‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 96 sur 259 · SIS · texte numérisé non relu

SIS

CLEONICE.

LXXVIU

En moy seul la douleur au tans fait résistance. Et lors que par raison je tâche i la douter, Ainsi qu'un grand torrent que l'on pense arrestei Elle rompt la chaussée et croist en violance.

Poignante, aspre, importune et Ûere souvenant Veux-tu donc nuict et jour mon esprit tourment Pour Dieu ! cesse un petit, sans me représenter Un bien dont pour jamais j'ay perdu l'espérance

Et toy, mon triste cœur, d'infortunes comblé, .Vaguere si serain, maintenant si troublé, Yoy comme en tous nos faits l'inconstance se jou

Apres l'aise et le bien, les ennuis ont leur toui Reconforte toy donc, apprenant que d^ Amour, iNon moins que de Fortune, est légère la roué.

Je ne puy par mes pleurs fléchir vostre coura^ Qu'une erreur bien légère a rendu courroucé, Erreur naissant d'Amour, dont je suis si pressé Que souvent de raison il m'oste tout usage.

Vous me voulex punir comme si j'estoy sage, Et vous le sçavez bien, j'ay l'esprit offençé ; Doit-on avoir égard à un homme insensé, Quand durant sa folie il fait quelque dommage?

J'estoy en mon accez, la fureur me tenoit. Et de vous seulement ce transport me venoit : rf y prenes donc point garde, à ma belle ad versai

Sinon, qu'avançes-vous? je suis si mal traité, Gesné, brûlé, na>Té, désolé, tourmenté, Que plus de nouveau mal voua ne açauriei me ù

Espoir faux et trompeur, qu'après mainte grand De tans et de labeurs à la fin j'ay connu, Cherche un autre que moy pour te voir bien veni Ta fraude en mon endroit est trop fort deoouver

J'ay presque veu seicher ma saison la plus ver Durant que tes appas ont mon cœur détenu, Et tout le beau loyer qui m'en est revenu, Cest qu'à mille regrets ma poitrine est ouverte.

Derechef toutesfois, ô pipeitr eflhmté!

CLBOMICE. M

/u penses rendre encor mon esprit enchanté, Promettant allégeance è ses peûies cruelles.

Mais, pour te croiro plus, trop grande est ma douleur : Pren donc une autre adresse, ou Tardante chaleur De mes justes soupirs te brûlera les ailes*.

Pauvre cœur désolé, qui sans aucune ofifance Voy ta plus chère part de toy se séparer, N'en gemy point si fort, cesse d'en murmurer, Et parmy ces tourmens monstre ta patiance.

Songe au cours de ce monde et à son inconstance, Qui Tait qu'un mesme estât ne se peut asseurer. Peut-estre après les maux qu*on te fait endurer. Le sort te livrera quelque meilleure chance.

Ainsi comme le ciel se tourne la fortune, Le chaud chasse l'hyver, le soleil la nuit brune. Apres l'orage espais le clair tans fait retour.

L'amant, contant n'aguere, or' est plein de fUrie, Et le désespéré s'esjouyst à son tour : Ainsi dessous le ciel toute chose varie.

Mer, qui quelquesfois calme en ton Uet arrestée, Croissant et décroissant, coule paisiblement; l^uis, en changeant de face aussi soudainement, ISe fais voir que furie et colère indontée ;

Tans, qui vas mesurant la carrière hastée De ce grand ciel, premier père du mouvement { Uui mesles tout le monde et fais le ehangement. Sans que de ton pouvoir chose soit exantée;

Soleil sans fin tournant, qui le jour nous dépars. Puis qui nous fais la nuit, retirant tes regards. Et causes des saisons le chaud et la froidure ;

Si mon heur peu durable est pront à s'envoler, y

Voyant vos changemens, je me dois consoler Par la commune loy de l'antique nature.

< Imité d'un sonnet ilalien qui commence par cette strophe :

Speme, che con fallaci e pellegrine Amorose (usinglie il cor m'ac^fueti, Quando, per far miei di serem e Keti, Gerco condorre il mio cordogUo a m».

