‹ Œuvres de RabelaisChapitre 10 sur 45 · DE LA QUATRIÈME STROPHE · texte numérisé non relu

DE LA QUATRIÈME STROPHE

Les membres du concile de I^atran n y parloient que du trou de saint Patrice, et de tous les trous d'enfer, contre leurs ennemis, trous qu ils auroient mieux fait de fermer, que de s'enrhumer à les ouvrir ; car il scmbloit impertinent de les voir ainsi se moquer de tout le monde , tandis qu'ils pouvoient faire tourner ces objets de superstition au profit de l'Église.

Leur propos feut du trou de sainct Patrice % De Gilbathar, et de mille aultres trous ^ ;

* * Jules II , furieux de se voir traverser dans ses desseins par le concile de Pise , mit le royaume de France en interdit , exconununia Louis Xn, et ouvrit contre lui et ses alliés, dans le concile de Latran, qu'il convoqua pour cela, tous les trous de l'enfer. Voyez Garnier, Fie de Louis XII ^ tom. XXII, p. 828, 343 et suivantes; et les Chroniques de Belleforest, pag. 444? verso. On sait que les trous de saint Patrice, de Gibraltar, et autres de ce genre , d'après les romans pieux, étoient des cavernes qui conduisoient de ce monde-ci dans le purgatoire et l'enfer, et que ceux qui avoient la foi et le courage d'en faire le voyage y obtenoient, dès cette vie, le pardon de leurs fautes, quelque énormes qu'elles pussent être. Voyez les Mémoires de l'Académie celtique^ tom. V, pag. 102. «Ce qu'il avance du trou de saint Patrice, est peut-être, dit Bemier, une raillerie de ce que des visionnaires ont pensé ou écrit du purgatoire , peu conforme à la doctrine des pères et des conciles. » Ce trou de saint Patrice, dit l'abbé de Marsy, que certaines gens veulent réduire à cicatrice y c'est-à-dire boucher, pourroit bien être le purgatoire dont les protestants nient l'existence.

* Ce trou, c'est le détroit de Gibraltar, appelé, liv. I, chap. xxxni, Vestroit de Sibylle , parceque ce détroit est dans le voisinage de la ville de Séville, nommée Sibylle dans nos vieux romans. ( L.)

S'on les pourroit réduire a cicatrice, Par tel moyen que plus n eussent la toux ^ : Veu qu'il sembloit impertinent a tous Les veoir ainsi a chascun vent baisler4. Si d adventure ilz estoyent a poinct clous ^^ On les pourroit pour houstaiges bailler^.

^ * C'est qu'en effet, lors de la tenue de ces deux conciles, il régna en France des rhumes et des coqueluches si dangereuses, qu'ils en furent suspendus. Voyezles C/iront^ue^deBeUeforest,p. 444» recto.

^ A chacun vent bâiller, bâiller à tous les yents. Il ne faut pas confondre baisler avec bailler qui suit : baisler a ici, ainsi que chap. ii et XVI, le sens d*oscitar€^ bâiller; tandis que bailler signifie tradere, livrer , mettre en main.

^ Cest-à-dire, si ces trous étoient clos à point, bien bouchés»

^ On les pourroit donner pour gages. Hostage, ou ostage, vient d^hosty ou ost, qui vient à'hostis. Host, ou ost, signifie camp , armée. De là hostage ou ostage, hostaginm, dans la signification de ce qui se donne à l'ennemi vainqueur pour la sûreté de la foi promise par le vaincu. Les éditions de iS^2 et 1 547 écrivent ostage; celle de i553 houstage. (L. )

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