XL
Je ressemble en aimant au valeureux Persée, Que sa belle entreprise a fait si glorieux, Ayant d'un vol nouveau pris la route des dieux, Et sur tous les mortels sa poursuite haussée.
Emporté tout ainsi de ma haute pensée, Je vole avantureux aux soleils de vos yeux. Et voy mille beautez qui m'eievent aux deux, Et me font oublier toute peine passée.
Mais, helas ! je n'ai pas le bouclier renommé, Dont contre tous périls Yulcan l'avoit armé. Par lequel sans danger il peut voir la Gorgonne :
Au contraire à l'instant que je m'ose approcher De ma belle Méduse, inhumaine et félonne. Un trait de ses regards me transforme en rocher.
0 doux venin mortel! ô guide tromperesse! 0 l'oubly gracieux des plus griéves douleurs 1 0 laz subtil d'Amour, couvert de belles fleurs! 0 nouvelle sereine ! ô douce enchanteresse 1
0 paix instable et fausse! ô puissante déesse, Qui fais durer l'amour, et qui crois ses chaleurs, Espérance, où es-tu? las au fort des malheurs Maintenant sans pitié ton secours me délaisse!
Cjs fus toy qui me fis folement hasarder,
Iké ÀiioURS D^HIPPOLYTE. lil
fen la guerre d'Amour, et lu fuis sans m*aider, Me laissant aux dangers compagne peu fldelle. llelas ! retourne à moy, console mon trespas, Mais je t'appelle en vain. On ne console pas Avec peu d'espérance une douleur mortelle;
Tant d'outrageux propos, de courroux et d'orage Que le ciel rigoureux dessus moy fait pleuvoir, Sont autant d'aiguillons qui poignent mon vouloir, Au lieu de l'arrester Tanimans davantage.
Ma foy, comme un soleil fendant l'obscur nuage Des brouillards amassez, monstre mieux son pouvoir, Seulement je me plains que je n*ose plus voir Ces deux flambeaux divins, astres de mon voyage.
Du ciel en ce seul point j'accuse la rigueur : Tous les autres malheurs ne me font point de peur, Renforçans mon ardeur plustost que de l'estaindrc.
Car, quand à vous servir je me suis préparé, Je n'ay de mon amour aucun fruit espéré : Si je n'espère rien, rien ne me fera craindre.
Avoir pour toute guide un désir temerairei Et comme les Titans au ciel vouloir monter» Sur un mont de pensers l'espérance planter, Puis voir tout renverser par fortune contraire ;
Connoistre assez son mal, ne s'en pouvoir distraire, Chercher obstinément ce qu'on doit éviter. Se nourrir de douleurs, nuict et jour lamenter. Et, fuyans ses amis, croire à son adversaire;
Ourdir pour s'empestrer mille nouveaux liens, Estre serf d'un tyran qui rit du mal des siens, Et jamais à leur foy, trop ingrat, ne regarde;
Ce sont les lois qu'Amour de ses traits écrivit Sur le roc de mon cœur, le jour qu'il m'asservit, Et sans espoir de grâce il faut que je les garde»
A pas lens et tardifs tout seul je me promalne, Et mesure en rêvant les plus sauvages lieux : Et, pour n'estre apperçeu, je choisi de mes yeux Les endroits non frayez d'aucune trace humaine.
14S LES AMOURS d'hIPPOLYTE.
Je ii'ay que ce rampart pour deffendre ma paine, Et cacher mon désir aux esprits curieux, Qui, voyans par dehors mes soupirs furieux, Jugent combien dedans ma flamme est inhumaiue.
Il n'y a désormais ny rivière ny bois, Plaine, mont, ou rocher, qui n'ait sçeu par ma voix, La trampe de ma vie à toute autre celée.
Mais j'ai beau me cacher, je ne puis me sauver En désert si sauvage, ou si basse valée, Qu'Amom* ne me découvre, et me vienne trouver.
Aspre et sauvage cœur, trop fiere volonté. Dessous une douce, humble, angelique figure, Si par vostre rigueur plus longuement j'endure, Vous n'aurez grand honneur de m'avoir surmonté.
Car soit quand le printans découvre sa beauté, Soit quand le froid hyver fait mourir la verdure. Nuit et jour je me plains de ma triste advanture, De ma dame et d'Amour sans repos tourmenté.
Je vy d'un seul espoir, qui naist lors que je pense Qu'on voit qu'un peu d'humeur par longue accoustumancc Cave la pierre ferme et la peut consumer.
Il n'y a cœur si dur, qui par constante preuve, Pleurant, priant, aimant, à la fin ne s'esmeuve, Ny vouloir si glacé qu'on ne puisse enflamer.
Je crois que tout mon lict de chardons est semé. Qu'il est rude et mal fait. Hé Dieu ! suis-je si teftdre. Que je n'y puis durer? je ne fay que m'estendre Et ne sens point venir le somme accoustumé.
Il est après my-nuit, je n'ay pas l'œil ferme. Et mes membres lassez repos ne peuvent prendre. Sus, Phœbus, leve-toy, ne te fay plus attendre. Et de tes clairs regars rens le ciel allumé.
Que la nuit m'importune, et m'est dure et contraire! Mais pourtant c'est en vain, ô Phœbus que j'espère D'avoir plus de clarté par ton nouveau retour;
Car je serai couvert d'une effroyable nue. Tant qu'un plus beau soleil, qui me cache sa veué. Vienne luire à Paris et m'apporte le jour.
0 champs, cruels volleurs du bien qui me tourmente ! 0 prez, qui sous ses pas vous peignez de couleurs! 0 bois, qui fus tesmoin de mes griéves douleurs, L'heureux soir que j'ouvry ma poitrine brûlante !
