GHAP. II. S I'*'. LOIS ROMAINES
grosse rente viasère, il me fait plaisir en me procurant le moyen de vivre plus a mon aise, parla grosse rente qu'il me fait pour un héritage dont je n'ai pas besoin après ma mort; et je lui fais plaisir de mon côté, en lui procurant une chose dont il se trouvera, après ma mort, avoir payé le prix sans presque s'en être aperçu, ayant trouvé aans le revenu de ses biens où de sa profession de quoi payer ma rente viagère.
Pareillement, dans le contrat d'assurance maritime, les assureurs me font I>1aisir en me procurant la commodité de faire avec sûreté un commerce maritime que je n'oserais pas faire sans cela, à cause des gros risques auxquels ce commerce expose, et que je ne suis pas en état de supporter. De mon côté, je leur fais plaisir, en contribuant par la prime que je leur donne, à l'entretien de leur commerce d'assurance, qui, quoique dangereux, et sujet h de grosses
gertes, leur procure néanmoins assez ordinairement un sain qui est vraisemlable, par la supputation qu'ils savent faire de ce dont le nombre des vaisseaux qui arrivent h bon port, surpasse ordinairement celui de ceux qui périssent en chemin.
Dans ce contrat d'assurance, l'une des parties ne recherche pas la perte du bien de l'autre : celui qui fait assurer, ne cherche rien autre chose que la sûreté des fonds qu'il fait assurer. S'ils arrivent à bon port, il est charmé que les assureurs, avec qui il a contracté, aient gagné la prime qu'il leur a donnée, sans qu'il leur en coûte rien.
On doit dire la même chose du contrat à la grosse.
Il s'en faut bien qu'il en soit de même dans le contrat du jeu ; il s'en faut bien que les parties s'y rendent réciproquement service. Au contraire, dans ce contrat, l'une des parties ne peut y trouver l'avantage qu'elle y recherche, qu'en dépouillant l'autre : chacun des joueurs ne cherche qu'à dépouiller celui contre qui il joue, comme deux duellistes cherchent réciproquement à s'ôter la vie.
Le contrat du gros jeu a donc une fin contraire à la charité, et directement opposée aux principes de la société civile, qui n'a établi les commerces et les contrats que pour que les membres de cette société s'aidassent mutuellement, et se rendissent mutuellement service. Le contrat du gros jeu, considéré du côté de sa fin, est donc contraire aux bonnes moeurs, et comme tel, doit être proscrit (>).