CHAPITRE IV
Comment Gargamelle, estant grosse de Gargantua, mangea
grand planté de trippes '.
ET SOMMAIRE DE CE CHAPrrRE.
Ce chapitre, ainsi que le précédent et le suivant, est fait pour donner une g^rande idée de l'appétit de la reine Anne, qui passe en effet, d'après l'histoire, pour avoir été une femme pleine de force et de santé. L'auteur le donne clairement à entendre, par l'énorme quantité de tripes qu'il fait avaler à Gargamelle; et en disant, chap. iii^ qu'elle ëtoit belle gouge et de bonne troigne; et que son mari et elle faisoyent eux deux souvent ensemble la beste à deux dos. Cette princesse, dit la Biographie universelle, étoit belle, d'une taille élevée, mais un peu boiteuse; elle avoit^de l'esprit et de la prudence.... Ayant perdu le duc François II, son père, elle se trouva, à l'âge de quatorze ans, unique héritière du duché de Bretagne... Elle épousa Charles VIII, à Langeais ( château des du Bellay ), le 6 décembre 1491 ^ en se réservant la souveraineté de ses états. Il fut inséré dans le
' Force tripes; c'est ainsi qu'il dit, dans la Progn. , chap. iv, planté de touts biens, et, chap. vi, planté de bleds, pour abondance de biens, de bleds. Planté vient par coniraction du latin plenitas, abondance, d'où Ton a fait plantureux et plantureusement, pour abondant et abondamment.
contrat, u que le roi venant à mourir sans enfants, la reine seroit obligée d'épouser son successeur à la couronne , et que si elle le précédoit, le duché demeureroit au roi de France. »
A la mort du roi, le 7 avril 1498, elle donna les plus grandes marques de douleur, et prit le deuil en noir, quoique les reines jusqu'alors l'eussent porté en blanc (d'où les reines veuves étoient nommées reines blanches), Louis XII, qui avoit montré pour elle une passion assez vive avant qu'elle épousât Charles VIII, divorça avec Jeanne, fille de Ijouis XI , dont il avoit été forcé d'accepter la main , et il l'épousa le 8 janvier i499* I^^ cette union naquirent plusieurs enfants; deux filles seulement vécurent. L'aînée, Claude de France, épousa le duc d'Angouléme, qui régna sous le nom de François l". Elle captiva sans partage Louis XII, connu par l'inconstance de ses amours. On a dit que François l" avoit attiré les femmes à la cour; il trouva cet usage établi par la reine Anne , qui aimoit l'éclat, la représentation, et qui fixa auprès de sa personne un grand nombre de demoiselles , auxquelles on donnoit le titre de filles d'honneur de la reine,.. Ces filles de la reine ont été remplacées, en 1673 , par les dames du pa^ lais,,. Son caractère la portoit à dominer, et Louis XII, qui l'excusoit, en disant u qu'il faut souffrir quelque chose d'une femme quand elle aime son mari et son honneur , n avoit quelquefois besoin de résolution pour lui résister. On connoît la fable des biches, qui perdirent leurs cornes pour s'être égalées aux cerfs, que ce prince lui cita, pour lui faire comprendre qu'il n'appartenoit pas à son sexe d'intervenir dans les affaires de l'état et de l'Église... ElJe mourut au château de Blois le 9 janvier i5i49 et fut enterrée à Saint-Denis.
C'est la première reine de France qui ait eu des gardes, des gentilshommes à elle, et qui ait donné en son nom au-
GARGANTUA ii3
dience aux ambassadeurs; mais elle ag;issoit en cela eomme souveraine de Bretag;ae. Elle étoit née le 26 janvier 1476 » ainsi elle avoit trente-huit ans quand elle mourut. Elle avoit eu trois fils de son premier mari. Elle ëtoit libérale; jouissant de la plus g;rande partie des revenus de la Bretagne, elle s'en servit pour secourir les misérables, pour donner des équipages aux pauvres officiers, pour soulager leurs enfants et leurs veuves; mais, parmi les objets de sa libéralité, elle choisissoit de préférence les Bretons : aussi le roi, dans ses goguettes , dit Brantôme, l'appeloit quelquefois sa bretonne , parcequ'elle avoit réellement le cœur plus breton que françois. Une de ses manies étoit de vouloir paroitre plus instruite qu'elle ne Fetoit. Dans les audiences qu'elle donnoit aux ambassadeurs, elle méloit toujours quelques mots de leur langue, qu'elle avoit eu soin d'apprendre par cœur. C'est peut-être par une allusion maligne à cette petitesse que Rabelais, dans le chapitre suivant, fait dire deux mots basques à un courtisan de Grandgousier, se réjouissant, au milieu des pots, de la grossesse de Gargamelle.
