‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 29 sur 98 · LA MORT DE LORD BYRON · texte numérisé non relu

LA MORT DE LORD BYRON

Le deuil est dans le camp. L'Albanais sous les armes De son chef héroïque allait suivre les pas ; Mais dans son œil guerrier soudain roulent des larmes : Son chef aux Musulmans ne le conduira pas. *^

Celui qu'on avait vu de son vaisseau descendre , De la lyre et du glaive armé pour le combat.

Sur un lit douloureux la mort vient de l'étendre. Du moins sur des drapeaux s'il fût mort en soldat !

Du canon solennel , durant douze journées, Les coups ont retenti dans toutes les cités ; De leur nombre égalant celui denses années.

Ils vont trente-sept fois chaque jour répétés.

L'espérance des Grecs a vu sa dernière heure. La patrie a gémi , veuve entre deux tombeaux. ^^ Tous les fronts sont baissés ; tout un peuple qui pleure, Long cortège funèbre , a voilé ses drapeaux.

Ah! jamais Westminster et ses pompes royales Sauraient-ils égaler ce magnifique deuiL

Ou portant à la main des palmes triomphales, La Grèce tout entière a suivi le cercueil.

Que de ta mort, Byron» mon âme est attristée! La Grèce entre nous deux a mis tant de liens ! Comme toi je l'aimais , comme toi l'ai chantée , Et les vers bien souvent ont inspiré les miens.

En France, le premier, de mon culte fidèle J'ai devancé celui que l'on porte à ton nom.

J'ai, pour te lire, appris ta langue maternelle; Tes vers m'en ont donné la première leçon.

Je ne t'ai point connu ; mes yeux , un jour à peine , Dans Venise en passant , ont aperçu tes traits ; Mais ton regard , ton front , ta démarche hautaine , Dans mon âme ont laissé le plus vif des portraits.

Je ne t^ai point connu; mais j'ai suivi ta trace, En Grèce, et sur tes pas gravi plus d'un coteau; Dans la mer de Corinthe , à l'ombre du Parnasse Sur le sillon du tien a passé mon vaisseau.

LA MORT DE LORD BYRON. 1i7

Les mêmes lieux ont vu nos courses incertaines ; J'ai dormi sous les toits où toi-même as dormi ; Je retrouvais ton nom sur les pierres lointaines : Il me semblait alors retrouver un ami.

J'ai longtemps dans Athène occupé ta demeure.

Et le lit où tes nuits agitaient leur sommeil.

Je fus près d'y mourir, et c'est toi que je pleure!

Toi, plus jeune! c'est toi qui t'endors sans réveil!

Qui l'eût dit, quand de Delphe emporté vers Lépante, Je vis Missolonghi passer devant mes yeux, Qu'arrêtant pour jamais ton étoile éclatante , 11 deviendrait sitôt si tristement fameux !

Quatre ans avant le jour de funèbre mémoire, Qui l'eût dit, lorsqu'il vint à ma voile s'offrir, Que mes yeux , regardant sa rive alors sans gloire , S'arrêtaient sur la place où tu devais mourir !

Hélas ! tu demandais à connaître naguère

Le chant que m'inspirait un tombeau glorieux !

Celui que je t'envoie est aussi funéraire !

Mais tu n'entendras pas ses accents douloureux.

iî% POEMES ET POÉSIES.

Que la Grèce du moins , c'est ma triste espérance , Écoute cette voix qui se mêle à son deuil , Et reçoive ces vers d'un enfant de la France Au milieu des lauriers qui couvrent ton cercueil.

LK JOUR DU lACKK Dl CHAHLBS X

29 mai 18«5.

Champrosay, champêtre scène De repos , de calme et d^oubli , Ent«nds-tu venir, sur la Seine, Du canon qui tonne à Yincenne Le son par l'espace affaibli?

Reims couronne Charle à cette heure , Il marche au sacre à cet instant, Où moi» par fortune meilleure.

J'inaugure ici ma demeure , Plus roi que Charle et plus content.

Je crois ouïr Téglise immense Élever son bruit jusqu'aux cieux :

De loin , vers ces bois il s'élance , Et vient accroître le silence De leurs dômes religieux.

Des transports , selon l'habitude ,

Là, chargent l'air de mille vœux!

Ici, loin de la multitude,

De la fidèle solitude

Le silence parle bien mieux.

Peut-être, k l'usage fidèles.

Maintenant mille passereaux , Lâchés sous les nefs solennelles, Aux cierges saints brûlent leurs ailes , Et du bec battent les vitraux.

Liberté!... c'est donc le symbole De celle que nous font les rois !

Plus semblables à mon idole , Vous me montrez celle qui vole, Oiseaux qui chantez dans les bois.

C'est ici que j'aurais dû naître.

Champrosay ! nom plein de douceur !

ma maison , reçois ton maître !

Forêt, fleuve, coteau champêtre, ^ Recevez votre possesseur.

Heureux qui de son espérance N'étQnd pas l'horizon trop loin .

Et, satisfait de peu d'aisance.

De ce beau royaume de France Possède à l'ombre un petit coin !

Un cerisier, près de mon Louvre , * Le cache et l'indique au regard ; Devant, la Seine se découvre.

Et, derrière, une porte s'ouvre Sous les ombrages de Sénart.

Le domaine ne s'étend guère, Mais il est selon mon trésor.

Si liberté n'est pas chimère , Pour vivre libre et lire Homère, Bien portant, que faut-il encor?

t32 POEMES ET POÉSIES.

Pour m' agrandir m'irai-je battre ?

Trois arpents sont assez pour moi :

Dans trois arpents on peut s'ébattre.

Alcinoûs en avait quatre , Mais Alcinoûs était roi.

Ôh ! bien fou qui jamais n'arrête Ses vœux d'heure en heure plus grands!

De biens nouveaux toujours en quête, On blâme l'esprit de conquête , On imite les conquérants.

Si les hommes pouvaient s'entendre !

•Mais non : tant qu'il trouve un voisin , Tout homme a le cœur d'Alexandre , Et, prince ou bourgeois, veut étendre Ou son royaume ou son jardin.

Quant à moi , devenu plus sage , Et dans mes désirs satisfait.

Peu redoutable au voisinage , Je ne demande à ce village De lot que celui qu'il m'a fait ;

Content si , m'assurant la vue De la rivière et du coteau ,

J'y puis seulement, sur la rue, Joindre la place étroite et nue , Que borne ei\ fleurs le vieux sureau.

C'est tout. Et puis encor peut-être Ce petit bois plein de gazon , Qui se berce sous ma fenêtre , Et semble m'attendre pour maître , Caché derrière ma maison.

Rien de plus. Et si, murmurante.

Dans ce bois , devenu le mien , Venait à luire une eau courante.

Alors, si ce n'est quelque rente, 11 ne me manquerait plus rien.

n'BTIOL.LRS A CHAMPROSAY

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