POUR UN MAL D'YEUX
Que je vous plains, ô mes beaux adversaires l Astres divins, roys des cœurs et des yeux. Venus jalouse et le soleil des cieux Cachent le jour de vos flammes si claires.
L'aveugle enfant dont ma peine est venue, De son bandeau vos rayons tient cou vers ; Mais leur clarté luit et flambe au travers, Comme un éclair se fait jour par la nué.
Phœbus, Amour ou Gyprine la belle De vos beaui yeux n'obscurcit la couleur ; Non, c'est le ciel, touché de ma douleur, Qui veut punir leur mauvaistié cruelle.
Car sa faveur ne leur avoit donnée, Tant de clartez, tant d'amours, tant d'appas. De traits, d'attraits, pour causer mon trespas, Drûlant une ame à vos loix destinée.
Repentez-vous, et, changeant de pensée, Soyez plus douce au cœur qui n'est qu'à vous ; Tout aussi-tost le ciel vous sera doux. Chassant le mal dont vous estes pressée.
0 ciel clément I si juste est ma prière,
* Imité d'un sonnet italien qui commence par cette strophe :
Poi ch' bai del sangue mio sete si ardente, E, perch' io mora, o morte acerba e ria, Sei mossa per ferir la Donna raia Con velenoso slral fiero e pungente.
mid CLEOKICE.
Guary sa veuè et luy blesse le cœur, Nesme à ses yeux donne plus de lumière, A celle fin de mieux voir ma langueur.
La beauté de nostre âge à nulle autre égalée, Par qui le roy des cœurs son empire maintient, Languit dedans un lict, et la cour désolée En crainte attend la fin du mal qu'elle soustient.
Amour, que penses-tu? quel bois, quelle vallée De Cypre ou d'Amathonte en ce tans te retient? Ne connois-tu, pau\Tet, que son mal t'appartient, El que ta destinée en la sienne est meslée?
Nous devons bien tous deux avoir l'esprit transi Fil ce courroux du ciel, qui nous menace ainsi De voir dés le matin nostre clarté ravie.
D'autant que si ce mal d'elle est victorieux. Tu perdras ton empire et je perdray la vie : Car mon cœur et tes traits logent dedans ses yeux.
STANCES
En fin les dieux bénins ont exaucé mes cris ! La beauté qui me blesse, et qui tient mes espris
En langueui* continué, Languit dedans un lict d'un mal plein de riguem* ; Son beau teint devient palle, et sa jeune vigueur Peu à peu diminue.
Plus grand heur en ce tans ne pouvoit m' advenir; Une heure en son logis on ne Teust sçcu tenir,
Elle eust fait cent voyages, Aux festins, aux pardons d'un et d'autre costé. Et chacun de ses pas au cœur m'eust enfanté Mille jalouses rages.
Pour le moins tant de jours qu'au lict elle sera Nonchalante de soy, ma firayeur cessera ;
Car ceux qui me font crainte, D'approcher de son lit n'auront pas le pouvoir, Et peut-estre le tans qu'ils seront sans la voir Rendra leur flamme esteinte.
Mais, las ! une autre peur va mon cœur désolant I Je voy qu'elle affoiblit, et son mal violant
D'heure en heure prend ame :
La force luy défaut à si grande douleur, Les roses de son teint n'ont pas tant de couleur, Ny ses yeux tant de flame.
CLEONICE. i07
Eli bien! elle mourra. M'm faut-il tourmenter? lUcn de mieux en ce tans je ne puis souhaiter ;
Car s'elle m'est ravie, Et que pour tout jamais son œil me soit couvert, Mon cœur a tant d'emiuis ne sera plus ouvert, Sa mort sera ma vie.
Je n'auray plus l'esprit de furcui*s embrasé, Mou lict ne sera plus si souvent arrosé,
Et la nuict solitaire Ne m'orra tant de fois les hauts cieux bUsphemer, >i la loy des destins qui me force d'aimer. Quand moins je le veux faire.
Si tost que son beau corps sera froid et transi, Sur le point de sa mort je veux mourir aussi,
La sentence est donnée ; Car ma vie à l'instant de regret finira. Ou par glaive ou poison du corps se bannira Mon ame infortunée.
Avec ce dernier acte à tous je feray voii' Que moy seul, en vivant, meritoy de l'avoir
Pour mon amour fidelle :
Car de tant de muguets, qui l'aiment feintement. Je suis seur que pas un, fors que moy seulement, Ne se tûra pour elle.
Tous mes maux prendront cesse en ce commun trespas. Je ne doutcray * plus que jamais icy bas.
Son cœur de moy s'estrange ; Et j'aime trop mieux voir nostre mort arriver Que, si vivans tous deux, je m'en voyois priver Par un malheureux change.
0 mort, haste-toi donc! fay ce coup glorieux, Et (le ton voile obscur couvre les plus beaux yeux
Que jamais fil nature :
Sépare un clair esprit d'un corps pai'fait et beau. fu mettras avec elle Amour et son flambeau Dedans la sépulture.
