dans mon cœur retiré.

Que sera-ce de moy? que me faudra-t-il faire ? Je me voy d'un des deux le courroux préparé; Egalle obéissance à tous deux j'ay juré : Le fils est dangereux, dangereuse est la mère.

Si je recelé Amour, son feu brûle mon cœur; Si je décelé Amour, il est plein de rigueur Et trouvera pour moi quelque peine nouvelle.

.Amour, demeure donc en mon cœur seurement, Mais fay que ton ardeur ne soit pas si cruelle. Et je te cacheray beaucoup plus aisément *.

Quand je suis tout le jour de douleur agité. Que yenaae au moins la nuict quelque douce aUegen«;e ! Certes, la passion a trop de violence Qui tousjours continua en son extrémité.

Pensers, désirs, soucis pleins d'importunité,

* Imité d'un sonnet italien qui commence par ces mots :

Pn tonpo ch' io hebbi ardir con lingua sciolla Dolemu e palesar rintema pena, Quando Aiuor pria mi lame in sua cateoa, Che il tàXio è da scusar per una volta.

> Imité d'un morceau btin de Sannaxar, qui débute ainsi : QuaBritatbuc illuc raptam sibi Cypria a

LES AMOURS D HTPPOLYTE.

Hé ! donnez moy de grâce un peu de patience ; Mais vous me travaillez pour punir mon oflénce De ce que j'ose aimer une divinité.

Encor en endurant ma douleur véhémente, 0 trop cruel destin ! celle qui me tourmente Ignore que je meurs par l'effort de ses yeux.

Madame, helas ! monstrez que vous estes divine. Lisez dedans les cœurs ainsi que font les dieux, Et voyez que mon mal a de vous origine.

Puis que vous le voulez, demeurez inhumaine. Et, me faisant mourir, feignez de n'en rien voir ; Vous ne pourrez pourtant ma constance esmouvoir. Car du feu de vos yeux mon ame est toute pleine.

Mon cœur est immuable et mon amour certaine, Les plus cruels tourmens y perdent leur pouvoir; S'il advient que je meure en faisant mon devoir. Vous en aurez Toffence et j'en auray la peine,

Las 1 mon mal me plaist tant, pource qu'il vient de vom, Que je trouve en souffï^ant le martyre bien^doux. Et de m'en délivrer je ne prens point d*envie.

C'est pourquoy je craindroy de mourir en aimant, ISon pour fUir la mort, mais de peur seulemant De perdre mes douleurs, si je perdoy la vie.

Je ne puis poiur mon mal perdre la souvenance Du soir, soir de ma mort, que mon œil curieux Osa voir trop hardy le plus parfait des cieux. Et le nouveau soleil si luisant à la France.

Mon Dieu ! que de dartez honoroient sa presanoe; Que d'amours, de désirs et d*attraits gracieux. Mais plustost que de morts, de soucis furieux, De pleurs, d'aveuglemens, pour punir mon oIKiuice !

Je voyoy bien mon mal, mais mon œil desireuz, Ravy de ses beautez, s'y trouvoit bien-heureux, . Lors qu'un flambeau cruel trop tost l'en flst distraire.

Helas I flambeau jaloux de ma félicité. N'approche point d'icy, por^e ailleurs ta clarté. Sans toy cet œil divin rend la salle assez claire.

118 LIS AMOURS D HIPPOLTTE.

Amour sceut une fois si Tivement m*attaindre, Qu'il me tint trois hyv^rs en langueurs et en cris; A la fin la raison, regagnant mes espris, Chassa T aigre douleur qui tant me faisoit plaindre.

Mais, ainsi qu'un flambeau qu*on ne fait que d*étaindre. Si le feu s*en approche est aussi-tost repris : Dans mon cœur chaud encor un brasier s*est épris, Voyant vostre bel œil qui les dieux peut contraindre.

0 que ce feu nouveau, dont je suis consiuné. Est plus ardant que l'autre en mon sang allumé ! Bien qu'il ne luise point, que sa fiame est cruelle!

De mon premier accez je me suis peu guarir, Mais je n'espère plus cet autre secourir : Car, las ! presque toug'ours la r'encheute est mortelle.

Dieu, qui fais de mon cœur ta victime sanglantQ, Si prestre à ton autel, jeune, tu m'ïis rendu, Si pour suivre ta loy mon esprit j'ay perdu, Et si dedans le feu tes louanges je chante.