0 vent, qui fais mouvoir cette divine plante, Te jouant amoureux parmy ses blanches fleurs I 0 canaux tant de fois desbordez de mes pleurs. Et vous, lieux écartez où souvent je lamante !
Puis qu'un respect craintif m'a de vous séparé, Puis que je ne voy plus l'œil du mien adoré, Puis que seuls vous avez ce que seul je désire.
S'il ne m'est pas permis par la rigueur des cieux. Champs, prez, bois, vent, canaux, et vous, sauvages lieux. Faites luy voir pour moy l'aigreur de mon martire.
La mort, qui porte envie aux plus rares beautez, Couvrant toute clarté d'un ténébreux nuage, Voulut fermer les yeux qui m'ont mis en servage, Et punir d'un seul coup cent mille cruautez.
Amour, qui dans ses yeux prend ses traits indontez, Tout aveugle qu'il est, conneut bien son dommage: 0 mort! s'escria-t-il, si tu fais cet outrage, Tu nous rendras tous deux cent fois moins redoutez.
Laisse-moy dans ces yeux qui font que je commande, Je feray désormais ta puissance plus grande. Et rendray par mes traits ton bras victorieux.
La mort s'arresta court, oyant cette promesse : Et le cruel Amour du depuis n'a eu cesse, Faisant mourir tous ceux qui regai'dent vos yeux.
CHANSON
Blessé d'une playe inhumaine, Loin de tout espoir de secours, Je m'avance à ma mort prochaine.
Plus chargé d'ennuis que de jours.
Celle qui me brûle en sa glace, Mon doux fiel, mon mal et mon bien.
Voyant ma mort peinte en ma face, Feint, helas ! n'y connoistre rien.
Comme un roc à l'onde marine.
Elle est dure aux flots de mes pleurs :
i50 LES AMOURS D HIPPOLYTE.
Et clost, de peur d'estre benine, L'oreille au son de mes douleurs.
D'autant qu'elle poursuit ma vie, D'ennuis mon senice payant, Je la diroy mon ennemie, Mais je l'adore en me bayant.
Las ! que ne me puis-je distraire, Connoissant mon mal, de la voir?
0 ciel rigom'eux et conti^aire!
C'est toy qui contrains mon vouloir.
Ainsi qu'au clair d'une chandelle Le gay papillon voletant, Va grillant le bout de son aile.
Et peixl la vie en s'esbatant ;
Ainsi le désir qui m'aflfole, Trompé d'un rayon gracieux.
Fait, helas ' qu'aveugle je voile Au feu meurtrier de vos beaux yeux.
CHANSON
Que n'ay-je la langue aussi pronte.
Lors qu'en tremblant je vous raconte L'ardeur qui me fait consumer.
Que je fus pront à vous aimer?
Quand vostre œil de moy se retire, Je conte si bien mon martire Et l'efifort de vostre rigueur.
Qu'il n'y a rocher si sauvage.
Bois si dur, ne si sourd rivage.
Qui n'ait pitié de ma langueur.
Mes yeux deux rivières coulantes, Mes paroles toutes brûlantes, , Mes soupirs menus et pressez, Ma douleur tesmoignent assez.
Mais, dés que de vous je m'approche, Mon cœur se gelle et devient roche ; Devant vos attraits gracieux Je pers esprit, voix et haleine ; Et, voulant vous conter ma peine, Je ne sçay parler que des yeux.
STANCES
Si je languy d'un martire inconnu, Si mon désir jadis tant retenu,
LES AMOURS d'hIPPOLYTE. Jiil
Ores sans bride à son gré nne transporte, Me doy-je plaindre ainsi comme je fais? Un nouveau mal fait de nouveaux effets, Plus de beauté plus de tourment apporte.
En ma douleur c'est pour me consoler Que j'aye osé si hautement voler, Et que la peur mon courage ne change; Par les hazards l'honneur se doit chercher. Quand le malheur me fera trébucher.
L'avoir osé m'est assez de louange.
L'homme grossier, en la terre arresté, Me peut nommer plein de témérité; J'âime trop mieux estre veu téméraire, Que de cœur lasche et d'esprit abbatu, Un seul sentier n'est clos à la vertu. Et au couard rien n'est facile à faire.
Les grands palais sont plus battus de vans. Et les hauts monts« vers le ciel s'élevans, Presque toujours sont frappez de l'orage; Mais c'est tout un ; du ciel nous approchant, Cherchons la mort, plustost qu'en nous cachant Vivre et monstrer qu'ayons peu de courage.
Bien souvent Hippolyte, à grand tort courroucée. Arme son cœur de glace, et d'éclairs ses regards. Preste à lascher sur moy tant de feux et de dards. Que la mort pour me prendre a la main avancée.
Mais, voyant de frayeur mon audace abaissée, Ma force évanouye et mes sens tous espars, Elle qui fait trophée et d'Amour et de Mars, Dédaigne une despoûille à ses pieds renversée.
Elle appaise son ire et rend l'un de ses yeux Aussi doux et serein que l'autre est furieux, Faisant luire une paix au travers de ma guerre.
Puissé-je un jour au ciel ce miracle envoyant, Apprendre à Juppi^er le grand Dieu du tonnerre, Comme il peut estre doux mesme en nous foudroyant.
L'eau tombant d'un lieu haut goûte à goûte a puissance Contre les marbres durs, cavez finablement; Et le sang du lion force le diamant, Bien qu'il face à l'enclume et au feu résistance.
Et clost, de peur d'estre benine, L'oreille au son de mes douleurs.
D'autant qu'elle poursuit ma vie, D'ennuis mon service payant, Je la dlroy mon ennemie, Mais je l'adore en me bayant.
Las ! que ne me puis-je distraii*e, Connoissant mon mal, de la voir?
0 ciel rigoureux et conti*aire!
Cest toy qui contrains mon vouloir.