Las! en parlant ainsi, je sens soudainement lu spasme, une foiblesse, un morne estonnemeut,
Qui pallit mon visage ; Ma langue s'engourdit, mes yeux sont pleins d'horreur; Puis en moy revenu, despitant ma fureur, De ces mots je m'outrage :
0 méchant que je suis, ingrat et malheureux ! Je ne mérite pas d'ostre dit amoureux,
(.rniiKirai.
HÛH CLEONICE. {
J'ay l'aïuc trop cruelle : I
Chacun veut de sa dame allonger le destin, 1
Et nioy je fay des vœux pour avancer la fin |
D'une qui m'est si belle. ;
Il faut bien que la rage ait pouvoir dedans moy, j
Et que le troublement, qui me donne la loy,
Soit d'une estrange sorte, ^ I
Quand, vivant tout en vous, ô mon mal bien-aimé! 1
K'ayant jour que de vous, par vous seule animé, I
Je vous souhaite morte.
Mais plustost les hauts deux et tous les élemens,
Soient remis pelle-melle en confus broûillemens, ;
Le sec avec l'humide :
Puissent tous les humains sans remède finir, Ains que je voye. helas 1 vostre mort advenir, .
0 ma belle homicide ! Il est \Tay que pour vous j'ay beaucoup enduré. J'ay porté le regard et l'esprit égaré,
J'ay eu la couleur sombre : |
J'ay pleuré, j'ay crié, mais souvent sans raison, Car j'estoy si troublé de jalouse poison. Que je craignoy mon ombre.
Puis quand tous ces soucis pour vous m'iroient suivant. Encore aux ennemis on pardonne souvant,
Quand leur fin est prochaine ; Joint qu'un trait de vos yeux doucement élancé, i
Et vos propos si doux m'ont trop recompensé \
De tant et tant de peine.
0 dieux, qui d'icy bas les destins gouvernez. Et qui des supplians les malheurs destoumez,
Oyez ce que je prie!
Rendez saine ma dame avec un pront secours, Et, s'il en est besoin, retranchez de mes jours Pour allonger sa >ie.
Et toy, dieu cynthien, qui fais tout respirer, '
Si dès mes jeunes ans on m'a mi t'adorer.
Viens alléger ma damé; Chasse au loin sa langueur, rens luy son teint vermeil ; Soleil, tu aideras à cet autre soleil.
Qui esclaire en mon ame.
Que ne suis-je endormy durant l'obscure nuict, Qui retient mon aurore et la cache à ma vue ! 0 plaisir peu durable l ô douleur mal prévue !
CLEONICE. «<>!>
Certes l'henr des humains comme un songe s'enfuit.
L'image de ma perte en tous lieux me poursuit, Et du plaisir passé le souvenir me tuô. Las ! divine beauté, qu*estes-vous devenue? Je suis par vostre éclipse en ténèbres réduit.
Je ne sçay que je fay, je ne sçay que je pense ; Si fay, je pense en vous, dont l'ennuyeuse absence Me laisse accompagné de regret et d'esmoy.
Sans cœur, sans mouvement, transi, muet et blesme, Revenez donc, mon tout, pour me rendre à moy-mesme; Car, en vous esloignant, vous m'ostastes à moy.
DO PREMIER JOUR d'octobre.
Amour, s'il t'en souvient, c'est la troisième année, Le jour mesme et le point qu'à toy je Ais soumis, Et que le beau désir d'un bien qui n'est permis Rendit ma liberté de nouveau r'enchainée.
llelas ! à quels travaux ma vie est condamnée i Je semé au vent mes cris, sans espoir je gémis, Mes yeux trop désireux, ce sont mes ennemis, Ma nef sans gouvernail s'égare abandonnée.
Dieux ! qu'une grand' beauté de grands maux me causa ! Mon snng se gela tout, mon esprit s'embrasa. Je perdy la raison, la force et le courage;
Je devins papillon à ses yeux me brûlant, Je vcscu salemandre en feu si violant, Kt fus caméléon à l'air de son visage.
<:t>^se, ô maudite mainl cesse, esprit insensé I Trop pronts à mes malheurs, d'inventer et d'écrire, Puis que l'œil qui me tient esclave à son empire, De vos labeurs s'offense et se rend courroucé.
Qnnnd des flammes d'Amour je seray trop pressé, S'il faut pour n'estouffer qu'en mes vers je soupire, Plaignons tant seulement l'aigreur de mon martire, Kt taisons de tout point celle qui m'a blessé.
Encor, pour n'irriter cette fiere déesse, La nuict, seul à mon lict, j'ouvriray ma tristesse, Escrivant et tirant de mes yeux maint ruisseau ;
Et oc lict, seul témoin de mes maux incurables,
fiO CLEONICK.
