‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 5 sur 98 · LE PORT DE MER · texte numérisé non relu

LE PORT DE MER

L*Inde sur son chemin voit passer l'Amérique ; Divers de pavillons, de langues et de mœurs, Londre et Paris, la Grèce et les lies ses sœurs, La Chine et Tlndoustan, que quelque port rassemble, Un jour par un beau temps se rencontrent ensemble ; Puis , adieu ! Le vent souffle, et Tœil les a perdus.

Oh ! que souvent vers vous mes regards sont tendus ,

Profonds et vastes flots ! que souvent je désire

Me sentir emporté par quelque beau navire !

Non pas que, citoyen du monde commerçant ,

Des rives de la Seine aux pays du croissant,.

Ou des monts du Mexique aux empires du Gange,

Je veuille aller tenter un profitable échange,

Marchander à Bahrem les perles de ses eaux,

Leur laine à des béliers, leur sucre à des roseaux,

A l'Egypte ses blés, ses lins à Baltimore :

Non, mais vivre, mais voir, ce besoin me dévore;

Mais sentir de la mer la vaste liberté,

Seul et de compagnie avec l'immensité;

Mais échapper au monde, à ses soins, à ses gênes.

Prisonnier qui s'enfuit, brisant toutes ses chaînes ;

Vivre, pour me lever défait de tout devoir,

Pour jouir sans repos du matin et du soir.

De la mouvante mer et du ciel immobile.

Orageux ou serein, turbulente ou tranquille ;

34 POBMBS ET POÉSIES

Pour unir, amusé du spectacle des flots.

L'attrait du mouvement au charme du repos, Pour regarder, assis sous les voiles à Tombre, Passer les bords nouveaux et les îles sans nombre. Et, de Tavide instinct d'un enfant sans raison. Chercher, poursuivre, atteindre au bout de Thorizon, Derrière cette ligne où Toeil toujours s'attache, Ce pays inconnu que sans fin il nous cache.

Ce pays plein d'azur, libre, immense , éternel ,* Que se figure l'âme et qui ressemble au ciel.

Intarissable soif d'absence et de voyages,

Que voulez-vous de moi ! vers les lointains rivages

Chaque vaisseau qui part m'entraîne, et le désir

D'un trouble singulier vient alors me saisir.

Quand la voile est au vent, quand la rade est passée,

J'envie au passager, d'une envie insensée,

Son départ, jusqu'aux pleurs de ce qui lui fut cher,

Le long regard d'adieu qui le suit sur la mer.

Les voix, les derniers mots, et la main agitée

Dont flotte le mouchoir du haut de la jetée ;

Souvenirs que l'oubli suit déjà de si près!

Vains signes, qui du moins figurent les regrets.

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