Ainsi qu'au clair d'une chandelle Le gay papillon voletant, Va grillant le bout de son aile, Et perd la vie en s'esbatant ;
Ainsi le désir qui m'affole, Trompé d'un rayon gracieux.
Fait, helas ' qu'aveugle je voile Au feu meurtrier de vos beaux yeux.
CHANSON
Que n'ay-je la langue aussi pronte.
Lors qu'en tremblant je vous raconte L'ardeur qui me fait consumer.
Que je fus pront à vous aimer?
Quand vostre œil de moy se retire, Je conte si bien mon martire Et l'effort de vostre rigueur.
Qu'il n'y a rocher si sauvage, Bois si dur, ne si sourd rivage.
Qui n'ait pitié de ma langueur.
Mes yeux deux rivières coulantes. Mes paroles toutes brûlantes, , Mes soupirs menus et pressez.
Ma douleur tesmoignent assez.
Mais, dés que de vous je m'approche, Mon cœur se gelie et devient roche ; Devant vos attraits gracieux Je pers esprit, voix et haleine ; £t, voulant vous conter ma peine, Je ne sçay parler que des yeux.
STAKCES
Si je languy d'un martire inconnu, Si mon désir jadis tant retenu,
LES AMOURS d'hIPPOLYTE. loi
Ores sans bride à son gré me transporte, Me doy-je plaindre ainsi comme je fais? Un nouveau mal fait de nouveaux effets, Plus de beauté plus de tourment apporte.
En ma douleur c'est pour me consoler Que j'aye osé si hautement voler, Et que la peur mon courage ne change; Par les hazards l'honneur se doit chercher. Quand le malheur me fera trébucher, L'avoir osé m'est assez de louange.
L'homme grossier, en la terre arresté, Me peut nommer plein de témérité ; J'aime trop mieux estre veu téméraire, Que de cœur lasche et d'esprit abbatu, Un seul sentier n'est clos à la vertu. Et au couard rien n'est facile à faire.
Les grands palais sont plus battus de vans, Et les hauts monts, vers le ciel s'élevans. Presque toujours sont frappez de l'orage; Mais c'est tout un; du ciel nous approchant. Cherchons la mort, plustost qu'en nous cachant Vivre et monstrer qu'ayons peu de courage.
Bien souvent Hippolyte, à grand tort courroucée, Arme son cœur de glace, et d'éclairs ses regards. Preste à lascher sur moy tant de feux et de dards, Que la mort pour me prendre a la main avancée.
Mais, voyant de frayeur mon audace abaissée, Ma force évanouye et mes sens tous espars, Elle qui fait trophée et d'Amour et de Mars, Dédaigne une despoûille à ses pieds renversée.
Elle appaise son ire et rend l'un de ses yeux Aussi doux et serein que l'autre est furieux, Faisant luire une paix au travers de ma guerre.
Puissé-je un jour au ciel ce miracle envoyant, Apprendre à Juppi^r le grand Dieu du tonnerre, Comme il peut estre doux mesme en nous foudroyant.
L'eau tombant d'un lieu haut goûte à goûte a puissance Contre les marbres durs, cavez flhablement; Et le sang du lion force le diamant, Bien qu'il face à l'enclume et au feu résistance.
il^ LES AMOURS D HIPPOLTTE.
La namme retenue enfin par \ioIance Brise la pierre vive, et rompt l'empeschement ; Les aquilons mutins, soufflans horriblement, Tombent le chesne vieux, qui fait plus de deffance.
Mais moy, maudit Amour, nuict et jour soupirant. Et de mes yeux meurtris tant de larmes tirant. Tant de sang de ma playe, et de feux de mon ame ;
Je ne puis amollir une dure beauté, Qui, las! tout au contraire accroist sa cruauté Par mes pleurs, par mon sang, mes soupirs et ma filame.
LU
Bien que le mal d'Amour, qui me rend fUrieux, Passe tout desespoir d'un amant misérable, Si ne m'en plains-je point, et le trouve agréable, Car ce qui vient de vous m'est tousjours gracieux.
Je reçoy plus de bien à mourir pour vos yeux, Qu'à vivre au gré d'une autre à mes vœux favorable; Tant peut ralTection d'une chose honorable. Qui fait aimer sa perte et en estre envieux !
Mais si, vous adorant d'un obstiné courage. Vous ne croyez, madame, à mon palle visage, A mes pleurs, à mes vers, et à mon déconfort;
Quel espoir désormais faut-il plus que je suive, Fors mourir devant vous ! Mais la preuve est tardive. Quand le mal seulement se connoist par la mort.
STANCES
Quand au matin le grand flambeau des deux, Père du jour, commence sa carrière, La nuit s'envole, et sa belle lumière Mille thresors ouvre devant nos yeux.
Quand au premier le flambeau de mon ame. Mon beau soleil à mes sens éclaira, Tout bas désir de moy se retira, Ravi de voir les beautez de ma dame.
Mais, comme çn voit Phœbus en s'avançant Sur le midy plus de chaleur espandre.
Les vens cesser et la terre se fandre Aux rais du chaud, nostre œil esblouyssant.
Ainsi la flamme éprise en mon courage.
Aux premiers jours blûettant doucemant, F.st creûe en force et me va consumant, Troublant ma veu? au ooui'S de mon voyage.
Enfin la nuict, à son tour commandant, l'ar sa fraîcheur esteint l'ardeur cuisante, Couvre de noir toute chose plaisante, Et le sommeil va sur nous respandant.
Ainsi la mort, de ma flamme cruelle, Flamme d'Amour, la fureur esteindra ; Et pour jamais le sommeil me tiendra.
Couvrant mes yeux d'une nuit éternelle.