Sera (te tant d'escrits, mes enfiins miserablts, Tout en un mesme tans la tombe et le berceau.
Puissent tousjours durer les ennuis si cuisans, Dont ma bouche aux regrets sans relâche est contrainte, Puis qu'il semble à mon ame, en cent chaînes estrainte, Que sa rame et ses fers n'en sont pas si pesans.
La nuict est ma lumière, et mes jours plus luisans, Ce sont tristes horreurs, pleines d'ombre et de crainte; Mon repos gist à faire une étemelle plainte, Et les Ueux de plaisir me sont tous déplaisans.
Ne me laisse donc point, ô dolente pensée ! Renais ainsi qu'une hydre en mourant renforcée, Et ne souffre mon œil de larmes s'épuiser.
Car d'ennuis et de pleurs sans plus je me contente, Le soupirer m'est paix : aussi c'est mon attente, Que l'extrême soupir seul me doit appaiser.
Vers, engeance maudite, ingrate à vostre maistre, Qui serviez d'affoler mon esprit langoureux, Et qui par vostre son, plus ou moins douloureux, Faisiez de mon estât la fortune connoistre ;
Puis que des ceps d'Amour la raison me dépestre. Et le pouvoir tyran d'un œil trop rigoureux. Vous serez la victime, ô mes vei-s malheureux ! Pour ofiQrir au démon, qui libre me fait estrc.
Amour, au lieu du cœur qui t'estoit immolé, Tien, brûle ces papiers ; tu l'as assez brûlé ! Passe icy ton courroux, je t'offre ame pour ame.
Ils sont enfans du cœur, respirans et vivans, Et ne font qu'estonner tes fldelles servans. Se plaignant sans cesser des rigueurs de ta flame.
Puis que tous les malheurs sont pour moy destinez. Puis qu'avec le desdain ma constance est forcée. Puis que ma foy se voit d'oubly recompensée. Et mes yeux pour jamais à pleurer condanmez,
Je te sacre, ô Vnlcan ! ces vers infortunes, Geste main malheureuse et ceste ame insensée. Vange-moy de moy-mesme, et ta flamme élancée
OLIONIQB. ftl
Fasse que prontement ils soient exterminez.
Mais je me doute fort que ces vers et ceste ame, Accoustumez au feu, ne craignent point ta flame, Et que tous tes efforts n'y profitent de rien.
Brûle sans plus les vers et la main malheureuse, Dieu Vulcan, si tu peux; quant à l'ame amoureuse, Laisses en faire Amour, il la brûlera bien.
Je verray par les ans, Tongeurs de mon martire, Que l'or de vos cheveux argenté deviendra, Que de vos deux soleils la splendeur s'esteindra, Et qu'il faudra qu'Amour tout conftis s'en retire.
La beauté qui, si douce, A présent vous inspire, Cédant aux lois du tans, ses favsurs reprendra ; L*hyver de vostre teint les fleurettes perdra, Et ne laissera rien des thresors que j'admire.
Cet orgueil desdaigneux qui vous fait ne m'aimer. En regret et chagrin se verra transformer. Avec le changement d'une image si belle»
Et peut estre qu'alors vous n'aurez déplaisir De revivre en mes vers, chauds d'amoureux deiir, Ainsi que le phénix au feu se renouvelle.
Cent fois tout courroucé de voir que mea etorif N'ont peu rendre A m'aimer vostre cœur plus faciU : Jetions, ce dy-je, au feu cet ouvrage inutile, Aux destins de son maistre il doit estre comprit.
Puisque tant de labeurs, de soupirs et de cris» Tous ont esté semez en terroir infertile, J'en veux brûler l'histoire et suivre un autre stile. Ce n'est que trop chanté d'Amour et de Cypris.
Vostre injuste rigueur me pousse à cet outrage; Mais de les mettre au feu je n'ay pas le courage, Voyant vostre beau nom en mille endroits semé.
Donc qu'ils restent vivans, puisque la mesmt flame Feroit aussi mourir les honneurs de ma dame. Il suffit que sans eux je sois seul consommé*.
< Imité d'un sonnet ilalien qui commence par cette stfephe : S' alcuna voila avien ch' io arder lent« Le rime mie, che sensa haver glovattt A porre in voi pietà, m' hanno acquIstatOt '
m thê tenu fUtuhi, odio prsteiite.
fiO CLEONICK.
Sera (te tant d'escrits, mes enfiins miserablts, Tout en un mesme tans la tombe et le berceau.
Puissent tousjours durer les ennuis si cuisans, Dont ma bouche aux regrets sans relâche est contrainte, Puis qu'il semble à mon ame, en cent chaines estrainte, Que sa rame et ses fers n'en sont pas si pesans.
La nuict est ma lumière, et mes jours plus luisans, Ce sont tristes horreurs, pleines d'ombre et de crainte; Mon repos gist à faire une étemelle plainte, Et les lieux de plaisir me sont tous déplaisans.