»0 CLKONICE.

OÙ sont ces chastes feux qui souloient m'esclairer? Qui fait que leur ardeur en vous se diminué? Et cette ferme foy, qu'est-elie devenue, Qui vous faisoit partout saintement révérer?

A quel bien désormais faut-il plus aspirer, Puisque rien icy bas ferme ne continué? Tout n'est que vent, que songe et peinture en la nuë, Qui se passe aussi-tost qu'on s'en pense asseurer.

Las! s'il n'estoit ainsi, quel fleuve d'oubliance, Quel nouveau changement, quelle ire ou quelle offance» En vous de nostre amour perdroit le souvenir?

Non, ce n'estoit d'Amour la flamme ardante et sainte» Vous me monstriez sans plus une lumière fainte, Pour faire après ma nuit plus noire devenir.

Puis donc qu'elle a changé de flamme et de courage, Et que son cœur tout mien s'est ailleurs diverti, Cest à moy maintenant à prendre autre parti, Et, si je l'aimois bien, l'abhorrer davantage.

0 Dieu ! que j'auray fait un désiré naufrage. Et que de ce malheur grand heur sera sorti. Si mon feu, de tout point, se peut rendre amorti Et que des eaux d'oubly je fasse mon bruvage !

Uelas! depuis deux mois que j'y suis résolu, La voyant, je voudroy ne l'avoir point voulu. Et faut que ma raison loin de moy se départe.

Je rchume à longs traits l'amoureuse poison. Hé ! que feray-je donc pour avoir guarison ? Il faut vaincre en fuyant, ainsi que fait le Partlie.

Misérables travaux, vagabonde pensée, Soucis continuels, espoirs faux et soudains, Feintes affections, véritables desdains.

Mémoire qu'une absence a bien tost efihçée;

Vraye et parfaite amour d'oubly recompensée, Avantureux désirs, mais folement hautains. Et vous, de ma douleur messagers trop certaîus. Soupirs qui donnei air à mon ame oppressée;

Quoy ! ces vivantes morts, ces durables enntiis,

CLEONICE. W

Ces jours noirs et troublez, ces languissantes nuits, Tiendront-ils mon esprit en tristesse étemelle ? Me doy-jc donc jamais sentir d'allégement ? Helas ! je n'en sçay rien, je sçay tant seulement Que j'endure ces maux pour estre trop fldelle.

LXXXYI

0 sagesse ignorante! ô malade raison 1 Deshonneur glorieux, asseurance incertaine. Repos plein de travaux, plaisir confit en paine, Dommageable profit, fldelle trahison !

Souris baigné de pleurs, volontaire prison, Mer, qui pour nostre mort nourris mainte Serene, Vent plein de fermeté, fondement sur l'arène, Hyver qui se déguise en nouvelle saison;

Esclair dont le rayon fait aux os violence, Sans que par le dehors il s'en voye apparence ; Desloyale amitié, serment privé de foy ;

Arc, feux, pièges, filets qu'un aveugle sait tendre, Bien-heureux est qui peut contre vous se défendre ! Mais qui s'en peut défendre? Ah Dieu, ce n'est pas moy t

Si je puis déloger l'ennemy trop couvert, Qui se campe en mes os et qui s'y fortifie, Je le dy haut et clair. Venus, je t'ep desfie, Que jamais plus mon cœur aux amours soit ouvert.

La cour, qui m'a tant pieu, ne m'est rien qu'un désert; Tout m'est sigetde dueil, me travaille et m'ennûye; Mes yeux sont degoutans d'une étemelle pluye. Qui fait que sans mourir ma jeunesse se perd.

Si seroit-il bien tans de penser à moy-mesme; Mon œil devient obscur, j'ay le visage blesme. Et plus tant de vapeur n'escume en mes espris.

Je ne veux rien d'Amour, fors qu'il me licencie : Je l'ay suivy dix ans, les plus beaux de ma vie; Je le serviroy mal, ayant les cheveux gris.

