‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 83 sur 259 · LE COURS DE L'AN · texte numérisé non relu

LE COURS DE L'AN

L'an, comme un cercle rond qui tout en soy retourne. En soy-mesme revient tousjours en mouvement, Et du point de sa fin reprend commencement, Courant d'un pié glissant qui jamais ne séjourne.

Ma peine en est ainsi, peine, helas! trop cruelle! Qui change à son plaisir mes saisons et mes jours ;

LES AMOURS D UIFPOLYTE. i37

Car au point qu'elle arrive à la fin de son coui-s, Comme l'an, par sa fin, elle se renouvelle.

Que l'an donc à son gré diversement tournoyé, Et que le clair soleil marche par ses maisons; Amour dedans mon cœur fera quatre saisons, Et mon cruel tourment tiendra la mesme voye.

Quand le bel œil du ciel, clair d'une douce flame, Entrant au 3Iouton d'or les fleurs reverdira, Amour, fils du Printans, dans mon cœur entrera, Faisant naistre et fleurir les soucis en mon ame.

Et comme on voit alors couler toute fondue L'eau que le froid hyver en glaçons resserroit, Amour, touchant mon cœur, qui glace demeuroit. Le fera fondre en eau par mes yeux espanduë.

Si du porteur d'Europe aux Jumeaux il arrive, Et sortant du printans il croisse les chaleurs, Amour renforcera ma peine et mes malheurs, Sans que je sorte; helas ! du joug qui me captive.

Et s'il laisse, arrivant au Lyon effroyable. Le Cancre ardant de chaud, et de soif altéré. Lors mon cœur, tout brûlant d'un feu démesuré, Sentira malheureux un esté trop durable.

Durant cette saison le laboureur s'appreste A cueillir le doux fruit des travaux endurez, Moissonnant tout joyeux les espis blons-dorer. Dont la mère Cerés va couronnant sa teste.

Et moy, pour tant de peine, helas 1 trop mal semée Au terroir infertil de vostre cruauté.

Je n'espère cueillir en l'amoureux esté. Sinon perte de tans et de ma renommée.

Si, passant par la Vierge, il entre en la Balance, Et qu'aux jours tempérez il égale les nuits. Amour, sans modérer mes durables ennuis, Rendra ma peine égale à ma persévérance.

Comme en cette saison la verdure s'efface, Que l'hyver puis après fait mourir en passant, Ainsi l'Amour cruel rend mon teint palissant. Attendant que la mort de tout point me deface.

Et quand du Scorpion courant au Sagittaire, Vers le cercle hyvernal Phœbus s'adressera. Amour de mille peurs mon espoir glacera. Ayant pour mon hyver vostre rigueur contraire.

Passant le Chévre-corne et l'enfant de Phrygie, S'il va d'un mesme cours les Poissons traverser. Quel tropique assez froid lors pourray-je passer, Amour, pour rendre en moy ta chaleur amortie?

Durant ces mois derniers que la terre est gelée, Portant neige et frimats au lieu de belles fleurs, Les vens par leurs soupirs, et le ciel par ses pleurs Regrettent la richesse au printans estalée.

Et moy, versant des yeux une étemelle pluye, Et laschant maint soupir par les vens emporté, Je me plains, ne voyant la divine beauté, Qui, comme un doux printans, faisoit fleurir ma vie.

Autour du Zodiac le soleil se promeine, Tousjours en mouvement légèrement dispos, Madame, autour de vous, je tourne sans repos. Et du point de sa fin recommence ma peine.

Ayez le cœur d'un tigre ou d'une ourse cruelle, Soyez, s'il se peut faire, aussi fiere q«e belle. Riez de tant de pleurs sans profit respandus Et des pas qu'après vous si souvent j'ay perdus ; Que vos yeux, dont les traits ma jeunesse ont desfaite. Se dédaignent de voir la prise qu'ils ont faite, Comme basse conqueste, et ne méritant pas Que si brave guerrière en doive faire cas ; Envenimez ma playe, et durez inhumaine.

Avec tant de rigueurs, c'est perdre vostre paine. De penser qu'à la fin mon cœur, d'ennui lassé, Cesse de poursuivir le chemin commencé.

Amour pour mon malheur croist sa persévérance ; Puis de faire autrement je n'ay plus de puissance. Semblable au marinier par les vents emporté. Qui ne peut retourner au port qn'il a quitté ; Ainsi ma course, helas ! ne peut estre arrestée, Le trait est décoché, la chance en est jettée, Et sans espoir de mieux, il faut persévérer : C'est heur au malheureux de ne rien espérer.

Lors que de vos regards mon ame fut éprise, Et que j'osay penser la superbe entreprise De vous offrir mon cœur, si je m'estoy promis Quelque douce faveur de vos yeux ennemis, J'auroy juste raison d'accuser sa promesse, Rechargé coup sur coup de nouvelle tristesse; Mais lors que je vous vey, ce grand maistre des dieux, l^our mieux vous contempler, me débanda les yeux , Et voyant que mon ame erroit toute égarée Paimy tant de beauté de luy-mesme adorée, Pour retenir mon cœur tout prest à déloger,

LES AMOUKS D HIPPOLYTE. 139

Me fist voir aussi-tost mon apparent danger,

Mon malheur tout certain, mon audace et ma perle,

Et ma prochaine mort de vos beautez couverte.

« Voy bien ce que tu fais {dit cet aveugle enfant) Car si ses deux beaux yeux vont ton ame échauffant, Et malgré la raison te forcent de me suivre, Chasse au loin tout plaisir, n'espère plus de vivre, Banny-toy de toy-mesme, et, triste désormais. Ne pense plus gouster de repos ny de paix ; Et pour comble de mal, en prison si cruelle, Désespère plus fort, plus tu seras fldelle. »

Assez d'autres propos Amour me sçeul tenir, Amour, prophète seur de mes maux à venir; Mais il n'avança rien. Ma volonté forcée . Suivit obstinément sa course encommencée, Résolu d'endurer tout ce qu'on peut penser. Et lasser les tourmens plustost que me lasser.

Aussi, belle Hippolyte, au milieu du martire Un soupir seulement de mes flancs je ne tire. Je ne me plains jamais de tant de cruautez ; Mais, quand vous me tuez, je chante vos beautez. Et ne vous blasme point de m'estre si rebelle, Car je me suis promis que vous me seriez telle, Et n'attcn pas de vous un plus doux traitement. Que mourir sans pitié servant fldellement.

Quand le soleil doré laisse nostre hémisphère, Tournant ailleurs le cours de ses chevaux ailez, S'il paroist peu souvent, si les jours sont gelez, Le désir des humains par l'espoir se modère.

