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Avec mille glaçons le plus chaud dément, Et le trop grand respect avec l'impatience.
0 nompareille force en nompareil esmoy ! Allez vous-en mon tout, esloignez-vous de moy : Mon tourment sera moindre en plus lointaine absence.
Si Toutrageuse loy d'un injuste hymené De vous m'oste la part moins parfaite et moins bell^. Part qui peut se sécher comme une fleur nouvelle, Pour la donner à un plus que moy fortuné;
Déesse, à qui je fus en naissant destiné, Ou plus que le malheur vous me serez cruelle, Ou vous me laisserez la partie immortelle, l/ame, à qui mes escrits tant de gloire ont donné.
J'aimoy vostre beauté passagère et muable
, Comme un ombre de l'autre étemelle et durable,
Qui sur l'aile d'Amour dans les deux m'élevoit.
Ceste-cy sera mienne et l'autre* aura la fointe; Aussi bien mon amour pure, étemelle et sainte, D'un salaire mortel payer ne se pouvoit*.
ODE
De mes ans la fleur se desteint; J'ay l'œil cave et palle le teint, Ma prunelle est toute éblouie :
De gris-blanc ma teste se peint, Et n'ay plus si bonne l'oûie.
Ma vigueur peu à peu se fond; Maint sillon repHsse mon front.
Le sang ne bout plus dans mes veines : Gomme un trait mes beaux jours s'en vont, Me laissant foible entre les peines.
Adieu chansons, adieu discours, Adieu nutcts que j'appcloy jours En tant de liesses passées.
Mon cœur, où logeoient les amours, Nest ouvert qu'aux tristes pensées.
< Le mari.
t Imité d'un sonnet italien qui commence par ces vers :
Poi che la parte men perfettae bella.
Ch' al tramontar d'un di perde il suo tiore. Mi toslie il cielo e fanne altrui signore, Cli' eSbe più arnica e graciosa steUa, etc.
« Le printans les roses produit, « L'esté plus chaud meurist le firuit, « Des saisons, divers est l'empire :
« Aux amours la jeunesse duit, « L'autre âge autre chose désire.»
Connaissant donc ce que je doy, Faut-il pas suivre une autre loy, Propre à mon âge et ma tristesse?
Doy-je pas bannir loin de moy Tous noms d'amour et de maistresse?
Loin, bien loin, plaisir décevant; Arrière espoir conceu de vant, Qui servois d'attiser ma flamme :
La raison, serve auparavant, Soit maintenant royne en mon amc.
Las! durant que je parle ainsi, Et fains que mon cœur endurcy Soit fort pour d'amour se défendre.
Ce dieu sans yeux et sans mercy Fait jaillir des feux de ma cendre.
Un doux importun souvenir, Devant moy faisant revenir L'image en mon ame adorée, Garde que je ne puis tenir Contre amour de place asseurée.
Seul sujet de mon déconfort, Pourquoy me presses-tu si fort, Repassant en ma souvenance La belle cause de ma mort.
Et l'œil dont je pleure Tabsancet
Mon cœur s'ouvrit par le milieu, Alors qu'au partir de ce lieu Tant de pleurs baignoient son visage; Sans mourir je luy dis : Adieu !
Suis-je pas dji lâche courage?
Fasse le ciel ce qu'il voudra, Ce jour au cœur me reviendra :
Et, bien qu'il me tienne loin d'elle, Mon feu jamais ne s'esteindra; J'en trouve la cause trop belle.
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DERNIERES AMOURS DE MONSIEUR DESPORTES, TovrB ciAHote 9àM VkvmKvtL m obsts nmuttsiON.
Ainsi 8<mpireroit au fort de son martyre Le dieu raesme Apollon, se plaignant à sa lyre, Si la flèche d'Amour avec sa pointe d'or Pour une autre Daphné le reblessoit encor.
Geluy vrayment qui lit ces amoureuses plaintes» Sans que l'Amour lui fasse esprouver ses attaintes. Est un vivant rocher des plus mal animes, Qui par I>eucalion furent oncques semez. Que ce roc, que ce plomb, que cette froide souche. De sa profane main ces mystères ne touche ; Loin, qu'il s'en tienne loin, jusques à tant qu'un jour Il soit purifié par la flamme d'Amour, De peur que, s'irritant contre son arrogance, La fureur de ce dieu n'eu fosse la vengeance, Comme d'un impudent, «atrant contre son gré Dedans le sanctuaire à son nom consacré.
Tu ne dois plus douter, ô grand fils de Cyprine, Que tout cet univers désormais ne s'encline Au pied de tes autels, si par tout l'univers Se respand une fois le son de ces beaux vers. Fussent-ils entendus au milieu des Tartares, Us molliroient l'acier des âmes plus baii>ares. Et, si ton feu divin des monts estoit senty, Rendroient le mont Riphée en Aethne converty.