L'occasion et manière comment Gargamelle enfanta feut telle. Et, si ne le croyez, le fondement vous escappe ! Le fondement luy escappoit une après disnee le troisiesme jour de febvrier *,
• * En suivant le calcul de l'auteur, qui est que Gargamelle porta Gargantua jusques a l'unziesme ntoysy on trouve un peu plus de onze mois ; car, en se reportant à la véritable époque du mariage d'Anne de Bretagne, qui est la vraie Gargamelle , avec Louis XII, ce mariage eut lien le 8 janvier i449; ce qui fait, jusqu'au 3 février i5oo, près de treize mois au lieu de onze ; soit parceque Gargamelle ne devint grosse que deux mois après son mariage, soit parcequ'il étoit dan-
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par trop avoir mangé de gaudebillaux^. Gaudebillaux sont grasses trippes de coiraux. Coiraux sont beufe engressez a la crèche et prez guimaulx. Prez guimaulx^ sont prez qui portent herbe deux foys l'an. Dlceulx gras beu£& avoyent feit tuer troys cents soixante sept mille et quatorae, pour estre a mardy gras saliez : affin qu'en la prime vere ^ ilz eussent beuf de saison a tas , pour au
gereux pour Rabelais d'être plus exact et plus précis sur ce dujet, soit plutôt parcequ'il vouloit confirmer par ce nouvel exemple, ce que les anciens pantagrtielistes ont déclairé non seuUement possible y mais aussi légitime l'enfant nay de femme le unziesme moys après la mort de son mary. Voyez le chapitre précédent.
^ Quand il dit que le fondement escappoit à Gargamelle pour avoir trop mangé de gaudebillaux ou tripes , et quand Grangousier conseille plus bas à Gargamelle d'en manger moins, vu qu'elle approchoit de son terme, on devine bien de quelles tripes il entend parler.
* Ce sont , selon Ménage et Bemier, chez les Poitevins , des prés qu*on fauche deux fois l'an, quasi bimales. C'est aussi l'explication que donne de ce mot, qu'on ne trouve nulle part ailleurs, le dictionnaire de Trévoux. Du latin bimus, qui a deux ans, on a pu faire 6tmalisy en bas latin, et guimal, au pluriel guimaulx y en fîrançois, par le changement du b en v, puis en g; comme on a fait ^ui de viscum, qui vient du grec /6io>xôc. Mais, dit ailleurs Le Duchat, la coutume de Touraine, titre xviii, art. 202, les appelle prés gaineaux^ et la note qui est à la marge de cet article, dans le grand Coutumier, dit que ce sont prata restibilia , appelés gaineaux parcequ'ils apportent du regain. Ç^ qui, ajoute-t-il, me fait douter de l'étymologie de Ménage, et croire que dans Rabelais il faut lire en cet endroit gaineaux et non guimaulx. Ce terme , qu'on Ut gaigneau et gaignau dans la coutume de Poitou, art. 196, y a la même signification. L'article 297 commence j^ar prez gaignaux ou de regaing. Au printemps , qui se dit prima vera en italien.
GARGANTUA. i,5
commencement des respatz faire commémoration de saleures, et mieulx entrer en vin.