Mais après son retour, qu'on s'attend qu'il éclaire. Si d'un nuage épais ses rayons sont voilez. Hommes, bestes, oiseaux, en sont tous désolez ; Et les cliamps trop baignez ne font que se déplaire.

Ainsi, quand loin de moy mon soleil se tenoit, Bien que mon mal fût grand, l'espoir me soustenoit. Et, soufflant constamment, j'attendoy sa présence.

Mais, voyant qu'au retour il m'est tousjours caché, Je me noyé en mes pleurs, languissant et fasché, Et plus je vay avant, moins j'ay de patience.

Deux clairs soleils, la nuict esUncelanb, Et une'main trop belle et trop cruelle

138 LES AHOURS d'hIPPOLYTE.

Durant ces mois derniers que la terre est gelée, Portant neige et frimats au lieu de belles fleurs, Les vens par leurs soupirs, et le ciel par ses pleurs Regrettent la richesse au printans estalée.

Et moy, versant des yeux une éternelle pluye, Et laschant maint soupir par les vens emporté, Je me plains, ne voyant la divine beauté, Qui, comme un doux printans, faisoit fleurir ma vie.

Autour du Zodiac le soleil se promeine, Tousyours en mouvement légèrement dispos, Bladame, autour de vous, je tourne sans repos, Et du point de sa fin recommence ma peine.

Ayez le cœur d*un tigre ou d*une ourse cruelle, Soyez, s'il se peut faire, aussi fiere qve belle, Riez de tant de pleurs sans profit respandus Et des pas qu'après vous si souvent j'ay perdus ; Que vos yeux, dont les traits ma jeunesse ont desfaite. Se dédaignent de voir la prise qu'ils ont faite, Comme basse conqueste, et ne méritant pas Que si brave guerrière en doive faire cas ; Envenimez ma playe, et durez inhumaine.

Avec tant de rigueurs, c'est perdre vostre painc. De penser qu'à la fin mon cœur, d'ennui lassé, Cesse de poursuivir le chemin commencé.

Amour pour mon malheur croist sa persévérance ; Puis de faire autrement je n'ay plus de puissance. Semblable au marinier par les vents emporté. Qui ne peut retourner au port qu'il a quitté; Ainsi ma course, helas ! ne peut estre arrestée, Le trait est décoché, la chance en est jettée, Et sans espoir de mieux, il faut persévérer : C'est heur au malheureux de ne rien espérer.

Lors que de vos regards mon ame fut éprise, Et que j'osay penser la superbe entreprise De vous offrir mon cœur, si je m'estoy promis Quelque douce faveur de vos yeux ennemis, J'auroy juste raison d'accuser sa promesse, Rechargé coup sur coup de nouvelle tristesse; Mais lors que je vous vey, ce grand maistre des dieux, Pour mieux vous contempler, me débanda les yeux , Et voyant que mon ame erroit toute égarée Paimy tant de beauté de luy-mesme adorée, Pour retenir mon cœur tout prest à déloger,

Me fist voir aussi-tost mon apparent danger,

Mon malheur tout certain, mon audace et ma perle,

Et ma prochaine mort de vos beautez couverte.

« Voy bien ce que tu fais (dit cet aveugle enfant) Car si ses deux beaux yeux vont ton ame échauffant, Et malgré la raison te forcent de me suivre, Chasse au loin tout plaisir, n'espère plus de vivre, Banny-toy de toy-mesme, et, triste désormais. Ne pense plus gouster de repos ny de paix; Et pour comble de mal, en prison si cruelle, Désespère plus fort, plus tu seras fldelle. »

Assez d'autres propos Amour me sçeul tenir, Amour, prophète seur de mes maux à venir; Mais il n'avança rien. Ma volonté forcée . Suivit obstinément sa course encommencée, Résolu d'endurer tout ce qu'on peut penser, Et lasser les tourmens plustost que me lasser.

Aussi, belle Hippolyte, au milieu du martire Un soupir seulement de mes flancs je ne tire. Je ne me plains jamais de tant de cruautez ; Mais, quand vous me tuez, je chante vos beautez. Et ne vous blasme point de m'estre si rebelle, Car je me suis promis que vous me seriez telle. Et n'atten pas de vous un plus doux traitement, Que mourir sans pitié servant fldellement.

Quand le soleil doré laisse nostre hémisphère. Tournant ailleurs le cours de ses chevaux allez, S'il paroist peu souvent, si les jours sont gelez, Le désir des humains par l'espoir se modère.

Mais après son retour, qu'on s'attend qu'il éclaire. Si d'un nuage épais ses rayons sont voilez, Hommes, bestes, oiseaux, en sont tous désolez ; Et les cliamps trop baignez ne font que se déplaire.

Ainsi, quand loin de moy mon soleil se tenoit, Bien que mon mal fût grand, l'espoir me soustenoit. Et, souffrant constamment, j'attendoy sa présence.

Mais, voyant qu'au retour il m'est tousjours caché, Je me noyé en mes pleurs, languissant et fasché, Et plus je vay avant, moins j'ay de patience.

Deux clairs soleils, la nuict estincelans, Et une'main trop belle et trop cnielle

Me font ensemble une guerre immortelle, Comblant mon cœur de désirs violans.

Las ! je n'esteins par mes pleurs ruisselans De ces beaux yeux une seule estincelle ; Et ceste main dont la blancheur me gesle, PTéchaufife point par mes soupirs brûlans.

Si je suis près, la main de près m'enserre, Et les beaux yeux de loin me font la guerre, Perçans mon cœur comme un blanc qui est mis.

Belle Hippolyte, ardeur de mon courage, Vous me prenez trop à vostre advantage. Me combattant avec trois ennemis *.

En pire estât ma fortune est venue, 0 tristes yeux, helas I qu'elle n'estoit, Lors que le ciel, bénin, vous pennettoit Voir la beauté de moy tant reconnue.

Car si l'ardeur où mon ame est tenue, S'en approchant, d'heure en heure augmentoit, Son œil pileux mon mal reconfortoit, Rendant ma vie en espoir maintenue.

0 tans heureux! quand je peu, la servant, Luy découvrir mes ennuis si sou vaut.

Pleurer, crier, blasmer sa rigueur forte 1

Las! maintenant je languy sans confort, Et de la mort qu'absent d'elle je porte. Rien ne me peut délivrer que la mort.

Jamais foible vaisseau, deçà, delà porté, Par les fiers aquilons ne fut tant agité L'hyver en plaine mer, que ma vague pensée Est des flots amoureux haut et bas élancée.