LXXXYIII

Chacun nous est contraire et s'oppose à nostre aise. Ceux en qui jusqu'icy j'avois eu plus de foy, Maintenant sans raison se bandent contre moy, Et taschent d'amortir nostre amoureuse braise.

tt2 fiLBONIGË.

LHiD nous veut estonner par ea langue mauvaise, Semé des bruits menteurs, nous menace du roy ; L'autre, ombrageux, s'offense et si ne sçait de ([uoy; L'autre est asseï contant, pourveu qu'il nous déplaise.

L'amour gist en l'esprit qu'on ne peut empemàier : Il n'est huis si gardé, muraille ny rocher, Qui de deux cœui*s unis empesche l'entrevue.

Bien que les corps soient loin, ils peuvent sans cesser Se voir et consoler de l'ame et du penser : Le penser aux amans sert de langue et de vue.

Jamais d'un si grand coup ame ne flit attainte, Jamais cœur ne logea desespoirs si cuisans. Helas! tourmens d'amour, que vous estes plaisans Auprès du chaud regret qui fait naistre ma plainte!

Mais quels fers, quels flambeaux, quelle injuste contrainte, Quels destins conjuré, quelle course des ans, Quel furieux effort, quels propos médisans Me pourroient séparer de vostre amitié sainte?

En ce malheur cruel bien-heureux j'eusse esté, Si de nuire à moy seul il se fust contenté ; Mais il touche à ma dame, ha ! je meurs quand j'y pense!

0 venimeux rapports I ô cœurs malicieux ! Je diray, si bien-tost je n'en voy la vengeance, Qu'il n'y a dans le ciel ny justice ny dieux.

Qu'on m'arrache le cœur, qu'on me fisse endurer Le feu, le fer, la roué et tout autre supplice. Que l'ire des tyrans dessus moy s'assouvisse. Je pourray tout souffirir sans gémir ny pleurer ;

Mais qu'on vueille en vivant de moy me séparer, M'oster ma propre forme, et par tant d'injustice Vouloir que sans mourir de vous je me bannisse, On ne sçauroit, madame, il ne faut l'espérer.

En despit des jaloux par tout je veux vous suivre! S'ils machinent ma mort, je suy si las de vivre, Qu'autre bien désormais n'est de moy souhaité.

Je beniray la main qui sera ma meurtrière, Et l'heure de ma fin sera l'heure première Que de quelque repos çà bas j'aoray fouaté.

CLBONICB. tSS

J'attends en transissant ce qui doit advenir D'une secrette trame, à mon dam commencée, Pour voir à me résoudre, et par force forcée Une amour infinie en moy faire finir.

Mais pourra-t-elie bien perdre le souvenir De la flamme autresfois si vive en sa pensée, De sa foy, de sa dextre en la mienne enlacée? Geste crainte en mon cœur ne se peut maintenir.

Non, il n'en sera rien : une recherche telle Servira de trophée à son ame fldelle, Qu'honneurs, thresors, grandeurs, ne pourront esmouvoir.

Ah! pourquoy ce penser si soudain prend-il cesse, Cédant à la frayeur qui derechef me presse, Et me fait tout à clair mes misères prévoir?

Si la loy des amours saintement nous assemble, Avec un seul esprit nous faisant respirer, L'outrage du malheur se peut-il endurer, Qui si cruellement nous arrache d'ensemble?

Je ne vous voy jamais, mon cœur, que je ne tremble. Appréhendant l'effort qui nous doit séparer : Et n'ose bien souvent vos regai'ds désirer, Tant l'eclipse qui suit ténébreuse me semble!

Toutesfois quand les corps n'ont moyen de se voir, L'ame pourtant n'est serve et peut, à son vouloir, Voleter invisible où la guident ses fiâmes.

Chassons doncnostre angoisse, ô seul bien de mes yeux ! Et, vivans désormais comme l'on vit aux cieux. Sans plus penser aux corps faisons l'amour des âmes.

