‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 95 sur 98 · III · texte numérisé non relu

III

plus surprenante pour moi que la dernière, à laquelle les grands travaux de canalisation de la Seine paraissent devoir assurer une entière et durable fixité.

Tout le temps que je possédai les ruines de Tancarville , de 1808 à 1816, Tancarville a été le lieu le plus inconnu et le plus oublié du monde; personne n'y passait; il y avait dans le petit port quelques barques de pêcheurs , il y venait çà et là quelques voiles, et, au pied des falaises que le château domine, devant la roche alors non écroulée de Pierre- Gante, c'était un immense espace d'eau, que je m'étais accoutumé à appeler la mer.

Dix ou quinze ans après, je l'ai revu. Complète métamorphose. Tout le mouvement et la prospérité de l'autre rive étaient passés à celle-ci. Le village était animé, le port rempli de navires, l'auberge de buveurs ; le meunier faisait bâtir une belle maison, le cabaretier regardait avec fierté entrer les marins au port, le bateau à vapeur passait joyeux près du bord, avec des dames sur le pont, portant des ombrelles; les lieux jadis fréquentés par moi seul étaient pleins de visiteurs, d'artistes dessinant les ruines; et mes bois solitaires, achetés par un illustre maréchal , avaient vu leurs routes, auparavant négligées et gazonnées, devenir des allées de parc , et se parer des beaux noms de Valence , de Tarragone et de Lérida.

Dix ou quinze ans après, métamorphose nouvelle, et cette fois définitive. Étonnement profond. Plus de port , plus de voiles, plus de mer, plus d'eau ; une prairie à perte de vue; une prospérité champêtre au lieu d'une prospérité maritime; au lieu de matelots, des gardeurs de moutons et de bœufs. Les sables mouvante se sont enfin arrêtés, ont durci ,

sont devenus riches et féconds ; et de magnifiques travaux, endiguant le fleuve, assurent aux heureux possesseurs la perpétuité de leurs conquêtes. Le château de Tancarville est à la mode. On voit au bas de l'avenue des calèches ; on y vient faire des parties de plaisir du Havre , de Bolbec , de Gaudebec, de Rouen môme; et, en regardant du haut de la terrasse, aujourd'hui ombragée de peupliers, ces grands et vastes prés qui remplacent la mer, on ne parait guère se douter de tout ce que ce lieu, qui a tant gagné en gaieté et en richesse, a perdu de charme et de beauté.

Voilà La chambre que Lebrun a jadis habitée.

Reproduction vraie et littérale des paroles mômes de la gardienne du lieu; tous ces menus détails sont à elle; c'est la prose de la bonne femme à laquelle il n'a rien été ajouté que des rimes.

Peu satisfait du choix, monsieur de Metternick, I A Vienne, d'en jaser; à Paris, le public.

L'Autriche, restée en dehors des combinaisons de la France, de rAngletenre et de la Russis, voyait naturellement sans faveur Tarrangement des affaires grecques et surtout la nomination comme roi d'un prince devenu Anglais.

Le Courrier, mon ami, qui ne rit pas du tout, Comme Français, trouvait le roi peu de son goût.

On voit qu*il s'agit d'une feuille politique du temps, le Courrier français, journal fort libéral et fort sérieux, auquel avait été réunie la Renommée.

Rompre quand le contrat avait été signé.

Protocole du 12 juillet 1827.

El puis, trois jeunes sœurs me viennent en mémoire, Que j*aime, et qui tout bas m'ont prié pour sa gloire.

Des jeunes filles, qui voyaient quelquefois à Paris le prince Léopold dans le salon de leur mère, l'avaient pris sous leur protection et avaient instamment prié Tauteur de supprimer quelques traits de sa satire. C'est là tout ce que signifient ces vers , auxquels d'aimables noms ôteraient leur obscurité, s'il n'était mieux qu^ils demeurassent le secret du .poète.

Du reste, on peut apercevoir que toute cette première partie du Roi de Grèce a subi de grandes suppressions. Ainsi mutilé, le poëme a perdu ses proportions et ses vers les plus piquants. Mais des convenances de plus d'une sorte, qui ne pouvaient retenir l'auteur en 1830, lui font aujourd'hui le devoir d'une réserve que tout le monde ne trouvera peut-être pas encore suffisante. 11 aurait volontiers supprimé toute cette première partie si elle n'avait été jugée absolument nécessaire au reste de la pièce.