Conmie loin quelquefois de péril «i de i
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Un roy void d'une tour en la voisine plaine
Ses soldats combatans l'ennemy surmonter,
Et l'heur d'un nouveau sceptre à son sceptre adjouster :
Ainsi sans coup ferir ou perdre une saf^ette,
Tu te verras par eux toute ame estre sujette,
Et tomber à tes pieds tes ennemis deffaits
Par leurs simples conseils plus que par tes effets ;
Tu seras comme Pirrhe, eux ainsi que Ginée,
Cinée à qui la gloire est encores donnée
D'avoir plus fait tomber de couronnes à bas
Par le vent du parler que luy par les combas.
Que tu vis en ton ame heureuse et glorieuse, Ou si non glorieuse, à tout le moins heureuse, Toy, quiconque tu sois, mémorable beauté Dont l'immortel honneur en ces vers est chanté Si c'est quelque plaisir à l'ambitieuse ame (Telle comme l'on dit qu'est celle de la femme) De voir voiler son nom jusques au firmament. Nul plaisir ne s'esgale à ton contentement. Tu vois comme Narcisse, en l'amoureuse paine. Qui, peinte en ces écrits, te sert d'une fontaine. Combien tes yeux sont beaux, et lors en t' admirant, Peut-estre tu t'en vas toy mesme énamourant ; Puis voyant quels lauriers couronnent la mémoire Qui met entre les dieux ce chantre de ta gloire : Si tant d'honneur se doit, ce dis-tu dans ton cœur, Aux soupirs du vaincu, que doit-on au vainqueur? Le héraut publiant aux olympiques festes Ceux de qui le laurier devoit ceindre les testes, Estoit-il plus vanté pour l'honneur de sa voix. Qu'eux pour la gloire acquise au milieu des tournois ? Seule je l'inspiray, quand j'en eus la victoire; Cet ouvrage est à moy, j'en mérite la gloire. S'il est vray que la cause est mère de l'effet. Et celuy qui fait faire égale cil qui fait.
Ainsi dis-tu muette et, coupable en ton ame Du vif embrasement d'une si belle flame. Tu te plais de causer ces agréables cris. Et d'estre le sujet de tant de beaux escris; Mais ne te flatte point, ny toy, ny les doigts mesmes Qui se disent autheurs de ces divins poèmes. Ne les avez point faits : cet œuvre est plus qu'huiQtin, Ces traits ne sentent point une mortelle main ; Amour, pour y conter ses douces amertumes, Les a luy-mesme escrit de l'une de ses plumes» Se scaTenant du jour que son cœur ftot toucha
De ses traits plus aigus pour la belle Psiché. fut au mesme tans où l'on dit qu*esplorée L'alloit clierchant partout la belle Cytherée, Et lors que le troupeau des neuf savantes sœurs L'arresta prisonnier d'une chaisne de fleurs. Pendant qu'il fut captif, il beut en leur fontaine, Apprist leurs doux mestiers et, soupirant sa paine , Chanta si doucement, que les bois d'alentour Vont encor racontant les amours de l'Amour. Je disois une fois à celle que j'adore : • Maistresse, j'envoiray jusqu'au lict de TAurore Sur l'aisle de mes vers l'honneur de ta beauté, Et rien onc icy bas ne fut si bien chanté. Tes soleils, esclairans mes ténèbres passées, Font germer en mon cœur tant de belles pensées, Que si ces fleurs d'espoir ne poussent point en vain, Mes vers ne tiendront rien d'un mortel escrivain. Seconde seulement le dessein que j'embrasse, Aidant de ta faveur le vol de mon audace; Je monteray si haut sur l'aisle de ma foy. Que les plus haut-volans se verront dessous moy.
Ainsi, plein de l'ardeur qui boûilloit en mon ame, Un jour, en me vantant, je disois à ma dame, A la rare beauté dont esclave je suis. Et pour qui, tout osant, l'impossible je puis.
Mais, ma dame, à ce coup je dédis ma promesse. Je ne chanteray plus; non, libre, je confesse Que je n'ay plus de cœur, ny d'esprit, ny de voix ; Mon audace première est morte à ceste fois. Ces beaux mots amoureux, ces traits inimitables. Qui flechiroient l'acier des cœurs plus indontables. Et qui mesme pourroient les rochers allumer, M'ont du tout ravy l'ame au lieu de m'animer. Ils m'ont fait eux et toy sentir mesme dommage : Tu m'as osté le c(pur, ils m'ostent le courage. Non celuy qui m'enflamme à servir tes beaux yeux. Mais c^hiy ({ui vouloit pousser ton nom aux deux. Pourquoy ? ce diras-tu. Pour ce que tant de gloire Fait bruire leur louange au temple de mémoire. Que qui, présomptueux, les espère imiter, Ressemble à Salmonée imitant Jupiter.
