SCÈNE V. i9l
D. JUAN
Mon nom?
GULLEYAZ
C'est en vain, je ne puis.
Sortez, sortez... qu'on vienne... non, demeure.
Mais que fais-je!... Non, je veux fuir,
Je veux me tuer... que je meure; Oui, devant lui je veux mourir.
Dans tous mes sens affreux orage!
Pleurs d'amours, d'orgueil et de rage, Je ne puis plus vous contenir.
Elle éclate en pleurs et se jette sur le sopha; puis, les mains tendues versD. Juan, et du ton le plus passionné :
Chrétien , je t'aime , je t'adore.
En vain l'amour qui me dévore Avec mon orgueil lutte encore; Je cède, infidèle à ma foi.
Sais-tu nos terribles mystères?
Sais-tu que trois cents cimetencs Surveillent mes feux adultères.
Levés sans cesse autour de moi ?
Elle se lève.
Le sultan , le prophète , Kt la mort toute prête
A tomber sur ma tête, Eh bien! j'ai tout bravé pour toi.
Admire ma folie !
Mon honneur, je l'oublie ,
Mon rang, je l'humilie.
Sultane , je supplie.
Sois mon dieu, mon maître et mon roi.
D. JUAN
De mes sens quel trouble s'empare !
GULLEYAZ
Qu'ai-jc dit! quel transport m'égare!
D. JUAN
Qui pourrait supporter des pleurs !
GULLEYAZ
Soutiens-moi , je fléchis , je meurs !
Elle retombe évanouie %nT le sopha.
T). JUAN, à part.
Je voulais expirer fidèle
Aux serments d'un autre séjour.
Mais elle est si belle!
Son œil étincelle
D'un si vif amour!