Ne me laisse donc point, ô dolente pensée ! Renais ainsi qu'une hydre en mourant renforcée, Et ne soufflre mon œil de larmes s'épuiser.
Car d'ennuis et de pleurs sans plus je me contente, Le soupirer m'est paix : aussi c'est mon attente, Que l'extrême soupir seul me doit appaiser.
Vers, engeance maudite, ingrate à vostre maistre, Qui serviez d'affoler mon esprit langoureux. Et qui par vostre son, plus ou moins douloureux, Faisiez de mon estât la fortune connoistre ;
Puis que des ceps d'Amour la raison me dépestre, Et le pouvoir tyran d'un œil trop rigoureux, Vous serez la victime, ô mes vei's malheureux ! Pour offitir au démon, qui libre me fait estre.
Amour, au lieu du cœur qui t'estoit immolé, Tien, brûle ces papiers ; tu l'as assez brûlé ! Passe icy ton courroux, je t'offre ame pour ame.
Ils sont enfans du cœur, respirans et vivans. Et ne font qu'estonner tes fldelles servans. Se plaignant sans cessa* des rigueurs de ta flame.
LU
Puis que tous les malheurs sont pour moy destinez. Puis qu'avec le desdain ma constance est forcée. Puis que ma foy se voit d'oubly recompensée. Et mes yeux pour jamais à pleurer condamnez,
Je te sacre, ô Ynlcan ! ces vers infortunes, Geste main malheureuse et cette ame insensée. Vange-moy de moy-mesme, et ta flamme élaiiçée
OLIONIGB. ttl
Fasse que prontement ils soient exterminez.
Mais je me doute fort que ces vers et ceste ame, Accoustumez au feu, ne craignient point ta flame, Et que tous tes efforts n'y profitent de rien.
Brûle sans plus les vers et la main malheureuse, Dieu Vulcan, si tu peux; quant à l'ame amoureuse, Laisses en faire Amour, il la brûlera bien.
Je verray par les ans, Tongeurt de mon martire. Que l'or de vos cheveux argenté deviendra, Que de vos deux soleils la splendeur s'esteindra, Et qu'il faudra qu'Amour tout confus s'en retire.
La beauté qui, si douce, A présent vous inspire. Cédant aux lois du tans, ses favaurs reprendra ; L*hyver de vostre teint les fleurettes perdra. Et ne laissera rien des thresors que j'admire.
Cet orgueil desdaigneux qui vous fait ne m'aimer. En regret et chagrin se verra transformer, Avec le changement d'une image si belles
Et peut estre qu'alors vous n'aurez déplaisir De revivre en mes vers, diauds d'amoureux deiir. Ainsi que le phénix au feu se renouvelle.
LXIH
Cent fois tout courroucé de voir que mes etarii N'ont peu rendre A m'aimer vostre cœur plus hàiê : Jettons, ce dy-je, au feu cet ouvrage inutile, Aux destins de son maistre il doit estre comprit.
Puisque tant de labeurs, de soupirs et de cris, Tous ont esté semez en terroir infertile. J'en veux brûler l'histoire et suivre un autre stile. Ce n'est que trop chanté d'Amour et de Cypris.
Vostre injuste rigueur me pousse à cet outrage; Mais de les mettre au feu je n'ay pas le courage. Voyant vostre beau nom en mille endroits semé.
Donc quMls restent vivans, puisque la mesma flame Feroit aussi mourir les honneurs de ma dame. Il suffit que sans eux je sois seul consommé*.
Imité d'un sonnet italien qui commence par cetta slf^^ : S' alcuna volta avien ch' io arder lente
Le rime mie, cbç sensa baver glovattt A porre in voi pieti, m' hanno acquistato. m che teiaa fUtu^, odte prsseiita.
fiO CLEONICK.
Sera de tant d'escrits, mes enfiins miserablts, Tout en un mesme tans la tombe et le berceau.
Puissent tousjours durer les ennuis si cuisans, Dont ma bouche aux regrets sans relâche est contrainte, Puis qu'il semble à mon ame, en cent chaînes estrainte, Que sa rame et ses fers n'en sont pas si pesans.
La nuict est ma lumière, et mes jours plus luisans, Ce sont tristes horreurs, pleines d'ombre et de crainte; Mon repos gist à faire une étemelle plainte, Et les Ueux de plaisir me sont tous déplaisans.
Ne me laisse donc point, ô dolente pensée ! Renais ainsi qu'une hydre en mourant renforcée, Et ne soufflre mon œil de larmes s'épuiser.
Car d'ennuis et de pleurs sans plus je me contente. Le soupirer m'est paix : aussi c'est mon attente, Que l'extrême soupir seul me doit appaiser.
Vers, engeance maudite, ingrate à vostre maiftre, Qui serviez d'affoler mon esprit langoureux, Et qui par vostre son, plus ou moins douloureux. Faisiez de mon estât la fortune connoistre ;
Puis que des ceps d'Amour la raison me dépestre, Et le pouvoir tyran d'un œil trop rigoureux, Vous serez la victime, ô mes vei's malheureux ! Pour offitir au démon, qui libre me fait estrc.