Ainsi qu'un patient, dont l'esprit est troublé Par l'efifort rigoureux d'un accez redoublé. Flotte en songes divers ; l'humeur qui le tourmente Fait chanceler son ame, et la rend inconstante;

' Imité d'un sonnet italien qui commence par celte strophe :

Due vaghi occhi et una roan bella, ma cnida. D'accordo son per far mia vita brève ; Quel con fuoco mi fan, quella con neve Guerra, onde il corpo afflitto agghiaccia e suda.

LES AMOURS D IIIPPOLYTE. iil

Un débat après l'autre en l'esprit lui revient. Ainsi je rêve, helas' quand ma fièvre me tient, Chaude fièvre d'Amour inhumaine et contraire, Dont je ne veux guarir quand je le pourroy faire».

J'erre égaré d'esprit, furieux, inconstant, Et ce qui plus me plaist me desplaist à l'instant ; J'ay froid, je suis en feu, je m'asseure et défie, Sans yeux je voy ma perte, et sans langue je crie, Je demande secours, et m'élance au trespas ; Or' je suis plein d'amour, et or' je n'aime pas, Et couve en mon esprit un discord tant extrême. Qu'aimant je me veux mal de ce que je vous aime.

11 faut, en m'etforçant, cette pointe arracher Qu'Amour dedans mon cœur a sçeu si bien cacher ; Esteignons toute ardeur en nostre ame allumée, Et n'attendons pas tant qu'elle en soit consumée.

Desjà je connoy bien que je sers vainement, C'est de ma guarison un grand commencement ; Mais las! qu'en foible endroit j'assié mon espérance! Aux extrêmes périls peu sert la connoissance. Si je connoy mon mal je n'en pers la douleur ; Connoistre et ne pouvoir, c'est un double malheur. J'embrase ma fureur, la pensant rendre étainte, Et voulant n'aimer plus, j'aime, helas! par contrainte; Mais, si je pers mon tans sous l'amoureuse loy. Quel autre des humains l'employé mieux que moy?

L'un à qui le dieu Mars aura l'ame enflammée, Accourcissant sa vie, accroist sa renommée; L'autre moins courageux, d'avarice incité, Cherche aux ondes sa mort, fuyant la pauvreté; L'autre en la cour des roys brûlé de convoitise, Pour un espoir venteux engage sa franchise; L'autre fend ses guerets par les coultres trenchans. Et n'estend ses désirs plus avant que ses champs. Bref, chacun se travaille, et nostre vie humaine IS'est que l'ombre d'un songe et qu'une fable vaine.

Je suis donc bien-heureux d'avoir sçeu mieux choisir, Sans loger icy bas mon céleste désir : Un puissant dieu m'arreste et, pour gloire plus grande, 11 me met sous le joug d'une qui luy commande: S^achant ne pouvoir rendre autrement captivé Mon esprit, qui tousjours au ciel s'est élevé.

L'aigle, courrier du foudre et ministre fldelle Du tonnant Jupiter, roy des oyseaux s'appelle, Pource que sans fléchir il soustient de ses yeux Les traits éblouissants du soleil radieux.

Me font ensemble une guerre immortelle, Comblant mon cœur de désirs violans.

Las ! je n'esteins par mes pleurs ruisselans De ces beaux yeux une seule estincelle ; Et ceste main dont la blancheur me gesle, N'échaufife point par mes soupirs brûlans.

Si je suis près, la main de près m'enserre, Et les beaux yeux de loin me font la guerre, Perçans mon cœur comme un blanc qui est mis.

Belle Hippolyte, ardeur de mon courage, Vous me prenez trop à vostre advantage, Me combattant avec trois ennemis *.

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En pire estât ma fortune est venue, 0 tristes yeux, helas 1 qu'elle n'estoit. Lors que le ciel, bénin, vous pennettoit Voir la beauté de moy tant reconnue.

Car si l'ardeur où mon ame est tenue, S'en approchant, d'heure en heure augmentoit, Son œil piteux mon mal reconfortoit, Rendant ma vie en espoir maintenue.

0 tans heureux! quand je peu, la servant, Luy découvrir mes ennuis si sou vaut, Pleurer, crier, blasmer sa rigueur forte 1

Las! maintenant je languy sans confort, Et de la mort qu'absent d'elle je porte, Rien ne me peut délivrer que la mort.

Jamais foible vaisseau, deçà, delà porté, Par les fiers aquilons ne fut tant agité L'hyver en plaine mer, que ma vague pensée Est des flots amoureux haut et bas élancée.

Ainsi qu'un patient, dont l'esprit est troublé Par l'effort rigoureux d'un accez redoublé, Flotte en songes divers; l'humeur qui le tourmente Fait chanceler son ame, et la rend inconstante;

' Imité d'un sonnet italien qui commence par celte strophe :

Due vaghi occhi et una nian bella, ma cruda. D'accordo son per far mia vita brave ; Quei con fuoco mi fan, quella con neve Guerra, onde il corpo anlitto agghiaccia e suda.

LES AMOURS D IlIPPOLYTE. 141

L'n débat après l'autre en l'esprit lui revient. Ainsi je rêve, helas' quand ma fièvre me tient, Chaude fièvre d'Amour inhumaine et contraire, Dont je ne veux guarir quand je le pounoy faire».

J'erre égaré d'esprit, furieux, inconstant, Et ce qui plus me plaist me desplaist à l'instant; J'ay froid, je suis en feu, je m'asseure et défie, Sans yeux je voy ma perte, et sans langue je crie, Je demande secours, et m'élance au trespas ; Or* je suis plein d'amour, et or' je n'aime pas, Et couve en mon esprit un discord tant extrême, Qu'aimant je me veux mal de ce que je vous aime.

Il faut, en m'etforçant, cette pointe arracher Qu'Amour dedans mon cœur a sçeu si bien cacher ; Esteignons toute ardeur en nostre ame allumée, Et n'attendons pas tant qu'elle en soit consumée.

Desjà je connoy bien que je sers vainement, C'est de ma guarison un grand commencement ; Mais las ! qu'en foible endroit j'assié mon espérance ! Aux extrêmes périls peu sert la connoissance. Si je connoy mon mal je n'en pers la douleur ; Connoistre et ne pouvoir, c'est un double malheur. J'embrase ma fureur, la pensant rendre étainte, Et voulant n'aimer plus, j'aime, helas! par contrainte; Mais, si je pers mon tans sous l'amoureuse loy. Quel autre des humains l'employé mieux que moy?

