‹ Œuvres de RabelaisChapitre 17 sur 45 · DE LA DOUZIEME STROPHE · texte numérisé non relu

DE LA DOUZIEME STROPHE

Ce régne de François I" passé, le nouveau roi, Henri H, régnera paisiblement et sans trouble. Tout s'exécutera au gré des genS'de bien , «t la France recevra enfin les soulagements qui lui ont été promis. Alors les haras, c est-à-dire la grande jument, Diane de Poitiers , et les dames de la cour de Henri H , comparées à des juments poulinières, qui étoient alarmées, triompheront avec lui, en royal palefroi.

Cest an passée cil qui est régnera '

Paisiblement^ avec ses bons amys.

Ny bruscq ny smach lors ne dominera ^ :

Cest-à-dire celui qui est en place pour régner, régnera. Ici commence la prophétie du régne de Henri U, qui n'étoit encore que dauphin et âgé de dix-sept ans. Ces trois dernières strophes sont une imitation de la iv* églogue de Virgile , daus laquelle ce divin poète prédit que Marcellus , neveu et héritier présomptif d Auguste, ramé" neroit l'âge d'or sur la terre. Comme elles renferment une sorte de prophétie , elles sont encore plus obscures que celles des deux premiers paragraphes, qui sont vraiment l'histoire du temps.

* * « Lorsque ce grand roi, dit Brantôme en parlant de Henri II, vint à la couronne, il s'y trouva fort heureux ; car son royaume étoit paisible, franc de toute guerre avec l'empereur. » Voyez Brantôme , Fie de Henri II, tom. VIII , p. 56. De plus, à l'époque où Rabelais écrivoit, la France étoit déjà paisible, depuis le traité conclu à Cambrai, en 1629.

Cest-à-dire ni brutalité ni paroles injurieuses. Brusq , comme Fa fort bien jugé Erythraeus dans son Index sur Virgile , vient de ruscus,

Tout bon vouloir aura son compromis^.

Et le soûlas qui jadis feut promis , Es gens du ciel , viendra en son befroy ^. Lors les haratz ^ qui estoyent estommis 7,

oa ruscum y sorte de myrte sauvage dont les feuilles sont piquantes. Les Italiens 1* appellent bruscoy et les François brusc, en y préposant un 6 , comme à bruit y que nous avons fait de rugitus. Schmach , car c'est ainsi que Rabelais auroit dû écrire, est un mot allemand qui répond au mot latin contumelia. (L. ) — Quelle que soit l'étymologie de6ru5^ et de smach, qui ne doit pas être discutée ici, nous pensons que cette phrase si^ifie qu'il n'existera nulle querelle, nulle brouillerie, littéralement ni brusquerie ni micmacq : ce dernier mot paroît avoir la même origine que le mot allemand schmach. Quant au mot brusq , on a déjà dû remarquer que Rabelais écrit par un q final les adjectifs qu'on écrit aujourd'hui en c et même en que; brusq est donc pour brusque; nous en trouvons même la preuve dans le dictionnaire italien-françois de Duez, où brusco signifie, i° un fétu, 2** brusque, âpre , aigre , rude. Le bruch et le smalch pourroient bien , selon Rernier, marquer la ligue de Smalcalde : c'est ainsi qu'il écrit ces trois mots.

^ * Cest-à-dire tout le bien qu'on désire aura son exécution , toute demande raisonnable sera accueiUie au gré des plaignants , telle que celle de Tabohtion de la gabelle, qui eut lieu en i549 dans les pro« ▼inces au-delà de la Loire. Voyez Gamier, tom. XXVI, pag. 21 a, et Bouchet, Annales et Aquitaine.

' * Cest-à-dire le soulagement qui fut promis par François I'' aura Heu alors dans tout le royaume. Le beffroi étoit la tour, le clocher où Ton sonnoit la cloche d'alarme et des bannies ou pubUcations.

^* Comme les haras sont des troupeaux de juments poulinières qu'on met avec des étalons pour faire race , et qu'on aura la preuve par la suite que la grande jument de Gargantua est Diane de Poitiers, qui fut la maîtresse de François T', et ensuite de son fils Henri U, nous pensons que c'est elle qui est désignée ici comme devant triompher avec son royal amant et toute sa cour, après avoir éprouvé nombre d'humiliations de celle de François I'^ sur la fin de son

Triumpheront en royal palefroy.

règne. Le palefroy y selon Nicot, est un cheval pour une dame ; ce qui confirme encore qu'il a'agit ici de Diane de Poitiers. Cest la même figure que celle du limonier nouveau de la strophe m , et que celle de la grande jument.

' * C'est l'état d'étonnement, d'abattement, de crainte, et de stupeur, dans lequel ces haras étoient tenus sur la fin du règne de François I***, devenu dévot. Estommis signifie alarmés, troublés; c'est une altération d'estormisy participe à'estormiry alarmer, émouvoir, mettre en rumeur, qui est le même que l'allemand sturmen, donner l'alarme ; stumiy alarme ; et que l'itaUen stormire et stomio y et le bas latin stonvuSy qui ont le même sens : on lit de même, liv. I, ch. xliii, u et n'y a meilleur remède de salut a gens estommis et recrus , que K de n'espérer salut aulcun. »

COMMENTAIRE HISTORIQUE

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