Amour, au lieu du cœur qui t'estoit immolé. Tien, brûle ces papiers ; tu l'as assez brûlé ! Passe icy ton courroux, je t'offre ame pour ame.
Ils sont enOms du cœur, respirans et vivans. Et ne font qu'estonner tes fldelles servans, Se plaignant sans ceaaer des rigueurs de ta flame.
Puis que tous les malheurs sont pour moy destinez, Puis qu'avec le desdain ma constance est forcée. Puis que ma foy se voit d'oubly recompensée, Et mes yeux pour jamais à pleurer condamnez,
ie. te sacre, ô Yulcan ! ces yen infortunes. Geste main malheureuse et ceste ame insensée. Vange-moy de moy-mesme, et ta flamme élaiiçée
OLIORiai.
Fasse qae prontement Us sdent eztermmei«
Mais je me doute fort fut ees vers et ceste ame, Aocoustumes au feu, ne craignent point ta flame, Et que tous tes efforts m*f proAtent de rim.
Brûle sans plus les lêta et la main maUieurmut, Dieu Yulcan, si tu peuz; «tuant à rame anioUMUse, Laisses en ûûre Amour, il la brAlera bieii.
Je verray par les aai, fngtun de mon martirt, Que l'or de vos cheveui argenté devindra» Que de vos deuk soleils la spkndeur s'esteindra. Et qu'il faudra qu'Amour tout conftis s'en retire.
La beauté qui, si douée» A prêtent vous in^ire, Cédant anz lois du tant, att fli««art reprtndm ; Uhyver de vottre teint Itt fleurattat perdra, Et ne laissera rien des thresors que j'admire.
Cet orgueil desdaigneuz qui vous fttit ne m'aimer, En. regret et chagrin se verra transformer, Avec le changement d'une image si belle»
Et peut estre qu'alors vous n'aurei déplaisir De revivre en mes vers, obauds d'ameureni ditir. Ainsi que le phénix au fim se renouvelle.
Cent fois tout Murroocé de voir qat mtt titrit N'ont peu rendre A m'aimer vostrt OMur plit tÊOÛê : Jettons, ce dy-ie, tu ftn eet ouvAg» imtil^ Aux destint de aon maittre il doit ettrt eemprit*
Puisque tant de labeurs, de soupirs et de cria» Tous ont etté semei en terroir infertile» J*en veux brAler l'histoire et suivre un autre tttte. Ce n'est que trop chanté d'Amour et de Gypris.
Tostre injuste rigueur me pousse A cet outrage ; Mais de les mettre au feu je n'ay pas le courage, Yoyant vostre beau nom en mille endroits i
Donc qu'ils restent vivans, puiaque la i Feroit aussi mourir les boimeurs de mt dtdWb Il suffit que ttns tnx je toit tenl eontotewé**
« Imité d'un soniMt itafiee qui commance par esUt ttlephl t'alcuat voila avisa ch' ioarder teolê
Fm «■•■■■■ mw, env pvmHi*
trS CLKONICE.
Le serain de mes jours commence à se troubler. Mon esprit délivré retourne à la contrainte, Et Tamoureuse ardeur, que je pensois estainte, Reprend nouvelle vie et se veut redoubler.
Pren garde à toy, mon cœur, mets peinera rassembler Ta raison qui s'égare et fait place à la crainte; Tourne ailleurs tes désirs, sans qu'une œillade fainte De tant de vrays ennuis vienne plus te combla*.
Ne te rembarque point sur une mer de larmes, Meurs plus tost au combat que de rendre les armes, Et que le seul desdain ait pouvoir dedans toy.
Las! je le veux assez, j'y consens, je l'approuve. Je ne sçay quoi pourtant de plus puissant se trouve, Qui derechef m'enchaisne et me donne la loy.
Chercher depuis trois jours à vivre en solitude, Me cachant de tous ceux que j'aimoy paravant; Rêver lorsque je parle et soupirer souvant. Et des livres d'amour faire ma seul^^tude ;
La nuit, me plaindre au lict que la plume est trop rude. Accuser le soleil si lent en se levai^t. Fonder mille desseins sur le sable mouvant, Et n'abhorrer plus tant le nom de servitude;
Repenser cent fois Theure un semblable penser, Pour les ombres du faux la vérité chasser. Me plaindre et ne sçavoir qu'aucun mal je soutienne ;
Trouver comme un nectar mon pleur délicieux, Et n'avoir qu'un image en l'esprit et aux yeux. Font signe «acore en moy de la flamme ancienne.
Beaux yeux, par qui l'Amour entretient sa puissance. Qui vous juge mortels se va trop abusant. Si vous estiez mortels, vostre esclair si luisant Ne me rendroit pas dieu par sa douce influance.
