‹ Œuvres de RabelaisChapitre 23 sur 45 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Gomment Gargantua nasquit en façon bien estrange.

COMMENTAIRE HISTORIQUE

ET SOMMàlRE DE CE CHAPITRE. '

L'auteur fait voir, dans ce chapitre, qu'il étoit médecin et qu'il entendoit très bien les termes d'accouchement, par la manière savante dont il en parle.

L'accouchement monstrueux de Gar^om^/fe^ par l'o^irelile senestre ou g^auche , fait allusion aux préjugés dti temps, qui traitoient de mariage irrégulier ou du ùôté gauche celui de Louis XII avec Anne de Bretagne, comme fait au préjudice de son mariage antérieur et légitime avec Jeanne de France , fille de Louis XI , avec laquelle il divorça pour épouser Anne , et par conséquent de bàtjards les enfants qui provenoient d'un semblable mariage. Cet étrange accouchement signifie aussi que François P*" n'étoit pas fils d'Anne de Bretagne et de Louis XII, mais gendre seulement. Le cri à bpyre, à boyre, à boyre^ du nouveau-né , comme invitant tout le monde à boyre , si bien qu'il feut ouy de tout le pays de Beusse et de BibaroySy annonce un amateur précoce du vin et des plaisirs.

u Loys onziesme, dit Bouchet, ami et contemporain de Rabelais, avoyt une autre fille, nommée Jehanne, laquelle il avoyt faict espousser par force et menasse à Loys duc d'Orléans. Lequel Loys, le jour des espousailles , avoyt de-

].:v I. Ch,.p VI

GARGANTUA. i45

claire en présence de notaires et de plusieurs gens de bien, au desceû du dict roy Loys , que quelque promesse qu'il allast faire en face de saincte église, a la dicte Jehanne, qu'il n'entendoit l'espouser, ne contraicter mariage, et que jamais ne feroit d'elle approche charnel : parceque combien qu'elle eust beau visaige et fust plaine de vertus, estoyt contrefaicte ou demourant du corps, en sorte qu'on jugeoit que jamais ne pourroit avoir lignée, et depuis la répudia... Mous avons, dit-il ailleurs, veu cy dessus, comme le dict roy Loys (Louis XII), lorsqu'il estoit simple duc d'Orléans, fut contraint par le roy Loys onziesme d'espouser Jehanne de France, et comme le jour des espousailles, declaira que ce qu'il faisoit estoit pour complaire au dict roy Loys qui estoit cruel h ceulx de son sang : et quelques espousailles qui eussent esté, jamais n'avoyt voulu cognoistre madame Jehanne charnellement, et si et quant il couchoit avec elle, par le commandement du dict roy Loys onziesme, ou du roy Charles VIII son frère, avoyt des tesmoings secrets toute la nuit, pour déposer de son abstinence : et pour ces causes.... fut trouvé que le roy devoit faire déclarer le premier mariage nul, et se maria avec la duchesse de Bretaigne (pour ne pas desunir le dict duché de la couronne). Sur quoy le roy obtint un brief du pape Alexandre 1". » Voy. j^nnales (T Aquitaine , fol. i63 et 182.

Louis XII fit en effet déclarer, par le pape Alexandre VI, son mariage nul , malgré les obligations qu'il avoit à la reine, le consentement des parties ayant été forcé; et César Borgia, fils de ce pontife, ayant apporté en France la bulle qui en prononçoit la dissolution , il épousa Anne de Bretagne, qu'il aimoit.

a A l'appui de sa demande, dit M. Trébuchet, dans sa

Vie d'Anne de Bretagne, le roi (Louis XII) produisit une

lettre de son beau-père (Louis XI) au comte de Dampmar>

tin , conçue en ces termes ; « Je me suis délibéré de faire

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le mariage de ma fille Jieanne et du petit duc d'Orléans, parcequ'il me semble que les enfants qu'ils auront ne leur coûteront guère à nourrir; vous avertissant que j'espère faire ledit mariage, autrement ceux qui iront au contraire ne seront jamais assurés de leur tranquillité en mon royaume....)} La reine Jeanne soutint dans ses interrogatoires (devant les commissaires du pape) que sa constitution ne pouvoit être un motif de divorce. « Je sais, disoit-elle, que je ne suis ni belle, ni si bien faite que la plupart des femmes, mais je ne m'en crois pas moins propre pour un mari. »

