CHAPITRE V
Les propos des beuveurs.
COMMENTAIRE HISTORIQUE
ET SOMMAIRE DE CE CHAPITRE
Ce chapitre présente une scène que Louis XII et ses courtisans ont probablement réalisée en Bretagne lors de l'accouchement de la reine Anne , car c'étoit un amateur du vin et de la bonne chère : tous ces propos bachiques sont ceux que ce prince et les Bretons , qui ont encore la réputation d'être de bons et joyeux buveurs, ont dû ou pu tenir, dans les réjouissances qui ont eu lieu à cette occasion, en portant des toasts à la mère et à l'enfant.
u Quoiqu'on trouve bien des éruditions dans ces chapitres V, VI, et VII, dit Bernier, on y voit bien aussi des sornettes, et même des profanations qu'on est obligé de blâmer; ce qui méfait croire que, comme notre docteur avoue qu'il écrivoit en buvant , il méditoit tout cela peu de temps après être sorti des cordeliers , en sa maison de la Devinière , où le vin ne lui manquoit pas. Que si l'on cherche quelque sens caché à cette naissance de Gargantua, dont il fait un géant, c'est apparemment qu'il veut marquer la grandeur des rois aux temps desquels il a vécu; car c'est ainsi que, sous des tailles de géants, les anciennes histoires
nous ont représenté quelques uns de leurs héros Que si
l'on se récrie sur la masse du corps de Gargantua et sur la
mesure de ses habits, qui ne voit que le contenant et le contenu doivent répondre l'un à l'autre. Au reste , s'il y a en tout cela de la vision y il n'y en a pas moins en tous les contes que nous ont faits tant d'auteurs fameux , hébreux, ég^yptiens, ^recs, latins, et même chinois. Les premiers n'ont-ils pas donné six-vingts coudées au pied seul d'Og, roi de Bazan?... L'ang;e de l'Alcoran n'a-t-il pas plusieurs têtes, et chacune autant de bouches , chaque bouche autant de langues?»
a Car, quant à ces peuples que nous allons chercher si loin pour les convertir , pendant que de petits villageois aussi ignorants que des Iroquois, des cannibales, et des Topinamboux, tout baptisés qu'ils sont, vivent comme s'ils ne l'étoient pas, ces Indiens et ces Chinois, que nous croyons si spirituels et si polis , croient-ils moins de sottises de leurs lois, de leurs législateurs , et de leurs divinités, que Rabelais en a écrit sur la taille de son Gargantua?... Que ne peut-on pas dire de saint Christophe géant, du purgatoire de saint Patrice ? Mais quelle plus grande surprise que de voir dans les visions deTundalus qu'un chrétien ait donné au prince des ténèbres un corps incomparablement plus grand et plus monstrueux que celui de Gargantua , et qu'un poëte chrétien tel que le Dante l'ait fait encore plus matériel qu'il n'est dans les visions de Tundalus et de Vetain {Fetini visio Valafrid, Strab,) ! pour ne pas parler de quelques visions plus respectables, quoiqu'elles ne soient pas articles de foi.... »
«Quelles folies, quelles visions dans les religions des Égyptiens, des Grecs, des Romains, etc!.... Que ne peuton point dire des folies des anciens philosophes , des travers et visions de quelques uns des modernes ^ même de celles de quelques dévots et dévotes de notre temps, quoique gens de bonne foi?... Cependant,
Hos tu Nile colis, et hos tu Tibris adotas !
GARGANTUA. isJ
Il ne faut donc pas s'étonner si Rabelais, n'étant que la copie de Lucien , a suivi ses imaginations, bien moins ridicules après tout que celles de tant d'autres anciens, et même que celles de quelqiies chrétiens. Car, s'il a voulu nous figurer les grandes qualités de ses princes par Gargantua et Pantagruel , il a été encore plus modéré que ceux qui ont donné à l'un d'eux du Donec totum impleat orbem (à Henri II, qui avoit pris le croissant de Diane de Poitiers pour devise avec cette légende ). Ce qu'il y a de plus supportable en Rabelais que dans la plupart des anciens , c'est qu'ils ont cru et donné pour vrai ce qu'ils ont écrit, et que Rabelais nous Fa donné pour tel qu'il étoit, jusqu'à l'avouer à ses lecteurs dans ses préfaces. »
Puis entrarent en propos de reciner on propre lieu'. Lors flaccons daller, jambons de trotter,
' Goûter au même lieu, sur le lieu. Cest ainsi qu'il faut lire, et non ressiner, comme dans Tédition de Dolet, 154^, ni resjeûnery comme dans Fédition de i553 et dans toutes les suivantes. Ce mot, qui se retrouve encore en deux endroits du quarante-sixième chapitre du livre IV , signifie proprement faire collation après le dîner. Mathurin Cordier, chap. xxrv, n° 90 de son de corr. Serm. emend. , édition de 1539, dit merenday le goûter, lequel à Paris ou appelle reciner, de recœnarcy fait.de cœna^ qui, selon Festus, signifioit le dîner des anciens. (L.) — Reciner est en effet la bonne leçon, puisse ce mol vient de recœnare. Un passage de Rabelais, liv. FV, chap. XLti, met la signification de ce mot hors de doute : « Il n'est desjeuner que d'escholiers : dipner que d'advocats : reciner que de vignerons : souper que de jnarchands; » ainsi que celui-ci de Montaigne, liv. II , chap. II : « Il semble que tous les jours nous raccourcissons l'usage de cettuy-ci (de boire): et qu'en nos maisons, comme j'ay veu en mon enfance , les desjeuners , les ressiners , et les coUations fussent plus fréquentes qu'à présent. » Dans les départements d'Indre-et-
ïa4 LIVRE I, CHAP. V.
goubeletz de voler, breusses ' de tinter. Tire baille, tourne, brouille^. Boutte a moy, sans eaue; ainsi mon amy ; fouette moy ce voyrre gualentement^; produitz moy du clairet, voyrre pleurant^. Trêves
Loire et de Maine-et-Loire , les paysans , comme nous Tapprend une note communiquée par M. Eusébe Salverte , appellent encore reicier, faire reiciéy le repas qu'ils font sur les quatre heures de l'aprèsmidi, ce qu'on appelle ailleurs /aire le goûter , la collation : nicier est une corruption de reciner. Quant à on il signifie encore aujourd'hui sur dans la langue angloise qui a conservé beaucoup de nos vieux mots. Les Allemands disent um.
