LXXXVIII
Chacun nous est contraire et s'oppose à nogtre aise. Ceux en qui jusqu'icy j'avois eu plus de foy, Maintenant sans raison se bandent contre moy, Et taschent d'amortir nostre amoureuse braise.
te CLBONICK.
L'un nous veut estonner ptr sa langue mauvaise, Semé des bruits menteurs, nous mena<% du roy ; L'autre, ombrageux, s'offense et si ne sçaitde quoy; L'autre est asseï contant, pourveu qu'il nous déplaise.
L'amour gist en l'esprit qu'on ne peut empescher : Il n'est buis si gardé, muraille ny rocher. Qui de deux cœurs unis «oipesche l'entrevue.
Bien que les corps soient loin, ils peuvent sans cesser Se voir et consoler de l'ame et du penser : Le penser aux amans sert de langue et de vue.
Jamais d'un si grand coup ame ne ftat attainte. Jamais cœur ne logea desespoirs si cuisans. Helas! tourmens d'amour, que vous estes plaisans Auprès du chaud regret qui fait naistre ma plainte I
Mais quels fers, quels flambeaux, quelle injuste contrainte. Quels destins conjuré, quelle course des ans, Quel furieux effort, quels propos médisans Me ponrroient séparer de vostre amitié sainte?
&i ce malheur cruel bien-heureux j'eusse esté, Si de nuire à moy seul il se fust contenté ; Mais il touche à ma dame, ha ! je meurs quand j'y pense!
0 venimeux rapports 1 ô cœurs malicieux! Je diray, si bien-tost je n'en voy la vengeance. Qu'il n'y a dans le ciel ny justice ny dieux.
Qu'on m'arrache le cœur, qu'on me fksse endurer Le feu, le fer, la roué et tout autre supplice, Que rire des tyrans dessus moy s'assouvisse. Je pourray tout souffirir sans gémir ny pleurer ;
Mais qu'on vueille en vivant de moy me séparer. N'ester ma propre forme, et par tant d'iigustice Vouloir que sans mourir de vous je me bannisse, On ne sçauroit, madame, il ne faut l'espérer.
En despit des jaloux par tout je veux vous suivre! S'ils machinent ma mort, je suy si las de vivre, Qu'autre bien désormais n'est de moy souhaité.
Je beniray la main qui sera ma meurtrière, Et l'heure de ma fin sera l'heure première Que de quelque repos çà bas j'auray fousté.
CLEONIGS. ISS
J'attends en transissant ce qui. doit advenir D'une secrette trame, à mon dam commencée, Pour voir à me résoudre, et par force forcée Une amour infinie en moy faire finir.
Mais pourra-t-elle bien perdre le souvenir De la flamme autresfois si vive en sa pensée, De sa foy, de sa dextre en la mienne enlacée? Geste crainte en mon cœur ne se peut maintenir.
Non, il n'en sera rien : une recherche telle Servira de trophée à son ame fldelle.
Qu'honneurs, thresors, grandeurs, ne pourront esmouvoir.
Ah I pourquoy ce penser si soudain prend-il cesse, Cédant à la fï'ayeur qui derechef me presse, Et me fait tout à clair mes misères prévoir?
Si la loy des amours saintement nous assemble, Avec un seul esprit nous faisant respirer. L'outrage du malheur se peut-il endurer. Qui si cruellement nous arrache d'ensemble?
Je ne vous voy jamais, mon cœur, que je ne tremble. Appréhendant l'effort qui nous doit séparer : Et n'ose bien souvent vos regards désirer. Tant l'eclipse qui suit ténébreuse me semble !
Toutesfois quand les corps n'ont moyen de se voir, L'ame pourtant n'est serve et peut, à son vouloir. Voleter invisible où la guident ses fiâmes.
Chassons donc nostre angoisse, ô seul bien de mes yeux ! Et, vivans désormais comme l'on vit aux cieux. Sans plus penser aux corps faisons l'amour des âmes.
Quel martire assez fort, quelle gesne inconnue. Est égale au tourment d'un cœur bien allumé, Qui, se trouvant prochain de l'objet mieux aimé. Se deffend par raison la parole et la veuë ?
Le désir, qui voit lors sa vigueur retenue, Par le contraire effort devient plus enflamé; De tranchantes douleurs l'esprit est entamé, L'ame soupire et crie, en servage tenue.