TravaiUe-moy tousjours, ma douleur m'est plaisante; Cherche moy tout par tout, rien ne t*est defTendu ; Mais lày que mon tourment ne soit point entendu Et que ma belle flame ailleurs ne soit luisante.

Ayant d'un cœur hautain jusqu'au ciel aspiré. Aux plus cruels tourmens je me suis préparé. Rigueurs, gesnes, prisons, fers et feux je mesprise.

Si rien me fait pallir, c'est, helas! seulement Que mon feu soit connu par mon embrasement. Et que les mesdisans troublent mon entreprise.

Amour peut à son gré me tenir oppressé, Et m'estre, helas I à tort, rigoureux et contraire : Je veux demeurer ferme, et ne faut qu'il espère Qu'en adorant vos yeux je sois jamais lassé.

Je voy bien mon erreur, et que j'ay commencé • (Nouveau ft-ere dlcare) un vol trop téméraire, Mais je le voy trop tard et ne m'en puis distraire, Par la mort seulement il peut estre laissé.

Raison, arrière donc : ta remonstrance est vaine.

tBS AMOURS D HIPFOLTTE. 119

Si je meurs en chemin, je seray hors de paine, Et par mon haut désir j'honore mon trespas.

Il faut continuer quoy que j'en doive attendre : Ce fut témérité de l'oser entreprendre, Ce seroit lascheté de ne poursuivre pas.

Amour, qui vois mon cœur à tes pies abbatu. Tu le vois tout couvert de sagettes mortelles, Pourquoy donc sans profit en pers-tu de nouvelles ? Puisque je suis à toy, pourquoy me poursuis-tu?

Si tu veux, courageux, esprouver ta vertu, Décoche tous ces traits sur les âmes rebelles, Sans blesser, trop cruel, ceux qui te sont ûdelles. Et qui sous ton enseigne ont si bien combattu.

Q\iand tu tires sur moy, tu fais brèches sur brèches ; Donc, sans les perdre ainsi, garde ces belles flèches Pour guerroyer les dieux, et m'accorde la paix.

Ah I j'entcn bien que c'est : Amour veut que je meure ; Je mourray, mais au moins ce confort me demeure, Que la mort de moy seul luy couste mille traits *.

Cesse, ô trop foible esprit ! de plus faire deCanee, Et quittons le rempart gardé si longuement, Aussi bien sans profit ferions nous autrement : Contre un si grand eflbrt peu sert la résistance.

Tant plus je vay avant, plus j'ay de eonnoissance Du pouvoir de vos yeux, qui me vont consumant ; Et faudra qu'à la fin je meure en vous aimant : Telle est de mon destin la fatale ordonnance.

En vain contre le ciel l'homme se veut bander; Car que n'ay-je essayé pour de vous me garder ? Depuis maintes saisons contre moy je m'obstine.

Et fay ce que je puis de peur de me ranger : Car je crains à bon droit, vous voyant si divine, Que plus, comme j'ay fait, je ne puisse changer.

* Imité d'un sonnet italien qui débute par cette strophe :

A che contra d' un vinto opri più V arco? Usalo contra quei che non son resi; Già mille altri ribelli avresti presi Con le saeite délie quai m' hai carco.

118 LIS AMOURS D HIPPOLTTE.

Amour sceut une fois si Tivement m*attaindre, Qu'il me tint trois hyvers en langueurs et en cris; A la fin la raison, regagnant mes espris, Chassa Taigre douleur qui tant me faisoit plaindre.

Mais, ainsi qu'un flambeau qu*on ne fait que d*étaindre, Si le feu s*en approche est aussi-tost repris : Dans mon cœur chaud encor un brasier s*est épris, Voyant vostre bel œil qui les dieux peut contraindre.

0 que ce feu nouveau, dont je suis consiuné, Est plus ardant que Tautre en mon sang allumé ! Bien qu'il ne luise point, que sa fiame est cruelle !

De mon premier accez je me suis peu guarir, Mais je n'espère plus cet autre secourir : Car, las ! presque tousjours la r'enchente est mortelle.

Dieu, qui fais de mon cœur ta victime sanglantQ, Si prestre à ton autel, jeune, tu m^s rendu, Si pour suivre ta loy mon esprit j'ay perdu, Et si dedans le feu tes louanges je chante.