Le Motteux, qui voit dans Grandgousier, Jean d'Albret, roi de Navarre; dans Gargantua, Henri d'Albret; et dans Gargamelle, Catherine de Foix, femme de Jean d'Albret, mère de Henri , remarque sur ce chapitre , « que les cris que Gargantua fait entendre de tout le pays..., de Bibaroys, en venant au monde, indique quelque pays voisin de celui de sa naissance. Or, il se pourroit fort bien, dit-il, qu'il y eût dans le nom de Bibaroys quelque chose de plus qu'une allusion badine au mot de bibere ou de boire. Le Bibaroys seroit, selon mon idée, ou le pays de Bigorre, qui étoit un des domaines du roi de Navarre; ou le Fivarais, qu'il seroit permis de considérer ici comme voisin du comté de Foix, autre pays que la Navarre pouvoit compter au nombre de ses dépendances , sous un roi héritier de Catherine de Foix, qui étoit sa mère; je veux dire, sous Henri dAlbrety prédécesseur et beau-père d'Antoine de Bourbon. Le pays de Beusse est nommé avec celui de Bibaroys , et est nommé le premier, comme celui des deux où Gargantua étoit né. Or, dans le nom de Beusse y aussi bien que dans celui de Bibaroys, je trouve quelque chose de plus qu'un simple badinage sur le mot de boire. On sait que le langage de ces contrées, entre plusieurs autres, est remarquable par la substitution du V au B, et du B au V. Sup-

posops-la dàn$ le nom dont il s'ajgit; et au lieu de Beusse nous aurons Veusse^ que nous pouvons faire venir de Vasatesy Fancien nom du pays d^Albret » De là , dit le traducteur de Le Motteux, le nom de Bazadois et de la ville de BazaSy dont le diocèse embrasse le pays à^Albret, et qui est situé sur la petite rivière de Beuve, — Tout cela est si absurde, et fondé sur des étymologies si pitoyables, que c'est le réfuter que de l'exposer.

L'abbé de Marsy, qui, comme nous l'avons remarqué plus baut, croit que Gargamelle est Marie d'Ang^leterre , troisième femme de Louis XII , explique autrement cet accoucbement , et d'une manière assez ingénieuse pour mériter d'être rapportée avec toutes ses preuves, a Rabelais, dit-il , a raison de. dire que Gargantua nasquit en façon bien estrange. Rien de plus extraordinaire en effet que l'accouchement prétendu de Gargamelle. Après avoir porté son enfant onze mois, elle sent enfin les grandes douleurs. Les sages -femmes accourent, elles la tâtent; elles croient que l'enfant va venir : mais non ; c'est le fondement qui lui échappe. La plus vieille et la plus experte de ces sagesfemmes , contre tous les principes de son art, lui fait un restrinctif horrible; et, bien loin de préparer les voies, lui opile et resserre tellement les conduits de la génération , que l'enfant , au lieu de descendre, est obligé de remonter, prend son chemin à gauche, c'est - à - dire tout de travers , et sort enfin par l'oreille. Rabelais s'attend lui-même qu'on formera des doutes sur cette étrange nativité; et, au lieu de les dissiper, il les augmente encore, soit en alléguant cette preuve frivole ^ qu'un^ homme de bien, ung homme de ban sens croit tousjours ce qu'on luy dict, et qu'il trouve par escript^ soit en comparant la la nativité Gargamelle à celle de Roquetaillade et de Croquemouche.

