‹ Œuvres de RabelaisChapitre 12 sur 45 · AMPLISSIMUS VIR HIC JACET · texte numérisé non relu

AMPLISSIMUS VIR HIC JACET

Le tamiseur^, cousin du g^rand Cyclope^, Les massacra^. Ghascun mousche son nez.

« Oui, c'est Dnprat, nous écrit M. Engébe Salverte, à qui nous ayons «ommiiJiîqaé cette note : reçardea. dans un miroir, en renversant le papier où tous aurez ëcrit les deux lettres q 6, tous trouverez dp, initiales de du prat , tournées de gauche à droite, et renversées. Sans même se donner la peine de recourir au miroir, on opère la même métamorphose, en les regardant au travers du papier renversé. » Cette remarque est très ingénieuse, mais Rdselais auroit écrit les lettres initiales Q. B., dans le texte, en minuscules, au lieu de les mettre en capitales. Le saufconduict est la bulle du concordat et de Taboliti^n de la pragmatique sanction; les myste's sansonnets sont les pères du concile de Latran, qui approuvèrent cette bulle. On a vu plus haut que La Groze pensoit que ce sauf*conduit étoit celui accordé à Jean Hns, par fempereur Sigismond, pour venir se défendre au concile de Constance, en 141^9 et que le% mysles sansonnetz étoient les pères de ce concile; que les deux lettres initiales Q. B. , ayant en latin la même valeur numérique que les deux lettres I. H. en grec, initiales de Jean Hns , Q. B. désignoit Jean Hus ; et que qui dope signifioit qui claudicat infide. Cette explication est aussi ingénieuse, mais elle est forcée : ce qui précède et ce qui suit prouve qu'il s'agit ici du concile de Pise et. non du concile de Constance , de Calvin et non de Jean Hus. Le terme de saufconduict, dont se sert Rabelais, pourroit tout au plus faire allusion an concile de Constance, à l'occasion de celui de Latran, dont Tapprobation étoit comme un sauf'Conduit, au milieu de l'indignation générale, pour le chancelier Duprat, qui avoit conclu le concordat avec Léon X, et qui détermina le roi à le signer le 1 4 décembre 1 5 1 7. Ce ministre, qui étoit à-la-fois chanceher, cardinal, et légat du pape ^ mourut en i535, c'est-à-dire la même année que parut le Gargantua.

'* Ce sauf-conduit, c' étoient les bulles de la cour de Rome, dont le chancelier étoit porteur; et les tnysteSy ou mystiques sansonnets y étoient les membres de la même cour, les oiseaux chanteurs et mystérieux de File Sonnante, les prêtres de Té^^e romaine, que Fauteur qualifie d'oiseaux dans nombre d'endroits. Yoy. Gamier, Vie de François /"> tom. XXHI.

* * Cest Louis de La Trémouille qu'il nomme le tamiseur, en jouant

En ce gueret7 peu de boulgrins sont nayz Qu'on n ayt berné sus le moulin a tan ®.

sur son nom, qui semble en effet être Faugmentatif de trémie de moulin, espèce de tamis; parcequ'il fut chargé par le roi de faire passer comme au gros tamis, au gros sas, c'est-à^lire sans délai, les bulles concernant le concordat et la pragmatique sanction à Tenregistre» ment du parlement. Voyez Gamier, t6iV. ,p. 182. Selon Bemier, le tamiseur est Henri VIII, roi d'Angleterre.

' * Louis de La Trémouille , deuxième du nom , étoit allié au trône par sa femme, Gabrielle de Bourbon ( voy. Moreri, à son article), et le roi le traitoit de cousin. François l" est donc ce grand Cyclope, par allusion au cyclope et géant Polyphème.

* * Cest-à-dire, les anéantit par les ordres despotiques qu*il leur intima de la part du roi. Voici ce que dit l'histoire sur ce sujet : « Dès que le recteur de l'université et les douze députés qui l'accompagnoient furent sortis , les gens du roi entrèrent avec toutes les marques de l'abattement et du désespoir. » Quelques jours auparavant, François l" avoit parlé aux deux députés du parlement en ces termes : « Si demain, à six heures du matin, ils sont encore ici, j'enver- « rai douze archers qui les jetteront dans un cul de basse-fosse, où «je les tiendrai six mois; je verrai q^i osera les réclamer! » Voyez Garnier, yie de François /*r, tom. XXIII, p. 182.