Travaille-moy tousjours, ma douleur m'est plaisante; Cherche moy tout par tout, rien ne t'est deffendu ; Mais fày que mon tourment ne soit point entendu Et que ma belle flame ailleurs ne soit luisante.

Ayant d'un cœur hautain jusqu'au ciel aspiré. Aux plus cruels tourmens je me suis préparé. Rigueurs, gesnes, prisons, fers et feux je mesprise.

Si rien me fait pallir, c'est, helas! seulement Que mon feu soit connu par mon embrasement. Et que les mesdisans troublent mon entreprise.

Amour peut à son gré me tenir oppressé. Et m'estre, helas I à tort, rigoureux et contraire : Je veux demeurer ferme, et ne faut qu'il espère Qu*en adorant vos yeux je sois jamais lassé.

Je voy bien mon erreur, et que j'ay commencé - (Nouveau ft'ere d*Icare) un vol trop téméraire. Mais je le voy trop tard et ne m'en puis distraire, Par la mort seulement il peut estre laissé.

Raison, arrière donc : ta remonstrance est vaine.

tBS AHOURS D^HIPFOLTTE. 119

Si je meurs en chemin, je seray hors de paine, Et par mon haut désir j'honore mon trespas.

Il faut continuer quoy que j*en doive attendre : Cp fut témérité de l'oser entreprendre, Ce seroit lascheté de ne poursuivre pas.

Amour, qui vois mon cœur à tes pies abbatu. Tu le vois tout couvert de sagettes mortelles, Pourquoy donc sans profit en pers-tu de nouvelles ? Puisque je suis à toy, pourquoy me poursuis-tu?

Si tu veux, courageux, esprouver ta vertu, Décoche tous ces traits sur les âmes rebelles. Sans blesser, trop cruel, ceux qui te sont ûdelles. Et qui sous ton enseigne ont si bien combattu.

Quand tu tires sur moy, tu fais brèches sur brèches ; Donc, sans les perdre ainsi, garde ces belles flèches Pour guerroyer les dieux, et m'accorde ]a paix.

Ah ! j'enton bien que c'est : Amour veut que je meure ; Je mourray, mais au moins ce confort me demeure, Que la mort de moy seul luy couste mille traits *.

Cesse, ô trop foible esprit! de plus faire definnee, Et quittons le rempart gardé si longuement, Aussi bien sans profit ferions nous autrement : Contre un si grand effort peu sert la résistance.

Tant plus je vay avant, plus j'ay de eonnoissance Du pouvoir de vos yeux, qui me vont consumant ; El faudra qu'à la fin je meure en vous aimant : Telle est de mon destin la fatale ordonnance.

En vain contre le ciel l'homme se veut bander; Car que n'ay-je essayé pour de vous me garder ? Depuis maintes saisons contre moy je m'obstine.

Et fay ce que je puis de peur de me ranger : Car je crains à bon droit, vous voyant si divine, Que plus, comme j'ay fait, je ne puisse changer.

* Imité d'un sonnet italien qui débute par cette strophe :

A che contra d' un vinto opri più l' arco? l'salo contra quei che non son resi; Già miUe altri ribelli avresti presi Con le saeite dette quai m' bai carco.

liO LES AM0VR5( D HIPPOLTTE.

Celuy qui n'a point veu le printans gracieux. Quand il estale au ciel sa richesse prisée, Remplissant Tair d'odeurs, les herbes de rosée, Les cœurs d'affections et de larmes les yeux.

Celuy qui n'a point veu par im tans furieux La tourmente cesser et la mer appaisée. Et qui ne sçait, quand l'ame est du corps divisée, Comme on peut s'esjouyr de la clarté des cieux.

Qu'il s'arreste pour voir la céleste lumière Des yeux de ma déesse, une Venus premiei'e; Hais que dy-je ? ah ! mon Dieu I qu'il ne s'arresie pas :

S'il s'arreste à la voir, pour une saison neuve, Un tans calme, une vie, il poiuroit taire espreuvo De glaçons, de tempeste et de mille trespas.

Pourquoy si plem d'orgueil marches-tu sur ma teste, Triomphant de l'honneur qu'un autre a mérité? Tes dars tant crains au ciel ne m'ont pas surmontt^. Amour, c'est une dame, et non toy qui m'arreste.

