‹ Œuvres de RabelaisChapitre 14 sur 45 · DE LA NEUVIÈME STROPHE · texte numérisé non relu

DE LA NEUVIÈME STROPHE

L'église qui, comme son chef, pensok aux intérêts du sahitsiège, ne fut point consultée alors, et on lui eût fait un très mauvais tour, »i elle eut été lésée de tous points en cette occasion. Mais raccord fut tel, que le roi donna au pape, en retour de la collation des bénéfices, de gros revenus temporels et la jouissance de» annates , c est-à-dire la première année des revenus des bénéfices qu'il conféreroit; et si, de son côté, le roi de France se croyoit lésé, le pape offroit de lui donner en indemnité le titre d'empereur d'Orient.

, Ne feust Juno % qui, dessonbz lare Céleste^ Avec son duc tendoit a la pipee ^, On luy eust faict ung tour si tresmoleste

' * Juno- et son duc som FÉglise et le pape: le pape, qui est ici' comparé à Jupiter foudroyant ; f Église , qui ne fat pas plus consultée qoe le parlement dans l'arrangement de François T" avec Léon X. Selon Bemier, « Juno et Ariié pourr oient bien être, ou Marguerite d'Autriche dite de Flandre, oa Marguerite de Parme, sa nièce, lesquelles forent gouvernantes des Pays-Bas , où elles s'opposèrent à 1» naissance des hérésies de Luther, m II se trompe certainement; mais ton erreur même prouve qu'il étoit persuadé que ce poëme est une satire de l'histoire du temps. Selon le même commentateur , le duc tendant h la pipée ^ est le duc d'Albe , « bien trouvé , dit-il , si Rabelais avoit pu prévoir ce qui arriva de son temps aux Pays-Bas. » Mais comme il n'a pu le prévoir, ce n'est donc pas lui.

' * Cette pipée , ee sont les moyens par lesquels la cour de Rome tiroit continuellement de toute la catholicité un argent considérable. Allusion rabelaisienne à cette espèce de chasse aux oiseaux qu'on appelle pipée , que font les oiseleurs en contrefaisant la chouette ou. le duc , qui est le nom d'une e^éce de hibou-

8o LIVRE I, CHAP. II.

Que de tous poinctz elle eust esté frippee. L accord feut tel que d ycelle lippee Elle en auroit deux œufs de Proserpine ^ : Et, si jamais elle y estoit grippée, On la lieroit au mont de TAlbespine^.

^ * Ce sont deux pontes infernales lucratives; savoir, les revenu» temporels et la jouissance des annates, ou de la première année des revenus des bénéfices que le roi cédoit au pape en vertu du concordat, et que fauteur, comparant l'Église romaine à Léda, appelle deux œufs de Proserpine ou d'enfer, comme objets simoniaques. C'est ainsi qu'il dit, livre V, chap. X, en parlant des reliques de Tile de Cassade , c'est-à-dire de mensonge : « La veismes tes cocques des œufs jadis ponnuz et esclouz par Leda , desquelz nasquirent Castor et PoUux , frères d'Helene la belle. »

* * Ce mont de YAlbespine ou Aubépine signifie ici le mont des Olives, où étoit liée l'ânesse avec Tânon qui amena Jésus en triomphe à Jérusalem. Ce mont, sur lequel ce roi couronné d'épines fut lié et attaché en croix lors de sa passion, est, comme on sait, près de Jérusalem , qui fait partie de l'empire d'Orient , que le pape promettoit alors à François I^'- VoyezGamier,tom. XXIII, p. 99. Alexan* dre VI avoit déjà créé de même Charles VIII, empereur de Constantinople, lors de son passage à Rome pour la conquête de Naples. Voyez la Chronique de Belleforest, p. 4^4; et William Roscoé, tom. I, p. 224-

GARGANTUA. 8i

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