Quel martire assez fort, quelle gesne inconnue. Est égale au tourment d'un cœur bien allumé. Qui, se trouvant prochain de l'objet mieux aimé. Se deffend par raison la parole et la veué?

Le désir, qui voit lors sa vigueur retenue, Par le contraire effort devient plus enflamé ; De tranchantes douleurs l'esprit est entamé, L'ame soupire et crie, en servage tenue.

C'est un chaos nouveau, meslant eonAMément

tt2 fiLBONIGË.

L*iiD nous veut estonner par sa langue mauvaise, Semé des bruits menteurs, nous menace du roy ; L'autre, ombrageux, s'offense et si ne sçaitde ([uoy; L'autre est asseï contant, pourveu qu'il nous déplaise.

L'amour gist en l'esprit qu'on ne peut empeaeher : Il n'est huis si gardé, muraille ny rocher, Qui de deux cœurs unis empesche l'entreyuê.

Bien que les corps soient loin, ils peuvent sans cesser Se voir et consoler de l'ame et du penser : Le penser aux amans sert de langue et de vue.

Jamais d'un si grand coup ame ne flit attainte, Jamais cœur ne logea desespoirs si cuisans. Helas! tourmens d'amour, que vous estes plaisans Auprès du chaud regret qui fait naistre ma plainte!

Mais quels fers, quels flambeaux, quelle injuste contrainte, Quels destins conjuré, quelle course des ans, Quel furieux effort, quels propos médisans Me pourroient séparer de vostre amitié sainte?

En ce malheur cruel bien-heureux feusse esté, Si de nuire à moy seul il se fust contenté; Mais il touche à ma dame, ha ! je meurs quand j'y pense-'

0 venimeux rapports I ô cœurs malicieux ! Je diray, si bien-tost je n'en voy la vengeance. Qu'il n'y a dans le ciel ny justice ny dieux.

Qu'on m'arrache le cœur, qu'on me fisse endurer Le feu, le fér, la roué et tout autre supplice. Que l'ire des tyrans dessus moy s'assouvisse. Je pourray tout souffirir sans gémir ny pleurer ;

Mais qu'on vueille en vivant de moy me séparer, M*oster ma propre forme, et par tant d'ii\justice Vouloir que sans mourir de vous je me bannisse, On ne sçauroit, madame, il ne faut l'espérer.

En despit des jaloux par tout je veux vous suivre! S'ils machinent ma mort, je suy si las de vivre. Qu'autre bien désormais n'est de moy souhaité.

Je beniray la main qui sera ma meurtrière. Et l'heure de ma fin aéra l'heure première Que de quelque repos çà bat j'aoray fouaté.

CLBONICB. tSS

J'attends en transissant ce qui doit advenir D'une secret te trame, à mon dam commencée, Pour voir à me résoudre, et par force forcée Une amour infinie en moy faire finir.

Mais pourra-t-elie bien perdre le souvenir De la flamme autresfois si vive en sa pensée. De sa foy, de sa dextre en la mienne enlacée? Geste crainte en mon cœur ne se peut maintenir.

Non, il n'en sera rien : une recherche telle Servira de trophée à son ame fidelle, Qu'honneurs, thresors, grandeurs, ne pourront esmouvoir.

Ah ! pourquoy ce penser si soudain prend-il cesse, Cédant à la frayeur qui derechef me presse, Et me fait tout à clair mes misères prévoir?

Si la loy des amours saintement nous assemble, Avec un seul esprit nous faisant respirer. L'outrage du malheur se peut-il endurer, Qui si cruellement nous arrache d'ensemble?

Je ne vous voy jamais, mon cœur, que je ne tremble. Appréhendant l'eifort qui nous doit séparer : Et n'ose bien souvent vos regards désirer, Tant l'eclipse qui suit ténébreuse me semble !

Toutesfois quand les corps n'ont moyen de se voir, L'ame pourtant n'est serve et peut, à son vouloir. Voleter invisible où la guident ses fiâmes.

Chassons doncnostre angoisse, ô seul bien de mes yeux ! Et, vivans désormais comme l'on vit aux cieuz. Sans plus penser aux corps faisons l'amour des âmes.