Ainsi troublé de honte, et de regret et d'ire, Uompit son flageolet l'audacieux satire.
Apres qu'il eust ouy sur les tapis herbus Des prez arcadienis U lire de Phœbasi Ainsi dedans un bois te taist comme charmée
Des autres oyselets la brigade emplumée, Quand quelque rossignol fait redire aux buissons Les amoureux accens de ses douces chansons. Qu'un autre te promette une immortelle vie ; Quant à moy, despoùillé d'espérance et d'envie, Je prends icy mon luth, et jurant je promets, Par celuy d'Apollon, de n'en jouer jamais.
Lors que nous disputons le prix d'une carrière. Et que nos cohcurrens nous laissent peu derrière, L'espoir de les passer encor en nous vivant Nous sert d'un éguillon, qui nous pousse en avant; Mais quand, nous devançans d'une trop longue espace. Ils voisinent le but, nous devenons de glace, Nostre labeur n'est plus par l'attente adoucy Et, nous manquant l'espoir, le cœur nous manque aussi.
Que ferois-je aussi bien digne de ma promesse? Trahirois-je et cet œil et ce port de déesse, Et ces autres beau tez que révèrent les cieux. Peignant d'un trait commun la merveille des dieux? Je suis seur, mon espoir, que pesant ton mérite. Celle de qui la gloire en ces vers est descrite Ne te surpasse en rien, fors en ce seul bon-heur, De se voir célébrer par un rare sonneur ; Ces ilatteuses couleurs, donnant à sa peinture Ce que pcut-estre au vif a nié la nature. En ont fait un miracle à qui rien n'est pareil Que l'étemelle idée, ou toy, mon beau soleil. Ainsi, l'un célébrant une feinte Cassandre, Et l'autre une Francine, ont presque fait descendre Jupiter de son ciel, pour voir si leurs beautez S'égalloient aux beaux vers qu'ils en avoient chantez; Et toy qui sans flater n'a point d'égalle au monde, Pour la première place aurois-tu la seconde ? Et le faux éloquent, t'ostant ce qui t'est deu, Vaincroit-il en mes vers le vray mal deflfendu? Ah ! laisons-nous plustost que ceste honte advienne, <«.
Contraire à ton attente, aussi bien qu'à la mienne ; Soyons comme Pompée, ou rien, ou les premiers, Et, braves, dédaignons les vulgaires lauriers.
Tout beau, mon cœur, tout beau ! d'où te vient ceste audace De désirer ou rien ou la première place? Quoy? ne voudrois-tu point dans le ciel habiter. Si tu n'esperois estre au ciel un Jupiter ! Tu veux des mains d'Hercule arracher la massue. Meurs, ô folle espérance 1 avant qu'estre conceuê. Et ne ressànble point ces escheleurs des cieux.
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Qui, tendans aux plus hauts, sont cheux aux plus bas lieux.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que tu devois deffendre
A ta jeune fureur d'oser tant entreprendre;
Long-tans a que la muse et l'Apollon firançois
Ont fait naistre icy bas ce qu'encor tu conçois.
Tant de divins esprits dont France est glorieuse
Te dévoient bien couper ceste aile ambitieuse;
Car qui s'attend à mieux qu'à ce qu'ils ont chanté,
Se forme un rien plus beau que la mesme beauté.
Donc adore leurs pas et, content de les suivre, Fay que ce vin d'orgueil jamais plus ne t'enivre; Connoy-toy désormais, ô mon entendement!
Et comme estant humain, espère humainement. Nos neveux, qui sçauront combien ta dame passe Les charmes de ces vers avec ceux de sa grâce» Diront en t'excusant : Cestuy-cy fut un jour Plus fidelle amoureux que bon chantre d'Amour; Servant une beauté des beautez la merveille, Il voulut voir sa gloire à ses grâces pareille, Mais le sort envieux à ses vœux s'opposa ; Cependant s'il ne put, on void bien qu'il osa.
* Jean Bertaud ou BerUot, né à Caen, en ISSt, se rendit célèbre par ses poésies galantes, qui lui aplanirent le chemin de la fortune et des honneurs. Il devint secrétaire et lecteur du roi, conseiller au parlement de Grenoble, abbé d'Aunay, évéque de Sëez, premier aumônier de Marie de.Médicis. Henri III fut assassiné en sa présence. Le caractère de ses œuvres changea quand il parvint aux dignités ecclésiastiques. Il admirait et jugeait Ronsard. Madame de Motteville, qui nous a laissé des Mémoires sur Anne d'Autriche, était sa nièce. 11 mourut à Séex, dans le mois de juin 1611. Les éditions de ses oeuvres publiées en 1680 et 16S3 sont les plus complètes.