^ * Ce guérety disent les devineurs, c'est le champ de l'égUse romaine, lequel, au jugement de Rabelais, n' étoit pas alors cultivé comme il auroit dû l'être; et les boulgrins, ce sont les luthériens françois qu'il appelle boulgrins ou petits bougres^ parcequ'ils descendoient des Vaudois, qu'on nomma bougres^ du nom de la Bulgarie, où l'on prétend qu'ils s'étoient répandus. L'auteur veut dire que jusqu'à son temps, peu de personnes avoient entrepris de réformer l'église d'Occident , ou de se séparer d'elle , sans y laisser la peau , comme on dit. (L.) — Boulgres, boulgrins^ et hérétiques, étoient autrefois synonymes; ce qui vient sans doute de ce qu'on accusoit les hérétiques de sodomie, à cause de leurs assemblées nocturnes, dans des bouges, comme les premiers chrétiens. « L'horreur qu'on avoit des Albigeois.et des Vaudois, dit l'abbé de Marsy, ou plutôt l'envie qu'on avoit de les rendre odieux, leur fit imputer, peut-être sans aucun

Courez y tous et a larme sonnez 9, Plus y aurez que n y eustes antan '°.

fondement, le crime le plus capable de soulever contre eux les hommes, parcequ*il attaque la multiplication de l'espèce humaine. Dès le temps de saint Dominique, on avoit de la peine à persuader, même au simple peuple, qu'un homme mérite le feu pour avoir erré dans la foi. Il fallut donc, jure an t'n/una , imputer aux hérétiques un crime proportionné à ce supplice. » On lit dans Froissard, vol. I, ch. ccxxvii : ■ Et fut ( Pieire de Castille ) en plein consistoire en Avignon , et en • la chambre des excommuniez, publicquement déclaré et réputé «pour BOUGRE et INCRÉDULE; » et vol. rV, chap. vu, un trésorier du duc de Berri est brûlé vif à Béziers, pour avoir avoué qu'il étoit hérétique^ et efuil tenoit V opinion des bougres, c'est-à-dire, dans le langage de ce temps-là, qu'il nioit la trinité et l'incarnation! On lisoit à Montargis l'épitaphe d'Alis, comtesse de Bigorre,^//e de Guy de Monforty qui pour la foi mourut contre les bougres et Albigeois.

Par houlgrins Rabelais entend donc les protestants. Ces boulgrins, ou hérétiques, furent singulièrement tourmentés sous François ^^ 11 établit contre eux une chambre ardente, composée de juges délégués parle pape et d'inquisiteurs de la foi. Cinquante perso^mes furent condamnées au supplice dans un seul jour. Dans la croisade suscitée par l'exécrable d'Oppède, président du parlement d'Aix, et r avocat-général Guérin, contre les Vaudois de Mérindole et de Cabrières , vingt-deux bourgs furent mis en cendres , et leurs habitants massacrés. Un Mathieu Orry, dominicain, envoyé en France comme inquisiteur de la foi, en iSsS, y fit aussi de nombreuses et cruelles exécutions, sous le prétexte d'épurer la foi et les mœurs. Ce dominicain fut confirmé dans son office par Henri H, en i55i. Voyez Gamier, tom. XXTV, p. i5i, tom. XXV, p. 49^, et tom. XXVI, p. 3i3. « Sur-tout il fut (François I*') très grand justicier, dit Brantôme. U en a fait faire ( des bougres ou hérétiques ) de grands feux , et en épargna peu d'eux qui vinssent à sa connoissance ; et, dit-on, que c'est le premier qui a montré le chemin à ces brûlements. » Brantôme, Fie de François A'", tom. VD, p. 261. Quel justicier, qu'un roi qui brûle ses sujets pour leurs opinions !

• * Au propre, c'est le Heu où l'on tanne, et au figuré, où l'on sup-

plicie les condamnés. On dit encore tanner y pour supplicier, tourmenter : ce moulin à tan est une allusion au supplice de l'estrapade. «On avoit inventé, dit M. Dulaure, tom. IIÏ, pag. 3o, d'après le P. Felibien, pour rendre le supplice des protestants plus douloureux , une machine appelée estrapade. On élevoit les patients à une grande hauteur, puis on les laissoit tomber dans les flammes ; on les élevoit de nouveau pour les y replonger encore, afin de prolonger leurs souffrances. » Cest de là qu'est venu le nom de la place de l'Estrapade.

