DE LA HUITIÈME STROPHE
Le traité entré le roi et le pape fut conclu par suite du combat de Marig;nan, à la pointe de lepée, malgré le parlement de Paris et l'université, qu'on méprisoit, et qu'on ne consultoit jamais. Chacun crioit à cette dernière : « Vilaine taupe, t'appartient-il de «parler ici, quand toi-même tu t'es soustraite à la juridiction du « saint siège de Rome? »
Le tout conclud (eut a poincte affilée ' , Maulgré Até, la cuisse heronniere^, Qui la sas sit ^, voyantPenthasilee ^
Effectivement, raccord fait entre le roi et le pape se fit à la pointe de l'épée, et à la suite des mémorables faits d'armes de Marignan.
* * Cest un terme dont s'est servi Marot, en parlant d'une maladie qui l'avoit extrêmement maigri.
Tant afFoibly m'a d'estrange manière , Et si m'a faict la cuisse heronniere.
UAté des Grecs étoit une déesse qui excitoit les noises et les querelles^ et Rabelais lui donne une cuisse héronnière^ c'est-à-dire grande et légère comme celle du héron, parceque Homère, pour insinuer que les dissensions arrivent bien vite , et souvent pour le moindre sujet , donne à cette déesse des pieds très légers à la course. (L.) — ^t^dans riliade, est nommée fille de Jupiter et déesse de la vengeance. Cest une déesse malfaisante , une furie , comme l'indique son nom grec «ra, darnnum^ clades^ calamitaSy peccatum^ d'où «rcti, les furies, ànÔMy lœdo, noceo. Son pas est rapide; les prières, Aitai, boiteuses la suivent de loin, et ne peuvent l'atteindre : c'est pour cela que Rabelais lui donne des cuisses de héron, oiseau de proie à longues jambes. Cest le parlement que l'auteur désigne ici par le nom à' A té, l'assimilant, ainsi que tous les gens de plume à sa suite , à un oiseau de proie, pour les plumes, le bec et les serres, comme le prouve la note qui suit. ' * Ce sont les séances que tint le parlement dans cette conjoncture.
* ' Pour Penthésilée. Cest l'université, dont l'audace et les fureurs
Sus ses vieulx ans prinse pour cressonnière^. Chascun crioit: villaine charbonnière^.
T'appartient il toi trouver par chemin?
Tu la toUuz la romaine bannière 7, Qu on avoit faict au traict du parchemin^.
ont pu se comparer parfois à celles de Penthésilée, célèbre reine des Amazones, à qui Pline attribue l'invention de la hache d* armes, et qui combattit, à leur tête, pour Priam contre Achille, au siège de Troie, armée d'une espèce de hallebarde, comme le Suisse de la reine des facultés ou des Amazones littéraires. L'université joignit alor^ ses efforts à ceux du parlement contre François I"^. Voyez Garnier^ tom. XXIII, p. 85. Dans le haljoyeulxy en forme de tournayy hv.V, chap. XXV, parlant delaroyne Aurée : «Vous eussiez dict q«€~ce feust « une autre Penthasilée, amazone fouldroyante par le camp desGre- « geois. w En effet cette Amazone étoit alors une gufirrière redoutable : « Gomme tous les suppôts de l'université, dit Mézerai, étoient ecclésiastiques, la jurisprudence et la médecine étoient aussi en leurs mains, et le pape étoit reconnu pour chef de ce corps, et de tous les gens de lettres. » Le doctorat même et ses privilèges ne se conféroient que sous les auspices et au nom du souverain pontife.
* * Cest-à-dire que l'université, malgré son ancienneté, fut traitée avec mépris, comme on traite une marchande de cresson, une harengère.
^ * Il nomme ainsi l'université, à cause de la robe noire de ses cheÊ, ^ * Tu l'enlevas. Ne faudroit-il pas lire fw r<is tolluZy pour tu l*a^ enlevée? C'est ainsi que Villon dit : Tollu m'as la haulte franchise, Tollu est le participe de toUir, en latin tôlière. On trouve dans Nicot : // m'a tollu mon bien^ rem mihi sustulit. Cette bannière est la juridiction de la cour de Rome. « Les papes , à la soUicitation de l'u^ niversité , l'exemptèrent de la juridiction de l'ordinaire, et lui en donnèrent l'autorité sur ses membres et écoliers , privilège dont elle a souvent abusé. » Voyez V Encyclopédie au mot Uhiversité ; et Garnier , Vie de Louis XII y tom. XXI, p. 92.
Cest-à-dire rédigée, écrite sur parchemin.
COMMENTAIRE HISTORIQUE