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Si par Jérusalem Rothschild est retenu.

M. James de Rothschild tenait le sceptre de la finance en 1830 , comme il le tient encore aujourd'hui. Les plaisanteries populaires devaient naturellement trouver alors un écho dans un poème de la nature de celui-ci. A l'époque où ce poème nous reporte , le bruit avait couru , et plusieurs feuilles anglaises et françaises avaient répété que le célèbre banquier Israélite songeait à rétablir le royaume de Jérusalem et à y rappeler, pour accomplir la prophétie, tous les Juifs répandus sur la surface de la terre. Après l'invasion des Russes en Turquie et le traité qui a suivi le passage des Balkans, le baron de Rothschild, ce sont toujours les journaux du temps qui parlent, avait proposé au Grand Seigneur, pour l'aider à payer ses impositions de guerre, de lui acheter la souveraineté de Jérusalem, et l'aurait, disaientils, revendue en détail, et partagée en baronnies, marquisats et principautés. Et ainsi, tout en servant sa religion et son peuple, il eût, par le morcellement des terrains sacrés , fait une excellente affaire.

On ne rappelle ici ces bruits et ces bavardages de la crédulité et de la malignité publiques que pour expliquer un vers qui, sans cette explication, n'aurait pas de sens.

NOTE 51, PAGE 22i.

Laffilte aux pauvres Grecs ne conviendrait pas mal.

Quand j*appelais ainsi M. Laffitte au trftne de Grèce et égayais mes vers du nom de Jacques I«', je ne me doutais guère que bientôt le banquier quitterait son hôtel de la rue d'Artois pour aller occuper le palais du président du conseil et pour diriger des destinées bien autrement importantes dans le monde que celles du peuple grec. Il nous a fallu dire adieu de môme aux beaux bals qu'il nous donnait, et si nous avons perdu quelque chose à son élévation, il n'est pas sûr qu'il y ait gagné.

Plusieurs de mes amis, qui sont les siens, m'engageaient, avant ce changement de fortune, à supprimer quelques vers de ce morceau, et j'hésitais, car je pouvais craindre de paraître caresser la vanité d'un homme riche dans le tableau complaisant de son opulence, si quelques petites piqûres, assez innocentes d'ailleurs, ne lui faisaient sentir à lui-môme que je n'avais nulle intention de flatterie. Je ne pensais pas, au reste, et je ne pense pas encore, que rien dans ce morceau soit de nature à blesser un homme honorable, un homme qui a rendu des services à la France pendant quinze ans dans les rangs de l'opposition, un homme qui a toujours fait servir sa fortune à aider le malheur et à seconder la liberté, et qui enfin, dans les joure les plus difficiles de cette dernière révolution, a montré un courage et un dévouement qui doivent le rendre cher à tous

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les amis du pays. A ces sentiments que lui doit le public, j*aime à joindre des sentiments d'attachement personnel. Je pensais d'autant moins que quelques-uns de ces vers dussent le blesser, que j'avais dessein de les lui lire à luimême, assuré qu'il en rirait le premier de très-bonne grâce, et qu'il était trop homme d'esprit pour prendre au grand sérieux une plaisanterie.

Trompé, sans peine, hélas 1 il croit ses mandataires. S'ils viennent lui crier : Ne payez rien , mes frères!

Le refus du budget était, le 26 juillet 1830, la veille de la chute du trône de Charles X, le seul cri de guerre qu'on fît encore entendre.

Quand j'expliquais à des paysans de mon village de Ghamprosay le moyen de lutter contre l'oppression par le refus de l'impôt, ils comprenaient merveilleusement cela. Ne rien payer, cette politique était à l'usage de toutes les intelligences.

Le peuple a montré toutefois qu'il était prêt, dans l'occasion, à montrer du courage autrement qu'en gardant son argent.

La plaisanterie qui pouvait ôtre bonne au mois de juin devenait froide au mois de juillet, le lendemain des barricades.

Entendre en roi la messe au temple de Thésée.

Le temple de Thésée était Téglise chrétienne d'Athènes. C'est un musée aujourd'hui. Il servait aussi, alors, de sépulture aux étrangers morts en Grèce. J'ai rappelé ailleurs l'épitaphe, que j'ai vue sur la tombe d'un jeune Anglais, écrite au crayon de la main de lord Byron.

Dans une longue et grave maladie dont je fus près de mourir au couvent d'Athènes, je me souviens que l'idée d'une telle sépulture me venait à l'esprit comme une consolation.

