DE LA QUATORZIEME STROPHE
Finalement , Thomme d'église sera placé comme un cierge au gond du jaquemart; tous ceux qui tiennent aux cloches et aux bénitiers ne feront plus tant de scandaleuses persécutions au nom du roi. Ah ! si on pouvoit s'armer du glaive de sa justice, la France seroit bientôt purgée des maux affreux qui Taffligent , et on verrait tomber le grand magasin d abus. — Tout ceci annonce Tabo- Htion de l'inquisition , et que tout doit rentrer dans Tordre sous le régne du dauphin.
Finableiuent , celluy qui feut de cire ' Sera logé au gond du jacquemart^.
Plus ne sera réclamé cyre, cyre^, Le brimballeur ^ qui tient le cocquemart^.
' * Le cierge (pour rhomme d'église), ou le roi précédent : il joue sor les mots cire et sire,
* he jaquemart est une petite figure d'homme en fer et en bronze, Tetne d'une jaque ou cotte de mailles , et tenant un marteau pour frapper les heures sur le timbre des horloges des églises.
' * Çyre pour sire : c'est ainsi , comme le remarque ailleurs Le Duchat , qu'on trouve ce mot écrit en cet endroit , et au chap. xxxiii du liv. I, suivant l'édition de Doiet, et celle de i553, au heu de sire qu'il y a dans les nouvelles éditions ; ce qui vient de ce que Rabelais dérivoit ce mot du grec iu/^ioc> dontinuSy tandis qu'il vient par contraction de sieur pour seigneur, du latin senior. C'est donc du roi qui devoit succéder à François I"', de Henri II, qu'il s'agit ici. Ce vers rap« pelle ce mot si connu : Ahî si le roi le savoit!
* * Cest le clergé , ainsi nommé à cause du brimbalement des cloches qui annonce les offices de l'église , ou le roi qui met tout en branle dans l'état.
^ * Le bénitier.
94 LIVRE I, GHAP. II.
Heu^, qui pourroit saisir son bracquemart' Toust seroyent netz les tintouins cabus7 : Et pourroit on, a fil de poulemart^, Tout bassouer^ le maguazin d'abus.
® Cest 1 mterjection latine heul ah ! hélas !
^ * Cest-à-dire les soucis rongeants, les tourments pommés comme des choux ; allusions aux persécutions qui eurent heu alors contre les réformés , au nom de la religion et du roi , comme cela se pratique toujours. Garnier, tom. XXV, pag. 49^'
® Quelle que soit Tétymologie du mot poulemarty il est certain qu'il ne signifie pas une espèce d'arme , comme le prétendent Oudin et Duez, mais une sorte de gros fil ou de petite ficeUe, ainsi appelée en Dauphiné par les marchands , qui s'en servent à lier les petits paquets de marchandises qu'ils vendent en détail. De là le poulemart des marchands, liv. II , chap. xvii. Ce mot se dit pouloumar en provençal, /70u/ouma5 en languedocien, dans le même sens. On disoit polomar et polomarium, en bas latin, pour gros fil. On lit dans le supplément au glossaire de Ducange : Comput. ann. 1399. Item pro polomario ad suendum.. Anno 1412. Item solverunt pro filo de polomar pro suendo pannos, etc. Ainsi on auroit tort de croire que de même que bracquemart signifie un sabre qui coupe bras et jambes, de même poulemart doit signifier le couteau avec lequel on égorge les poules et les poulets, et a fil de poulemart, au fil ou tranchant du couteau. Le mot qui suit le prouve.
5 Car c'est ainsi qu'il faut lire, et non pas baffouer: c'est bâtir, faufiler, coudre à grands points ; et ce verbe a été fait apparemment de ces deux mots espagnols, basta, faufilure, et soga, corde, 6aîsogar, bassouer. ( L. )
GARGANTUA. gS