Donc vous estes divins, et tirez vostre essance De l'étemel Amour, l'univers maîtrisant.
Mais d'où vient, s'il est vray, vostre feu si cuisant? Car ce qui vient du ciel ne peut faire nuisance.
Voilà comme en l'esprit de vous je vay pensant.
CLEÛNIGE. %i%
Puis en fin je resouls que le ciel tout puissant Vous a faits ainsi beaux, clairs, fiers et pitoyables,
Non pas que Tâge ingrat mérite de vous voir, Mais afin de monstrer qu'il a bien le pouvoir De former des soleils plus que Tautre admirables.
Vrais soupirs, qui sortez de la flamme cruelle Dont mon cœur amoureux est ceint de tous costez, Allez, et de vostre air chaudement évantez Ce beau sein où la neige en tous tans est nouvelle.
Faites par vostre ardeur que le firoid se dégelle, Qui nuit au doux printans de ses jeunes beautez, Et puis d'un petit bruit bassement lui contez Combien de fois le jour je vais mourant pour elle.
Vous luy direz ainsi : Nostre esprit enflamé Sort du feu de vos yeux dans un cœur allumé; Il est vostre, madame, et rien ne peut l'estaindre.
Pourtant recevez-nous. — Lors, entrans peu à peu, Faites tant qu'à la fin elle brûle en son feu. Et connoisse à l'essay si j'ay tort de me plaindre *.
LXYIIl
Que d'agréables feux, que de douceurs ameres Retire en mon esprit vostre œil, mon beau vainqueur! Cypre, Paphos, Eryce, Amathonte et Cytheres Ne logent tant d'amours que j'en ay dans le cœur.
Je veux mal aux destins, dont les loix adversaires M'ont si tard fait sentir vostre aimable rigueur ; Le tans vescu devant ne m'estoit que langueur. Et mes plus clairs objets des horreurs solitaires.
A cet heur maintenant bien que tard destiné, Je me vante entre tous l'amant plus fortuné, Et pourveu que le sort ne rompe mes liesses,
Gardez pom' vous le ciel, sainte troupe des dieux, Beuvez vostre nectar, caressez vos déesses I Mortel, je ne seray sur vostre aise envieux.
< Imité d'un sonnet italien qui commence par ces vers : '
Itene, ô miei sospir, ch' accesi in quella Fiamma amorosa siete, ù vive il core, Di oui non sa se in aluro amante Amore Fiù degna accese, o più suave, o bella.
ti4 CLB0MIG8.
LUI
Ma belle et ehere mort, pourquoy me tues-vous, Doutant contre raison de ma foy pure et saintet Helas ! c'est moy, mon cœur, qui seul dois avoir crainte, Quand je vois vos beautez admirables de tous.
Tant d'amours, tant d'attraits, rigoureusement doux, Ce teint, ce ris, ce front où la grâce est emprainte, Et ces beaux nœuds châtains, dont si ferme estrétrainte^ Sont assez de sujets pour me rendre jaloux.
Laissez-moy donc tout seul avaller ce bruvage, Et croyez qu'en l'esprit je n'ay que vostre image. Je la sers, je l'adore, à toute heure, en tous lieux.
Je jure vos beautez et vos grâces parfaites, Que je ne suis plus rien que tel que vous me faites Et que je vy s^ns plus comme il plaist à vos yeux.
Helas 1 que faut-il que je fasse PoûF monstrer quel est mon amour, Quand brûlant pour vous nuict et jour, Vous pensez que je sois de glace ?
Afin d'avérer toute fainte.
Ouvrez mon cœur que vous avez.
Et mes vœux plus ne recevez Si dedans vous n'estes emprainte.
Mais, pour y graver autre image, Le trait d'Amour n'est assez fort :
EUe y sera jusqu'à la mort, Bt plus, s'il se peut davantage.
Mes désirs de vous prennent vie.
Et cet heur les rend glorieux ; Asseurez moy de vos beaux yeux.
Amour et Venus je defQe.
Il a bien fiiUu, ma déesse.
Que mon cœur fùst de diamant.
Pour durer au feu vehemant Et aux coups de vostre rudesse.
Non, il n'en est point sur la terre Qui garde en l'espril tant de foy; Je n'ay rien firagile de moy, Que mes courroux qui scmt de verre.
CLE0N1G<. tiH
Vous m'avez tant appriç à languir misérable, Je suis à vos courroux si fort accoustumé, Que, quand aucunes fois vous m'estes favorable, Je ne puis m'asseurer d'estre de vous aimé.
Mon cœur tremble tousjours, bien qu'il soit enflamé Et qu'il brûle en hyver d'une ardeur incroyable; Ma foy, comme mon mal, en tous tans est durable, " Mais des ailes d'Amour mon bien est emplumé.
Les heures sans vous voir me sont longues années, Les ans que je vous voy me sont courtes journées, Prez et loin toutesfois je meurs d'aflfection.