L'un h qui le dieu Mars aura l'ame enflammée, Accourcissant sa vie, accroist sa renommée; L'autre moins courageux, d'avarice incité. Cherche aux ondes sa mort, fuyant la pauvreté; L'autre en la cour des roys brûlé de convoitise. Pour un espoir venteux engage sa franchise ; L'autre fend ses guerets par les couUres trenchans, Et n'eslend ses désirs plus avant que ses champs. Bref, chacun se travaille, et nostre vie humaine N'est que l'ombre d'un songe et qu'une fable vaine.

Je suis donc bien-heureux d'avoir sçeu mieux choisir, Sans loger icy bas mon céleste désir : Un puissant dieu m'arreste et, pour gloire plus grande, Il me met sous le joug d'une qui luy commande: S^achant ne pouvoir rendre autrement captivé Mon esprit, qui tousjours au ciel s'est élevé.

L'aigle, courrier du foudre et ministre fldelle Du tonnant Jupiter, roy des oyseaux s'appelle, Pource que sans fléchir il soustient de ses yeux Les traits éblouissants du soleil radieux.

Me font ensemble une guerre immortelle, Comblant mon cœur de désirs violans.

Las ! je n'esteins par mes pleurs ruisselans De ces beaux yeux une seule estincelle ; Et ceste main dont la blancheur me gesle, N'échaufife point par mes soupirs brûlans.

Si je suis près, la main de près m'enserre. Et les beaux yeux de loin me font la guerre, Perçans mon cœur comme un blanc qui est mis.

Belle Hippolyte, ardeur de mon courage, Vous me prenez trop à vostre advantage. Me combattant avec trois ennemis *.

En pire estât ma fortune est venue, 0 tristes yeux, helas I qu'elle n'estoit, Lors que le ciel, bénin, vous permet toit Voir la beauté de moy tant reconnue.

Car si l'ardeur où mon ame est tenue, S'en approchant, d'heure en heure augmentoit, Son œil piteux mon mal reconfortoit, Rendant ma vie en espoir maintenue.

0 tans heureux 1 quand je peu, la servant, Luy découvrir mes ennuis si souvant, Pleurer, crier, blasmer sa rigueur forte 1

Las! maintenant je languy sans confort.

Et de la mort qu'absent d'elle je porte. Rien ne me peut délivrer que la mort.

Jamais foible vaisseau, deçà, delà porté, Par les fiers aquilons ne fut tant agité L'hyver en plaine mer, que ma vague pensée Est des flots amoureux haut et bas élancée.

Ainsi qu'un patient, dont l'esprit est troublé Par re£fort rigoureux d'un accez redoublé. Flotte en songes divers ; l'humeur qui le tourmente Fait chanceler son ame, et la rend inconstante;

' Imité d'un sonnet italien qui commence par celte stroplie :

Due vaghi occhi et una noan bella, ma cruda. D'accordo son per far mia vita brave ; Quei con fuoco roi fan, quella con neve Guerra, onde il corpo afflitto agghiaccia e suda.

LES AMOURS I) UIPPOLYTE. 141

Un débat après l'autre en l'esprit lui revient. Ainsi je rêve, helas' quand ma fièvre me tient, Chaude fièvre d'Amour inhumaine et contraire, Dont je ne veux guarir quand je le pourroy faire.

J'erre égaré d'esprit, furieux, inconstant, Et ce qui plus me plaist me desplaist à l'instant ; J'ay froid, je suis en feu, je m'asseure et défie, Sans yeux je voy ma perte, et sans langue je crie, Je demande secours, et m'élance au trespas; Or' je suis plein d'amour, et or' je n'aime pas. Et couve en mon esprit un discord tant extrême. Qu'aimant je me veux mal de ce que je vous aime.

Il faut, en m'efforçant, celte pointe arracher Qu'Amour dedans mon cœur a sçeu si bien cacher; Estcignons toute ardeur en nostre ame allumée, Et n'attendons pas tant qu'elle en soit consumée.

Desjà je connoy bien que je sers vainement, C'est de ma guarison un grand commencement; Mais las ! qu'en foible endroit j'assié mon espérance ! Aux extrêmes périls peu sert la connoissance. Si je connoy mon mal je n'en pers la douleur; Connoistre et ne pouvoir, c'est un double malheur. J'embrase ma fureur, la pensant rendre étainte, Et voulant n'aimer plus, j'aime, helas! par contrainte; Mais, si je pers mon tans sous l'amoureuse loy, Quel autre des humains l'employé mieux que moy?

L'un à qui le dieu Mars aura l'ame enflammée, Accourcissant sa vie, accroist sa renommée; L'autre moins courageux, d'avarice incité. Cherche aux ondes sa mort, fuyant la pauvreté; L'autre en la cour des roys brûlé de convoitise. Pour un espoir venteux engage sa franchise; L'autre fend ses guerets par les coullres trenchans. Et n'estend ses désirs plus avant que ses champs. Kref, chacun se travaille, et nostre vie humaine IS'est que l'ombre d'un songe et qu'une fable vaine.

Je suis donc bien-heureux d'avoir sçeu mieux choisir, Sans loger icy bas mon céleste désir : Un puissant dieu m'arreste et, pour gloire plus grande, Il me met sous le joug d'une qui luy commande : S^achant ne pouvoir rendre autrement captivé Mon esprit, qui tousjours au ciel s'est élevé.

L'aigle, courrier du foudre et ministre fidelle Du tonnant Jupiter, roy des oyseaux s'appelle, Pource que sans fléchir il soustient de ses yeux Les traits éblouissants du soleil radieux,

14i LES AMOURS D HIPPOLTT£.

Et que d*une aile pronte, au travail continue, S'élevant sur tout autre il se perd dans la nuë.

Moy donc, qui dresse au ciel mon vol avantureux, Doy-je pas me nommer Taigle des amoureux? Car, si l'aigle regarde un soleil plein de llame, Je soustien fermement les deux yeux de ma dame, Deux soleils flambloyans de rayons éclaircis, Et qui d'ombreuse nuit ne sont jamais noircis.

Lorsque sans y penser par fortune j'advise Ces amans abusez, qui ont l'ame surprise De quelque autre beauté, je me sens bien-heureux D'estre ainsi que je suis pour ses yeux langoureux, Et plains leur passion comme mal despenduê, Croyant qu'en autre part toute peine est perdue ; Et dy en m'estonnant : Dieu ! quel aveuglement Trouble si fort leurs yeux et leur entendement Qu'ils n'aiment pas ma dame ! Amour, qui les ofi&iace Se monstre en leur endroit enfant sans connoissance.