Si tu veux t'honorer du prix de ma conqueste, Fay qu'elle me remette en pleine liberté. Puis pren pour m'asservir cet arc tant redouté, Qui de Jupiter mesme accoise la tempeste.

Je n'ay point peur de toy, celle qui me retient Par l'effort de ses yeux ton empire maintient ; C'est elle qui te fait comme un Dieu reconnoistre.

Si je t'obelssois et t'ay craint par avant, Cestoit pour l'amour d'elle. On endure souvant D'un mauvais serviteur pour l'amour de son maistre *,

Je sens fleurir les plaisirs en mon ame, Et mon esprit tout joyeux devenir,

i Imité d'un sonnet italien qui débute par cette strophe :

A che, cieco Finciul cotanto orgoglio?

A che di Buperbia si te inostri acoeso? A madonna mi son, non a te reso :

L(>i fu che nippe dél mio petto il scoglio.

LES AMOURS b'HlPPOLYTE. lîl

Pensant au bien qui me doit advenir, Cet heureux jour que je verray ma dame.

Plus j'en suis près, plus mon désir s'enflame, Je ne puis plus ses efforts retenir :

Mais, ô mes yeux 1 pourrez-vous soustenir Ses chauds regars pleins d'amoureuse flame ?

Que me sert, las ! si fort la désirer? Fol que je suis, veux-je donc espérer Qu'estant près d'elle en repos je demeure?

Et près et loin je languis en tous lieux ; Mais, puis qu'il faut qu'en la servant je meure, Pour nostre honneur mourons devant ses yeux.

Ce n'est assez que soyez si bien née, Riche d'esprit, de race et de beauté, Que l'honneur saint marche à vostre costé, Grande, admirable, aux vertus addonnée.

En peu de jours la forte destinée Peut rendre, helas t vostre honneur surmonté : On ne sçaura que vous avez esté, Ny que le ciel vous ait tant fortunée.

Si vous voulez immortelle durer, Nul mieux que moy ne vous peut honorer, Et vos vertus à jamais faire bruire.

Je l'entrepren ; mais, pour plus m'animer, Permettez-moy que j'ose vous aimer :

L'aflfection me fera mieux escrire.

Mon Dieu, que de beautez sur le front de ma dame ! Mon Dieu, que de trésors qui ravissent les Dieux ! La clarté de son œil passe celle des cieux. Quand au plus chaud du jour le soleil nous enflame.

Mais, las! de mille traits sa beauté nous entame. Trop sont pour les mortels ces trésors précieux. Et le soleil luisant qui sort de ses beaux yeux Respand tant de clarté, qu'il aveugle nostre ame.

Estrange fait d'Amour 1 un objet à l'instant Me rend triste et joyeux, malheureux et contant, M'esclaire et m'esbloûit, me fait vivre et me tuê.

Et voilà ce qui fait qu'en forçant mon vouloir, Je me banny, helas I du plaisir de vous voir. Pour ne sentir le mal qui vient de vostre veuë.

liO LES AMOURS D HIPPOLTTE.

Celuy qui n'a point veu le piintans (pracieux, Quand il estale au ciel sa richesse prisée, Remplissant Tair d'odeurs, les herbes de rosée, Les cœurs d'affections et de larmes les yeux.

Celuy qui n'a point veu par im tans fîîrieux La tourmente cesser et la mer appaisée, Et qui ne sçait, quand l'ame est du corps divisée, Comme on peut s'esjouyr de la clarté des deux.

Qu'il s'arreste pour Toir la céleste lumieTe Des yeux de ma déesse, une Venus première; Vais que dy-je? ah ! mon Dieu I qu'il ne s'arresle pas :

S'il s'arreste à la voir, pour une saison neuve. Un tans calme, une vie, il pourroit fiiire espreuvo De glaçons, de tempeste et de mille trespas.

Pourquoy si plem d'orgueil marches-tu sur ma teste, Triomphant de l'honneur qu'un autre a mérité? Tes dars tant crains au ciel ne m'ont pas surmontt^. Amour, c'est une dame, et non toy qui m'arreste.

Si tu veux t'honorer du prix de ma conqueste, Fay qu'elle me remette en pleine liberté. Puis pren pour m'asservir cet arc tant redouté. Qui de Jupiter mesme accoise la tempeste.

Je n'ay point peur de toy, celle qui me retient Par l'effort de ses yeux ton empire maintient; C'est elle qui te fait comme un Dieu reconnoistre.