LUI
Bien qu'une fièvre tierce en mes veines bouillonne, De cent troubles divers mon esprit agitant, Médecins abusez, ne dites pas pourtant Qu'une humeur cholericq' ces tempestes me donne.
Je suis trop patient, je n'ofifence personne. Et vay de mes amis le courroux supportant. Tout paisible et tout coy, sans qu'en me despitant Je reniasche un venin, qui le cœur m'empoisonne.
Celle dont l'influence altère mes humeurs. Qui fait par sa rigueur qu'avant l'âge je meurs, Est cause de ma fièvre, et non pas la colère.
Las ! je n'ay point de fiel ! car je voudroy donner Cent baisers, en mourant, à ma belle adversaire, Pour monstrer que ma mort je sçay bien pardonner.
S'il n'y a rien si froid ne si glacé que celle Qui me fait par ses yeux sans pitié consommer, D'où peut-elle en nos cœurs tant de flammes semer, Veu que le sien est pris d'ime glace éternelle?
C'est un estrange cas que l'ardeur immortelle Qui a source en ses yeux, ne la puisse allumer; Semblable au beau soleil qui peut tout enflamer. Bien qu'il n'ait point en soy de chaleur naturelle.
Seroit-ce point Amour, le tyran sans mercy. Qui, frappant de ses traits sur son cœur endurcy, Kist saillir tout ce feu pour consommer nos âmes?
Comme on voit un caillou refrapé maintesfois Par force avec du fer, servir d'amorce au bois, Et sans devenir chaud faire jaillir des fiâmes.
Vous n'estes point mes yeux, ô trompeuse lumière! Par qui le trait d'Amour dans le cœur m'est venu;
154 LES AMOURS D HIPPOLTTE.
Si vous estiez mes yeux, vous n'eussiez roesconnu Celle qui lient mon ame à son gré prisonnière.
Las vous estes mes yeux 1 mais la faute première, Et l'ennuy que par vous je sois serf devenu, Uend vostre ardant désir sagement retenu, Et vous fait abaisser pour ne voir ma guerrière.
C'est trop tard, pauvres yeux, c'est trop tard attendu, La sagesse vous vient lors que tout est perdu, Un Conseil tout divers désormais il faut prendre.
Regardez-la sans cesse, admirer ses beautez, Et flamme dessus flamme en mon cœur apportez, Afin que sans languir je sois réduit en cendre.
Ayant trois ans entiers toute Home asservie L'invincible César, du beau sang de Cypris, Quelques vaillans Romains, à servir mal appris, Trencherent par le fer son empire et sa vie .
Amour depuis trois ans ma franchise a ravie, Régnant comme un tyran, sans peur d'estre repris. Et mes lasches pensers n'ont encore entrepris D'exécuter un meurtre, où l'honneur les convie.
Quand le Triumvirat tramoit ses factions, Rome ne veit jamais tant de proscriptions, Tant de saccagemens, tant d'ii\justes supplices,
Comme Amour dedans moy fait de maux infinis. Ce n'est que sang, que pleurs, que meurtris, que bannis; Il voile, il chasse, il brûle et fait mille injustices. *
Autour des corps, qu'une mort avancée Par violance a privez du beau jour, Les ombres vont, et font maint et maint tour, Aimans encor leur dépouille laissée.
Au lieu cruel, où j'en l'ame blessée Et fu meurtri par les flèches d'Amour, J'erre, je tourne et retourne à l'en tour. Ombre maudite, errante et dechassée.
Légers esprits, plus que moy fortunez, Comme il vous plaist vous allez et venez Au lieu qui clost vostre dépouille aimée.
Vous la voyez, vous la pouvez toucher.
Où, las ! je crains seulement d'approchei* L'endroit qm tient ma richesse enfermée.
LYIIl
Tourne, mon cœur, ailleurs ton espérance, Laissant le bien vainement désiré ; Pour un mortel c'est trop haut aspiré, Il faut couper l'aile à notre arrogance.
Amour ingrat, est-ce la recompance D'avoir souffert, servy, prié, pleuré, Et sans fléchir si long-tans enduré, Qu'on me reproche aujourd'huy l'inconstance?
IMoin de fureur, je ne fay que songer Que je doy faire, afin de me venger Dos fiers courroux d'une ame si rebelle.
C'est le meilleur de me donner la mort ; Car je ne puis luy faire plus de tort, Qu'tm la privant d'un qui est tout à elle.
Quelle manie est égale à ma rage?
Quel mal se peut à mon mal comparer?
Je ne sçauroy ny crier ny pleurer.
Pressé du deuil qui grossist mon courage.
Ilelasl j'estouffe, et la fureur soudaine Mo clost l'ouye, et m'aveugle les yeux ; Mais ce m'est heur de ne voir plus les cieux, Les cieux cruels, coupables de ma paine.
Au vase estroit maintenant je ressemble, Qui, tout plein d'eau, goûte à goule la rand; Mon œil aussi larme à larme respand Ce qu'en mon cœur de rivières j'assemble.
Maudit le jour que premier je vey luire. Pour estre esclave à si forte douleur!
Le ciel alors pleuvant tout son malheur. Versa sur moy ce qu'il avoit de pire.
Astres maudits, qui trop pleins de Licence, Maux et plaisirs aux humains destinez.
Puis qu'en naissant de nous vous ordonnez. Que nuist la faute, ou que sert l'innocence?
Helas I de rien ! j'en puis servir de preuve. Qui n'ay jamais un tourment mérité; Et toutesfois par vostre cruauté Plus misérable au monde ne se treuve.
Tout est bandé pour me faire la guerre, Par mes amis mille ennuis je reçoy;
154 LES AMOURS D HIPPOLTTE.
Si vous estiez mes yeux, vous n'eussiez raesconnu Celle qui lient mon ame à son gré prisonnière.