De moy, rien que cet œil ne m'eust sçeu faire aimi L'ardeur d'autre désir ne pouvoit m'enflamer, Un trait moins acéré n'eust mon ame blessée, Et de moins blonds cheveux ne l'eussent enlacée : Autre amoureux propos ne m'eust pas enchanté, Et n'eusse point languy pour une autre beauté : Amour, je te pardonne, et ne fay plus de plainte, Puis que si belle flèche en mon sang tu as tainte. Car, pris en si haut lieu, j'aime tant mon tourment, Qu'en l'assaut des douleurs je me plains seulement Que si tard sa beauté mon ame ait retenue, Et porte envie aux yeux qui devant moy l'ont vue.

Ah ! qu'Amour m'a fait tort de m'avoir tant celé ' L'heur où le ciel m'avoit en naissant appelé ! Amans désespérez qui l'avez tant servie. Chargez de mille ennuis, que je vous porte envie ! Las ! pourquoy, malheureux, ai-je tant attendu ? Je voudroy, comme vous, m'estre plustost perdu, Sans avoir si long-tans fait errer mon courage Au gré de mille amours, inconstant et volage.

Mais je me plains à tort : mon bon-heur a souffert Que j'aye aimé devant, pour estre plus expert, Et sçavoir mieux couNTir mon amoureuse flame, Quand les yeux d'Hippolyte auroient forcé mon ame : L'expérience apprend. En ce commencement, Pour estre un jour parfait j'apprenoy seulement : Helas 1 pour mon malheur j'en ay sçeu trop apprendn Heureux qui n'y sçait rien, et a'en veut rien entendre!

Or je sçay reconnoistre Amour pour mon vainqueur, (lomme on^vit en aimant sans esprit et sans cœur, Comme on peut receler une douleur mortelle : Je sçay brûler de loin et geler auprès d'elle : Je sçay comme le sang, vers le cœur s'amassant, De honte ou de frayeur rend un teint pallissant : Je sçay de quels filés la liberté s'attache, Je sçay comme un serpent parmy les fleurs se cache, Comme on peut sans mourir mille morts esprouver. Chercher mon ennemie et craindre à la trouver.

Je sçay comme l'amant en l'amante se change, Et comme au gré d'autruy de soy-mesme on s'estrange, Comme on se plaist au mal, comme on veille en dormant. Comme on change d' estât cent fois en un momant : Je sçay comme Amour voile, errant de place en place, Comme il frape les cœurs avant qu'il les menace, Comme il se paist de pleurs et de soupirs ardans, Enfant doux de visage et cruel au dedans. Qui de traits venimeux et de fiâmes se joué. Et comme instablement il fait tourner sa roue. Je sçay des amoureux les changemens divers, Leurs pensers incertains, leurs désirs plus couvers. Leur malheur asseuré, leur douteuse espérance, Leurs mots entre rompus, leur pronte mefflance, Leurs discordans accords, leurs regrets et leurs pleurs, l]t leurs trop cours plaisirs pour si longues douleurs.

Bref, je sçay pour mon mal, comme une telle vie. Inconstante, incertaine, à tous maux asservie. S'égare au labyrinth de diverses erreurs, Sujette à la rigueur de toutes les fureurs. Et comme un chaud désir, qui l'esprit nous allume, Enfielle un peu de miel de beaucoup d'amertume.

Amour, à qui j'ay fait tant de fois sacrifice De mon cœur tout sanglant réduit sous ton pouvoir, Si la voix d'un mortel peut les dieux esmouvoir, Tens l'oreille à la mienne, et te monstre propice.

Je ne demande pas que mon mal s'adoucisse. Que tu blesses ma dame ou change mon vouloir, Je sçay qu'un si grand heur je ne puis recevoir, Et que jusqu'à la mort il faut que je languisse.

Pour fruit de mes labeurs donne moy seulement Que son nom glorieux vive éternellement, Et que mes vers plaintifs, courriers de son mérite,

lii LES AMOURS D HIPPOLTT£.

Et que d*ane aile pronte, au travail continue. S'élevant sur tout autre il se perd dans la nuê.

Moy donc, qui dresse au ciel mon toI avantureux Doy-je pas me nommer Faigle des amoureux ? Car, si Taigle regarde un soleil plein de llame, Je soustien fermement les deux yeux de ma dame, Deux soleils flarabloyans de rayons éclaircis, Et qui d'ombreuse nuit ne sont jamais noircis.

Lorsque sans y penser par fortune j'advise Ces amans abusez, qui ont l'ame surprise De quelque autre beauté, je me sens bien-heureux D'estre ainsi que je suis pour ses yeux langoureux, Et plains leur passion comme mal despenduë, Croyant qu'en autre part toute peine est perdue ; Et dy en m'estonnant : Dieu 1 quel aveuglement Trouble si fort leurs yeux et leur entendement Qu'ils n'aiment pas ma dame I Amour, qui les oSaai Se monstre en leur endroit enfant sans connoissance De moy, rien que cet CEil ne m'eust sçeu faire aii L'ardeur d'autre désir ne pouvoit m'enflamer, Un trait moins acéré n'eust mon ame blessée, Et de moins blonds cheveux ne l'eussent enlacée : Autre amoureux propos ne m'eust pas enchanté, Et n'eusse point languy pour une autre beauté : Amour, je te pardonne, et ne fay plus de plainte, Puis que si belle flèche en mon sang tu as tainte. Car, pris en si haut lieu, j'aime tant mon tourment, Qu'en l'assaut des douleurs je me plains seulement Que si tard sa beauté mon ame ait retenue, Et porte envie aux yeux qui devant moy l'ont Mië.

Ah ! qu'Amour m'a fait tort de m'avoir tant celé * L'heur où le ciel m'avoit en naissant appelé ! Amans désespérez qui l'avez tant senie.

Chargez de mille ennuis, que je vous porte envie ! Las! pourquoy, malheureux, ai-je tant attendu? Je voudroy, comme vous, m'estre plustost perdu, Sans avoir si long-tans fait errer mon courage Au gré de mille amours, inconstant et volage.

Mais je me plains à tort : mon bon-heur a souffert Que j'aye aimé devant, pour estre plus expert. Et sçavoir mieux couvrir mon amoureuse flame, Quand les yeux d'Hippolyte auroient forcé mon ame L'expérience apprend. En ce commencement, Pour estre un jour parfait j'apprenoy seulement : Helas 1 pour mon malheur j'en ay sçeu trop apprend Heureux qui n'y sçait rien, et a'en veut rien entendu

Or je sçay reconnoistre Amour pour mon vainqueur, Comme on^vit en aimant sans esprit et sans cœur, Comme on peut receler une douleur mortelle : Je sçay brûler de loin et geler auprès d'elle : Je sçay comme le sang, vers le cœur s'amassant, De honte ou de fîrayeur rend un teint pallissant : Je sçay de quels filés la liberté s'attache, Je sçay comme un serpent parmy les fleurs se cache, Comme on peut sans mourir mille morts esprouver, Chercher mon ennemie et craindre à la trouver.

