‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 85 sur 259 · T.XXIII · texte numérisé non relu

T.XXIII

Comme quand il advient qu'une place est forcée Par un cruel assaut du soldat furieux.

Tout est mis au pillage, on voit en mille lieux Feux sur feux allumez, mort sur mort amassée.

Mais si ne peut sa gloire estre tant rabaissée. Qu'un arc, une colonne, un portail glorieux N'eschappent la fureur du feu victorieux. Et ne restent entiers quand la flamme est passée.

Ainsi durant les maux que j'ay tant supportez, A la honte d'Amour et de vos cruautez. Depuis que par vos yeux mon ame est retenue ;

En dépit du malheur contre moy com*uré. Mou cœur inviolable est toujours demeuré. Et ma foy jusqu'icy ferme s'est maintenue.

Celle qui de mon mal ne prend point de soucy, Comme si de ses yeux il n'avoit sa naissance, Se rit de mes douleurs, si tost que je commance A me plaindre, en pleurant, de son cœur endurcy.

J'ay beau m'humilier et luy crier mercy, Mercy de l'aimer trop (car c'est ma seule offense), Elle en est plus rebelle, et se plaist que je pense Qu'un courage si fier ne peut estre adoucy.

Ce n'est pas toutesfois ce qui plus me tourmente, Car sa rigueur m'est douce et mon mal me contente. Voyant mes beaux vainqueurs, ses yeux que j'aime tant.

Je me plains seulement de voir que la cruelle Ne croit pas que je l'aime et m'appelle inconstant, Ou dit que mes ennuis viennent d'autres que d'elle.

16i LES AMOURS I) HIPPOLYTE.

Pour trébucher cent fois, foudroyé, désolé, Je ne puis Toir chetif la fin de mon envie.

Soucy chaud et glacé, que la crainte a fidt naistrt^. Et qui, craignant plus fort, devient plus violant, Et pendant que la flamme et le gel va meslant, Troubles, pers et détruis tout ce qu*amour fût croistre :

Puis qu'en si peu de tans tu t'es rendu mon maistre/- De cent chaudes fureurs mon esprit martelant, Va, retourne au Ck)cyte et me laisse dotant, Comme un tigre enragé de ma chair me refiaistre.

Sur les glaces d'enfer passe, entre raille ennuis, Sans lumière tes joui*s et sans sommeil tes nuits, Non moins troublé du faux que des seures nouvelles.

Va t'en : tout ton venin est entré dedans moy. Je n'ay point d'autre sang ; helas I doncque pourquoy Ne viens-tu retroubler par ces larmes cruelles?

EspouN-antable nuict, qui tes cheveux noircis Cou\Tes du voile obscur des ténèbres humides. Et, des antres sortant, par tes couleurs livides De ce grand univers les beautcz obscurcis;

Las I si tous les travâîux par toy sont adoucis Au ciel, en terre, en l'air, sous les marbres liquide^, Or' que dedans ton char le Silence lu guides. Un de tes cours entiers enchante mes soucis.

Je diray que tu es du ciel la fllle aisnée, Que d'astres flamboyans ta teste est couronnée. Que tu caches au sein les plaisirs gracieux ;

Des amours et des jeux la ministre fidelle, Des mortels le repos : bref, tu seras si belle, Que les plus luisans jours en seront envieux*.

Quand je voy flamboyer cette heureuse planette, De notice âge imparfait l'admirable ornement;

< liiiilC- d'un sonn«t italien qui débute par ces vers :

OiTida noite, che, rincbiuso il negro Crin sotto *1 vel del Tumide lenebre, I>a soUera esci, e di color funèbre Ainmanti il mondo e spof lilo d'ïdl^ro*

LES AMOURS t> UiPPOLYTE. 163

Bien que mon cœur d'ailleurs n'altende allégement, Si faut-il que de crainte à trembler je me mette.

Car ainsi comme on voit la fatale comète, Flambante en longs cheveux, n'apparoir nullement Sans la mort d'un monarque, ou sans un changement, Quand quelque seigneurie est près d'estre sujette.

De mesme, helas ! je crain que ce divin flambeau De ma foible raison présage le tombeau, Ou qu'au moins je verray ma liberté restraindre.

J'ay peur qu'en pire estât on me fasse changer. Mais, û moy désolé 1 j'en suis hors du danger. J'ay tant et tant de maux, que plus je ne doy craindre.

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