Si je t'obeissois et t'ay craint par avant, Cestoit pour l'amour d'elle. On endure souvant D'un mauvais serviteur pour l'amour de son maistre *.

Je sens fleurir les plaisirs en mon ame. Et mon esprit tout joyeux devenir,

i Imité d'un sonnet italien qui débute par celle slrophe :

A che, cieco Fanciul cotanto orgo^^?

A che di guperbia si te inostri acoeso? A madonna mi son, non a te reso :

Lei tu che nippe dél mio petto il scoglio.

LES AMOURS ^'hIPPOLYTE. 121

Pensant au bien qui me doit advenir, Cet heureux jour que je verray ma dame.

Plus j'en suis près, plus mon désir s'enflame, Je ne puis plus ses efforts retenir :

Mais, ô mes yeux I pourrez-vous soustenir Ses chauds regars pleins d'amoureuse flame ?

Que me sert, las ! si fort la désirer? Fol que je suis, veux-je donc espérer Qu'estant près d'elle en repos je demeure?

Et près et loin je languis en tous lieux ; Mais, puis qu'il faut qu'en la servant je meure, Pour nostre honneur mourons devant ses yeux.

Ce n'est assez que soyez si bien née, Riche d'esprit, de race et de beauté, Que l'honneur saint marche à vostre costé, Grande, admirable, aux vertus addonnée.

En peu de jours la forte destinée Peut rendre, helas ! vostre honneur surmonté : On ne sçaura que vous avez esté, Ny que le ciel vous ait tant fortunée.

Si vous voulez immortelle durer, Nul mieux que moy ne vous peut honorer, Et vos vertus à jamais faire bruire.

Je l'entrepren ; mais, pour plus m'animer, Permettez-moy que j'ose vous aimer :

L'affection me fera mieux escrire.

Mon Dieu, que de beautez sur le front de ma dame ! Mon Dieu, que de trésors qui ravissent les Dieux ! La clarté de son œil passe celle des cieux. Quand au plus chaud du jour le soleil nous enflame.

Mais, las! de mille traits sa beauté nous entame. Trop sont pour les mortels ces trésors précieux. Et le soleil luisant qui sort de ses beaux yeux Respand tant de clarté, qu'il aveugle nostre ame.

Eslrange fait d'Amour 1 un objet à l'instant Me rend triste et joyeux, malheureux et contant, M'esclaire et m'esbloûit, me fait vivre et me tué.

Et voilà ce qui fait qu'en forçant mon vouloir, Je me banny, helas 1 du plaisir de vous voir. Pour ne sentir le mal qui vient de vostre veuê.

ItS LES AMOURS B HIPPOLTTE.

Qu*ane secrette ardeur me dévore et saccage, Et que, privé d'espoir, j'ayme, helasi vainement, Je ne m'en fasche point : je me plains seulement Que mon œil n'est plus clair pour voir vostre visage.

Que ne suis-je l'oiseau ministre de l'orage. Qui tient l'œil au soleil sans fléchir nullement? Je seroy bien-heureux, voyant incessamment La divine beauté qui me tient en servage.

Le malheur qui me guide est plein de grand* rigueur, Un monstre horrible à voir ne me fait pomt de peur, Et je crain les regars d'une jeune déesse.

C'est Amour qui le fait, qui ne s'assouvit pas, Le cruel, de ma mort, mais veut que mon trespas Soit privé de tout point d'honneur et de liesse.

Pourquoy si folânent croyez- vous à un verre. Voulant voir les beautez que vous avez des cksnz ? Mirez-vous dessus moy pour les connoistre mieux, Et voyez de quels traits vostre bel œil m'enferre.

Un vieux chesne ou un pin, renversez contre terre, Monstrent combien le vent est grand et furieux : Aussi vous connoistrez le pouvoir de vos yeux. Voyant par quels efforts vous me faites la guerre.

Ma mort de vos beautez vous doit bien asseurer. Joint que vous ne pouvez sans péril vous mirer : Narcisse devint fleur d'avoir veu sa figure.

Craignez doncques, madame, un semblable danger, Non de devenir fleur, mais de vous voir changer. Par vostre ceil de Méduse, en quelque roche dure *,

L'arc de vos bruns sourcils mon cœur tyrannisans. C'est l'arc mesme d'Amour, dont traistre il nous martire :

< Imité d'un sonnet italien qni commence par celte strophe :

A che presti, superba, a un rétro fede? Se ben coœprender vuoi la tua bdieiza, Specchiate m me : ch' jd lanta sua gnndma. Quanto è V incendio roio, ch' ogn'altro eccede.