Las vous estes mes yeux I mais la faute première, Et l'ennuy que par vous je sois serf devenu, Uend vostre ardant désir sagement retenu, Et vous fait abaisser pour ne voir ma guerrière.
C'est trop tard, pauvres yeux, c'est trop tard attendu, La sagesse vous vient lors que tout est perdu, Un Conseil tout divers désormais il faut prendre.
Regardez-la sans cesse, admirer ses beautez, Et flamme dessus flamme en mon cœur apportez, Afin que sans languir je sois réduit en cendre.
Ayant trois ans entiers toute Home asservie L'invincible Gesar, du beau sang de Cypris, Quelques vaillans Romains, à servir mal appris, Trencherent par le fer son empire et sa vie .
Amour depuis trois ans ma franchise a ravie. Régnant comme un tyran, sans peur d'estre repris, Et mes iasches peusers n'ont encore entrepris D'exécuter un meurtre, où l'honneur les convie.
Quand le Triumvirat tramoit ses factions, Rome ne veit jamais tant de proscriptions, Tant de saccagemens, tant d'ii\justes supplices,
Comme Amour dedans moy fait de maux infinis. Ce n'est que sang, que pleurs, que meurtris, que bannis; Il voile, il chasse, il brûle et fait mille injustices. *
Autour des corps, qu'une mort avancée Par violance a privez du beau jour, Les ombres vont, et font maint et maint tour, Aimans encor leur dépouille laissée.
Au lieu cruel, où j'en l'ame blessée Et fu meurtri par les flèches d'Amour, J'erre, je tourne et retourne à l'entour. Ombre maudite, errante et dechassée.
Légers esprits, plus que moy fortunez.
Comme il vous plaist vous allez et venez Au lieu qui clost vostre dépouille aimée.
Vous la voyez, vous la pouvez toucher. Où, las ! je crains seulement d'approcher L'endroit qui tient ma richesse enfermée.
I,KS AMOURS D HIPPOLYTE. lîiîi
LYIIl
Tourne, mon cœur, ailleurs ton espérance, Laissant le bien vainement désiré ; Pour un mortel c'est trop haut aspiré, il faut couper l'aile à notre arrogance.
Amour ingrat, est-ce la recompance D'avoir souffert, servy, prié, pleuré.
Et sans fléchir si long-tans enduré, Qu'on me reproche aujourd'huy l'inconstance?
Plein de fureur, je ne fay que songer Que je doy faire, afin de me venger Des fiers courroux d'une ame si rebelle.
C'est le meilleur de me donner la mort ; Car je ne puis luy faire plus de tort, Qu'tm la privant d'un qui est tout à elle.
COMPLAINTE
Quelle manie est égale à ma rage?
Quel mal se peut à mon mal comparer?
Je ne sçauroy ny crier ny pleurer.
Pressé du deuil qui grossist mon courage.
Ilelasl j'estouffe, et la fureur soudaine Mo clost l'ouye, et m'aveugle les yeux ; Mais ce m'est heur de ne voir plus les cieux, Les cieux cruels, coupables de ma paine.
Au vase estroit maintenant je ressemble. Qui, tout plein d'eau, goûte à goule la rand; Mon œil aussi larme à larme respand Ce qu'en mon cœur de rivières j'assemble.
Maudit le jour que premier je vey luire, Pour estre esclave à si forte douleur! Le ciel alors pleuvant tout son malheur. Versa sur moy ce qu'il avoit de pire.
Astres maudits, qui trop pleins de Licence, Maux et plaisirs aux humains destinez.
Puis qu'en naissant de nous vous ordonnez. Que nuist la faute, ou que sert l'innocence?
Helas I de rien ! j'en puis servir de preuve, Qui n'ay jamais un tourment mérité; Et toutesfois par vostre cruauté Plus misérable au monde ne se treuve.
Tout est bandé pour me faire la guerre, Par mes amis mille ennuis je reçoy;
Ia6 LES AMOURS D HIPPOLVTE.
Que doy-je faire? Il n'y a point pour moy De dieux au ciel, ny de fortune en terre.
Dans les enfers cherchons donc allégeance, Parmy l'efiFroy, les fureurs et les cris. Accompagné des malheureux espris, Qui pour ma peine oubliront leur souffrance.
Hastons la mort, seul but du misérable ; Mais, tout ainsi que mes jours ont esté Couverts d'ennuis, d'horreur, d'obscurité, Soit mon trespas horrible et détestable.
Amour, si j'ay souffert, fidelle à ton empire, Sans me lasser de toy, tant d'ameres douleurs; Si je t'ay tant de fois abbreuvé de mes pleurs, Et si tes plus beaux traits en mon cœur je retire;
Voile vers la beauté qui me tient en martire, Et qui fait que tu as tant de force en nos cœurs. Amolli son courroux, adouci ses rigueurs. Et fay que son bel œil recommence à me luire.
C'est le douzième jour que cet œil courroucé Entre mille dangers sans clarté m'a laissé. N'ayant pour me guider que ma flamme immortelle.
Die grâce, en ma faveur. Amour, va la blesser; Ou si tu la crains trop, et ne m'en veux laisser. Tire de mon cœur mesme et frappe la cruelle.
Si les pleurs que j'espans, si le triste langage, Dont la nuict et mon lict sont témoins seulemant, N'ont pouvoir d'amollir un cœur de diamant. Et ne font de pitié pallir son beau visage;
Pourquoy me reservé-je à languir davantage De Fortune et d'Amour l'horrible esbattemant? Plustost dedans le sang noyons nostre tourmant. Et nous sacrifions à cette ame sauvage.
Je l'accuse à grand tort ; car son cœur de rocher De mes poignans regrets se laisseroit toucher, Si je pouvoy me plaindre alors qu'elle est présenta.