Au Géphise, à ses bords pauvres et parfumés, Qu'il préfère la Seine et ses ponts affermés 1

En ce temps, on payait le passage sur le pont des Arts et sur les ponts d'Austerlitz et d'Iéna, construits par des compagnies. Plusieurs autres, ceux du Carrousel , de Notre-Dame, de Louis-Philippe, etc., étaient également soumis au péage. La révolution de février a fait supprimer tous ceux des péages qui subsistaient encore en I8/18.

Voir les Grecs aux pieds nus danser la Romaique... A Smyrne, il m*en souvient, je l'ai vue un beau soir...

La Romaïque est la danse populaire de la Grèce.

Smyrne, lundi, 31 Juillet 1820.

Hier soir en rentrant chez nous de la promenade, en revenant de prendre des glaces au bord de la mer selon notre habitude, nous avons été attirés par un bruit d'instruments vers une maison où se faisait une noce grecque. Il nous fut facile de satisfaire notre curiosité. Notre qualité d*étrangers a d'abord été toute-puissante sur le janissaire qui gardait l'entrée de la maison, et le maître du lieu nous a introduits avec beaucoup d'empressement dans la chambre où l'on dansait , a déplacé brusquement des femmes pour nous faire asseoir, et est venu nous offrir des limonades et des dragées. Cest là que j'ai pu étudier avec quelques détails la Romaïque , que je n'avais vue jusque-là qu'en passant dans des fêtes de campagne aux environs d'Athènes.

La mariée dansait quand nous sommes entrés ; une heure après , quand nous sommes sortis , la mariée dansait encore et n'avait pas un seul moment discontinué. C'est une coutume des Grecs, que la mariée dan^e tour à tour avec tous ses parents. A peine l'un a-t-il fini que, sans interruption de la musique, l'autre commence ou plutôt continue.

La Romaîque est une danse agréable et ingénieuse. D'abord les femmes se mettent à se mouvoir en rond , et Tune d'elles conduit le chœur en agitant un mouchoir qu'elle tient à la main. Un homme se met de la partie en tenant également à la main un mouchoir qu'il agite. 11 détache bientôt de la bande la danseuse qu'il a choisie; ici, c'est toujours la mariée ; ils figurent seuls une espèce de scène. qui n'est pas sans grâce et sans volupté. C'est une poursuite. Le danseur, tenant la main de sa danseuse, la conduit autour de la salle en se tournant sans cesse vers elle et en agitant son mouchoir comme en signe de triomphe. Ensuite ils se balancent l'un devant l'autre et se font des coquetteries agaçantes, ils tournent l'un devant l'autre et se donnent des grâces; l'amant avance , la maltresse recule ; ils tiennent chacun un bout de chaque mouchoir, l'amant, pour rapprocher la distance , les tourne autour de sa main , la maltresse les détourne, elle recule, il avance encore, et, les yeux enflammés, les deux bras étendus, semble prêt à la saisir et à la presser tout entière contre lui. Un petit sifflement voluptueux l'excite, de petits cris poussés de moment en moment l'animent, la danse est devenue peu à peu plus vive, le mouvement plus rapide, et elle finit à temps pour que l'indécence ne succède pas à la volupté. Cette danse, qu'exécutent quelquefois deux femmes, est conduite par une musique monotone qui répète sans cesse le même air et dure sans s'arrêter pendant des heures entières.

Ni fourneau de Harel , ni marmite autoclave.

Harel , écrivain philanthrope, auteur du Ménage sociétaire, avait inventé un fourneau économique, recommandé par les journaux du temps, comme la maiynite autoclave, alors aussi de nouvelle invention.

Jouit de frissonner sous le frais du matin.

Souvenir du brave Albanais qui fut mon compagnon durant toutes mes courses en Grèce ^

S'il lui arrivait de coucher dans une ville et dans un lit , il se sentait toujours très-fatigué à son réveil; mais s'il couchait sur la terre , devant l'ouverture de notre tente , sans quitter ses armes, en se réveillant couvert d'une abondante rosée, il frissonnait avec délices, et disait : che buon fresco !

Presque tous les Albanais se ressemblent. Pour lit une capote, pour oreiller une pierre, pour dais le ciel. Leurs armes sont très-luisantes ; à leur réveil , leur premier soin est de les polir.

Demitri ne se considérait pas de la même espèce que les Turcs, ou même que les Grecs de Morée ; il sentait autant de

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