Les trippes feurent copieuses, comme entendez, et tant friandes estoyent que chascun en leschoit ses doigtz. Mais la grand'diablerie a quatre personnaiges^ estoit bien en ce que possible n estoit longuement les reserver : car elles feussent pourries, ce que sembloit indécent. Dont feut conclud qu'ilz les baufïreroyent sans rien y per-
^ Expi'ession poitevine , pour dire , mais le malheur voulut que la grande diablerie y elé. , ne permît pas de les garder long^temps. « Elle vient, jdit Le Duchat, de ce que dans Pamphithéàtre de Doué, en Anjou, et à Saint-Maixent, dans le Poitou, on reprësentoit autrefois, à plus ou moins de personnages , des pièces de dévotion , dans les- (pieUes on faisoit d'ordinaire paroitre des diables qui dévoient un jour tourmenter éternellement les pécheurs endurcis. Ces représentations s' appeloient petite ou grande diablerie. Petite, quand il y avoit moins de quatre diables; grande, quand il y en avoit quatre: d'où est venu le proverbe, faire le diable à quatre. » Bouchet, dans ses Annales d'Aquitaine , fol. i68, dit qu'en i486 , « on vy jouer et monstrer par mystères et personnages, à Poistiers, la Nativité, Passion, et Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ , en grand triomphe et somptuosité, n II dit aussi, fol. 267, qu'en 1534 (l'année où Rabelais écrivoit son livre I***) « feurent faites en la même ville joyeuses et triomphantes monstres des mystères de l'Incarnation, Nativité, Passion, Résurrection, et Ascension de notre Seigneur Jésus-Christ, et de la mission du Saint-Esprit, lesquels mystères on joua quinze jours après, au marché vieil de la dicte ville, en ung théâtre fait en rond , fort triomphant : et fut le dict jeu conmaancé le dimanche dixneuvième jour de juillet, et dura onze jours continués, ou il y eut de très bons joueurs et richement acoutrés.... On joua aussi la Passion et Résurrection, trois sepmaines après , en la ville de Saumur, ou je vey d'excellantes fainctes. » Dans cet heureux temps, d'ignorance et de crédulité , on jouoit, comme dit Boileau', Dieu et les saints par dévotion.
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dre, A ce faire conviarent tous les citadins de Sainnais, de Suillé^, de la Roche Clermaud, de Vaugaudry, sans laisser arrière le Couldray, Montpensier, le Gué de Vede , et aultres voisins , tous bons beuveurs , bons compaignons , et beaulx joueurs de quille da^. Le bon homme Grandgou-
^ Tous ces lieux sont des environs de Chinon, en Touraine, d'où ëtoit Rabelais. L'auteur, comme enfant du Chinonnois, met toujours son pays des bons ëcots ; il en fait le lieu de la scène où se passent les exploits de la Gargantuade. Sainnaisy Suillé (qa on écrit aujourd'hui Cinais^ Seuilly-VAhhayé)^ et la Roche-Clermault , sont à cinq ou six kilomètres de Ghinon , sur la rive gauche de la Vienne : nous sommes allés visiter ces lieux en 1821. Suillé est mal écrit dans quelques éditions, entre autres dans la table de celle de 1820, Sevillé^ parcequ'on ne distinguoit pas autrefois l'u du v. Il vient, ainsi que celui de la ville de Sully ^ ville située sur le bord de la Loire , et dans une situation marécageuse, du vieux mot françois5ut7/e, qui est pris dans Rabelais dans le sens de l'adjectif latin suillus, formé de sus , porc, ainsi que le mot firançois soue^ toit à porc, et souillé^ souillon , etc. Le Duchat , qui écrit aussi par erreur Sévillé -pour Seuillé , dit que le Coudrai- Montpensier et le Gué-de-Vède sont en Poitou. C'est pour obvier à' celte confusion de l'u et du v, dans l'ancienne orthographe , que nous avons adopté pour le texte la distinction actuelle de ces deux lettres et de l't et du j. Elle offre l'avantage d'en faciliter l'intelligence , sans le rajeunir, comme l'ont fait audacieusement plusieurs éditeurs.
