DE LA. DIXIÈME STROPHE
Quelque temps après , les membres du parlement remontrèrent de nouveau à François I", relativement à son concordat avec le pape, qu'ils étoient prêts à lui sacrifier tout ce qu ils possédoient, pourvu qu il voulût respecter les libertés de l'Église gallicane ou la pragmatique sanction, en allouant quelque salaire à ceux qui avoient rédigé le concordat.
Sept moys après, oustez en vingt et deux ', Cil qui jadis anichila Carthaige ^,
' * Gela est impossible dans le fait, et signifie seulement que François I'** ne donna aucun répit ni délai au parlement pour Tenregis" trement du concordat , et qu'il auroit voulu que la chose fût faite avant qu'elle le fût, tant il étoit pressé. Voyez Gamier , tom. XXIII, p. i8a et suivantes. Le sens de ce vers, sept moys après y oustez en vingt et deux, est aussi absurde, en apparence, que celui de ces deux expressions, la semaine des trois jeudis, trois jours après jamais; mais il sepourroit bien que l'auteur, pour ne pas se laisser pénétrer, eût dit exprès le contraire de ce qu'il entendoit, comme si la langue lui fourchoit, et qu'il fallût retourner sa phrase ainsi : « Vingt-deux mois après, (pour 1 52 2 ans après) ôtez-ensept; » ce qui feroit l'année i5i5, qui est précisément celle du concordat de François l'' avec Léon X, dont il est ici question. Gette supposition est tout-à-fait conforme au style et an goût de Rabelais, et elle nous paroît confirmée par les autres énigmes de ce poème, et par les explications que nous en donnons. Cest par une méprise rabelaisienne semblable, qu'il dit, chap. 16 : « Si n estoyent messieurs les bestes, nous vivrions comme ' clercz, » au lieu de , « si n'estoyent messieurs les clercz, nous vivrions comme bestes; » et chap. xxxiii,Je tuerais un peigne pour un mercier, au lieu de^e tuerois un mercier pour un peigne. Quant à l'an 32 , pour fan 1 52 2, c'est encore ainsi qu'il met, chap. v de la prognostication, l'an 524) pour Tan i524.
Gelui qui jadis annihila ou anéantit Garthage : c'est le sénat I. 6
Courtoysement se mit on mylieu d eulx ^, Les requérant d avoir son heritaige^ :
Ou bien qu on feist justement le partaige Selon la loy que Ion tire au rivet ^, Distribuant ung ta tin du potaige ^ A ces facquins qui feirent le brevet 7.
romain , dont la maxime étoit delenda est Carthago. L'auteur lui assimile le parlement pour sa fermeté à résister au roi et au pape. Voyez Gamier, ibidem.
^ * C'est-à-dire se présenta humblement devant le roi et son conseil. Voyez ibidem.
^* Leur offrant le sacrifice de la vie, des biens et de la liberté de chacun de ses membres, s'ils vouloient renoncer à l'enregistrement du concordat. Voyez Garnier , tom. XXIII, p. i86.
^ Cest-à-dire d'après une loi juste et équitable. Cette expression métaphorique est prise de tout ce qui est tiré ou coupé pour faire un rivet : on y emploie toujours beaucoup de justesse et de précision. Un rivet est, selon l'académie, une pointe rivée du clou broché dans le pied d'un cheval; selon le dictionnaire de Trévoux, c'est l'exti-émité rivée d'un clou.
^ Un peu d'argent. Les Italiens disent aussi un tantino, pour un tant soit peu ; c'est le tantillùm des Latins. I9ous disons encore un tantinet,
^ * Ces faquins qui feirent le brevet, sont les secrétaires de la cour de Rome, qui avoient expédié le brevet, c'est-à-dire la bulle du concordat et de l'abohtion de la pragmatique. Le cinquième concile de Latran, qui avoit commencé en i5ia , sous Jules |I, et fini en 1617, sous LéonX, approuva en effet, dans sa onzième session, le concordat fait entre ce dernier pape et François I"^ , l'an 1 5i 6, et la bulle du 19 décembre suivant, par laquelle, du consentement de François l" , Léon X révoquoit et abrogeoit la pragmatique. Des Périers, contemporain de Rabelais, et valet de chambre de la reine de Navarre, dans sa 68« nouvelle, fait aussi allusion à la décision de ce concile, avec une naïveté bien plaisante imitée d'un autre endroit de Rabelais. Brevet est le diminutif de bref: un brevet est donc ici un semihref de bulle y comme il le nomme, livre V, chap. xxvn.
COMMENTAIRE HISTORIQUE