Quel martire assez fort, quelle gesne inconnue. Est égale au tourment d'un cœur bien allumé, Qui, se trouvant prochain de l'objet mieux aimé, Se defi'end par raison la parole et la veuë ?

Le désir, qui voit lors sa vigueur retenue. Par le contraire effort devient plus enflamé; De tranchantes douleurs l'esprit est entamé, L'ame soupire et crie, en servage tenue.

C'est un chaos nouveau, meslant eonAMéinent

244 CLEONICE.

Avec mille glaçons le plus chaud elanent» Et le trop grand respect avec l'impatience.

0 nompareille force en norapareil esmoy! Allez vous-en mon tout, esloignez-vous de moy : Mon tourment sera moindre en plus lointaine absence.

Si l'outrageuse loy d'un injuste hymené De vous m'oste la part moins parfaite et moins belle. Part qui peut se sécher comme une fleur nouvelle, Pour la donner à un plus que moy fortuné;

Déesse, à qui je fus en naissant destiné, Ou plus que le malheur vous me serez cruelle, Ou vous me laisserez la partie immortelle, I/ame, à qui mes escrits tant de gloire ont donné.

Taimoy vostre beauté passagère et muable

. Comme un ombre de l'autre étemelle et durable.

Qui sur l'aile d'Amour dans les deux m'élevoit

Ceste^y sera mienne et l'autre' aura la fointe; Aussi bien mon amour pure, étemelle et sainte. D'un salaire mortel payer ne se pouvoit *.

ODE

De mes ans la fleur se desteint; J'ay l'œil cave et palle le teint, Ha prunelle est toute éblouie :

De gris-blanc ma teste se peint, Et n'ay plus si bonne l'oùie.

Ma vigueur peu à peu se fond; Maint sillon replisse mon û*ont, Le sang ne bout plus dans mes veines : Gomme un trait mes beaux joui's s'en vont, Me laissant foible entre les peines.

Adieu chansons, adieu discours, Adieu nuicts que j'appcloy jonrs En tant de liesses passées, Mon cœur, où logeoient les amours, N'est ouvert qu'aux tristes pensées.

* Le mari.

t Imité d'un sowiet italien qiii commence par ces vers :

Poi che la parte men perfetta e beUa, Ch' al tramontar d'un di perde il auo fiore. Mi toglie il cielo e fanne ahrui nspore, Ch' ebbe più amiai e gracioea stelb, de

GLBONICK.

« Le printans les rotos produit, « L'esté plus chaud meurist le froit, « Des saisoiis, difers est Tempire :

< Aux amours la jeunesse duit, « L'autre âge autre diose désire.»

Connaissant doue ce que je doy.

Faut-il pas suivre une autre loy, Propre à mon âge et ma tristesse?

Doy-je pas bannir loin de moy Tous noips d'amour et de maistresse?

Loin, bien loin, plaisir décevant; Arrière espoir conoen de TaAt, Qui servois d'attiser ma flamme :

La raison, serve auparavant, Soit maintenant royne en mon «itM.

Lasl durant que je parle ainsi, Et ùiins que mon cœur endurey Soit fort pour d'amour se défendre.

Ce dieu sans yeux et sans mercy Fait jaillir des feux de ma cendre.

Un doux importun souvenir, Devant moy Msant revenir L'image en mon ame adorée»

Garde que je ne puis Uxdr Contre amour de place asseurée.

Seul sujet de mon déconfort, Pourquoy me preasee-tu si fort, Repassant en ma aimvenanee La belle cause de ma mort.

Et l'ceil dont je pleure raftsaneet

Mon cœur s'ouvrit par le mQIeB»

Alors qu'au partir de ce lieu Tant de pleurii baignoient son visàgt; Sans mourir Je luy dis : Aidioul Suis-je pas ^ lâche coun^f

Fasse le ciel ce qu'il votâra, Ce jour au cœur me reviendra :

Et, bien qu'il me tienne lobi d?ÉUe, Hon feu jamais ne iTesteiiidra; J'en trouve la cause trop bille.