^ « Parmi les éditions de Rabelais, dit M. D. L., dernier éditeur de cet auteur, les unes, dans cet endroit, portent h larme sonnet, d'autres a l'arme, d'autres enfin alarme. La première version est nécessairement fautive, car elle ne signifie rien. La seconde seroit assez impropre , car on ne dit point sonner à larme. Malgré l'inextricable obscurité du sujet, la troisième nous a paru la plus convenable. » M. D. L. se trompe, et il n'y a point ici à^ obscurité inextricable : il n'est pas difficile de choisir entre ces trois leçons. S'il s'agissoit d'adopter l'orthographe moderne, nous préférerions avec lui alarme sonnez y puisqu'on écrit aujourd'hui sonner V alarme. Mais conune alarme est composé de à Carme , ^our aux armes , ainsi que le prouve l'expression italienne aWarme, qui a le même sens, et comme cette orthographe est étymologique, il est évident que c'est celle-là qu'a dû ^suivre Rabelais, et que par conséquent a l'arme sonnez est la seule bonne leçon, et signifie sonnez l'alarme, pour courez aux armes.

'°* Auparavant. Vieux mot qui vient d'ante annum, l'an passé. Mais ou sont les neiges d'antan? dit Villon, pour refrain de l'une de ses ballades. Ce mot est encore en usage dans quelques provinces. On dit aussi en espagnol antano, pour el ano de antesy l'année d'auparavant. Les interprètes protestants croient avec raison que Rabelais prédit ici aux hérétiques de son temps un traitement encore plus dur que celui qu'on avoit fait à leurs devanciers.

COMMENTAIRE HISTORIQUE

DE LA SEFTIÈMB STBOPBIE.

Qoelqne temps après , le pape délibéra s*il ne se rangeroit pas du côté des ennemis de François V; mais, voyant ce roi si terrible et si fier après la victoire de Marignan , il cTaiçrnit pour son empire, et mieux aima voir Téglise privée de la collation des bénéfices qu*il donna au roi, en recevant de lui les annatcs et autres droits équivalents, que de maintenir les décrets de la cour de Borne dans la pureté des principes canoniques qu il fouloit aux pieds.

Bien peu après Foyseau de Jupiter ' Délibéra pariser pour le pire* :

Mais, les voyant tant fort se despiter, Craig;nit qu'on mist ras, jus, bas, mat^ Fempirc, Et mieulx ayma le feu du ciel empyre ^

' * Cest le pape, qui tient les foodres spirituelles de Téglise, comme Toiseau de Jupiter, ou rai(];le, porte le» foudres de ce dieu. Remier ▼oit dans Toyteau de Jupiter, l'aigle impériale : alors cette strophe devroit s'entendre de Charles-Quint , mais il se trompe.

* * Cest-à-ilire, aller de pair avec le pire. Léon X délibéra en effet i^il ne se montreroit pas en ennemi de la France; mais Tétatde triomphe et de force ou il la voyoit alors l'en détourna. Yoy. Gamier, tom. XXIII, p. 83 et suiv. On ne trouve pariser nulle part.

' Mettre ras, c'est raser; mettre jut y c'est mettre dessous, à bas, à terre, déposer : mettre jus sa jaquette, dans P^icot, est rendu par ponere tunicatn; mettre mat, c'est tuer, mactare, comme au jeu des ëciiecs.

** he feu du ciel empyrée. Cest la collation des bénéfices due à la crainte des foudres du Vatican, et dont le trafic est le feu allégorique que Téglise avoit aussi grand soin d'entretenir que les vestales le feu sacré.

Au tronc ravir ^ ou Ion vend les soretz^, Que Faer serain 7, contre qui Ion conspire, Assubjectir es dictz des massoretz®.

* * Ravir au tronc, ou plutôt au trésor de Téglise.

^ * Ces saurets, ou harengs saurets, sont les bénéfices de la collation desquels le pape consentit à se dépouiller, en échange des annates. Rabelais les assimile plaisamment à des harengs saurets, par ce qu'ils ne sont accordés par l'église qu'à la condition de faire maigre, et de pratiquer les jeûnes et austérités que prescrivent les canons.

^ * Cet air serein, ce sont les principes canoniques que Léon X a évidemment violés, contre lesquels il a conspiré, en acceptant le concordat, et en abolissant la pragmatique sanction.

' * Ce sont les brefs et les bulles émanés des docteurs de la cour de Rome, que l'auteur assimile ici aux décisions des docteurs juifs, appelés massorets ou massorettes. « Je vous allegueray, dit-il, l'authorité « des massoretz , bons coudlaux et beaulx cornemuseurs hebraic- « que& » Liv- II, chap. l

COMMENTAIRE HISTORIQUE

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