Breusse , vaso grande o tazzo di stagno , dit Antoine Oudin dans son dictionnaire françois-italien. Ci-dessous, liv. H, chap. xxvii, il est parlé d'une breusse , où Panurge et ses compagnons saussoient ; et au chap. I" du quatrième livre, on lit qu'une 6reu«e pendoit pour enseigne à l'un des vaisseaux de la flotte de Pantagruel. (L.) — On a dit aussi broisse, et broiche en vieux François, pour coupe y tasse^ vase à mettre du vin. Mais on ne lit pas dans Rabelais qu'une breuse. pendoit pour enseigne : il dit seulement que la grande nauf de Pantagruel avoit en poupe pour enseigne une breusse de odorant agalloche. Cette breusse étoit donc sculptée et non pendante à la poupe, comme toutes les figures qu'y mettoient les anciens, et qu'on y met encore. C'est une remarque que nous devons aussi à M. Eusèbe Salverte.
' Amyot , dans sa version du traité de Plutarque intitulé de tavarice et convoitise d! avoir, dit* que l'avare se tourmente et se tourne^ brouille comme une toupie. Ainsi lorsque, dans cet endroit de Rabelais, un buveur dit à un laquais, tire , baille, tourne, brouille , ne voudroit-il pas lui ordonner qu'en tirant à boire pour les uns, et présentant du vin aux autres, il le fasse si vite , qu'à le voir se tourner cà et là, il ressemble en quelque manière à une toupie dans le fort du mouvement ? ( L, )
* C'est-à-dire fouette-moi ce verre galamment. Fouetter un verre, c'est lui faire montrer le cul comme à un enfant qu'on fouetteroit. (L.)
^ On peut appeler verre pleurant un verre qu'on n'a que plongé
GARGANTUA. laS
de soif. Ha faulse fiebvre , ne t en iras tu pas? Par ma fy^, commère, je ne peuz entrer en bette 7. Vous estes morfondue mamye®? Voyre. Ventre sainct Quenet, parlons de boyre^ : je ne boy que
dans l'eau, sans le rincer autrement, parceque l'eau en dégoutte encore quelque temps après. (L,)
® En deux éditions de Lyon , l'une de François Juste , 1 535 , Fautre de'Dolet, i542, il y a par ma foy y ma commère. En deux autres de i542, gothiques, l'une du même François Juste, l'autre sans nom de lieu ni d'imprimeur, il y a par ma fi, qu'on a pris pour une allusion à l'italien fica , synonyme de potta. En effet il n'y a que les femmes qui jurent de la sorte; et d'ailleurs elles disent encore dans la même signification ma fie y ma figue y et mafiquette. Mais il est bien plus naturel de croire que , comme on a dit bieu, bleu y di^ dienne y etc., pour éviter de prononcer le nom de Dieu en jurant, les femmes de même ont juré leur^, leur figue , etc., parcequ elles n'osoient jurer leur foi; ce qui paroit même par cet endroit, où, au lieu de^, il y avoit originairement /oj. (L.)
^ Cest-à-dire je ne saurois me mettre en train de boire le petit coup. Bette pour boisson est une contraction de buvette y que la commère, toujours scrupuleuse, vouloit éviter. (L.) — Bette est plutôt pour boite y qui se dit encore pour boisson parmi les paysans des environs de Paris ; et en Sologne , on dit être en botte , pour être ivre. En termes de marchand de vin , nous écrit M. Eusèbe Salverte , on appelle la boite des mariniers , ce que les conducteurs du coche d*Auxerre ne manqueroient pas de prélever sur les tonneaux de vin qu*on y a chargés, et de boire dans la traversée, si on ne prévenoit pas cette avarie par une gratification : tant pour la boite des mariniers.
' Celle à qui ces paroles s'adressent venoit de se plaindre de la fièvre. Une autre, qui voit que celle-ci raille, prétend, sur le même ton , qu'en tout cas son amie ne sauroit être devenue si subitement malade que de morfondement, c'est-à-dire pour avoir été surprise de froid immédiatement après un travail qui l'auroit fait suer; ce qui en effet peut causer la fièvre. ( L. ).
' Il paroit que, du temps de Rabelais, le ventre saint Quenet, par
a mes heures, comme la mule du pape. Je ne boy quen mon bréviaire '°, comme ung beau père guardian. Qui feut premier, soif ou beuverye "? Soif: car qui eust beu sans soif durant le temps d'innocence ? Beuverye : car privatio presupponit habitum. Je suys clerc '^ : Fœcundi calices quem non fecere disertum? Nous aultres innocens ne beuvous que trop sans soif. Non moy pécheur sans
lequel l'auteur fait jurer ses buveurs, étoit en aussi grande réputation que le ventre saint Gris sous Henri IV. Selon Le Duchat ( qui cite les contes d'Eutrapel, chap. xii et xxix), ce jurement est une expression usitée en Bretagne, où ce saint, regardé comme un apôtre du pays, se nomme aussi Keut, par contraction. Elle revient encore liv. II, chap. XXVI, et liv. III, chap. viii. Il est bon d'avertir qu'après ces mots, ventre saînct Quenet, parlons de boyre, tout ce qui suit jusqu'à ceux-ci, cette main vous guaste le nez, n'est point dans l'édition de Dolet, iS^i , ni par conséquent dans celle de Valence, quoiqu'il soit dans l'édition gothique ci-dessus citée.
'° Les religieux mendiants avoient autrefois inventé pour leur usage de certains flacons faits en forme de bréviaires; et ci-dessous, au chap. xlvi du liv. V, il est parlé d'un de ces flacons. Vin théologal^ boire théologalement y et autres semblables expressions, sont apparemment venues de là. (L.) — Vin théologal et sorbonique est passé en proverbe, dit Montaigne, liv. III, chap. xiii. Après la publication du troisième livre de Rabelais , des grands de la cour de François F' lui firent présent d'un superbe flacon d'argent semblable. Il s'en félicite dans l'ancien prologue du quatrième livre.
' ' Ovumne prius fuerit an gallinay demande-t-on dans Macrobe, au liv. VII, chap. xvi des Saturnales? Laquelle question est aussi traitée par Plutarque , au liv. II de ses Propos de table. ( L. )
'^ Sous ombre que celui-ci venoit d'alléguer un brocard pris de la loi remittity etc., au digeste de jure jurando , il se croyoit clerc, c'est-à-dire un grand homme de lettre. (L.)
soif*^ : et sinon présente, pour le itioins future, la prevenent comme entendez. Je boy pour la soif advenir. Je boy éternellement. Ce m est éternité de beuverye , et beuverye d éternité. Chantons, beuvons; ung motet: entonnons'*. Ou est mon entonnouer? Quoy ! je ne boy que par procuration '^. Mouillez vous pour seicher,ou seichez vous pour vous mouiller? Je n entends point la theoricque '^. De la praticque , je m en ayde
'' Ceux-ci soDt des moioes, qui appellent béguin d'innocence leur capuchon ; mais leurs paroles me paroissent une impertinente aUusion à ce que peuvent dire des innocents, à qui^ pendant la question , on fait boire de Teau à force, pour tirer d'eux l'aveu d'un crime imaginaire dont ils sont prévenus. (L.)