Je sçay comme l'amant en l'amante se change, Et comme au gré d'autruy de soy-mesme on s'estrange, Comme on se plaist au mal, comme on veille endormant, Comme on change d'estat cent fois en un momant : Je sçay comme Amour voile, errant de place en place, Comme il frape les cœurs avant qu'il les menace. Comme il se paist de pleurs et de soupirs ardans. Enfant doux de visage et cruel au dedans. Qui de traits venimeux et de fiâmes se joué. Et comme instablement il fait tourner sa roué. Je sçay des amoureux les changemens divers, Leurs pensers incertains, leurs désirs plus couvers, Leur malheur asseuré, leur douteuse espérance. Leurs mots entre rompus, leur pronte meffiance, Leurs discordans accords, leurs regrets et leurs pleurs, ]]t leurs trop cours plaisirs pour si longues douleurs.

Bref, je sçay pour mon mal, comme une telle vie, Inconstante, incertaine, à tous maux asservie. S'égare au labyrinth de diverses erreurs. Sujette à la rigueur de toutes les fureurs, Et comme un chaud désir, qui l'esprit nous allume, Enfielle un peu de miel de beaucoup d'amertume.

Amour, à qui j'ay fait tant de fois sacrifice De mon cœur tout sanglant réduit sous ton pouvoir, Si la voix d'un mortel peut les dieux esmouvoir, Tens l'oreille à la mienne, et te monstre propice.

Je ne demande pas que mon mal s'adoucisse. Que tu blesses ma dame ou change mon vouloir. Je sçay qu'un si grand heur je ne puis recevoir. Et que jusqu'à la mort il faut que je languisse.

Pour fruit de mes labeurs donne moy seulement Que son nom glorieux viv£ éternellement, Et que mes vers plaintifs, courriers de son mérite,

Façent qu'après raille aiis les François estonnez Gardent le souvenir d'une belle Hippolyte, Plaignant les coups mortels que ses yeux m'ont donnez.

Ce jour un pauvre amant triste et désespéré, L'ame en feu, l'œil en pleurs, le cœur plein de tristesse, Et la bouche en regrets, éloigne sa déesse. Forcé du ciel cruel contre luy conjuré.

Helas 1 à ce départ s'il se voit séparé I>e ce qui l'a fait vivre heureux en sa destresse : Que ne meurt-il soudain sous le faix qui l'oppresse, S'affranchissant du mal trop long-tans enduré?

Aussi seroit-il mort : une si triste absance Eust finy prontement sa vie et sa souffï'ance : Mais le grand dieu d'Amour, juste vangeur du tort.

Pour plus le tourmenter le fait vivre sans ame; Car l'amant qui se peut éloigner de sa dame. N'est pas assez puni par une seule mort.

0 mon cœur plein d'ennuis que, trop pront, j'arrache. Pour immoler à une, helas ! qui n'en fait conte ! 0 mes vers douloureux, les courriers de ma honte. Dont le cruel Amour ne fut jamais touché !

0 mon teint pallissant, devant l'âge seiche. Par la firoide rigueur de celle qui me donte ! 0 désirs trop ardans d'une jeunesse prontet 0 mes yeux dont sans cesse un fleuve est espanché !

0 pensers trop pensez, qui rebellez mon ame ! 0 débile raison I ô lacqs ! ô traits ! ô flame ! Qu'Amour tient en ses yeux trop beaux pour mon malheur.

0 douteux espérer! ô douleur trop certaine! 0 soupirs embrasez, témoins de ma chaleur! Viendra jamais le jour qui doit finir ma peine ?

Durant qu'un feu cruel dedans Rome saccage Tant de palais dorez, tant de superbes lieux, Et qu'un bruit tout confus fait retentir les cieux, Les Romains malheureux lamentant leiur dommage,

Néron, fusil de meurtre, et de flamme et de rage, Se rit de leurs regrets, cruel et furieux,

LES AMOURS D HIPPOLYTE. 14o

Et chante en regardant le feu victorieux, Laissant de sa rigueur à jamais témoignage.

Celle qui de mon cœur tient le gouvernement, Fait ainsi l'inhumaine en mon embrasement: Elle rit de mes pleurs, mon malheur est sa gloire.

Son bel œil s'esjouyt de me voir tourmenté, Et se plaist de laisser en mes vers la mémoire De ma flamme étemelle et de sa cruauté ^

Loin du nouveau soleil en mes vœux adoré, Qui pour luire autre part sa clarté m'a ravie, Comment puis-je tant vivre éloigné de ma vie, Sans ame et sans esprit, palle et défiguré?

Mille plus fors que moy n'eussent pas tant duré, Et la mort aussi-tost leur tristesse eût bannie : Pourquoy donc du trespas n'est la mienne finie, Veu que pour mon secours je l'ai tant désiré?

J'en sçay bien la raison : Geste mort trop cruelle. Voyant dedans mon cœur vostre image si belle, Se retire étonnée et retient son effort.

0 destin rigoureux d'un amant misérable! En peinture et de loing vous m'estes favorable : Mais vraye, et près de vous, vous me donnez la morU

Si ceste grand' beauté, tant douce en apparence, Ne couvre, ô ma déesse l un cœur de diamant. Vous plaindrez mes douleurs, quand vous verrez commant Amour m'a travaillé loin^ de vostre présence.

Mais, las ! je m'entretiens d'une vaine espérance : Car, si mon foible esprit dure assez longuement Pour vous revoir, madame, une seule influence Du soleil de vos yeux guarira mon tourment.

Mon ame ores tenue en langueur inhumaine. Oubliant sa douleur paroistra toute saine. Et les rais de vos yeux mes pleurs iront seichant.

Voilà comme un bel œil de deux sortes m'offance, Me blessant à la mort et puis en m'empeschant Que je ne puis monstrer ma mortelle soufl'rance.

< Imité d'un sonnet italien de Jean Mozarillo qui débute ainii :

Nentre i superbi leKi a parte a parte Ardean di Koma, etc.

I4i LES AMOURS D HIPPOLYTE.

Façent qu'après mille ans les François estonnez Gaixlent le souvenir d'une belle Hippolyte, Plaignant les coups mortels que ses yeux m'ont donnez.

