LE PORT DE MER
Le Havre. -- Tancanrille, 1817.
J'aime la mer, les flots, les barques, les cordages, La pénétrante odeur qu'exhalent les rivages.
Le mouvement du port ; cet attrayant tableau. Si connu de mes yeux, me rit toujours nouveau. J'aime le grand vaisseau qu'aux bassins on apprête. Qui munit sa carène, et contre la tempête S'arme comme un guerrier partant pour un combat; La vergue avec lenteur montant le long du mât;
Le cabestan qui crie et l'ancre qui se lève,
La voile qu'on déploie et que le vent soulève,
Le matelot qu'on voit sur les vergues marcher,
Et sur le bleu du ciel dans l'air se détacher :
Spectacles animés dont le port m'environne !
J'aime jusqu'à l'odeur du vaisseau qu'on goudronne ,
Le bruit sourd des marteaux, la chanson du marin
Dont au lever du jour se charge l'air serein;
Et loin, comme immobile et perdu dans l'espace.
Au bout de l'horizon le navire qui passe.
Tandis que nous dormions, il a marché la nuit,
Et le soleil levant le dore et le conduit.
D'où vient-il? Quel négoce enrichit son pilote?
Où va-t-il ? sur son bord je m'embarque et je flotte.
Mon esprit, emporté d'un rêve aventureux.
Le suit , loin de la terre , et voit de nouveaux cieux.
Vaste Océan ! pays des voiles vagabondes !
Grand chemin qui sépare et réunit les mondes, Espace sans barrière et sans divisions.
Empire où vont sans rois tontes les nations.
Où le commerce étend ses libres industries 1 Immense rendez-vous de toutes les patries!
Là, sur chaque vaisseau, chaque peuple à la fois Porte avec lui la sienne, et son culte et ses lois. Gênes a trouvé Smyrne au fond de l'Atlantique,