«Aussi n'est-ce point un véritable accouchement que Rabelais a voulu npus représenter ici : il a voulu faire al-

lusion aux efforts que fit la veuve de Louis XII pour devenir mère, aux arrançements qu'elle prit pour accoucher Yundesme moys après le trespas de son mary, et sur-tout aux obstacles qu'elle eut à essuyer de la part de Louise de Savoie, duchesse d'Angouléme, mère de François I•^ On sait, dit-il ailleurs, l'humeur galante de cette jeune reine, ses intrigues avec le duc de Suffolk, et les rendez-vous qu'elle accorda au comte d'Angouléme (depuis François I"), qui alloit s'y trouver, et peut-être se donner un maître, si Gouffier ne l'eût arrêté. On sait la conduite qu'elle tint après la mort de son mari. N'ayant point trouvé assez de ressource dans Louis XII pour lui procurer un héritier, et se trouvant veuve sans être mère,' elle prit son parti en femme d'esprit; elle imita ces veuves dont parle Rabelais, elle chercha à jouir du bénéfice de la loi, et fit tous ses efforts pour accoucher le dixième ou Vonzième mois. Un passage de Brantôme (Dames galantes, discours 4) répandra un grand jour sur toute cette allégorie. « Ce dit-on pourtant que la dite reyne fit bien ce qu'elle put pour vivre et régner reyne mère peu avant et après la mort du roy son mary. Mais il luy mourut trop tost; car elle n'eut pas grand temps pour faire cette besogne. Ce nonobstant faisoit courir le bruit après la mort du roy, tous les jours , qu'elle estoit grosse : si bien que ne l'estant point dans le corps , on dit qu'elle s'enfloit par le dehors avec des linges peu-à-peu, et que venant le terme elle a voit un enfant supposé que devoit avoir une autre femme grosse , et le produire dans le temps de l'accouchement. Mais madame la régente, qui estoit un savoyenne qui sçavoit que c'est de faire des enfants.... , la fit si bien esclairer et visiter par médecins et sages-femmes, et par la vue et descouvertes de ses linges et drapeaux, qu'elle fut descouverte et faillie en son dessein, et point reyne mère, mais renvoyée en son pays. »

u En faut-il davantage pour expliquer l'allégorie de Ra-

bêlais? Cette Garg^amelle, qui se porte mal du bas, qui crie, qui pleure, qui se lamente, est précisément notre jeune veuve, qui fait mille simag^rées pour persuader sa g^rossesse. Les sages - femmes , qui accourent par milliers, sont les mêmes dont parle Brantôme, lesquelles furent chargées du soin de Vesclairer et visiter. Les matrones de Brantôme ne découvrent que des linges et drapeaux; celles de Rabelais ne trouvent que quelques pellauderies , assez de maulvais goust , et les vestiges effroyables de Findigestion la plus horrible qui fut jamais. Notez que c'étoit une indigestion d'andouilles. Notre belle Angloise les aimoit à la folie; et quoique son vieux mari, pour de bonnes raisons, lui eût recommandé (chap. iv) d'en manger sobrement, veu que ceste tripaille rC estait viande moult louable^ elle en avoit mangé seze muiz, Cétoit sans doute, comme le dit fort bien v maître François , de quoi lui faire boursouffler le ventre. Enfin cette horde vieille y de Rabelais, laquelle avoit réputation (Testre grande medicine^ et qui fait à la pauvre Gargaroelle un restrinctif horrible , n'est -elle pas visiblement la vieille d'Angouléme, dont parle Brantôme, cette savoyenne habile qui sçavoit que c'est défaire des enfants y laquelle mit tant de surveillantes autour de la reine, qu'elle l'empêcha bien de devenir mère. Je m'étonne que des allusions si frappantes aient échappé, je ne dis pas à M. Le Duchat , homme peu curieux de ces sortes de recherches, mais à M. Le Motteux, homme d'esprit et de goût, et qui étoit versé dans notre histoire. »

Ëulx tenants ces menuz propos de beuverye, Gargamelle commença a se porter mal du bas ; dont Grandgpusier se leva de sus Therbe, et la reconfortoit honnestement, pensant que ce feust.