C'est un chaos nouveau, meslanft eouimémûni
ÎH CLBONICK.
L'un nous veut estonner ptr sa langue mauvaise, Semé des bruits menteurs, nous menace du roy ; L'autre, ombrageux, s'offense et si ne sçaitde quoy; L'autre est asseï contant, pourveu qu'il nous déplaise.
L'amour gist en l'esprit qu'on ne peut empescher : Il n'est buis si gardé, muraille ny rocher, Qui de deux cœurs unis empesche l'entrevue.
Bien que les corps soient loin, ils peuvent sans cesser Se voir et consoler de l'ame et du penser : Le penser aux amans sert de langue et de vue.
Jamais d'un si grand coup ame ne ftat attainte. Jamais cœur ne logea desespoirs si cuisans. Helas! tourmens d'amour, que vous estes plaisans Auprès du chaud regret qui fait naistre ma plainte I
Mais quels fers, quels flambeaux, quelle injuste contrainte. Quels destins conjuré, quelle course des ans, Quel ftirieux effort, quels propos médisans Me ponrroient séparer de vostre amitié sainte?
En ce malheur cruel bien-heureux j'eusse esté, Si de nuire à moy seul il se fust contenté; Mais il touche à ma dame, ha ! je meurs quand j'y pense!
0 venimeux rapports I ô cœurs malicieux ! Je diray, si bien-tost je n'en voy la vengeance. Qu'il n'y a dans le ciel ny justice ny dieux.
Qu'on m'arrache le cœur, qu'on me fksse endurer Le feu, le fer, la roué et tout autre supplice, Que l'ire des tyrans dessus moy s'assouvisse, Je pourray tout souflrïr sans gémir ny pleurer ;
Mais qu'on vueille en vivant de moy me séparer. N'ester ma propre forme, et par tant d'ii\justice Vouloir que sans mourir de vous je me bannisse, On ne sçauroit, madame, il ne faut l'espérer.
En despit des jaloux par tout je veux vous suivre! S'ils machinent ma mort, je suy si las de vivre. Qu'autre bien désormais n'est de moy souhaité.
Je beniray la main qui sera ma meurtrière, Et l'heure de ma fin sera l'heure première Que de quelque repos çà bas j'auray fousté.
CLEONIGB. ISS
J'attends en transissant ce qui doit advenir D'une secrette trame, à mon dam commencée, Pour voir à me résoudre, et par force forcée Une amour infinie en moy faire finir.
Mais pourra-t-elle bien perdre le souvenir De la flamme autresfois si vive en sa pensée, De sa foy, de sa dextre en la mienne enlacée? Ceste crainte en mon cœur ne se peut maintenir.
Non, il n'en sera rien : une recherche telle Servira de trophée à son ame fldelle.
Qu'honneurs, thresors, grandeurs, ne pourront esmouvoir.
Âhl pourquoy ce penser si soudain prend-il cesse, Cédant à la firayeur qui derechef me presse. Et me fait tout à clair mes misères prévoir?
Si la loy des amours saintement nous assemble, Avec un seul esprit nous faisant respirer. L'outrage du malheur se peut-il endurer. Qui si cruellement nous arrache d'ensemble?
Je ne vous voy jamais, mon cœur, que je ne tremble. Appréhendant l'effort qui nous doit séparer : Et n'ose bien souvent vos regards désirer. Tant l'eclipse qui suit ténébreuse me semble!
Toutesfois quand les corps n'ont moyen de se voir, L'ame pourtant n'est serve et peut, à son vouloir. Voleter invisible où la guident ses fiâmes.
Chassons donc nostre angoisse, ô seul bien de mes yeux ! Et, vivans désormais comme l'on vit aux cieux, Sans plus penser aux corps faisons l'amour des âmes.
Quel martire assez fort, quelle gesne inconnue, Est égale au tourment d'un cœur bien allumé. Qui, se trouvant prochain de l'objet mieux aimé. Se deffend par raison la parole et la veuë ?
Le désir, qui voit lors sa vigueur retenue, Par le contraire effort devient plus enflamé ; De tranchantes douleurs l'esprit est entamé, L'ame soupire et crie, en servage tenue.
C'est un chaos nouveau, meslanft eonfotimeiit