Je pleure et suis contant, je m'asseure et soupire, Ne sçachant que je veux, je sçay que je désire, Et l'heur comme l'ennuy me donne passion.
Se fascher des propos d'un amant courroucé, A qui l'accez du mal fait tenir ce langage; Et prendre garde à luy comme s'il estoit sage. Monstre que vostre esprit d'amour n'est point blessé.
Las I nostre égal désir en vous estant cessé, Tousjours plus ardamment me dévore et saccage ; Et c'est ce qui m'affole et me comble de rage De voir vostre cœur libre et le mien enlacé.
Encore, au lieu de m'estre et douce et salutairCi Vous mettez sans pitié le feu dans mon ulcère, Et contre un furieux vous entrez en courroux.
Las ! par trop vous aimer j'ay cette frenaisie ; Tousjours l'excez d'amour se change en jalousie. Quand j'aime tièdement, je ne suis point jaloux*
Las ! tempérez un peu ce despit embrasé, '
Uui fait naistre en mon cœur tant d'émeutes soudaine!. Les ûertez de vostre œil ne sont moins inhumaines Que douce est sa lueur, lors qu'il est appaisé.
Quel serment, non de pleurs, mais de sang arrosé. Peut rendre en vous servant mes paroles certaines. Puis qu'avec tant de foy, de constance et de peines, Vous croyez que mon cœur soit traistre et déguisé?
Si j'aime autre que vous, qu'en vivant je languMie,
216 CLBÛNICE.
Et qu'après mon trespas le plus cruel supplice
Qui soit dans les enfers semble trop doux pour moy.
Las! je n'aime que tous, ny ne le sçauroy foire : Soyez donc aussi pronte à guerdonner ma foy, Comme Tostre rigueur fut pronte à me desfaire.
Qu'on ne me prenne pas pour aimer tiedemant, Pour garder ma raison, pour avoir l'ame saine. Si, comme une bacchante, Amour ne me pourmaine Je refuse le titre et l'honneur d'un amant.
Je veux toutes les nuicts soupirer en dormant, Je veux ne trouver rien si plaisant que ma pdne, PTavoir goutte de sang qui d'amour ne soit pleine, Et, sans sçavoir pour quoy, me plaindre incessammanL
Mon cœur me desplairoit, s'il n'estoit tout de flame; L'aise et le mal d'amour autrement n'ont point d'ame. Amour est un enfant sans prudence et sans yeux.
Trop d'avis et d'égard sied mal à la jeunesse : Aux conseillers d'estat je laisse la sagesse. Pour m'en servir comme eux, lors que je seray vieux.
Le jour malencontreux que mon ame peu sage Joua pour un regard l'aise et la liberté, Je ne me doutoy pas qu'une jeune beauté Recelast un cœur double, inQdelle et volage.
Les serpens venimeux, naiz pour nostre dommage Au lieu plus chaud d'Afrique et plus inhabité, Dès le premier abord font voir leur cruauté ; L'œil et le port des ours est témoin de leur rage ;
Le contraire en vous seule a trahi mon repos, Car vos gestes si doux, vos yeux et vos propos Ne respirent que joye et douceur amiable.
Je te puis, ô Nature I à bon droit accuser : Tu luy devais donner, pour ne nous abuser, Ou le cœur plus bénin, on l'œil plus effroyable.
Nuict, mère des soucis, cruelle aux affligez. Oui fait que la douleur plus poignante est sentie, Pourcc que l'ame alors n'estant point divertie. Se donne toute en proie aux pensers enragez.
CLEONICE. tn
Autre-fois mes travaux tu rendois soulagez, Et ma jeune ftireur sous ton ombre amortie ; Biais, helas I ta faveur s'est de moy départie, Je sens tous tes pavots en espines changez.
Je ne sçay plus que c'est du repos que tu donnes; La douleur et l'ennuy de cent pointes félonnes M'ouvrent l'ame et les yeux, en ruisseaux transformez.
Apporte, ô douce nuict ! un sommeil à ma vie, Qui de fers si pesans pour jamais la deslie Et d'un voile étemel mes yeux tienne fermez.
Ghere et chaste déesse, honneur de ces bas lieux, Orient de mon ame, astre de ma pensée, Pourquoy tant de saisons tenez-vous éclipsée Sur mon seul horizon la ciairté de vos yeux?
Quel horrible péché me fait hayr des cieux? Qu'ay-je fait, qu'ay-je dit pour vous rendre offensée? Ah ! s'il m'estoit permis, j'ai l'ame si pressée, Que je maudirois tout, et déesses et dieux.
Apres m'avoir purgé de toute amour volage, Apres avoir marqué mon cœur de vostre image, Gomme estant trop à tous, vous l'avez reijetté.
Fut-ii onc dans le ciel delté si cruelle, Qui peut avoir en haine un cœur n'adorant qu'elle Et mespriser le temple où son nom est chanté?