Mais le son de ma voix se change en la voyant, Mon œil se rassérène et n'est plus larmoyant, Et ma langue se taist bien que mon cœur lamente.
LKS AMOUKS D HlPPOLYXE. lo7
Depuis deux ans entiers que j'aime une beauté, Perle unicque du monde et sa fleur la plus belle, Trois fois tant seulement j'ay peu parler à elle; Voyez de mon malheur l'estrange cruauté !
Êncor ce doux loyer, que j'avois acheté Par tant de passions et de peine immortelle, Trois fois m'est empesché par la force cruelle Du malheur*envieux, dont je suis surmonté.
C'est, peut-estre, mon bien dont je n'ay connoissance; Car, si son œil divin m'oste toute puissance, Me ravit, me transporte, et me rend furieux:
S'il fait que «ans espoir mon amour continué, Que feroient ses propos favorisez des yeux? Helas ! pour me tuer, c'est assez de la veuë !
Pour tant d'ennuis divers, tant de flamme et de glace, gui font en mon esprit un si contraire effort. Pour mon repos perdu, mes pleurs, mon déconfort, Et pour tant d'autres maux dont l'amour me menace :
Pour votre doux orgueil vainqueur de mon audace. Pour avoir conjuré des premiers à ma mort, Et fait que mon désir se maintienne plus fort. Quand plus le desespoir luy veut donner la chasse;
0 beaux yeux qui pleurez tant de feux et de traits ! Je ne demande pas que m'accordiez la paix ; Que vous soyez plus doux, que jettiez moins de flamcs :
Pour tout bien je requiers, que, croissans en rigueur. Pour butte à tous vos traits vous choisissiez mon cœur, Et que vous dédaigniez de blesser d'autres âmes.
J'estoy dans une sale ombragé de la presse, Pour voir, sans estre veu, ma dame qui dansoit : Le peuple à l'environ tout ravi s'amassoit. Louant d'ame et de voix cette unique déesse.
En vain la voulant voir, sur les pieds je me dresse, Car mon foible regard assez ne s'avançoit : Mais mon cœur, s'enflammant ainsi qu'elle passoit, Remarqua sans mes yeux les pas de ma princesse.
Dieu ! que j'aime mon cœur, bien que, mal conseillé,
Il ait reçeu l'amour dont je suis travaillé ! Le plaisir qu'il m'a fait mes douleurs récompense» Aussi bien mes deux yeux couverts d'obscurité N'eussent peu soustenir sa divine clarté, Tant ils sont aveuglez de pleurer mon offense *.
Si doucement par son regard me tue Ce basilic de ma mort désireux, *
(iue je le cherche et me sens bien-heureux Kn mon malheur d'estre près de sa veuë.
D'aise et d'ennuy mon ame est toute émue, Quand je puis voir ces beaux yeux amoureux ; De cent couleurs mon visage se mue, Je tremble tout, et suis avantureux.
Qui penseroit d'une mesme fontaine Pouvoir couler le repos et la paine, Peur, hardiesse, ennuy, contentement!
Comme au chaos tout se mesloit ensemble, Ainsi cet œil cent contraires assemble Dans le chaos de mon entendement.
Si la fureur d'amour, rendant l'ame agitée, La ravit dans le ciel de son corps l'élevant, Et si l'ame rebelle et qui s'en va privant, Tousjours foible et pesante en terre est arrestée }
Que n'aimez-vous, déesse, afin d'estre portée Par la fureur d'amour dans le ciel en vivant? Plein de ravissement je vous iroy suivant, Et mon ame à son gré seroit lors contentée.
Cette ombre de beauté, qui vous fait renommer. Quand vous seriez au ciel, se verroit transformer En la beauté parfaite et d'essence étemelle;
Tout volage désir en moy seroit esteint. Regardant vostre cœur je m'y trouveroy peint. Et vous verriez au mien votre image si belle.
Imité d'un sonnet italien qui commence par cette strophe
Giunto nel tempo ove, fra mille belle, Madonna in loco occulto si sedea, Volsi gli occhi a guardar s' io la vedea, Ghe 'I sol conoscer soglio infhi le ttelle.
Les ÀMoiJRs D'iitFi»OLY'f fe. ioO
Vouloir ambitieux, espérance interdite, Désirs pronts à mon mal qui ra'avei sçeu forcer, l'eu durables desseins, mal asseuré penser, Courage, helas ! trop grand pour force si petite;
Et vous, rares beautez de la jeune Hippolyte, Qu'Amour fait si souvent par mes yeux repasser, Pour Dieu, mes ennemis, veuillez un peu cesser, Et que vostre rigueur à pitié vous invite.
Ne voyez-vous comment trop tost vous me tuez? Je ne languiray point si vous continuez. Une extrême douleur ne peut estre durable.
Et c'est ce qui me trouble et me fait soupirer ; Car mon cruel tourment m'est si fort agréable, Oue je tasche à durer pour le faire durer.
bien que ma patience et ma foy vous ennuyé, Et que la fermeté vous fasclie extrêmement, Je ne me puis garder de vous faire un serment. Tout prest de le sceller du sang et de la vie ;
Et que vos yeux divins, qui mon ame ont ravie, Cessent de m'éclairer si je pense autrement : C'est qu'en despit du ciel, de fortune et d'envie. Vif et mort je seray vostre éternellement.
Les courroux, la rigueur, le tans et la distance, Serviront de rampart pour garder ma constance. Que vos nouveaux désirs ne pourront entamer.
Je ne fay rien pour moy d'user de ce langage; Car je sçay qu'on ne peut vous fascher davantage. Que de vous menacer de tousjours vous aimer.
STANCES
Quand j'espreuve en aimant les rigueurs d'une dame, Qui jeune et sans amour se mocque de ma flame, Et demeure cruelle au son de mes douleurs, Ferme je continué et souffre en patiance. Espérant à la fln par ma persévérance Caver * son cœur de roche, amolli de mes pleui's.