LBS AMOUBS D'hIPPOLTTE. '423

Et ne croy point qu'en nous d'autres flèches il tire Que les traits de vos yeux si pronts et si luisans.

De leur vive splendeur sortent les feux cuisans Qui font que tout le inonde a peur de son empire ; Ses rôts sont vos cheveux, où toute ame il attire, Ravie en si beaux nœux, si blonds et si plaisans.

C'est pourquoy ce vainqueur, qui par vous se fait craindre, Ne sçauroit vous blesser, vous brûler, vous estraindre> Prenant de vous son feu, son cordage et ses traiU.

Craignez donc seulement qu'en voyant vostre image, Vous ne puissiez souifrir tant d'amours et d'attraits, Et ne faciez, vaincue, à vous mesmes hommage.

STANCES

Lors que j'cscry ces vers, il ne faut que l'on pense, Que trop audacieux je n'aye connoissance, Du rang que vous tenez et de ma qualité : Car je jure vos yeux et leur puissance sainte Que je garde en cecy le respect et la crainte, Dont il faut révérer une divinité.

Aussi tant de vertus vous font toute divine. Et vos douces beautez monstrent bien l'origine Que vous avez du ciel tout parfait et tout beau : Vous n'avez rien d'humain, vostre grâce est céleste. Vos discours, vostre teint„ vostre ris, vostre geste. Et l'Amour sans vos yeux n'auroit point de flambeau.

J'en parle asseurement : car je connoy sa flame. Qui souloit prendre vie aux beaux yeux d'une dame, Et qu'il me flst sentir lors que j'en fu surpris : Las! or' à mon malheur je l'ay mieux reconnue, Regardant folement les traitsde votre veuê. Qui m'ont bien sçeu punir d'avoir trop entrepris.

Or ne m'accusez point que je sois téméraire, Présumant vous aimer : car je ne sçauroy faire Qu'ailleurs tourne mon cœur, qui vous est destiné ; Et, quand ce seroit faute aux mortels d'entreprendre D'aimer une déesse, on ne m'en peut reprendre : Le péché fait par force est toujours pardonné.

Las I on peut bien juger que c'est une contrainte, Veu qu'au plus fort du mal dont mon ame est attainte, Je ne me puis garder de vous suivre en tous lieux, Et que, trouvant ma mort peinte en vostre visage. Mon triste désespoir, ma perte et mon dommage. Pour n'y connoistre rien, je me ferme les yeux.

J'ay iiit un fort rempart d'amour et de constance.

ItS LES AMOURS B HIPPOLTTE.

Qu*ane secrette ardeur me dévore et saccage, Et que, privé d*espoir, j'ayme, helas! vainement, Je ne m*en fasdie point : je me plains seulement Que mon œil n'est plus dair pour voir vostre visage.

Que ne suis-je l'oiseau ministre de Torage, Qui tient l'œil au soleil sans fléchir nullement? Je seroy bien-heureux, voyant incessamment La divine beauté qui me tient en servage.

Le malheur qui me guide est plein de grand* rigueur, Un monstre horrible à voir ne me fait pomt de peur, Et je crain les regars d'une jeune déesse.

C'est Amour qui le fait, qui ne s'assouvit pas, Le cruel, de ma mort, mais veut que mon trespas Soit privé de tout point d'honneur et de liesse.

Pourquoy si folânent croyez- vous à un verre, Voulant voir les beautez que vous avez des deux ? Mirez-vous dessus moy pour les connoistre mieux. Et voyez de quels traits vostre bel œil m'enferre.

Un vieux chesne ou un pin, renversez contre terre, Monstrent combien le vent est grand et furieux : Aussi vous connoistrez le pouvoir de vos yeux, Voyant par quels efforts vous me faites la guerre.

Ma mort de vos beautez vous doit bien asseurer, Joint que vous ne pouvez sans péril vous mirer : Narcisse devint fleur d'avoir veu sa figm<e.