0 foy ! qui dans mon ame as choisi ta retraitte, Ne trouvant autre part nul séjour asseuré En ce siècle infldelle, où le monde égaré Avec rage et mespris t'offence et te rejette;
Si durant que le ciel plus rudement me traitte. Et quand je pers le bien par mérite espéré. Mon esprit de constance est plus fort remparé Et rend à sa vertu la fortune sujette.
Déesse, en ma faveur, veille soigneusement A conserver ma flamme ardant incessamment I Fay qu'elle s'entretienne et ne soit consommée ;
Car, quand le feu d'amour dedans moy s'estdndra. Ma vie au mesme instant tout à coup defaudra : Dans ce tison fatal ma Parque est enfennée.
216 CLBÛNICE.
Et qu'après mon trespas le plus cruel supplice
Qui soit dans les enfers semble trop doux pour moy.
Lasl je n'aime que vous, ny ne le sçauroy foire : Soyez donc aussi pronte à guerdonner ma foy, Comme Tostre rigueur fut pronte à me desfoijre.
Qu'on ne me prenne pas pour aimer tiedemant, Pour garder ma raison, pour avoir l'ame saine. Si, comme une bacchante, Amour ne me pourmaine Je refuse le titre et l'honneur d'un amant.
Je veux toutes les nuicts soupirer en dormant, Je veux ne trouver rien si plaisant que ma peine, PTavoir goutte de sang qui d'amour ne soit pleine, Et, sans sçavoir pour quoy, me plaindre incessammanL
Mon cœiu> me desplairoit, s'il n'estoit tout de flame; L'aise et le mal d'amour autrement n'ont point d'ame. Amour est un enfant sans prudence et sans yeux.
Trop d'avis et d'égard sied mal à la jeunesse : Aux conseillers d'estat je laisse la sagesse, Pour m'en servir comme eux, lors que je seray vieux.
Le jour malencontreux que mon ame peu sage Joua pour un regard l'aise et la liberté. Je ne me doutoy pas qu'une jeune beauté Recelast un cœur double, inQdelle et volage.
Les serpens venimeux, naiz pour nostre dommage Au lieu plus chaud d'Afrique et plus inhabité. Dés le premier abord font voir leur cruauté ; L'œil et le port des ours est témoin de leur rage;
Le contraire en vous seule a trahi mon repos. Car vos gestes si doux, vos yeux et vos propos Ne respirent que joye et douceur amiable.
Je te puis, ô Nature I à bon droit accuser : Tu luy devais donner, pour ne nous abuser, Ou le cœur plus bénin, ou l'œil plus effiroyable.
Nuict, mère des soucis, cruelle aux affligez, Oui fait que la douleur plus poignante est sentie, Pource que l'ame alors n'estant point divertie, Se donne toute en proie aux pensers enragez.
CLEONICE. M?
Auti*e-fois mes travaux ta rendois soulagez, Et ma jeune fureur sous ton ombre amortie ; Mais, helas I ta faveur s'est de moy départie, Je sens tous tes pavots en espines changez.
Je ne sçay plus que c'est du repos que tu donnes; La douleur et l'ennuy de cent pointes félonnes M'ouvrent l'ame et les yeux, en ruisseaux transformez.
Apporte, ô douce nuict ! un sommeil à ma vie, Qui de fers si pesans pour jamais la deslie Et d'un voile étemel mes yeux tienne fermez.
Chère et chaste déesse, honneur de ces bas lieux, Oiient de mon ame, astre de ma pensée, Pourquoy tant de saisons tenez-vous éclipsée Sur mon seul horizon la claîrté de vos yeux?
Quel horrible péché me fait hayr des cieux? Qu'ay-je fait, qu'ay-je dit pour vous rendre offensée? Ah ! s'il m'estoit permis, j'ai l'ame si pressée, Que je maudirois tout, et déesses et dieux.
Apres m'avoir purgé de toute amour volage. Apres avoir marqué mon cœur de vostre image, Comme estant trop à ^ous, vous l'avez rejette.
Fut-il onc dans le ciel deïté si cruelle. Qui peut avoir en haine un cœur n*adorant qu'elle Lt mespriser le temple où son nom est chanté?
0 foy ! qui dans mon ame as choisi ta retraitte, Ne trouvant autre part nul séjour asseuré En ce siècle infldelle, où le monde égaré Avec rage et mespris t'offence et te rejette;
Si durant que le ciel plus rudement me traitte, Et quand je pers le bien par mérite espéré. Mon esprit de constance est plus fort remparé Et rend à sa vertu la fortune sujette.
Déesse, en ma faveur, veille soigneusement A conserver ma flamme ardant incessamment! Fay qu'elle s'entretienne et ne soit consommée ;
Car, quand le feu d'amour dedans moy s'esteindra. Ma vie au mesme instant tout à coup defaudra : Dans ce tison fatal ma Parque est enfermée.