Tant plus une entreprise est haute et mal-aiséei
m lits ÀkôUAs î)'ttlPl»oiYtiài
Il ait reçeu l'amour dont je suis travaillé ! Le plaisir qu'il m'a fait mes douleurs recompensé» Aussi bien mes deux yeux couverts d'obscurité N^eussent peu soustenir sa divine clarté, Tant ils sont aveuglez de pleurer mon offense *.
Si doucement par son regard me lue Ce basilic de ma mort désireux, *
Que je le cherche et me sens bien-heureux Kn mon malheur d'estre près de sa veuë.
D'aise et d'ennuy mon ame est toute cmuë, Quand je puis voir ces beaux yeux amoureux ; De cent couleurs mon visage se mué, Je tremble tout, et suis avantureux.
Qui penseroit d'une mesme fontaine Pouvoir couler le repos et la paine.
Peur, hai*diesse, ennuy, contentement !
Comme au chaos tout se mesloit ensemble, Ainsi cet œil cent contraires assemble Dans le chaos de mon entendement.
Si la fureur d'amour, rendant l'ame agitée, La ravit dans le ciel de son corps l'élevant, Et si l'ame rebelle et qui s'en va privant, Tousjours foible et pesante en terre est arrestée }
Que n'aimez-vous, déesse, afin d'estre portée Par la fureur d'amour dans le ciel en vivant? Plein de ravissement je vous iroy suivant, Et mon ame à son gré seroit lors contentée.
Cette ombre de beauté, qui vous fait renommer. Quand vous seriez au ciel, se verroit transformer En la beauté parfaite et d'essence étemelle ;
Tout volage désir en moy seroit esteint. Regardant vostre cœur je m'y trouveroy peint. Et vous verriez au mien votre image si belle.
< Imité d'un sonnet italien qui commence par cette strophe
Giunto nel tempo ove, fra mille belle, Madonna in loco occulto si sedea, Volsi gli occhi a guardar s' io la vedea, Ghe '1 sol conoscer soglio infhi le ttelle.
Les ÀMotRs d'iiIpPOLYTÈ. i^O
Vouloir ambitieux, espérance interdite, Désirs pronts à mon mal qui m'avez sçeu forcer, l'eu durables desseins, mal asseuré penser, Courage, helas ! trop grand pour force si petite;
Et vous, rares beautez de la jeune Uippolyte, Qu'Amour fait si souvent par mes yeux repasser, Pour Dieu, mes ennemis, veuillez un peu cesser, Et que vostre rigueur à pitié vous invite.
Ne voyez-vous comment trop tost vous me tuez? Je ne languiray point si vous continuez. Une extrême douleur ne peut estre durable.
Et c'est ce qui me trouble et me fait soupirer ; Car mon cruel tourment m'est si fort agréable, Oue je tasche à durer pour le faire durer.
Dien que ma patience et ma foy vous ennuyé, Et que la fermeté vous fasclie extrêmement, Je ne me puis garder de vous faire un serment. Tout prest de le sceller du sang et de la vie ;
Et que vos yeux divins, qui mon ame ont ravie. Cessent de m'éclairer si je pense autrement : C'est qu'en despit du ciel, de fortune et d'envie. Vif et mort je seray vostre éternellement.
Les courroux, la rigueur, le tans et la distance, Serviront de rampart pour garder ma constance. Que vos nouveaux désirs ne pourront entamer.
Je ne fay rien pour moy d'user de ce langage ; Car je sçay qu'on ne peut vous fascher davantage. Que de vous menacer de tousjours vous aimer.
STANCES
Quand j'espreuve en aimant les rigueurs d'une dame, Qui jeune et sans amour se mocque de ma flame, Et demeure cruelle au son de mes douleurs, Ferme je continué et souffre en patiance. Espérant à la fln par ma persévérance Caver * son cœur de roche, amolli de mes pleun.
Tant plus une entreprise est haute et mal-aiséei
160 LES AMOL'RS D UIPPOLYTK.
l*lus cil la poursuivant mon ame est embrasée ! La peine et la longueur ne me peut retenir, Contre tous les malheurs j'oppose ma constance, Et pour m' encourager il suffit que je pense Que nul autre que moy n'espère y parvenir.
Car mon cœur généreux à rien ne se peut plaire, Que j'estime qu'un autre ait espoir de parfaire; Un Dieu pour compagnon je ne puis recevoir ; Je veux sui\Te tout seul ce que je me propose, Et encore en amour, plus qu'en toute autre chose, Je fuy les compagnons et n'en veux point avoir.
J'aimeroy beaucoup mieux supporter la rudesse Et l'orgueil dédaigneux d'une fiere maistresse, Qui mesprisast tout autre au fort de mon csmoy, Qu'estre dessous le joug d'une plus pitoyable. Qui pour me retenir se rcndist favorable, Mais qui favorisast les autres comme moy.
.\insi qu'un grand torrent qui les plaines menace S*écoulant en ruisseaux perd sa première audace, Et l'effort qui d'orgueil le faisoit escuiner ; Ainsi l'amour d'un seul est plein de violance, Mais quand on le divise il perd toute puissance, Qui aime en plus d'un lieu ne sçauroit bien aimer.
D'une seule lumière en la nuict allumée L'ombre entière se fait, qui se perd consumée Par les rayons espars des flambeaux d'alentoui* ; Ainsi d'un seul désir la ATaye amour est faite. Qui s'affoiblist par nombre et demeure imparfaite. Le désir divisé ne se peut dire amour.
J'accompare une dame en cent lieux embrasée. Au miroir qui reçoit toute image opposée, Et n'en retient pourtant aucune impression; Ainsi dans son esprit de légère nature, Ce qu'elle voist luy plaist, elle en prend la figm'e, Mais le perdant des yeux le perd d'affection.