S18 CLEONICE.

LXXYUl

En moy seul la douleur 9U tans fait résistance, Et lors que par raison je tâche à la donter, Ainsi qu'un grand torrent que Ton pense arrester» Elle rompt la chaussée et croist en violance.

Poignante, aspre, importune et Ûere souvenance, Veui-tu donc nuict et jour mon esprit tourmenter? Pour Dieu ! cesse un petit, sans me représenter Un bien dont pour jamais j'ay perdu l'espérance I

Et toy, mon triste cœur, d'infortunes comblé, K'aguere si serain, maintenant si troublé, Yoy comme en tous nos faits l'inconstance se joué !

Âpres l'aise et le bien, les ennuis ont leur tour. Reconforte toy donc, apprenant que d^ Amour, Non moins que de Fortune, est légère la roué.

Je ne puy par mes pleurs fléchir vostre courage. Qu'une erreur bien légère a rendu courroucé. Erreur naissant d'Amour, dont je suis si pressé Que souvent de raison il m'oste tout usage.

Vous me voulei punir comme si j'estoy sage, Et vous le sçavez bien, j'ay l'esprit offençé j Doit-on avoir égard à un homme insensé, Quand durant sa folie il fait quelque dommage?

J'estoy en mon accez, la ftireur me tenoit. Et de vous seulement ce transport me venoit : Ky prenex donc point garde, ô ma belle adversaire !

Sinon, qu'avançes-vous? je suis si mal traité, Gesné, brûlé, navré, désolé, tourmenté, Que plus de nouveau mal voua ne sçauriei me (aire.

Espoir faux et trompeur, qu'après mainte grand' perte De tans et de labeurs à la fin j'ay connu, Cherche un autre que moy pour te voir bien venu : Ta fraude en mon endroit est trop fort découverte.

J'ay presque veu seicber ma saison la plus verte. Durant que tes appas ont mon cœur détenu, Et tout le beau loyer qui m'en est revenu. C'est qu'à mille regrets ma poitrine est ouverte.

Derechef toutesfois, ô pipeur effhmté!

CLEONIGE. M

Tu penses rendre encor mon esprit enchanté, Promettant allégeance è ses peines cruelles.

Mais, pour te croire plus, trop grande est ma douleur : Pren donc une autre adresse, ou Tardante chaleur De mes justes soupirs te brûlera les ailes '.

Pauvre cœur désolé, qui sans aucune ofifance Voy ta plus chère part de toy se séparer, IN'en gemy point si fort, cesse d'en murmurer. Et parmy ces tourmens monstre ta patiance.

Songe au cours de ce monde et à son inconstance, Qui fait qu'un mesme estât ne se peut asseurer. Peut-estre après les maux qu'on te fait endurer, Le sort te livrera quelque meilleure chance.

Ainsi comme le ciel se tourne la fortune, Le chaud chasse l'hyver, le soleil la nuit brune, Apres l'orage espais le clair tans fait retour.

L'amant, contant n'aguere, or' est plein de furie. Et le désespéré s'esjouyst à son tour : Ainsi dessous le ciel toute chose varie.

Mer, qui quelquesfois calme en ton Uct arrestée, Croissant et décroissant, coule paisiblement; Puis, en changeant de face aussi soudainement, Ne fais voir que furie et colère indontée ;

Tans, qui vas mesurant la carrière hastée De ce grand ciel, premier père du mouvement; Qui mesles tout le monde et fais le changement. Sans que de ton pouvoir chose soit ezantée;

Soleil sans fin tournant, qui le jour nous dépars. Puis qui nous fais la nuit, retirant tes regards. Et causes des saisons le chaud et la froidure;

Si mon heur peu durable est pront à s'envoler, y

Voyant vos changemens, je me dois conaoler Par la commune loy de l'antique natiire.

< Imité d'un sonnet ilalien qui commence par cette strophe :

Speme, che con fallaci e pellegrine Amorose (utinghe il cor m'acqueti, Quando, per far miei di sereni e Heti, Gerco condurre il mio cordogUo a fine.