Craignez doncques, madame, un semblable danger, Non de devenir fleur, mais de vous voir changer. Par vostre ceil de Méduse, en quelque roche dure *,

L'arc de vos bruns sourcils mon cœur tyrannisans. C'est l'arc mesme d'Amour, dont traistre il nous martire :

< Imité d'un sonnet itaHen qui commence par celte strophe :

A che |M*esti, superba, a un rétro fede? Se ben coœprender vuoi la tua bdieiza, Specchiate m me : ch' jd tanta sua gnodena. Qu.into è r incendio roio, ch' ogn' utro eccede.

LBS AMOURS D*HIPPOLTT£. ' 123

Et ne croy point qu'en nous d'autres flèches il tire Que les traits de vos yeux si pronts et si luisans.

De leur vive splendeur sortent les feux cuisans Qui font que tout le monde a peur de son empire ; Ses rôts sont vos cheveux, où toute ame il attire, Ravie en si beaux nœux, si blonds et si plaisans.

C'est pourquoy ce vainqueur, qui par vous se fait craindre, Ne sçauroit vous blesser, vous brûler, vous estraindre> Prenant de vous son feu, son cordage et ses traits.

Craignez donc seulement qu'en voyant vostre image, Vous ne puissiez souifrir tant d'amours et d'attraits. Et ne faciez, vaincue, à vous mesmes hommage.

STANCES

Lors que j'cscry ces vers, il ne faut que l'on pense, Que trop audacieux je n'aye connoissance, Du rang que vous tenez et de ma qualité : Car je jure vos yeux et leur puissance sainte Que je garde en cecy le respect et la crainte, Dont il faut révérer une divinité.

Aussi tant de vertus vous font toute divine. Et vos douces beautez monstrent bien l'origine Que vous avez du ciel tout parfait et tout beau : Vous n'avez rien d'humain, vostre grâce est céleste, Vos discours, vostre teinta vostre ris, vostre geste, Et l'Amour sans vos yeux n'auroit point de flambeau.

J'en parle asseurement : car je connoy sa flame. Qui souloit prendre vie aux beaux yeux d'une dame. Et qu'il me flst sentir lors que j'en fu surpris : Las! or' à mon malheur je l'ay mieux reconnue, Regardant folement les traitsde votre veuë. Qui m'ont bien sçeu punir d'avoir trop entrepris.

Or ne m'accusez point que je sois téméraire, Présumant vous aimer : car je ne sçauroy faire Qu'ailleurs tourne mon cœur, qui vous est destiné ; Et, quand ce seroit faute aux mortels d'entreprendre D'aimer une déesse, on ne m'en peut reprendre : Le péché fait par force est toujours pardonné.

Las I on peut bien juger que c'est une contrainte, Veu qu'au plus fort du mal dont mon ame est attainte, Je ne me puis garder de vous suivre éa. tous lieux. Et que, trouvant ma mort peinte en vostre visage. Mon triste desespoir, ma perte et mon dommage. Pour n'y connoistre rien, je me ferme les yeux.

J'ay fiit un fort rempart d'amour et de constance.

U LES AMOt'RS d'hIPPOLYTE.

Ck)nlre le désespoir armé de violance,

Qui me fait mille assauts et ne me peut forcer :

Quelquefois de ftirie il fait brèche en mon ame;

Mais presqu*au mesme instant vostre beauté, madame,

Accourant au secours, Tengarde de passer.

Je voudroy bien pourtant qu'il demeurast le maistre! 11 combat mon salut, que je ne veux connoistre. Mais, las 1 je me repen de l'avoir désiré; Car, bien que ma douleur mortellement me blesse. Et que de mieux avoir je sois désespéré, J'aime mieux vivre ainsi qu'en toute autre liesse.

Je délibère en vain d*une chose advenue, Car, puis qu'outre mon gré mon ame est devenue Prisonnière d'Amour, que sert de consulter S'il est bon de le suivTe, ou s'il faut l'éviter? L'advis n'y vaut plus rien, raonstrons donc de nous plaire Au chemin qu'aussi bien par contrainte il faut foire. Et courons la fortune. 0 Amour I désormais Mon repos et ma vie en tes mains je remets. Toy seul comme un grand roy commande en ma pensée, La raison et la peur loin de moy soit chassée, Et tant de vains respects qui m'ont trop retenu, Divisans mon esprit par un trouble inconnu.