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mal d'enfant, et luy disant qu elle s'estoit la herbee soubz la saulsaye ' , et qu'en brief elle feroit piedz neufe: par ce, luy convenoit prendre couraige nouveau, au nouvel advenement de son poupon , et encores que la douleur lui feust quelque peu en fascherye, toutesfoys que y celle seroit briefve; et la joye, qui toust succederoit, luy tolliroit tout cest ennuy : en sorte que seuUement ne luy en resteroit la soubvenance. Je le prouve, disoit il : Notre saulveur dist, en levangile JoanniSy XVI : Ija femme qui est a l'heure de son enfantement ha tristesse; mais, lorsqu'elle ha enfanté, elle n'ha soubvenir aulcun de apn angoisse. Ha, dist elle, vous dictes bien, et ayme beaucoup mieulz ouyr telz propos de l'évangile, et beaucoup mieulz m'en trouve que de ouyr la vie saincte Marguerite^, ou quelque aultre capharderie.

Cest-à-dire qu'elle s'étoit incommodée par la fraîcheur de Therbe, en s'y asseyant sous la saussaie.

' Ce passage qu'à l'exemple du dernier éditeur, nous avons rétabli dans le texte, fait allusion à l'usage où l'on étoit autrefois de lire la vie de sainte Marguerite aux femmes qui accouchoient : cette sainte est encore invoquée aujourd'hui par elles pour obtenir un heureux accouchement, parcequ' elles croient que sa ceinture a la vertu de le procurer. Cette ceinture, qui avoit cette vertu miraculeuse, étoit une des reliques et un des objets curieux, conservés dans l'élise de Saint-Germain-des-Prés , et en vingt autres églises ou chapelles. Le prêtre en ceignoit les femmes grosses, pendant qu'il leur disoit des évangiles. L'abbé Thiers, curé de Vibraye, qui étoit presque un philosophe, malgré sa robe, en a parlé en vrai incrédule dans son Traité des superstitions. Le culte de cette ceinture et du dragon de samte

GARGANTUA. , i5i

Gouraige de brebis ^ ( disoy t il ) , despeschez nous de cestuy cy, et bien toust en faisons ung aultre. Ha, dist elle, tant vous parlez a vostre aise, vous aultres hommes : bien de par dieu je me parforceray, puis qu'il vous plaist. Mais pleust a Dieu que vous leussiez coupé. Quoy ! dist Grandgousier. Ha , dist elle , que vous estes bon homme , vous l'entendez bien. Mon mem?brel dist il. Sang de les cabres ^, si bon vous semble , faictes appor-

Marguerite, sont l'origine des noms de Sainte - Marguerite et du Dragon, donnés à deux rues de Fenclos de F Abbaye.

' Ayez du moins autant de courage qu'en a une brebis prête d'agneler. Au lieu de ces mots, couraige de brebis, jusqu'à ceux-ci inclusivement, puisquil vous plaist, on lit dans l'édition de Dolet, conformément à celles de François Juste, t534 et i535, ce qui suit : Je le prouve, disait-il, etc. , jusqu'à caphardise. (L.) — ^La note de Le Duchat n'explique pas du tout ce que l'auteur entend par couraige de brebis. Cesf une maligne allusion à ce vieux proverbe, qui se trouve dans les Curiosités françoises d'Oudin : Courage de brebis, toujours le nez en terre, pour poltronnerie , lâcbeté.

