‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 82 sur 259 · LE COURS DE L'AN · texte numérisé non relu

LE COURS DE L'AN

L'an, comme un cercle rond qui tout en soy retourne. En soy-mesme revient tousjours en mouvement, Et du point de sa fin reprend commencement. Courant d'un pié glissant qui jamais ne séjourne.

Ma peine en est ainsi, peine, helas! trop cruelle! Qui change à son plaisir mes saisons et mes jours ;

LES AMOURS D UlFPOLYTE. 137

Car au point qu'elle arrive à la fin de son cours, Comme l'an, par sa fin, elle se renouvelle.

Que l'an donc à son gré diversement tournoyé, Et que le clair soleil marche par ses maisons; Amour dedans mon cœur fexa quatre saisons, Et mon cruel tourment tiendra la mesme voye.

Quand le bel œil du ciel, clair d'une douce flame, Entrant au 3fouton d'or les fleurs reverdira, Amour, fils du Printans, dans mon cœur entrera, Faisant naistre et fleurir les soucis en mon ame.

Et comme on voit alors couler toute fondue L'eau que le froid hyver en glaçons resserroit, Amour, touchant mon cœur, qui glace demeuroit, Le fera fondre en eau par mes yeux espanduë.

Si du porteur d'Europe aux Jumeaux il arrive, Et sortant du printans il croisse les chaleurs, Amour renforcera ma peine et mes malheurs, Sans que je sorte; helas! du joug qui me captive-

Et s'il laisse, arrivant au Lyon effroyable, Le Cancre ardant de chaud, et de soif altéré. Lors mon cœur, tout brûlant d'un feu démesuré. Sentira malheureux un esté trop durable.

Durant cette saison le laboureur s'appreste A cueillir le doux fruit des travaux endurez. Moissonnant tout joyeux les espis blons-dorer, Dont la mère Cerés va couronnant sa teste.

Et moy, pour tant de peine, helas I trop mal semée Au terroir infertil de vostre cruauté.

Je n'espère cueillir en l'amoureux esté, Sinon perte de tans et de ma renommée.

Si, passant par la Vierge, il entre en la Balance, Et qu'aux jours tempérez il égale les nuits, Amour, sans modérer mes durables ennuis. Rendra ma peine égale à ma persévérance.

Comme en cette saison la verdure s'efface. Que l'hyver puis après fait mourir en passant. Ainsi l'Amour cruel rend mon teint palissant. Attendant que la mort de tout point me deface.

Et quand du Scorpion courant au Sagittaire, Vers le cercle hyvernal Phœbus s'adressera, Amour de mille peurs mon espoir glacera. Ayant pour mon hyver vostre rigueur contraire.

Passant le Chévre-come et l'enfant de Phrygie, S'il va d'un mesme cours les Poissons traverser. Quel tropique assez froid lors pourray-je passer. Amour, pour rendre en moy ta chaleur amortie?

Le plaisir que vostre œil me donne.

D'autres fois quand, tout abbattu, Je languy foible et sans vertu, Vostre beauté ma mort retarde ; Devant vous mes soucis s'en vont, Et du mal que vos yeux me font, Je guary quand je vous regarde.

Le traistre, ennemy de ma paix, Me voyant tomber sous le faix, A peur que trop-tost je finisse ; Et fait comme un bourreau cruel, Qui donne à boire au criminel Pour le reserver au supplice.

Ainsi pour plus me tourmenter, Quelquefois il me fait gouster D'un plaisir de peu de durée ; Mais, las ! j'espreuve aussi soudfin Que ce n'esl qu'un songe incertain, Et que ma paine est asseurée.

Mon cœur qui souloit paravant VoUer léger comme le vant.

Au gré de mille damoiselles, Voile autour de vous seulement, Comme oiseau pris nouvellement.

Auquel on a coupé les ailes.

Quelquefois lassé d'endurer.

Je suis contraint de murmurer.

Invoquant la mort inhumaine :

Mais, quand je la sens accourir.

Je tremble, et ne veux pas mourir, De peiup de voir mourir ma paine.

Mais en vain j'irois espérant De trouver remède en mourant.

Contre le désir qui m'enflame, Tousjours durera ma douleur; Car mon amoureuse chaleur Est de l'essence de mon ame.

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