SâO CLKONICE.

Où sont ces chastes feux qui souloient m*esclairer? Qui fait que leur ardeur en tous se diminué? Et cette ferme foy, qu'est-elle devenue, Qui vous faisoit partout saintement révérer?

A quel bien désormais faut-il plus aspirer, Puisque rien icy bas ferme ne continué? Tout n'est que vent, que songe et peinture en la nue, Qui se passe aussi-tost qu'on s'en pense asseurer.

Las! s'il n'estoit ainsi, quel fleuve d'oubliance, Quel nouveau changement, quelle ire ou quelle offance» En vous de nostre amour perdroit le souvenir?

Non, ce n'estoit d'Amour la flamme ardante et sainte, Vous me monstriez sans plus une lumière fàinte, Pour faire après ma nuit plus noire devenir.

Puis donc qu'elle a changé de flamme et de courage, Et que son cœur tout mien s'est ailleurs diverti, Cest à moy maintenant à prendre autre parti. Et, si je l'aimois bien, l'abhorrer davantage.

0 Dieu ! que j*auray fait un désiré naufrage. Et que de ce malheur grand heur sera sorti, Si mon feu, de tout point, se peut rendre amorti Et que des eaux d'oubly je fasse mon bruvage !

Uelas! depuis deux mois que j'y suis résolu, La voyant, je voudroy ne l'avoir point voulu, Et Cittt que ma raison loin de moy se départe.

Je rchume à longs traits l'amoureuse poison. Hé ! que feray-je donc pour avoir guarison? Il fiiut vaincre en fuyant, ainsi que fait le Parthe.

Misérables travaux, vagabonde pensée.

Soucis continuels, espoirs faux et soudains. Feintes affections, véritables desdains.

Mémoire qu'une absence a bien tost effacée;

Vraye et parfaite amour d'oubly recompôisée, Avantureux désirs, mais folement hautains. Et vous, de ma douleur messagers trop coiaius, Soupirs qui donnei air à mon ame opprgMée;

Quoy ! ces vivantes morts, ces durabl» i

CLEONICË. âSi

Ces jours noirs et troublez, ces languissantes nuits, Tiendront-ils mon esprit en tristesse étemelle? Me doy-jc donc jamais sentir d'allégement ? Helasl je n'en sçay rien, je sçay tant seulement Que j'endure ces maux pour estre trop fldelle.

LXXXYI

0 sagesse ignorante ! ô malade raison 1 Deshonneur glorieux, asseurance incertaine, Repos plein de travaux, plaisir confit en paine, Dommageable profit, fldelle trahison !

Souris baigné de pleurs, volontaire prison, Mer, qui pour nostre mort nourris mainte Serene, Vent plein de fermeté, fondement sur l'arène, Hyver qui se déguise en nouvelle saison;

Esclair dont le rayon fait aux os violence. Sans que par le dehors il s'en voye apparence ; Desloyale amitié, serment privé de foy ;

Arc, feux, pièges, filets qu'un aveugle sait tendre, Bien-heureux est qui peut contre vous se défendre ! Mais qui s'en peut défendre? Ah Dieu, ce n'est pas moy t

Si je puis déloger l'ennemy trop couvert, Qui se campe en mes os et qui s'y fortifie. Je le dy haut et clair, Venus, je t'ep desfie, Que jamais plus mon cœur aux amours soit ouvert.

La cour, qui m'a tant pieu, ne m'est rien qu'un désert; Tout m'est sigetde dueil, me travaille et m'ennûye; Mes yeux sont degoutans d'une étemelle pluye. Qui fait que sans mourir ma jeunesse se perd.

Si seroit-il bien tans de penser à moy-mesme; Mon œil devient obscur, j'ay le visage blesme. Et plus tant de vapeur n'escume en mes espris.

Je ne veux rien d'Amour, fors qu'il me licencie : Je l'ay suivy dix ans, les plus beaux de ma vie; Je le serviroy mal, ayant les cheveux gris.

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