‹ Œuvres de RabelaisChapitre 11 sur 45 · DE LA CINQUIÈME STBOPBE · texte numérisé non relu

DE LA CINQUIÈME STBOPBE

Lors de Y arrêté ou concordat du roi avec le pape , le corbeau , c est-à-dire Maximilien , fils de Louis Sforce, le Maure, fut vaincu et dépouillé par François I*'*. « Quoi! dit Minos ou le parlement,

• je ne suis jamais appelé pour les affaires importantes , comme

■ on y appelle tant d'autres , et puis on veut que je m'amuse à

■ approvisionner Paris d'huîtres et de grenouilles ? Je me donne

* au diable si je prends de ma vie le moindre souci des bateaux

■ qui y transportent des provisions. •

En cest arrest le courbeau ' feut pelé ' Par Hercules^, qui venoit de Libye ^.

' * Maximilien étoit fils de Louis Sforce, surnommé le Maure ou rÉthiopien; cest à ce surnom que celui de corbeau fait allusion. Voyez le Dict. hist. au mot Sforce ( Louis). Nous renvoyons à ce dio" tionnaîre, parcequ*il est sous la main de tous les lecteurs.

* * François I**^, après avoir dépouillé du duché de Milan ce Maximilieu, le fit prisonnier, et Temmena en France, où il mourut comme son père. Voyez le même dictionnaire, au mot Sforce ( Maximihen ).

' * Dans cet Hercule qui venoit de Libye ^ Bemier voit, à travers les obscurités, dit-il» que Fauteur a semées, Charles- Quint revenant de Texpédition d'Afiique. Mais ce doit être François I**^ , FHercule de son temps, qui revenoit du Milanois, où régnoit, quand il y entra ^ Sforce, surnommé le Mawe. On lui donnoit le nom ^ Hercule^ et le surnom de grand y tant à cause de sa stature que pour sa victoire de Marignan, qu'on appeloit une bataille de géants :

C'en un César quant an fait de bataille , Ub preux Hector, un puissant Hercules ,

£t de loi nn poète son contemporain, dans l'Épître du traveneur de^

Quoy ! dist Minos ^, que n'y suis je appelé? Excepté moy tout le monde on convie.

Et puis Ion veult que passe mon envie

votes périlleuses f à Èléonore d! Autriche , seconde épouse de Fran-^ çois I^'', p. I . Benvenuto Gellini F appelle presque toujours , dans ses mémoires, le grand roi. Pierre de L'Estoile commence ainsi les siens : M Le grand roy François, père et restaurateur des bonnes lettres ^ succéda au bon roi Louys, père du peuple, au commencement de janvier i5i5. » Dans les contes d*Eutrapel, un personnage rappelle que le grand roi^ grand de nom, de cœur, et de taille, grava son nom François sur une cloche, beaucoup plus haut qu'aucun autre homme ne l'auroit pu faire. Rabelais lui-même le nonmie le grand cyclope y dix vers plus bas, /e roy megistej le grand roy^ en divers endroits ; et M. Le Noir dit qu'il de voit avoir près de six pieds , d'après la longueur du tibia qu'il avoit mesuré, à l'exhumation de son tombeau. Cest donc par allusion à sa haute stature sur-tout que Rabelais fait de François V un Hercule et le géant Gargantua. Cest sans doute aussi par allusion à ce surnom que l'hôtel qui étoit à l'angle de la rue des Grands-Augustins et du quai, et qui portoit en i499 ^^ nom d'hôtel de Clérieu^ prit celui d'hôtel d'Hercule^ après que François l" l'eut donné au cardinal Duprat; et non pas parcequ'on y voyoit des peintures représentant les travaux de ce demi-dieu : le courtisan ne les y aura fait peindre que pour flatter le héros de Marignan.

^* Allusion à l'Hercule de Libye, cité aussi dans le Cymbalum mundi, dialog. iv, p. 1 69. La Libye comprenoit l'Ethiopie et la Mauritanie; l'auteur en fait plaisamment la patrie de ce Maximilien, à cause des surnoms d'Éthiopien et de Maure que portoit son père : ainsi la Libye est ici pour le Milanois.

^* Cest le parlement de Paris, que François I" ne consulta ni dans son concordat avec le pape, ni en d'autres occasions, et aux remontrances duquel il n eut aucun égard. Voyez Gamier, f^ie de François I^r^ tom. XXIII, p. i5i et suivantes. Bemier voit dans Minos le prince d'Orange : « Quant à Minos, dit-il , je n'ai pas peine à croire que c'est le prince d'Orange; si Rabelais a ^xx prévoir sa révolte. » Quelle pitié!

À les fournir d'huytres^ et de grenoilles : Je donne au diable , en cas que de ma vie Preigne a merey leur ventre de quenoilles7.

^ * Le parlement étoit alors chargé de F approvisionnement de Paris. y oyez ¥ Encyclopédie y au mot Chambre de la Marée.

^ Le mot de quenoille, dans le vieux langa^^e, signifioit un bateau de pêcheur servant aux approvisionnements de bouche. Voyez VEn" cyclopédie , au mot Quesouille. Bemier confond quenoilles avec grenoiliesy et dit que les HoUandois sont les ventres de gi*enouilles !

COMMENTAIRE HISTORIQUE

DE LA SIXIÈME iTBOPHB.

Pour mater les membres du parlement, survint Duprat, le chancelier, qui clope, qui chancelle; avec les bulles de la cour de Rome. Louis de La Trémouille , grand chambellan , anéantit les membres du parlement, en leur intimant les ordres absolus du roi pour Tenregistrement dii concordat. « Que chacun , sous ce « régne, prenne garde à soi, car il y a, dans ce pays, peu de bou- « grès ou hérétiques qu on n ait fait passer par les supplices. Gou- « rez-y tous , et sonnez Talarme ; vous verrez encore aujourd'hui « plus de ces scènes d'horreur que par le passé. »

Pour les matter ' survint Q. B.* qui clope , Au saufconduict des mystes sansonnetz^.

' * Cest-ànlire, pour mater les membres du parlement. Il ne faut qu'ouvrir T histoire du temps pour voir dans quels termes durs et humiliants le chancelier Duprat leur parla, de la part du roi, pour les forcer à enregistrer sans délai TaboUtion de la pragmatique sanction, et le concordat qui avoit été rejeté non seulement par le paHement, mais par l'université et par le clergé. Voy. Gamier, Vie de François I*'', tom. XXIII, p. 179.

^ * Q. B. pour qui boite : jeu de mots, digne de Rabelais, et sur le mot chancelier^ qui chancelle, qui boite, qui clope , et sur celui qui Tétoit alors. En effet le chancelier Duprat, que ce jeu de mots désigne, étoit pourvu d'un embonpoint qui ne le laissoit marcher qu'avec beaucoup de peine : il canetoit, comme on dit. Voy. Moreri, au mot Prat (du). Varillas, Hist. de François /«'', liv. VII, p. 24^ <^^ la deuxième édition de Hollande, cité par Bayle, article Duprat, note G, dit : « Duprat étoit devenu si gros, qu'il fallut échancrer sa table pour faire place à son ventre. » Théodore de Beze, faisant allusion à son amplissime corpulence, autant qu'à ses dignités, lui fit cette épitaphe :

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