'* Ces paroles, qui sont apparemment de quelque ancienne chanson à boire , semblent avoir été faites pour des moines ou pour des chanoines qui font la débauche. Ils appellent le verre du même nom qa*ils donnent à leur bréviaire , afin que , comme ils ont accoutumé de prendre en main celui-ci pour entonner un motet ^ il semble qu'ils aillent entonner un motet lorsqu'ils se font verser à boire. ( L. ) — Un motet est un air à boire , selon de Marsy. Il est certain au moins que c'est un chant sacré.
' ' On peut dire des vieiUes édentées , qui mangent la croûte de leui
pain amollie dans du vin , que de cette sorte elles ne boivent que pat
procuration , le pain qu'elles avoient ainsi trempé, ayant bu pour elles
le vin de leur tasse ; mais, comme ceux qui parlent ici sont toujours
ces moines ou ces chanoines que le vin avoit rendus clercs, il y a de
l'apparence que par cette façon de parler Rabelais a voulu faire dii'e
^ quelqu'un de la table, qu'on ne lui donnoit à boire qu'à regret,
comme on prétend que font les chanoines et les moines à de certains
officiers, à qui, pendant leur visite des églises ou des monastères, ils
soDtobligésdedonnerdes repas qu'on appelle repas de procuration. (L-)
'^ Lisez de la sorte,. et non pas rhétoritjue, comme ont les nou-
quelque peu. Baste. Je mouille, je huinette'7, je boy ; et tout de paour de mourir. Beuvez tousjours , vous ne mourrez jamais. Si je ne boy je suys a sec, me voyla mort. Mon ame senfuyra en quelque grenoillyere. En sec jamais lame ne habite*®. Sommeliers, o créateurs de nouvelles formes , rendez nioy de non beuvant , beuvant.
velles éditions. La théorique y pour la théorie , est ici l'opposé de la pratique, comme dans les vers du Roman de la Bo^e, fol. 80 :
N'onc d'amour ne fuz a l'escolle , Où l'on me leust de theoricque.
Mais je sçay tout par la practicque.
*^ C'est ainsi qu'on lit dans les éditions de i558, iSSg, 1571, ï584, 1596, 1600, 1663, 1666, etc., au lieu de humecte qu'on lit dans les autres. J'ai préféré à humecte le verbe humette, diminutif de humer, parcequ'il m'a semblé devoir entrer dans la gradation que font visiblement le précédent et le suivant. (L.)
'® C'est-à-dire en lieu sec, etc. Sur ces mots de saint Au^stin, Anima certè, quia spiritus est, in sicco hahitare non potest, rapportés dans la deuxième partie du Décret, caus. 32, quest. 2, chap. ix. Et est, dit la glose, argumentum pro Normannis, Anglicis, et Polonis, ut possint fortiter bibere , ne anima habitet in sicco. A quoi un médecin flamand, homme docte, nonuné Pierre Châtelain, a fait cette plaisante addition, verisimile est glossatorem ignorasse naturam Belgarum. C'est dans son Convivium satumale. La Nef des fols, traduite en vers françois, et imprimée l'an 1497^ «lit aussi, fol. 56, recto,
que :
Jamais (nostre ame) ne se contient.
Ainsi que lisons , en sec lieu. ( L. )
Ce raisonnement de saint Augustin, l'ame ne peut habiter en lieu sec parcequ'elle est esprit, est peu conséquent, dit l'abbé de Marsy, et roule sur une preuve qui le détruit. Au contraire, c'est parceque tame est esprit, qu'elle peut habiter en lieu sec ou humide. Qu'importe tout cela à une substance spirituelle?
Perannité '^ de arrousement par ce$ nerveux et secs boyaulx. Pour néant boyt qui ne s'en sent. Cestuy entre dedans les venes, la pissotière ny aura rien^**. Je laveroys voulentiers les trippes de ce veau que jay ce matin habillé^'. Jai bien saburré mon stomach^^. Si le papier de mes schedules beuvoit aussi bien que je foys, mes créditeurs auroyent bien leur vin quand on viendroit a la formule de exhiber ^^. Geste main vous g^uaste le nez^^. O quantz aultres^^ y entreront, avant que cestuy cy en sorte ! Boyre a si petit gué c'est pour rompre son poictrail ^^. Cecy s'appelle pipee
** Éternité de beuverye, du latin perennitas.
*** U ne se perdra point par la pissottière. Oudin a trop restreint la signification de pissottière y en le rendant par la natura délia donnai puisqu'on lit, chap. xxvi du liy. III : « Si continuellement n'exerces ta « mentule, elle perdra son laict, et ne te servira que de pissottière. »
" Autre quolibet d*iyro(pie. Ce veau qu'il a habillé, c'est lui-même.
** Cest-à-dire lesté. Liv. IV, chap. lxiii, on ht sahourré. La saburre, c'est cette (prosse arène qu'on met au fond du vaisseau pour le tenir ferme, appelée aujourd'hui lest, balast, et quintelage. (L.)
*^ Terme de l'ancienne pratique : cette formule tenoit heu de ce qu'on appelle aujourd'hui, produire le titre de sa demande. (L.) — Cest-à-dire, quand il faudrait exhiber y produire le titre de créance. Gomme le papier de mes cédules ou billets auroient bu, l'écriture se trouveroit effacée, et par conséquent plus de titre. Schedules, signifie lettre de change , billets ; ce mot, dont nous avons fait cédules y vient du latin schedula, diminutif de scheda, grec f^^tiy tablette pngUlaire , feuille volante.
** Ce propos paroit s'adresser à quelque buveur qui avoit la main sur la bouche, et qui, par conséquent, ne pouvoit pas boire. (L.)
'^ O combien d'autres.
** Allusion à ce que les chevaux sellés qu'on fait boire à une eau
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a flaccons. Quelle différence est entre bouteille et flaccon? Grande : car bouteille est fermée a bouchon, et flaccon a viz^7. De belles. Nos pères beurent bien et vuidarent les potz. Cest bien chié chanté , beuvons. Voulez vous rien mander à la rivière ? cestuy cy va laver les trippes. Je ne boy en plus ^? qu'une esponge. Je boy comme ung templier : et je tanquam sponsus: et moy sicut terra sive aqua. Ung synonyme de jambon ^9? c'est ung compulsoire de beuvettes, c'est ung poulain. Par le poulain on descend le vin en cave; par le jambon , en l'estomach. Or ça a boyre , boyre ça. Il n'y a point charge^**. Respice personam^\ ponepro duo: bus non est in usu. Si je montoys aussi bien comme j'avalle ^', je feusse pieça hault en l'aer.