* Par le sang des chèvres! Cette expression gasconne est une des raisons qui font croire à l'auteur de la traduction angloise de Rabelais que c'est Jean d'Albret, roi de Navarre, qui est désigné sous le nom de Grandgousier. (L.) — Il faut avouer que c'est appuyer son opinion sur un bien frêle fondement. Mais le traducteur de Le Motteux assure, en relevant ici l'inexactitude de Le Duchat, cpie Le Motteux ne dit rien nulle part sur ce juron gascon de Grandgousier. Par cette sorte d'imprécation burlescpie, Grandgousier répond à celles de Gargamelle, qui n'étoit pas maîtresse d'elle-même dans ce moment de douleur. « Les femmes, dit Brantôme, en leur mal d'enfant, jurent, protestent de n'y retourner jamais , et que jamais homme ne leur fera rien. Mais elles ne sont pas plustost purifiées, les voilà encore au premier branle : ainsi qu'une dame espagnolle, laquelle étant en mal d'enfant, se fit allumer une chandelle de Nostre Dame de Mont-i

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ter ung coulteau. Ha, dist elle, j a a dieu ne plaise: dieu me le pardoint, je ne le dy de bon cueur, et, pour ma paroUe, n'en faictes ne plus ne moins. Mais j auray prou d'affaires aujourd'huy, si dieu ne me aide, et tout par vostre membre, que vous feussiez bien ayse.

Gouraige, couraige, dist-il, ne vous souciez au reste, et laissez faire aux quatre beufe de devant^. Je m'en voys boyre eiicores quelque veguade^. Si

ferrât, qui aide fort à enfanter, par la vertu de laditte Nostre Dame. Toutesfois ne laissa d'avoir de grandes douleurs, et à jurer que plus jamais elle n ]|Lretoumeroit. Elle ne fut pasplustost accouchée qu elle dit à la femme qui la lui donnoit allumée : Serrez ce bout de chandelle pour une autrefois. » Dames galantes y discours quatrième.

^ Reposez-vous de tout sur la vigueur et sur la souplesse de la partie souffrante j on voit si peu de femmes, pour délicates qu elles soient, ne se pas tirer heureusement de l'état où vous êtes. Cette expression proverbiale est du Poitou, où, comme il n'y a pas assez de chevaux pour en atteler aux chariots, on y met d'ordinaire trois couples de bœufs lorsque la traite est longue et le fonds mauvais. Les quatre de devant, qui sont toujours les plus adroits, se suivent de fort près ; mais ils sont considérablement éloignés des deux qui sont au timon, afin que, quand le chariot se trouve engagé dans un mauvais pas, ces quatre qui sont faits à cela, puissent tirer du bourbier les deux autres avec le chariot. ( L.) — Nous croyons avec Le Duchat que cette expression proverbiale tient en effet à l'usage tlu Poitou, pays voisin de celui où Rabelais est né; mais il nous semble que c'est aussi une allusion aux efforts que font les pieds et les mains de la mère, et peut-être de l'enfant, dans l'accouchement. Au reste c'est par une façon de parler semblable que Panurge dit, Uv. FV, chap. xxiv: M Je suis affamé de bien faire et travailler comme quatre bœufs, n

^ Mot gascon qui vient du latin vices y aussi-bien que voye, qu'on disoit anciennement au lieu de fois ou de coup y et qui, dans cette signification, est encore en usage dans le patois messin. (L.) — Quel-

cependent vous survenoit quelque mal, je me tiendray près : huschant en pàulme7, je me rendray a vous.

Peu de temps après elle commença a souspirer, lamenter et crier. Soubdain vindrent a tas saiges femmes de tous coustez. Et, la tastantpar le bas, trouvarent quelques pellauderies® assez de maulvais goust, et pensoyent que ce feust lenfant, mais c estoit le fondement qui lui escappoit, a la moUifîcation du droict intestin , lequel vous appelez le boyau cuUier, par trop avoir mangé de trippes, comme avons declairé ci-dessus.

Dont une horde vieille ^ de la compaignie, la

^ue vegade signifie en effet quelques coups, quelques verres ou rasades de vin. Vegadoy vejados, onfegadoSy en languedocien, vegada, en vieux languedocien, signifie ybis, et vient du latin vices ^ ainsi que fois, et voye pour fois; de là a vegados où a begados, parfois, a la vegaday à-la-fois, etc. On dit aussi en espagnol una vegada, une fois, a vegados y parfois.

