LA MORT DE LORD BYRON. 4Ï
Tous les biens de ce monde étaient son apanage. Hélas! de tous ces biens Téclat et la douceur. S'étaient bientôt changés « et dans la fleur de Tâge, En ombre sur son front , en dégoût dans son cœur. La foi , l'amour, la gloire , et même le génie , Ne trouvaient plus en lui que doute et qu'ironie. Tourmenté par une âme incapable de paix , Fatigué du bonheur, dédaigneux du sourire, Plein de l'ennui qui suit des vœux trop satisfaits, A peine il se plaisait à l'orgueil de sa lyre. Ainsi, loin des cités, sur les monjs, sur les mers. Cherchant un idéal qui le fuyait sans cesse , Martyr des maux rêvés plus que des maux soufferts , Au gré d'une inconstante et sauvage tristesse, Il errait à l'étroit dans le vaste univers.
Soudain , à l'éclat de lumière ,
Au cri par la Grèce jeté,
Un beau péril l'avait tenté.
Ce qu'il allait cherchant dans la nature entière , Tout ce qu'il poursuivait d'idéale beauté ,
Son âme ardente , grande et fière".
Enfin , sur cette noble terre
Le trouvait dans la liberté.
A ses Muses de feu , non encore épurées , Si toutes les pudeurs ne furent pas sacrées ,
Si parfois son génie indocile à tout frein.
Adorateur du beau, le fut trop peu du bien , Ce vif amour du beau qui brûlait en son âme • A son insu, du bien avait gardé la flamme < Tous deux prêts à s'unir, dès le premier moment Qu'un grand but s'offrirait pour un grand dévouement.
Accourir k l'appel d'un peuple qu'on opprime, Quand les rois sont muets, s'élancer à sa voix, Plus grand , plus généreux , plus puissant que les rois , Au risque d'y périr, le sauver de l'abîme.
Et le rendre à lui-même , à son culte , à ses lois : Quel plus haut dévouement et quel but plus sublime?
Et Byron accourait , et nous applaudissions ! Ses beaux vers se changeaient en belles actions , Son génie avait pris la forme du courage , Il commençait déjà son héroïque ouvrage , Et, relevant du joug tout un peuple abattu, Par la gloire il montait jusques à la vertu.
C'était des nobles cœurs la lumière et l'envie. Et de son premier pas il heurte le tombeau !
Et la mort éteint le flambeau !
Et le poëte expire , au moment où sa vie ,
De tant d'espérances suivie.
Devenait elle-même un poëme si beau!