Ainsi se fit Jacques Cueur riche 3^; Ainsi proufictent boys en friche;
trop basse courent risque de rompre leur poitrail à force de se gêner pour boire. Boire à petit gué, c'est boire peu de vin dans un grand verre. (L.)
^^ Tabourot a rapporté ceci dans ses Bigarrures, au chapitre des équivoques françoises. (L.)
^^ Je ne bois pas plus.
^9 Donnez-moi le synonyme de jambon, définissez-le moi.
^** Dose suffisante.
s ' ' Cest-à-dire ayez égard à la personne, versez pour deux. Bus ou bu n est pas en usage, ne se dit pas : d'où Ton voit qu'il prend la finale but de l'ablatif </uo6us^ pour le participe françois bu.
^* Comme je descends. Avaler un morceau, c'est le faire descendre. On sent en cpioi consiste ici l'équivoque.
'' ^ C'étoit l'argentier ou le trésorier de l'épargne , sous Charles VU,.
GARGANTUA. iSi
Ainsi conqaesta Bacchos Flnde^; Ainsi Philosophie, Melinde^.
Petite pluyè abat grand vent: longues beuvettes rompent le tonnoire ^. Mais si ma couille pissoit telle urine, la vouldriez vous bien sugcer? Je re-
Fadmiiiistrateiir de ses finances, et le plus riiîhe négodiant du royaume et même de FuniTers. Il fut en butte à de grandes persécutions, parcecpiH s'étoit enrichi par le commerce. L*auteur du Spectacle de la Nature fait, avec raison, un grand éloge d'un citoyen aussi utile à sa patrie. Rabelais le loue ici parcequ'il sa-voit boire. Ceux qui Tondront connoitre Thistoire de Jacques Cœur, pourront cïonsulter le Recueil des pièces servant h l'histoire , imprimé in-4**, à Paris, i633; le premier livre des Lettres de Pasquier; les Observations sur les Épîtres de François Rabelais; et les Antiquités gauloises et françoises de Borel, an mot Jasebor . L'auteur des notes de l'édition de 1 762 , reproche à Le Dachat de n'avoir pas détaché ces vers de la prose, ainsi que ceux de sept à huit autres endroits du Gargantua : il a raison, et nous avons eu soin de les dégager du texte, en les mettant en lignes.
^* Cest que toutes les conquêtes de Bacchus, dans les Indes, ne Mmt autre chose que les chimériques projets que font les buveurs lonqne les fumées du vin leur montent à la tête. En cet état, ils reçuàesxt les richesses de l'Orient comme à eux quand ils voudront. (L.)
'' Mélinde est une ville et un royaume d'Afrique, sur la côte du Zangnd>ar. Les sages de Portugal, dit Le Duchat, ayant entrepris de convertir ceux de Mélinde, les gagnèrent autant par le vin et Peaude-vie <|ise par le raisonnement, ce qui facihta ensuite aux Portugais la conqoete de tout le pays. Rabelais appelle cette manière de con- ^Léiir philosophique. Elle Test en effet. Aujourd'hui encore, lorsque le roi passe cbns cette ville, les plus belles filles jettent des fleurs sur son passage, et les prêtres immolent des victimes et s'arrosent de «io. Voyez le Voyage de FAbyssinie, par le père Loboy tome I*', page 381.
'* Les longues pluies dissipent le tonnerre ; et les longues buvettes lont des espèces de longues pluies, puisque boire c'est faire pleuvoir da vin dans son estomac. (L.)
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tiens après. Paige , baille : je t'insinue ma nomination en mon tour ^7. Hume, Guillot, encores y en a il ung pot^®. Je me porte pour appellant de soif, comme d'abus. Paige, relevé mon appel en forme. Geste roigneure. Je souloys jadis boyre tout ^^^ maintenant je n'y laisse rien. Ne nous hastons pas et amassons bien tout.
Voicy trippes de jeu, gôudebillaux^** d'envy, de ce faulveau^' a la raye noire.
O pour Dieu estrillonsle^^ a proufict de mes-
^' Termes de pratique bénéficiale, pour dire je m'inscris à moD tour sur la feuille de ceux qui demandent à boire. Le cinquantedeuxième des Arrêts d'amours, porte : « Joinct que de l'heure qu'un « homme est marié, il ne lui est plus loisible de faire l'amom^eux, ne « insinuer ses nominations sur un autre que sa femme. » La même expression revient encore, liv. II, chap. xii, et liv. IV, chap. x. (L.) ' .^® Bois, Guillot, il y en a encore un pot. Ménage ht au pot, et remarque qu'en Anjou et au Maine le peuple dit humer le piot, pour boire du vin; et cite des passages de Rabelais, liv. I. chap. vu, xxvii, XXXIII, xxxix, et XL, où humer, humerie, et humeux, sont pris dans le sens de boire, de boisson, et de buveur.
^' Tavois coutume autrefois de boire tout. Je souloys, du latin solebam.
^° Cest-à-dire friands. Rabelais, au commencement du quatrième chapitre de ce livre, a exphqué lui-même ce que c'est que goudebillaux ongaudebillaux, comme il l'écrit en cet endroit : « Gaudebillaux, « y. dit-il, sont grasses trippes de coiraux. Goiraux sont beufe engrais- « sez. » Tripes de jeu, ce sont des tripes servies pour entrée de table, comme pour entrer enjeu. Gaudebillaux dUenvy, ce sont d'autres tripes de renfort, tripes à faire envie, excellentes tripes.
^' Fauveau, nom qu'on. donne aux bœufs d'une couleur fauve.
'^^ Ce qu'il s'agit d'étriller à profit de ménage, c'est le fauveau dont on vient de parler. Etriller, et le reste, qui est une expression poi-
GARGANTUA. i33
naige. Beuvez, ou je vous.... Non, non, beuvez, je vous en prye. Les passereaulx ne niangent si* non qu'on leur tappe les queues ^^. Je ne boy sinon qu'on me flatte.
Lagona edatera^^. Il ny ha rabouUiere^^ en tout
teTine se prend ici pour décrotter, qui 3e dit figurément de la viande <]ii'on a mangé jusqu'aux os; mais ce que les paysans du Poitou entendent par cette expression prise à la lettre, c'est bien bouchonner un bœuf, afin que d'un côté l'animal étant bien net se porte mieux, et que de l'autre il lui tombe de dessus le corps une plus grande quantité de crottes, qui puissent suppléer au fumier dont on manque souvent en ce pays-là pour engraisser les terres. ( L.) .