' Sifflant avec la main, dont on forme un sifflet en disposant les doigts d*une certaine manière. Hucher, d'où on a fait huchet, petit cor de chasse, est un mot picard. (L.) — Hucher en paume y c'est en effet siffler avec les. doigts dans la bouche, ou plutôt disposer la paume de la main de façon qu'elle rende le son d'un sifflet. Un éditeur de 175a l'explique p^x frapper de la main: mais il se trompe.

' Rognures et raclures de peaux. En Normandie on appelle pellautier un ouvrier en peaux. (L.) — Pelauder, qui est de la même famille de mots et vient également de peau, s'est dit pour tenir au poil

et à la peau.

'* Cest horde, et non pas orde, qu'on lit dans l'édition de Dolet,

1543; ce qui donne lieu de croire que Rabelais dérivoit ord de hor-

ridus. ( L. ) — Cen est en effet la véritable étymologie et orthographe.

On sait que ord signifie sale ; que nous en avons fait ordure, ordurier.

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quelle avolt réputation d'estre grande niedicine, et la estoit venue de Brisepaille, d'auprès Sainct GenouP**, d'avant soixante ans, luy feit ung res-

et en vieuK français hordous. Une horde vieille est donc une vieille dégoûtante, sale, horrible.

"^ Villon dans son ^and testament :

Filles sont très belles et génies Demourantes a Sainct Genou , Près Sainct Julian des Voventes , Marches de Bretagne , ou Poictou.

En Languedoc et en Dauphiné, dire d'une femme qu'elle est venue de Brisepaille d'auprès de Saint-Genou y d'avant ou dès devant tant d'années y c'est désigner une vieille débauchée ; et cela signifie qu'il y a long-temps qu^on a brisé avec les genoux la paille de son grabat. ( L. ) — Brisepaille est sans doute un nom de Ueu imaginaire qui désigne une femme qui vit en concubinage, en rompant les liens du mariage. Ce pourroit bien être une allusion maligne au mariage de Louis Xn avec Jeanne, qui avoit été rompu par ce prince pour en contracter un autre avec Anne de Bretagne, d'où s'ensuivit l'accouchement monstrueux de Gargamelle par l'oreille senestre. La preuve de cette conjecture est i ** qu'on dit briser la paille pour faire dissension, dissoudre l'amitié, rompre la bonne intelligence; 2° que cette expression proverbiale vient de ce que la prise de possession d'un bien se faisoit en donnant un fétu (festuca) ou brin de paille, ce qu'on appeloit infestucaiion ; et de ce qu'au contraire le déguerpissement, ou délaissement, se faisoit en rompant un brin de paille, ce qu'on nommoit exfestucation ; 3° que les mariages qui suivoient le concubinage avoient lieu à Paris dans l'église de Sainte-Marine par le moyen d'un anneau de paille ou de jonc; et que c'est de là que vient l'origine jusqu'ici inconnue de notre mot paillard. « Quant à la cour de l'official, dit Du Breul, dans ses Antiquités de Paris, page 90, il se présente quelques personnes qui ont forfaict à leur honneur, la chose étant avérée , si l'on n'y peult remédier autrement pour sauver l'honneur des maisons, l'on a accoustumé d'amener en ladite église l'homme et la femme qui ont forfaict en leur honneur; et là estant

trinctif ■ ' si horrible que tous ses larrys " tant feurent oppîlez et reserrez que a grand poine avecques les dentz vous les eussiez eslargis, qui est

condnicts par deux sei^ents (au cas qu'ils n*y veulent venir de leur bonne volonté ) ils sont espousez ensemble par le curé dudict lieu avec un anneau de paille, » Le Sainct Genou y dont il est ici question, est Saint-Genou, près de Saint-Julien-de-Vouvantes et de Châteaubriant, dans le département de la Loire-Inférieure, et non pas Saint- Genou en Berri, département de Loir-et-Cber, conmie le prouvent les vers de Villon.