Ce jour un pauvre amant triste et désespéré, L'ame en feu, l'œil en pleurs, le cœur plein de tristesse, Et la bouche en regrets, éloigne sa déesse, Forcé du ciel cruel contre luy conjuré.

Helas ! à ce départ s'il se voit séparé De ce qui l'a fait vivre heureux en sa destresse : Que ne meurt-il soudain sous le faix qui l'oppresse, S'affranchissant du mal trop long-tans enduré?

Aussi seroit-il mort : une si triste absance Eust finy prontement sa vie et sa souffirance : Mais le grand dieu d'Amour, juste vangeur du tort,

Pour plus le tourmenter le fait vivre sans ame ; Car l'amant qui se peut éloigner de sa dame. N'est pas assez puni par une seule mort.

0 mon cœur plein d'ennuis que, trop pront, j'arrache. Pour immoler à une, helas ! qui n'en fait conte ! 0 mes vers douloureux, les courriers de ma honte. Dont le cruel Amour ne fut jamais touché !

0 mon teint pallissant, devant l'âge seiche. Par la froide rigueur de celle qui me donie I 0 désirs trop ardans d'une jeunesse prontel 0 mes yeux dont sans cesse un fleuve est espanché !

0 pensers trop pensez, qui rebellez mon ame ! 0 débile raison I ô lacqs! ô traits! ô flame! Qu'Amour tient en ses yeux trop beaux pour mon malheur.

0 douteux espérer! ô douleur trop certaine! 0 soupirs embrasez, témoins de ma chaleur ! Viendra jamais le jour qui doit finir ma peine ?

Durant qu'un feu cruel dedans Rome saccage Tant de palais dorez, tant de superbes lieux, Et qu'un bruit tout confus fait retentir les cieux. Les Romains malheureux lamentant leiur dommage,

Néron, fusil de meurtre, et de flamme et de rage, Se rit de leurs regrets, cruel et furieux,

LES AMOURS D HIPPOLYTE. lio

Et ciiante en regardant le feu victorieux, Laissant de sa rigueur à jamais témoignage.

Celle qui de mon cœur tient le gouvernement, Fait ainsi l'inhumaine en mon embrasement: Elle rit de mes pleurs, mon malheur est sa gloire.

Son bel œil s'esjouyt de me voir tourmenté, Et se plaist de laisser en mes vers la mémoire De ma flamme éternelle et de sa cruauté *.

Loin du nouveau soleil en mes vœux adoré, Qui pour luire autre part sa clarté m'a ravie, Comment puis-je tant vivre éloigné de ma vie, Sans ame et sans esprit, palle et défiguré?

Mille plus fors que moy n'eussent pas tant duré, Et la mort aussi-tost leur tristesse eût bannie : Pourquoy donc du trespas n'est la mienne finie, Veu que pour mon secours je l'ai tant désiré?

J'en sçay bien la raison : Geste mort trop cruelle, Voyant dedans mon cœur vostre image si belle. Se retire étonnée et retient son efifort.

0 destin rigoureux d'un amant misérable! En peinture et de loing vous ra'estes favorable : Mais vraye, et près de vous, vous me donnez la mort.

Si ceste grand' beauté, tant douce en apparence, Ne couvre, ô ma déesse I un cœur de diamant. Vous plaindrez mes douleurs, quand vous verrez commant Amour m'a travaillé loiw de vostre présence.

Mais, las ! je m'entretiens d'une vaine espérance : Car, si mon foible esprit dure assez longuement Pour vous revoir, madame, une seule influence Du soleil de vos yeux guarira mon tourment.

Mon ame ores tenue en langueur inhumaine, Oubliant sa douleur paroistra toute saine. Et les rais de vos yeux mes pleurs iront seichant.

Voilà comme un bel œil de deux sortes m'ofl'ance, Me blessant à la mort et puis en m'erapeschant Que je ne puis monstrer ma mortelle soufl^ance.

Imité d'un sonnet italien de Jean Mozarïllo qui débute aiasi :

Menire i superbi lelti a parte a parte Ardean di Koma, etc.

I4i LES AMOURS D HIPPOLYTE.

Façent qu*apres mille ans les François estonnez Gaixlent le souvenir d'une belle Hippolyte, Plaignant les coups mortels que ses yeux m'ont donnez.

Ce jour un pauvre amant triste et désespéré, L'ame en feu, l'œil en pleurs, le cœur plein de tristesse, Et la bouche en regrets, éloigne sa déesse. Forcé du ciel cruel contre luy conjuré.

Helas ! à ce départ s'il se voit séparé De ce qui l'a fait vivre heureux en sa destresse : Que ne meurt-il soudain sous le faix qui l'oppresse, S'afifranchissant du mal trop long-tans enduré?

Aussi seroit-il mort : une si triste absance Eust flny prontement sa vie et sa souffîrance : Mais le grand dieu d'Amour, juste vangeur du tort.

Pour plus le tourmenter le fait vivre sans ame ; Car l'amant qui se peut éloigner de sa dame, N'est pas assez puni par une seule mort.

0 mon cœur plein d'ennuis que, trop pront, j'arrache. Pour immoler à une, helas! qui n'en fait conte! 0 mes vers douloureux, les courriers de ma honte. Dont le cruel Amour ne fut jamais touché !

0 mon teint pallissant, devant l'âge seiche. Par la froide rigueur de celle qui me donte I 0 désirs trop ardans d'une jeunesse prontel 0 mes yeux dont sans cesse un fleuve est espanché !

0 pensers trop pensez, qui rebellez mon ame ! 0 débile raison I ô lacqs! ô traits! ô flame! Qu'Amour tient en ses yeux trop beaux pour mon malheur.

0 douteux espérer ! ô douleur trop certaine ! 0 soupirs embrasez, témoins de ma chaleur! Viendra jamais le jour qui doit finir ma peine ?

Durant qu'un feu cruel dedans Rome saccage Tant de palais dorez, tant de superbes lieux. Et qu'un bruit tout confus fait retentir les deux, Les Romains malheureux lamentant leiur dommage,

Néron, fusil de meurtre, et de flamme et de rage, Se rit de leurs regrets, cruel et furieux.

LBS AMOURS d'bIPPOLYTE. 148

Et chante en regardant le feu victorieux, Laissant de sa rigueur à jamais témoignage.

Celle qui de mon cœur tient le gouvernement, Fait ainsi Vinhumaine eu mon embrasement: Elle rit de mes pleurs, mon malheur est sa glohre.

Son bel œil s'esjouyt de me voir tourmenté, Et se plaist de laisser en mes vers la mémoire De ma flamme étemelle et de sa cruauté '.