Je ne m'estonne plus d'ouyr tant de complaintes De ces amans légers, dont les amours sont faintes, Finissans aussi tost qu'ell' ont commencement; L'homme n'en est pas cause, encor qu'il soit muabl Mais il ne sçauroit rendre un bastiment durable, De la foy c^'une femme ayant fait fondement.
Deux beaux yeux, un beau teint, une bouche venu< Un propos qui ravit les hommes de mexveille, Rendent bien un amant du feu d'Amour espris : Mais, pour nourrir sa flamme et la faii-e étemelle, 11 le faut asseurer d'une amour mutuelle,
LB8 AMOURS D UiPPOLYfK. 161
C'est ce qui le retient quand la beauté Ta pris.
Qu'on n*e8time jamsds qu'une dame inconstante, Qui veut embrasser tout et de rien n'est contante, Conserve un seul amant qui soit sans fiction; Toute ardeur qu'dle allume eat moindre que ftimée, Car il faut bien aimer pour estre bien aimée, Et de deux cœurs unis naist la perfection.
M'adorer qu'une chose et ne penser qu'en die, Me voir que par ses yeux, la trouver seule belle. Ce qu'elle a dans le coeur le sentir tout ainsi, Gouster par sa présence une douceur extrême» Mourir ne la voyant, c'est ainsi comme j'aime; Mais je ne dure pas si l'on ne m'aime aussL
LXYÏIl
Les sanglots continus, l'ardeur, l'impatience. Dont jamais vostre cœur ne peut estre touché. Le grand feu qu'en l'esprit jusqu'icy j'ay caché. Et qui ne s'esteignoit pour ttais ny pour absence;
Vos injustes courroux, vostre mécounoiseanoe. Par qui je me suis veu tout espoir retranché ; Et ces longues firoideurs, qui num Age ont séché, Ne me pouvoient sortir de vostre obéissance.
Tant de vœdx fiûts au oieln'esteigiioientpointmoiifett^ La force ou le conseil y aervoient aoni peu, Tout appai^il rendoit ma playe envoiimée :
Mais en fin les dédains l'un sur l'autre amasaei M'ont si bien garanti des martyres passes, Qu'à peine il me souvient de vous avoir aimée*
 mon terrestre ciel fose faire la guerre, Comme un nouveau géant que l'orgueil va touchant: Mes traits sont mes désirs, mais, en les décochant, De haste et de foreur c'est moy seul que j'enferre.
Au lieu de mont sur mont haut élevé de terre, Espoirs, songes, pensers l'un à l'autre accrochant, Je pense estre bieinhaut, quand en vous approéhant. Sur moy vostre bel œil mille foudres desserre.
Je vous estime heureux, titans audacieux, Bien qu'on fin vous ftissias le triomphe des dienx* Vostre (Hrgueilteos daair teasa qwBd et la nei
Le mien ne oesie point, et pour ettre brûlé,
m LES AMOURS B HIPPOLYTE.
Pour trébucher cent fois, foudroyé, désolé, Je ne puis voir chetif la fin de mon envie.
Soucy chaud et glacé, que la crainte a fait naistrc, Et qui, craignant plus fort, devient plus vi<riant, Et pendant que la flamme et le gel va meslant, Troubles, pers et détruis tout ce qu'amour fait eroistre :
Puis qu'en si peu de tans tu t'es rendu mon maistrer- De cent chaudes fureurs mon esprit martdant, Va, retourne au Cocyte et me laisse dolant, Comme un tigre enragé de ma chair me repaistre.
Sur les glaces d'enfer passe, entre mille ennuis, Sans lumière tes jours 6t sans sommeil tes nuits. Non moins troublé du faux que des seures nouvelles.
Va t'en : tout ton venin est entré dedans moy. Je n'ay point d'autre sang ; helas I doncque pourquoy Me viens- tu retroublei* par ces larmes cruelles?
Espoux-antable nuict, qui tes cheveux noircis CouNTes du voile obscur des ténèbres humides. Et, des antres sortant, par tes couleurs livides De ce grand univers les beautcz obscurcis;
Las I si tous les travaux par toy sont adoucis Au ciel, en terre, en l'air, sous les marbres liquide^, Or' que dedans ton char le Silence tu guides. Un de tes cours entiers enchante mes soucis.
Je diray que tu es du ciel la fille aisnée, Que d'astres flamboyans ta teste est couronnée, Que tu caches au sein les plaisirs gracieux ;
Des amours et des jeux la ministre fidelle. Des mortels le repos : bref, tu seras si belle. Que les plus luisans jours en seront envieux*.
Quand je voy flamboyer cette heureuse planette, De notre âge imparfait l'admirable ornement;
< liiiilj d'un sonnet italien qui débute par ces vers :
Orrida nolte, che, rincbiuso 11 negro Crin sotto '1 vel del Tumide tenebi-e, Ita sottera esci, e di color fimebre Âinmanti il inondo e 8p<^lik> d'àltegro.
L£6 AMOURS D UlPPOLYTK. 163
Bien que mon cœur d'ailleurs n'attende allégement, Si faut-il que de crainte à trembler je me mette.
Car ainsi comme on voit la fatale comète, Flambante en longs cheveux, n'apparoir nullement Sans la mort d'un monarque, ou sans un changement, Quand quelque seigneurie est près d'estre sujette.
De mesme. helas ! je crain que ce divin flambeau De ma foible raison présage le tombeau, Ou qu'au moins je verray ma liberté restraindre.
J'ay peur qu'en pire estât on me fasse changer. Mais, û moy désolé 1 j'en suis hors du danger. J'ay tant et tant de maux, que plus je ne doy craindre.