Un savant de nos amis, M.***', qui a lu ces deux notes nous écrit : > y adopte Fexplication de Le Duchat. Geniïms innixœ mulieres et prœsertim meretrices sœpiàs quant supinœ concumbebant : itaquidem nuunmarum molliiiem oculis manibusque amasii celantes; de cette manière elles brisaient avec leurs genoux la paille de leurs lits. Cette posture n'est pas nouvelle : elle et oit fort du goût des Grecs, et on la trouve dans Aristophane. » M. Boissonnade, à qui nous avons communiqué cette opinion de notre ami, a bien voulu nous faire part de la sienne sur cet endroit de Rabelais, trop obscur pour D*éfre pas controversé. « M.***, nous écrit-il, pense que la paille a été brisée par les genoux de la vieille dont le libertiiiajge choisissoit apparemment la posture que les Grecs appeloient mvÛKa^^ posture que Lucrèce a fort recommandée, et à laquelle Aristophane fait alhision dans la Lysistrate, vers a3i . » Je serois d'un autre avis; et je crois pourtant l'interprétation de Le Duchat plus naturelle- et phis simple que celle de M. ***. Il ne s'agit point des genoux de la vieille y ni des genoux de ses amants. C'est des amants ou du mari de sa mère qu'il est <|uestion. Que veut exprimer Rabelais? L'âge de la vieille. Elle a soixante ans. Il pouvoit dire qu'elle étoit née, qu'elle étoit venue an monde d'avant soixante ans. Cétoit trop simple, et il n'y avoit pas le mot pour rire. 11 pouvoit dire qu'elle avoit été engendrée , qu'elle avoit été conçue d'avant soixante ans. Mais si l'idée étoit assez libre pour lui convenir, l'expression étoit trop naturelle, trop sage, et par conséquent trop peu plaisante. Il a donc eu recours à cette p^phrase populaire et proverbiale, qu'elle « étoit venue de firisepaille, près de Saint-Genou, d'avant soixante ans; » c'est-à-dire

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chose bien horrible a penser. Meainement que le diable a la messe de sainct Martin, escripvant le

qu'il y avoit soixante ans et plus que les genoux de son père avoient dans l'acte conjugal, dont elle étoit le fruit, brisé la paille du lit de sa mère. Il faut ensuite remarquer que Brisepaille et Saint-Genou, sont des noms de villages. Saint -Genou est géographiquement connu par les vers de Villon, cités dans la note de LeDuchat. Il doit y avoir aux envû-ons un lieu nommé Brisepaille. »

D'où l'on voit que M. Boissonnade ne contredit pas autant qu'il semble l'annoncer au commencement de sa remarque, l'opinion de M. ***, et que celle de Le Duchat ne la contredit pas non plus. Ainsi que ce soit la vieille ou son père qui ait brisé avec les genoux la paille de son grabat, dans l'acte conjugal, toujours est-il que Le Duchat, M. ***, et M. Boissonnade pensent que c'est à cet acte, quelle que soit la posture, que le nom de Brisepaille fait allusion. Nous nous ran* geons donc très volontiers à cette opinion, qui a pour elle l'autorité, et nous ne présentons la nôtre que comme une conjecture qui n'est pas aussi bien appuyée. Quant à la posture qui a donné lieu selon M. ***^ au nom de Brisepaille, voici les deux passages d'Aristophane où il en est question, et ce que nous écrit à ce sujet M. Pector, jeune médecin très lettré. « On lit, dit-il, dans la Lysistrate d'Aristophane, vers 23 1 : ot) ç'iiffofjtAt Xfetivdt iv) TvpnKvnç^J'^ç, non stabo tanquàm lesena in gladio efBcta. Bergler ajoute : Synecdoche speciei est pro oJç*NVo/bt«i TtlpAtto-o/ii^cv, quâ phrasi comicus de eâdem re utitur in Pace, vers. 897. Est figura quaedam coïtûs. Dicit autem xietivet co-i tutoxiiiçii'oçy quia manubria machaerarum, quarum usus erat in culinà ad comminuen> dum caseum, omabantur sculpturà lexnae, ut est apud Suidam et scholiastem. Sensus itaque est : non imitabor statum et figuram ejusmodi leaenx. Gxterùm fuerunt etiam meretrices leaenae duae diversâ aetate. Invenitur locus apud Lucretium in quo extollitur supra modum hicce futuendi modus , cùm multùm proférât ad perficiendam fœcundationem. Locus Pacis est : tivî yvç n'etketUiv , rfJpcMro^/ov iç'etfou ( subaudi c^tV«ti) quod latine sic ferè sonat : humi pugnare, quadrupedum more stare (Ucebit). Selon le SchoUaste, l'on voyoit sur le manche des couteaux des lions en ivoire représentés les pattes fléchies, afin ' quils fussent moins exposés à se briser. Il explique ce vers par, ov»