Geluy qui sent de Mars sa poitrine échauffée, Et qui veut s'honorer de quelque beau trofée, Ne pallist estonné pour la peur des bazars, Mais voit devant ses yeux, par les rangs des soldars, La mort d'horreur couverte et de sang toute tainte. Et l'attend de pié coy sans frayeur et sans crainte. Moy donc qu'un plus grand Dieu touche si vivement. Et qui veux que mon nom vive éternellement, Pour avoir mon amour sur tout autre élevée : Moy qui ay tant de fois ma vaillance esprouvée, Craindray-je maintenant à ce dernier assaut ? Le fait que j'entrepren veut un courage haut, Constant et patient, qui souffre sans se plaindre. Qui durant sa langueur joyeux se puisse faindre, Qui sente incessamment quelque nouveau trespas, Qui se laisse brûler et ne soupire pas, Et qui, pour tout loyer des douleurs qu*il supporte, Ne puisse espérer rien qu'une douleur plus forte. C'est un labeur bien grand : mais rien n'est mal-aisé Au cœur qui comme moy d'amour est embrasé.

LKS ÀMULMS u'hIPPOLYTE. If5

Jp. veux donc poursuivir sans espérance aucune, Sans appuy, sans raison, sans conseil, sans fortune. Et d'Amour seulement je veux estre guidé : Un aveugle, un enfant, qui desja m'a bandé Les yeux ainsi qu'à luy, pour ne voir mon offance« Et qui de mon malheur m'oste la connoissance : Ou, si je le connois, il me trouble si fort, Que je suis le premier qui consens à jna mort.

Appelle qui voudra Phaëton misérable D'avoir trop entrepris, je l'estime louable; Car au moins il est cheut un haut fait poursuivant. Et par son trespas mesme il s'est rendu vivant : J'aimeroy mieux courir à ma mort asseuréc, Poursuivant courageux une chose honorée, Que lasche et bas de cœur mille biens recevoir De ceux que le commim aisément peut avoir. Mon esprit, nay du ciel, au ciel tousjours aspii-e. Et c6 que chacun craint, c'est ce que je désire. . L'honneur suit les hàzars, et l'homme audacieux Par son malheur s'honore et se rend glorieux. \.o jeune enfant Icare en sert de témoignage. Car, si volant au ciel il perdit son plumage, Touché des chauds rayons du céleste flambeau. Le fameux océan luy servit de tombeau, Ht depuis de son nom cette mer fut nommée : Bien-heureux le malheur qui croist la renommée. Dcsja d'un sort pareil je me sens menacer, Moy qui devers le ciel mon vol ose dresser Voyage audacieux !); mais rien ne me retire, Car les ailes d'Amour ne sont faites de cire, Le plus ardant soleil si tost ne les fondra : Puis j'ay ce reconfort, quand ma cheute adviendra, Que ceux qui sçauront bien où je voulois attaindre Envieront mon trespas plustost que de me plaindre.

COMPLAINTE

Sauvage loy d'Amour et de ma destinée I LasI on voit qu'un chacun fuit naturellement (iC qui le peut destruire : et mon ame obstinée Cherche ce qui me tué et s'y plaist follement.

Je sçay que je me pers pour croire à ma jeunesse, Je voy par la raison que c'est trop m'abuier. Inutile sçavoir dont je ne puis user.

Misérable raison dont la force est maiatresset

Quand le mal vient d'en haut, vaine est toute deffance.

l!!6 LES AMOURS D UIPPOLYTB.

Mieux vaut doncq* que je cedde avec ce réconfort Que vos rares beautez excusent mon offànce, Et que mon haut désir éternise ma mort.

Car, si je meurs, madame, en vous faisant service, Jamais plus grand honneur je ne puis acquérir : Vous me recompensez en me faisant mourir, Pourveu que ma douleur par mon trespas finisse.

Aussi je ne me plflins que me soyez cruelle. Mais, las ! je suis marry de ce qu'en me tuant. Et payant de rigueur mon service fldelle, Vostrc honneur peu à peu se va diminuant.

Car, si tost qu'on sçaura la perte de ma vie, Chacun, craignant son mal, loin de vous se tiendra Et vous accusera, quand il se souviendra Que vous m'aurez tué pour vous avoir servie.

Si donc ma passion n'esmeut vostre courage, Si vous n'avez soucy de ma ferme amitié, Au moins, en m'oflîensant, ne vous faites dommage; Ayez de vostre honneur, et non de moy, pitié.

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