‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 80 sur 259 · PRIERE · texte numérisé non relu

PRIERE

Grand Dieu d'Amour, enfant de Gytherée, Au dos ailé, à la tresse dorée.

Qui peux l'enfer et la terre esmouvoir. Vainqueur des Dieux, écoute la prière D'un de tes serfs, dont l'ame prisonnière, Tremblant de crainte, adore ton pouvoir.

Las I s'il est vray, comme j'ay connoissance, Que je retourne en ton obéissance, Et derechef tu me vueilles ravir; Je le veux bien, mon cœur je t'abandonne, Encor un coup, libre je m'emprisonne :

A plus grand Dieu je ne puis m'asservir.

Je ne veux point à tes loix contredire ; Sans résister, j'accours sous ton empire : L'homme mortel doit obéir aux Dieux; Qui te méprise, il confond la nature.

Son estomach est d'une roche dure, Voire à regret lui esclairent les deux.

Icy je jure à ta delté sainte.

Qui connoist bien que je parle sans fainte, Qu'à tout jamais je veux persévérer Ton prestre saint, qui t'ofDre en sacrifice Mon cœur brûlé pour te rendre propice»

Et mon esprit pour tousijours t*«4orer. ■

LES AMOUBS d'hIPPOLYTE. 127

0 grand Amour I de puissance invincible, Cruel et doux, gracieux et terrible, Qui fais marcher en triomphe les rois, Des jeunes cœurs le seigneur et le maistre, Puis que pour tel je te veux reconnoistre, Escoule, ô Dieu, ma prière et ma voix.

Si tous tes traits en mon cœur je retire, Si sans crier je languis en martire; • Si j'ay lavé tes ailes de mes pleurs.

Si mes soupirs entretiennent ta flame, Et si tu fais des cheveux de ma dame Les forts liens qui retiennent les cœurs.

Chasse, ô grand Dieu I cette crainte nouvelle, Qui me poursuit, qui me serre et me gelle ; Banny bien loin le triste desespoir, Aux crins retors, à la couleur sanglante,' Qui de regars mon esprit espouvante, Et qui me ftiit tant de peurs recevoir.

Mon cœur en tremble, et mon ame estonnée A la frayeur s'est toute abandonnée.

Tant cette nuict il m'a fait endurer l Fay l'un des deux, ou luy donne la chasse Loin de mon cœur, ou lui quitte la place : Vous ne pouvez ensemble demeurer.

CHANSON

Douce liberté désirée, Déesse, où t'es-tu retirée, Me laissant en captivité ?

Helas ! de moy ne te détourne, Retourne, 6 Liberté ! retourne, Retourne, 6 douce Liberté,!

Ton départ m'a trop fait connoistre Le bon heur où je soulois estre, Quand douce tu m'allois guidant, Et que, sans languir davantage.

Je devois, si j*eu8se esté sage, Perdre la vie en te perdant.

Depuis que tu t'es éloignée.

Ma pauvre ame est accompagnée De mille épineuses douleurs :

Un feu s'est espris en mes veines, Et mes yeux changez en fontaine»

Verset du sang au lieu de pleurs.

Un soin caché dans mon oourage

128 LES ANOL'RS D UIPPÛLYTE.

Se lit sur mon triste visage, Mon teint plus palle est devenu ; Je suis courbé comme une souche, Et, sans que j'ose ouvi-ir la bouche, Je meurs d'un supplice inconnu.

Le repos, les jeux, la liesse, Le peu de soin d'une jeunesse, Et tous les plaisirs m'ont laissé ; Maintenant rien ne me peut plaÙT, Sinon, devôt et solitaire, Adorer l'œil qui m'a blessé.

D'autre sujet je ne compose, Ma main n'écrit plus d'autre cho^e, Là tout mon service est rendu, Je ne puis suivre une autre voye, Et le peu de tans que j'employe Ailleurs, je l'estime perdu.

Quel charme ou quel Dieu plein d'envie A changé ma première vie, La comblant d'infelicité?

Et toy. Liberté désirée, IVeesse, où t'es-tu retirée?

Retourne, ô douce Liberté !

Lès traits d'une jeune guerrieif, Cn port céleste, une lumière.

Un esprit de gloire animé, Hauts discours, divines pensées, Et mille vertus amassées Sont les sorciers qui m'ont charmé.

Las! donc sans profit je t'appelle.

Liberté précieuse et belle I Mon cœur est trop fort arresté :

En vain après toy je soupire, Et croy que je te puis bien dire.

Pour jamais, adieu. Liberté !

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