Loin du nouveau soleil en mes vœux adoré, Qui pour luire autre part sa clarté m'a ravie. Comment puis-je tant vivre éloigné de ma vie, Sans ame et sans esprit, palle et défiguré?

Mille plus fors que moy n'euss^t pas tant duré, Et la mort aussi-tost leur tristesse eût bannie : Pourquoy donc du trespas n'est la mienne finie, Veu que pour mon secours je l'ai tant désiré?

J'en sçay bien la raison : Geste mort trop cruelle. Voyant dedans mon cœur vostre image si belle. Se retire étonnée et retient son effort.

0 destin rigoureux d'un amant misérable I En peinture et de loing vous m'estes favorable : Mais vraye, et près de vous, vous me donnes la mort

Si ceste grand' beauté, tant douce en apparence, Ne couvre, 6 ma déesse! un cœur de diamant, Vous plaindrez mes douleurs, quand vous verrex conomant Amour m'a travaillé loivde vostre présence.

Mais, las ! je m'^tretiens d'une vaine espérance : Car, si mon foible esprit dure assez longuement Pour vous revoir, madame, une seule influence Du soleil de vos yeux guarira mon tourment.

Mon ame ores tenue en langueur inhumaine. Oubliant sa douleur paroistra toute saine, Et les rais de vos yeux mes pleurs iront seichant.

Voilà comme un bel œil de deux sortes m'offance, Me blessant à la mort et puis en m'empeschant Que je ne puis monstrer ma mortelle souffrance.

Imité d'un soumet italien de Jean Mozarillo qui dibute «iasi : Mentre i superbi telti a parte a parte Ardean di Roina, etc.

lié LES AMOUBS d'hIPPOLVTË.

Quand premier Hippolyte eut sur moy la victoire^ Et que j'ouvry mes yeux au jour de sa beauté, Je ne«çay qu'il m'advint, je fus si transporté, Que de moy-mesme, helas I je perdy la mémoire.

Mes sens estoient ravis en l'amoureuse gloire, Et mon œil esblouy de trop grande clarté, Craignant ses chauds regards, s'abaissoit arresté Sur son beau sein d'albâtre et sa gorge d'yvoire.

Je senty mal et bien, chaud et froid à l'instant : J'esperay sans espoir, j'en peur, j'osay pourtant, Et parlay dans mon cœur mainte chose inconnue.

Je le fortifiay pour les maux à venir. Et, pour mieux y penser, chassay le souvenir De toute autre beauté que devant j'avoy veuë.

Je ressemble en aimant au valeureux Persée, Que sa belle entreprise a fait si glorieux. Ayant d'un vol nouveau pris la route des dieux, Et sur tous les mortels sa poursuite haussée.

Emporté tout ainsi de ma haute pensée.

Je vole avantureux aux soleils de vos yeux. Et voy mille beautez qui m'elevent aux deux, Et me font oublier toute peine passée.

Mais, helas ! je n'ai pas le bouclier renommé, Dont contre tous périls Yulcan l'avoit armé. Par lequel sans danger il peut voir la Gorgonne :

Au contraire à l'instant que je m'ose approcher De ma belle Méduse, inhumaine et félonne. Un trait de ses regards me transforme en rocher.

0 doux venin mortel! ô guide tromperesse! 0 l'oubly gracieux des plus griéves douleurs I 0 laz subtil d'Amour, couvert de belles fleurs! 0 nouvelle sereine ! ô douce enchanteresse 1

0 paix insUble et fausse! ô puissante déesse, Qui fais durer l'amour, et qui crois ses chaleurs, Espérance, où es-tu? las au fort des malheurs Maintenant sans pitié ton secours me délaisse!

Vjs fus toy qui me fis folement hasarder.

IkS AMOURS D^HÏPPOLYTE. lil

fen la guerre d'Amour, et tu ftiis sans m'aider, Me laissant aux dangers compagne peu fldelle. Uelas ! retourne à moy, console mon trespas, Mais je t'appelle en vain. On ne console pas Avec peu d'espérance une douleur mortellei

Tant d'outrageux propos, de courroux et d'orage Que le ciel rigoureux dessus moy fait pleuvoir, Sont autant d'aiguillons qui poignent mon vouloir, Au lieu de l'arrester l'animans davantage.

Ma foy, comme un soleil fendant l'obscur nuage Des brouillards amassez, monstre mieux son pouvoir, Seulement je me plains que je n'ose plus voir Ces deux flambeaux divins, astres de mon voyage.

Du ciel en ce seul point j'accuse la rigueur : Tous les autres malheurs ne me font point de peur, Renforçans mon ardeur plustost que de l'estaindre.

Car, quand à vous servir je me suis préparé. Je n'ay de mon amour aucun fruit espéré : Si je n'espero rien, rien ne me fera craindre.

Avoir pour toute guide uh deslr téméraire, Et comme les Titans au ciel vouloir monter, Sur un mont de pensers l'espérance planter, Puis voir tout renverser par fortune contraire ;

Connoistre assez son mal, ne s'en pouvoir distraire. Chercher obstinément ce qu*on doit éviter. Se nourrir de douleurs, nuict et jour lamenter. Et, fuyans ses amis, croire à son adversaire;

Ourdir pour s'empestrer mille nouveaux liens, Estre serf d'un tyran qui rit du mal des siens, Et jamais à leur foy, trop ingrat, ne regarde;

Ce sont les lois qu'Amour de ses traits écrivit Sur le roc de mon cœur, le jour qu'il m'asservit, Et sans espoir de grâce il faut que je les garde»

A pas lens et tardifs tout seul je me promaine, Et mesure en rêvant les plus sauvages lieux : Et, pour n'estre apperçeu, je choisi de mes yeux Les endroits non frayex d'aucune trace humaine.

146 LES AMOUBS D HIPPOLVTË.

Quand premier Hippolyte eut sur moy la victoire, Et que j'ouvry mes yeux au jour de sa beauté, Je nesçay qu'il m'advint, je fus si transporté, Que de moy-mesme, helas I je perdy la mémoire-

Mes sens estoicnt ravis en l'amoureuse gloire, Et mon œil esblouy de trop grande clarté, Craignant ses chauds regards, s'abaissoit arresté Sur son beau sein d'albâtre et sa gorge d'yvoire.

Je senty mal et bien, chaud et froid à l'instant : J'esperay sans espoir, j'en peur, j'osay pourtant. Et parlay dans mon cœur mainte chose inconnue.

Je le fortifiay pour les maux à venir. Et, pour mieux y penser, chassay le souvenir De toute autre beauté que devant j'avoy veuë.

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