*^ Effectivement ceux qui élèvent des moineaux, comme on dit, à la brochette, leur passent ordinairement la main ou le doigt sur la queue en les empâtant. C'est une manière de caresse que l'auteur explique lui-même , en ajoutant de suite : Je ne boy sinon qu'on me flatte. Il dit de même , liv. H , chap. xiv : « Tu n'as pas trouvé tes. petits beuveraux de Paris, qui ne beuvent en plus qu'un pinson, et ne prennent leur bechee sinon quon leur tappe la queue, h la mode des passereaulx.»
** Le scoliaste de l'édition de Hollande a cherché inutilement l'explication de ces prétendus mots grecs, qui au fond sont du basque tout pur, et veulent dire, camarade, à boire; ou, camarade^ donnemoi à boire. (L.) — Voici l'explication grecque du scoliaste de Hollande, c'est-à-dire de l'Alphabet de l'auteur, que rejette Le Duchat, sans la faire connoitre, et ^e nous rejetons avec lui : « Lagona edatera^ dit ce scoliaste, signifie boudins friants à manger; car. Xttyint veut dire les flancs ou parties vuides du ventre inférieur au-dessus des hanches, où sont situés les intestins, desquels on fait boudins; et i J» je mange. Mais plustost faut lire lagana edatera , en latin placentœ edules., bignets de bon goust à manger, etc. »
Cette explication grecque n'est pas admissible ni pour le son des mots ni pour le sens; mais celle de Le Duchat ne l'étoit guère davantage, faute de l'avoir justifiée en citant les mots basques. Nous ^ons retrouvé ces deux mots, et ils ont en effet en basque le sens
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mon corps ou cestuy vin ne furette la soif. Ces-
tuy cy me la fouette bien. Cestuy cy me la bannira
qu il leur donne. On voit dans le petit dictionnaire de la grammaire basque de Harriet, in-i3, 174I9 que laguna signifie compagnon, et edatea boire; et que era est la finale du datif, ex. : etchea, la maison, etchera, à la maison; enea, le mien, enera, au mien, etc. D'où il suit que lagona edatera doit signifier en basque, comme l'a dit Le Duchat, compagnon y ou camarade h boire. Cette eiq>lication est confirmée par plusieurs expressions du même chapitre v: pa^e, baille..,; paige^ mon amy y em.plis et couronne ce vin; sur-tout par celle-ci, lansy tringuCy qui a le même sens, et qui est corrompue de l'aUev mand landsmann zu trinketiy camarade, ou pays, donne -moi à boire. Elle l'est aussi par le discours basque que tient Panurge à Pantagruel, Kv. II, chap. ix.
Ceci écrit, un Basque, M. Daguerre, est venu nous voir; nous lui avons demandé, sans lui faire part de notre explication, ce que signifioit lagona edatera: il nous a répondu, sans hésiter, en présence de trois personnes qui nous l'ayoient amené, qa' edatera signifioit h boire ; et en a cité pour preuve ce commencement d'une chanson basque : Eman edatera maitia Cakialiny donne à boire, ma chère Catherine. Quant au mot lagona, il ne Ta pas reconnu, parcequ'on dit aujourd'hui dans son canton lahouna pour compagnon. Mais cette différence ne provient que de celle du dialecte , ou d'une altération produite par le changement ordinaire de la gutturale g , en l'aspiration h y comme dans dégingandé et déhingandé ; car deux Basques d'un canton de l'Espagne, qu'il a consultés ensuite sur ce mot, lui ont assuré qu'on disoit encore, dans leur dialecte, lagouna ou lagona pour compagnon. On peut donc regarder l'explication basque de ces deux mots comme incontestable, depuis que nous y avons ajouté les preuves qui lui manquoient. Mais ce qui doit achever de lever tous les doutes , c'est que nous venons de remar^pier que Le Duchat fournit lui-même une partie de ces preuves dans le dictionnaire de Ménage , à l'article lagona edatera. « Ces paroles , dit-il , que , dans l'Alphabet de l'auteur firançois, nos plus savants étymologistes ont pris pour de bon grec, signifiant, selon les uns, des boudins friands à manger, et, selon les auti^es, une certaine espèce de beignets que
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du tout. Cornons icy, a son de flaccons^^ et bouteilles , que quiconque aura perdu la soif ne ayt à
faisoient les anciens, sont du basque tout pur, et elles signifient, camarade^ h boire; ou camarade ^ donne-moi à boire» Je sais cela de M. Arnaud , Basque de naissance , et capitaine d'infanterie au ré^ment de Vermandois, qui me l'assura en France, an printemps de l'aniiëe 1700. A ce repas, qui se fit en Béam pour la naissance de Gargantua, se trouvèrent des conviés de toutes les provinces voisines, et celui qui parloit de la sorte, outre qu'il ëtoit Basque, s'adressoit à un laquais qui sans doute l'étoit aussi. » Seulement Le Duchat suppose à tort qu'il se fit un repas en Béam sur la naissance de Gargantua. La scène est dans le pays de l'auteur, et parcequ*un convive y dit deux mots basques , il n'est pas nécessaire de la transporter dans le pays des Basques. Il pouvoit bien se trouver deux Basques parmi les convives. On voit à la fin du chap. xxviii que Grandgousier avoit pour laquais un Basque.
** Cest-à-dire il n'y a coin ni recoin dans tout mon corps. La rabouilièrcy au propre, est un trou de lapin, un creux à l'écart où la lapine fait ses petits , et où le furet la vient déterrer. Selon Nicot et Monet , on appeloit autrefois ce creux caterolle ou houlette. Nicot dit au mot caterolle : « Cest un petit creux que la connine fait à l'escart , dedans lequel elle fait et nourrit ses petits connins , jnsques à ce qu*ils soient grandelets. Aucuns l'^fppellent rabolliere, les autres houlette y nidus cunicularius. n Et Oudin, dans son dictionnaire françois-italien , raboliere, buca délia coniglia. Les An(]ilois appellent rahhet ou rabbit un lapin, et rabbet-nest ou rabbits-nest , c'est-à-dire nid de l^pin, une rabouillère.