• Da signi&e ici , assurément , de plus , en outre , comme dans ces deux exemples , il avoit une belle épée da^ cest un habile homme da^ cités par Ménage. La dernière édition, publiée en 1820, porte la pour da; quoique l'éditeur ait remarqué qu'on hsoit da dans tes deux éditions de Le Duchat. « Un grand nombre d'éditions, dit-il, posent en cet endroit, et beaulx joueurs de quille da. Celle de François Juste, de i542 , écrit quille la. Nous avons pensé que cette dernière expression , plus bouffonne et présentant un sens équivoque , étoit plus dans le génie de Rabelais. » Il se trompe : la première est la
sier y prenoit plaisir bien grand », et commandoit que tout allast par escuelles. Disoit toutesfoys a sa femme qu elle en mangeast le moins , veu qu elle approchoit de son terme , et que cette tripaille nestoit viande moult louable. Celluy (disoit il) ha grand envie de mascher merde qui d'icelle le sac mange '°. Nonobstant ces remonstrances , elle en mangea seize muiz ", deux bussars ^^, et six tu-
seule bonne , la seule Françoise ; et ce qui prouve bien que Rabelais joue ici sur le mot quille y comme il a joué plus haut sur le mot tripes, pris dans le même sens , c'est qu'il écrit le mot quille au sinf^ulier, quand il faudroit le pluriel si ce mot étoit pris dans le sens propre. Marot le confirme , et explique très bien dans ces deux vers , relatifs au gascon, son valet, ce que Rabelais entend par beau joueur âe quilles :
Prisé , loué , fort estimé des filles
Par les bordeaux et beaux joueurs de quilles.
' * Voici le portrait que Brantôme fait de Louis XII : « Il étoit , dit-il, « très agréable y ainsi que tous ses portraits l'ont représenté , de très "belle et haute taille, de fort bonne (p*ace, et sur-tout un visage « doux et bon , et qui montroit toute candeur, n Voy. Brantôme, Vie de Louis XII , tom. VII, pag. 82.
'** En Alsace , où ils sont grands mangeurs de tripailles et de grasdouble, il y a un proverbe qui dit que l'ordure qui reste dans les tripes les mieux raclées en fait pour le moins la dixième partie. (L.)
* ' * Quel appétit ! Celui qu'Anne de Bretagne avoit en amour ne cédoit en rien à celui-là. « Quoiqu'elle regrettât beaucoup Charles VIII, son premier mari,» dit encore Brantôme, qu'il faut toujours citer quand il s'agit des choses galantes de ce temps-là, « elle ne désespéra pour- « tant pas d'être encore un jour reine de France, si elle le vouloit : ses « anciennes amours (avec Louis XII , alors duc d'Orléans) lui faisoient «dire ce mot, qu'elle voudroit les rallumer dans sa poitrine échauf- *fée encore un peu; ce qui arriva. » Brantôme , Fie d'Anne de Bre-
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pins'^. O belle matière fécale, qui debvoit boursouffler en elle !
Apres disner tous allarent pesle mesle à la Saulsaye '^, et la, sus Therbe drue '^, dancjarent au son
tagne , tom. II, pag. 8. Il nous semble qu'outre Tallusion libre que fait ici Rabelais , il en fait encore une autre au village d'Andoille , en Bretagne, où eut lieu, le 33 juillet 1488, le commencement de la journée de Saint-Aubin , dans laquelle fut défait le parti du bien public , qui étoit celui de François II , duc de Bretagne , et de Louis , duc d'Orléans , depuis Louis XII , qui y fut fait prisonnier, et qui aimoit dès-lors Anne de Bretagne , qu'il épousa après la mort de Charles VIII. Les gouvernantes de Gargantua nomment, chap. xi, ma petite andoille vermeille, ce qui est ici nommé tripe.
" Le bussart ou la busse ^ selon le dictionnaire de Trévoux, étoit une barrique de vin contenant une demi - pipe, ou la demi - queue d'Orléans , de deux cent seize pintes de Paris. Le Duchat dit seulement qu'en Anjou c'est un gros et court vaisseau à vin. L'académie dit que c'est un vaisseau de douves et de cerceaux qui tient presque un demi-muid.