** Allusion à l'ancienne coutume de corner Veau à l'heure des grands repas. Perceforest, vol. I, chap. xxvi : « Mais sitost que les deux roys furent descenduz , ils se tirèrent par devers leurs tentes , on les tables estoient mises, et les mangers si hautement et plantureusement qu'il appartenoit, dont Veauë fut cornée k la manière grégeoise.» Kt au chap. xxxvii du même vol. : « Adonc veissiez descendre chevaliers de tous costez, et embrasser dames et demoiselles, et mettre jus de leurs palfroyz, puis s'allèrent revestir de leurs nobles ^estnres, car temps estoit de manger : les trompettes comoient Feane
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la chercher céans. Longs clysteres de beuverye lont faict vuyder hors le logis. Le grand dieu feit les planètes , et nous faisons les platz netz. J'ay la paroUe de dieu en bouche : Sitio^^. La pierre dicte asbestos^^ n'est plus inextinguible que la soif de ma paternité. L appétit vient en mangeant, disoyt Angeston^^^ mais la soif s'en va en beuvant. Remède
en plusieurs lieux. » La même coutume s'observe encore dans les cours d'Allemagne, et Ton yoit dans Froissart, vol. Il, aux feuillets 27 et III, de l'édition de Verard, que, sous le règne du roi Charles V, elle avoit aussi lieu en France et en Flandre. (L.) — L'éditeur de 1762 assure qu'en Hollande et en Flandre on corne encore l'eau dans quelques endroits; et que tous les samedis au soir, dans toutes les villes, on corne les petits pains. Nous avons entendu corner les fouillées des fours banaux, en Sologne, avant la révolution.
*^ Cest en effet d'après l'Évangile, le mot que proféra Jésus- Christ sur la croix : Posteà sciens Jésus quia omnia consummata sunt^ ut consummaretur scripturuy dixit: SiTio. C'est ainsi que dans une tragédie de la Passion, jouée aux anciens jeux de Gevré, village près de Dijon, célèbre par ses bons vins, le curé, auteur de la pièce, y faisoit dire au paysan qui faisoit le rôle du crucifix : Je clauce de soi (je glosse de soif), pour exprimer, dit La Monnoie, le sitio de l'Évangile. Voy. Glossaire bourguignon , au mot clavcé.
** Pierre minérale, susceptible, dit-on, d'être filée, et avec laquelle on fait une toile incombustible , comme avec l'amiante , qui est confondue souvent avec elle. Elle est ainsi nommée parcequ'elle ne se consume pas au feu : iaCtT^ùç signifie inextinguible , en grec. Les anciens ensevelissoient avec une toile d'amiante les corps qu'on mettoit sur le bûcher .
^* * Ce trait regarde apparemment Jérôme le Hangest, docteur de Sorbonne, grand scolastique, écrivain barbare de ce temps-là, et sert à faire voir que ce n'est pas , comme on l'a cru, Amyot, évêque d'Auxerre, qui le premier avoit mis ce mot en crédit. (L.) — Jérôme le ou de Hangest étoit de Compiègne ; il se signala contre les luthé-
contre la soif? Il est contraire à celluy qui est contre morsure de chien : courez tousjours après le chien, jamais ne vous mordera; beuvez tousjours avant la soif, et jamais ne vous adviendra. Je vous y prends. Je vous resveille. Sommelier éternel , guarde nous de somme. Argus avoyt cent yeulx pour veoir: cent mains fault a ung sommelier, conmie avoyt Briareus, pour infatigablement verser. Mouillons, hay, il faict beau seicher^**. Du blanc, verse tout, verse de part le diable ; verse deçà , tout plein : la langue me pelle. Lans tringue^': a toy, compaing^^, dehayt, de
riens par divers ouvrages , dont le plus connu est son Traité des aca^ démies, contre Luther. Il mourut en i538. On attribue aussi ce provethe à Amyot , à qui Charles IX reprochoit de demander trop d'ab- .bayes ; mais il paroît qu*il n'en a fait qu'une heureuse application.
'^'* Ci-dessus déjà , dans le même chapitre , on lit : mouillez vous pour seicher, ou seichez vous pour mouiller? Ce qui revient à la chanson :
Remplis ton verre vide ,
Vide ton verre plein.
Je ne pais souffrir dans ta main
Un verre ni vide ni plein.
" Mots corrompus de Tallemand landsmann, zu trinken, c'est-àdire pays y ou camarade, donne-moi h boire. Cest à peu près ainsi qu'un François, qui ne sait que quelques mots d'allemand, demande à boire à un valet allemand. ( L.) — Lans, tringue vient plutôt de l'allemand landsmann, trink, bois, camarade; bois, mon pays. Cest ainsi qu'on Ut au prologue du tiv. UI: Je ne suis pas de ces liffreloffres, qui contraignent hes lans et compagnons trinqi^.
^* Ici c'est un François qui demande à boire à un valet aussi François, ^ c'est comme .s'il disoit à ce valet : Pays, donne-moi du vin. Corn-
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hayt^^' La, la, la, c est morfiaillé cela ^^.0/acrjmfl
paing est un vieux mot auquel a succédé celui de compagnon ^ quoique compaing se dise encore en Languedoc et en Picardie. Perceforest, vol. I. chap. LUI. : Mafoy^ dit le bergié, vous êtes bon compains, et je liray quérir. Et Froissard, vol. I. chap. cxxvi, folio 114) recto, de Tédition de Jean Petit : Certes y compoingz, dit le chevalier y fay nom Thomas. (L.) — Le buveur, comme le remarque M. Eusèbe Salverte dans une note qu'il nous a communiquée, ne demande pas ici à boire à un valet qu'il traite de compagnon, de camarade; car il diroit à moi... Il porte la santé de son ami : Je bois h toi, camarade; ou plutôt comme le précédent a dit, en allemand : Bois, mon pays; celui-ci ayant bu, dit à son voisin : A toi, camarade; à ton tour de boire. Compaing^ compagnon est celui qui mange du même pain, comme camarade, celui qui est de la même chambrée.
^^ Le Duchat, qui a fait une longue note sur compaing , compagnon, n'en a pas fait sur ce mot, qui est bien autrement difficile à entendre. D'après Nicot, Monet, et les autres glossaires, deshait ou dehait signifie chagrin, déplaisir, tristesse; dehaiter quelqu'un, lui causer du chagrin, de la tristesse; se dehaiter, se fâcher; dehaité ou dehaitié, triste, chagrin; tu m* as dehaité, tu as changé ma joie en tristesse. Ces mots sont composés de la préposition privative de, et hait, qui s'est dit pour joie, allégresse, plaisir; dans de bon hait, avec plaisir; mal hait, déplaisir; d'où haiter, haitier, faire plaisir, rendre gai ; haitié, gai , joyeux , alerte ; d'où aussi souhait et souhaiter. D'où il suivroit que, a toy, compaing, de hayt, de hayt, signifie, à toi, compagnon, sans gaieté ou triste, qui n'as pas ce que tu souhaites; et qu'on ne doit pas répéter de hayt dans le texte, comme dans quelques éditions, mais ne l'écrire qu'une fois, comme dans l'édition in-4* de Hollande, parceque, pour répéter de hayt, il faudrait qu'il signifiât alerte! ou gail comme son simple haitié. Mais nous trouvons, dans Borel, que dehet a signifié gaillard; dans Marot, que se dehaitte s'est dit pour prend plaisir :
ChaciAi la veut, l'entretient, la souhaitte, A la servir tout homme se dehaitte.
Dans Rabelais lui-même, dehait est pris pour gai, gaillard, alerte, tiv. I. chap. xxvii : « Frère Jean des Entommeures, jeune, galant,
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Christi ^^! C'est de la Deviniere ^^ : c'est vin pineau ^7 .
«firisque, de haytj bien à dextre. «A toy, compaing^ de hayt^âe kayty signifie donc, à toi, compagnon, gai, gai, ou alerte, alerte. M. Ëusêbe Salverte croit que de hayt, signifie ici, gaiement. Dehait est encore usitë aujourd'hui dans le pays de Rabelais : c*est le nom d'un témoin dans la conspiration de Saumur.
^* Baufiré, goulûment ^îc^^ ou fourré dans la bouche, que Fargot appelle morfe, Morfiety moifiaille et morfiaillery sont des termes du même langage, et ils Tiennent tous de celui de morfe. (L.) — Cest morfiaillé cela y signifie c'est avalé goulûment cela. On trouve, dans Ondin , morfiailler et morfiery expliqués en espagnol par corner y manger; la morfe y par el corner^ le manger ; dans Duez, la morfailley par golosithy gourmandise; dans le Dictionnaire comique et satirique de Le Roux, morfery par manger avec avidité : // ne faut pas % enquérir comment il fut morfé; morfiailler y par manger goulûment et en crevé; dans Ducange, morpheoy frustum, gallicè, morceau. Tabul. piperacense : morphea panis et pintaphus vint. Quo in tractu, motfier dicunt pro comedere, galUcè, manger. Nous pensons que ce mot et sa famille viennent de baufrer ou bâfrer y par la métathèse de IV, et le changement du 6 en m.
^^ Cest à huit milles de Viterbe, et à deux journées de Rome, sur on coteau enclavé dans le territoire de la petite ville de Montefias^ cône y que croit l'excellent moscatello , autrement appelé lachryma Christi y d'une abbaye voisine, qui se vante de conserver dans son trésor une larme toute semblable à celle de Vendôme. Ce vin est fort rare, même suries Ueux, le grand duc le faisant ordinairement enlever pour sa bouche et pour des présents. On Ht, dans les Epistolœ obscurorum virorumy qu'un maître ès-artsde Cologne allant à Rome, apparemment solliciter contre ReucUin, but au même endroit carouflse de ce lachryma y et le trouva si bon, que de l'abondance du cœur il s'écria : Utinam Christus vellet etiam fiere in patria nostral (L.) — Ce vin muscat est l'origine de la sainte larme de l'abbaye de Montefiascone ( mont du Flacon ) et du nom de cette abbaye : Bacchiis changeoit tous les ans, le 6 janvier, l'eau d'une fontaine en vin. Ce$ lettres de quelques hommes obscurs yCpie cite ici Le Duchat, et que nons-mêmes citons souvent, divertirent tant Érasme, qu'à force
i4o LIVRE I, CHAR V.
O le gentil vin blanc ! et par mon ame ce n'est que vin, de taffetas^®. Hen, hen, il est a une aureille, bien drappé, et de bonne laine ^9. Mon conipai-
de le faire rire, elles déterminèrent la rupture d'un abcès au foie dont il étoit atteint ; ce qui lui sauva la vie , mais le fit accuser de n'être au fond qu'un partisan de la réforme.
** * Cest-à-dire c'est du vin de la Devinière. La Devinière est une closerie ( et non pas une métairie) qui appartenoit à Rabelais ; elle est dans la commune de Suillé, à une lieue et demie de Chinon, vis-àvis la Roche-Glermault, sur la rive gauche de la Vienne ; elle produit le meilleur vin du pays : c'est un vin blanc qui mousse comme le Champagne. Nous sommes allés la visiter au mois de septembre 1 82 1, et nous avons bu du vin de la Devinière! Nous avons vu la chapelle souterraine de ce fief seigneurial, qui sert aujourd'hui de cave au vigneron, tandis que le cabinet d'étude de Rabelais, que nous sommes allés visiter également dans sa maison de la rue de la Lamproie, à Chinon, sert aujourd'hui d'écurie : l'âne broute, le bœuf rumine où le génie méditoit : Sic transit gloria mundiî
^^ S' agissant ici du vin piûeau, et non du raisin qui lui a donné le nom, c'est vin pineau qu'il faut lire, suivant les plus anciennes éditions; savoir, celle de i535 et les trois de i542; et non pas un pineau, comme dans l'édition de 1 553 et les suivantes. Le raisin pineau est ainsi appelé à cause que, par sa forme et par l'entassement de ses grains les uns sur les autres, il ne ressemble pas mal à une pomme de pin. En Touraine et en Anjou c'est un excellent raisin blanc, qu'à la gasconne Rabelais appelle /ôirart, liv. I, chap. xxv. Mais à Metz, où le pineau est noir, ce raisin n'est recommahdable que par sa grosseur. ( L.) — On pourroit très bien Ure c'est un pineau, et même cest du pineau, et l'entendre du vin et non pas du raisin de ce nom; mais c'est ainsi qu'on lit chap. xxxviii : « Puis beut on' horrible trait « de vin pineau. »
^* Vin aussi doux à boire que le taffetas est doux à manier. (L.) — Cest un vin fin et moelleux.
*® Vin à une oreille, c'est de bon vin, qui fait pencher la tête en signe d'approbation. Fin bien drapé et de bonne laine, se dit d'un vin qui a tout ensemble du corps et de la déUcatesse. Cette métaphore
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gnon, couraige. Pour ce jeu nous ne volerons pas, car j'ay faict ung levé^**. Ex hoc in hoc. Il n'y ha point d'enchantement : chascun de vous l'ha veu. J'y suis maistre passé. A bruni, a brum^', je suis presbtre Macé^^. O les beuveurs! O les altérez!
fait allusion à'un endroit de la farce de Patelin, où ce matois, faisant mine de vouloir acheter certain drap qu'il manioit, dit qu*il est tainct en laine y et bien drappé. ( L. ) — Vin a une oreille est de bon vin , parce<pie, dit le dernier éditeur de Rabelais, lorsque l'on goûte* du vin et qu'on le trouve bon, on l'exprime en penchant une oreille. Au contraire, le vin h deux oreilles ne vaut rien, parceque l'on secoue les deux oreilles en signe de mécontentement.