' ' Le tupin est un pot de terre beaucoup plus petit que le bussart. Tupin vient de tofinus^ fait de tofus, qui est une espèce de grès dont on fait des pots à trois pieds, qu'on appelle tupins en Anjou et dans plusieurs antres provinces de France.
De bonne vie bonne foi , De bonne terre bon tupin ,
dit le proverbe. (L.) — M. Eusèbe Salverte nous apprend qu'à Genève et dans la Suisse françoise on appelle encore un grand pot de terre , une toupine. Les Allemands usent aussi du mot topf en la même signification de pot : c'est de là que nous avons fait le diminutif tupin , et le verbe toper ou tauper à une chose , l'approuver, y consentir : taupe à cela, j'y consens ; taupe et tinc^ ou tôpe et tingue , de tout mon cœur, volontiers , je le tiens , et l'interjection ou impératif tope qui se dit quand on accepte un défi de boire, ou une santé qu'on porte.
'* * Allusion à l'entrée de Louis XII à Gènes , en i5oi . « Les Gé-
des jayeulx flageoUetz, et douces cornemuses, tant baudement'^ que cestoit passetemps céleste les veoir ainsi soy rigouller'7.
« DOIS , dit Fabbé Dan thon , menoient au roi (Louis XII) et à ses gens « leurs femmes et filles les plus belles , en les baisant les premiei's • pour en faire l'essai; puis les baisoit le roi très volontiers, dansoit « avec elles, et prenoit d'elles tout honorable déduit. » Voy. l'abbé Jean Danthon, yie de Louis XII y deuxième partie , chap. xxi. '< Pour « les exercices du corps , soit des armes , soit de la danse.... il empor- M toit , dit Mézeray, le prix dans toutes les assemblées. » Voy. Méze- « rayy in-fol. , tom. II, pag. io57, ^^ '^47'
'^ Ici drue veut dire épaisse et pointue, comme encore au ch. xvii du livre V.
Celui qni siffle et a les dents si drues Mordra quelqu'un qui en courra les rues.
dit Marot, de tels procès, qu'il compare à une dangereuse couleuvre. Quelquefois dru signifie proprement dodu , bien nourri , comme liv. rV, chap. xvii, où il est parlé de Philippot Placut, lequel étant soin et dru , dit Rabelais , mourut subitement en payant une vieille dette. Et c'est dans cette dernière signification que ce mot se prend encore aujourd'hui en Lorraine, où, quand on dit d'une viande qu'elle est drue, on entend qu'elle est tendre et succulente. (L.)
'* Cest-à-dire si joyeusement. S'ébaudir, à'exbaldirey c'est se réjouir^ et de l'italien baldo , d'où a été formé le latin barbare exbaldire , vient aussi le vieux mot firançois baude, qui, dans Nicot, répond au litingaudens, dans la signification de cette espèce de cordeliers qu'on a appelés pieds-déchaux , autrement frères bauldes, en latin /ra très gaudentes, parceque, n'ayant pas admis chez eux la réforme de l'ordre, ils avoient des biens en propre dont ils jouissoient jusqu'à en faire gaudeamus y comme on parle. Baudement signi6e donc ici à la lettre gaiement. Le roman de la Rose y au feuillet 3i de l'édition de i53i :
Mais ribaulx ont les cueurs si baulds , Portant sacs de charbons en Grève , Que la peine point ne les grève.
rao LIVRE I, CHAP. IV.
Si bauldsy car c'est haulds qu'il faut lire , et non pas baux^ avec cette édition; si haulds , dis-je, c'est-à-dire si portés à la joie qu'ils chantent même sous le faix. Il y avoit autrefois à Metz un couvent des frères haulds, que Bèze, tom. III, pag. 437 de son Histoire ecclésiastique y appelle pieds-déchaux , et qui en furent chassés pour avoir voulu, en i555, introduire dans la ville une grosse troupe d'Espagnols cpii dévoient se rendre maîtres de la place. ( L. )
'^ Vieux verbe qui signifioit se divertir, se trémousser de joie, se réjouir, selon Duez, qui le traduit en itaUen par gongolare.
GARGANTUA. lai
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