^^ Il faut supposer que, de deux hommes qui boivent ici contre deux autres, l'un venant de boire dit à son associé, à cette espèce de jeu : Jlfon compagnon^ courage ^nous ne volerons pas; c'est-à-dire nous ne perdrons pas la vole, car j'ai fait un levé, du coude s'entend, en vidant mon verre. ( L.) — Cette expression est prise du jeu de cartes.
^' Cest un son confus d'un ivro(pie qui, comme si la langue lui avoit fourché, se reprend mal-à-propos d'avoir dit maistre passé , au lieu de presbtre Macé, qui ne fait pas un sens si juste. (L.) — L'auteur des notes alphabétiques du Rabelais de 1762 dit aussi que c'«st nn son inarticulé d'un ivrogne qui demande à boire. A brum, a brum , De seroit-ilpas ici pour a bun, a bun, que dirent les enfants quand ils demandent à boire? et n'auroit-il pas dit brum par une corruption faite à dessein, en faisant allusion au mot firançois brume, brouillard, et au latin bruma, qui a te même sens, ou à Bromius, surnom de Bacchus, à Brome ou Bromie, nom de la nourrice de ce dieu, et à Brumalia, nom de ses fêtes qui se célébroient chez les Romains, selon les uns, le 24 novembre, vers l'époque de la Saint-Martin, selon d'autres, le i4 décembre, à l'époque des bacchanales et des saturnales?
•* * Cest nn jeu de mots où l'auteur joue évidemment sur maistre passé et presbtre Macé. Ce prêtre Macé est René Macé, natif de Vendôme, savant bénédictin, dit le Petit-Moine. Il se fit donner, en i525, le titre de chroniqueur de François I"' et de son poète : il étoit aussi
Paige mon amy, emplis icy et couronne le vin^^,
membre de l'Inquisition. Cest à ce dernier titre que Rabelais fait évidemment allusion, liv. I, chap. xxvii : « Feu de bonne mémoire iirere « Macé Pelosse, vray zélateur de nostre religion. » Voyez Moréri, au mot Macé. Macé est auteur de trois ouvi'ages manuscrits, en vers, dont le premier en commun ayec Guillaume Crétin , que Rabelais ridiculise, liv. m, chap. XXI, sous le nom de Raminagrohis. En voici les titres: i^ Les Chroniques de France y en vers héroïques, depuis Pharamond jusqu'au roi François T**; par Guillaume Crétin, poëte fi*ançois et historien 5' secrétaire et chroniqueur de Louis Xli, chantre et chanoine de la Sainte-Chapelle; et par René Macé, Vendomois, surnommé le Petit-Moine y chroniqueur du roi François I'*^ et son poëte : in-fol., 5 vol. Ces Chroniques commencent à la prise de Troie! 2® Suite de l'Histoire françoise de frère René Macé, religieux de la Trinité de Vendôme. Cette histoire est aussi en vers : ces deux ouvrages sont manuscrits, et font partie de la bibhothéque du roi. 3® Voyage de Charles V, empereur, par la France, en i539, décrit en vers par René Macé, religieux de la Trinité de Vendôme, in>4''- Cest également un ouvrage manuscrit; mais sans doute que Rabelais avoit connoissance des deux premiers, quand il se moquoit du preshtre Macé et dix frère Macé, dans son Gargantua. Le surnom de Pelosse qu'il lui donne, vient du grec <ivi?LOc, noir, et fait une autre allusion à sa robe noire et à sa quaUté d'enfant de Saint-Maur. Nous n'ignorons pas cependant qu'on nommoit autrefois pelosse une espèce de petites prunes sauvages, et pelossier l'arbre qui les porte; mais cette prune étant noire, cette signification confirme notre étymologie. Par le prêtre Macé, ne feroit-il pas allusion au proverbe, c'est le prêtre Martin qui chante et qui répond, qui interroge et qui satisfait à l'interrogation? Ce dernier proverbe se trouve dans Montaigne, qui dit, Uv. III, chap. IV : « Les femmes font le prestre Martin, car comme « elles aggrandissent le regret du mari perdu,.... elles publient aussi « tout d'un train ses imperfections. » Sur quoi l'on remarque que c'est une expression proverbiale fondée sur un conte qui court depuis long-temps, d'un prêtre nommé Martin, qui faisoit la fonction de prêtre et de clerc en disant la messe.
^'^ Verse si plein, que le vin semble couronner mon verre. Cette
je te pry . A la cardinale ^^. Natura abhorret vacuum: Diriez vous qu'une mousche y eust beu^^? A la mode de Bretaigne^^. Net, net, a ce pyot. Avaliez, ce sont herbes ^7.
expression est d'Homère, Iliade^ liv. I, vers 470; et Virgile Ta aussi employée liv. I, III et Vil de Y Enéide, coronant vina; et Géorgiques, liv. Il, vers 628, coronant cratera.
^^ A rouges bords, jusqu'aux bords du pot; verse un rouge bord.
^^ Cest-à-dire le verre est si plein qu'on ne diroit pas qu'une mouche même y eût bu.
** * Ci-dessous encore, liv. II, chap. xxvii, buvons ici a la bretesque. Cest-à-dire comme les Bretons, qui ne laissent rien dans le verre, au lieu qu'en d'autres provinces la coutume étoit de ne le point vider jusqu'à la dernière goutte. (L.) — A la mode de Bretaigne, net, net. Ce trait est précieux : l'auteur met ce propos dans la bouche de Grandgousier et de ses compagnons, par allusion au vin bu par eux chez les Bretons, dont Louis XII, notre Grandgousier, connoissoit les penchants et la réputation en ce genre.
^7 BIn Languedoc et en Dauphiné, quand un malade répugne à prendre une potion trouble, avalez y lui dit-on proverbialement, ce sont herbes y c'est-à-dire herbes médicinales qui vous feront du bien. Il se peut que Rabelais ait ici en vue ce proverbe, et qu'il l'emploie envers quelqu'un de ses buveurs , qui ne pouvoit se résoudre à se gorger du fond d'un tonneau qu'on avoit vidé jusqu'à la lie. Peut-être aussi que, faisant allusion à la coutume qu'on a dans les repas du printemps, de mettre de la pimprenelle et autres herbes dans le verre, il suppose qu'un des ivrognes de ce chapitre présentant à son voisin an verre où il avoit mêlé avec ces herbes du bouillon ou de la sauce , du beurre, du lait et de la crème, lui dit pour l'encourager à boire, avalez y ce sont herbes, (L.)
i44 LIVRE I, CHAP. VI.
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