quaquet de deux gualoises'^, a belles dentz alongea bien son parchemin '^.

Mri fliv/jpi ç^oùfM.1 ff'o^vci/oc/^ct, «c \uu^a iw tufùxi/iiçi^t, c'est-à-dire, noD coram homine stabo meretrix si eut leaena in cultello quo casens raditur. »

" Un banda(]^e, selon l'abbé de Marsy. On trouve dans Nicot un restrainctif, sans explication. Dans le glossaire de la langue romane, restrainctif est expliqué par qui resserre, astringent, bandage pour les descentes. Duez rend restrainctif par restrettivo, restringente. Un médecin de nos amis nous écrit : « Je croirois plutôt que c'est un liniment, une potion, un remède astringent y tel que ceux que l'on administre à une femme que Taccouchement a trop dilatée, ou à une fille dont l'on veut renouveler la virginité. Ce qui suit le prouve, puisqu'on n'anroit pu élargir y même avec les dents, les parties soumises à ce remède. Remarquez qu'on l'administre à GargameUe, parceqne ie fondement lui escape, c'est-à-dire qu'elle a une descente de fondement, accident qu'un tonique astringent peut faire disparoitre, tandis qu*un bandage n'y fera à peu près rien. Mais grâce au voisinage, le remède astringent opère sur deux organes, quand il ne devroit opérer que sur un. Suivant mes foibles connoissances, un bandage hâteroit l'accouchement, en poussant la matrice vers le bas : un fort astringent le rendroit plus tardif et plus pénible, en resserrant toutes les parties qui doivent céder, se détendre, et s'élargir. Observez encore que le périnée se distend beaucoup dans l'accouchement, et que pour la descente de fondement, il est difficile d'appliquer un astringent qui ne porte pas sur le périnée; en sorte qu'une pareille application dans le moment d'un accouchement auroit un effet très funeste pour la femme. » M. le docteur Pector pense que ce restrinctif est une boisson ou injection astringente qui resseiTa fortement les ▼oies par lesquelles devoit passer le fœtus, c'est-à-dire le col de la matrice et le vagin.

'* Les membranes du vagin, comme l'explique très bien l'abbé de Marsy. Oppilez pour bouchés, fermés^ du latin oppilare. On lit dans Grégoire de Tours, qu'Ëulalius, comte d*x\uvergne, sous Contran, ayant enlevé une jeune religieuse, ses concubines, par jalousie, la bouclèrent, oppilaverunt.

i58 LIVRE I, GHAP. VI.

Par cest inconvénient feurent au dessus relaschez les cotylédons * ^ de la matrice , par lesquelz

'^ Cest-à-dire le caquet de dans, galloises^ de deux femmes galantes, gaillardes, et libertines :

Et puis s'en vont poar faire les galloises , Lorsijue devr oient vaquer en oraison.

'* Pierre Grosnet, dans son Recueil des mots dorés de Caton et autres dictons moraux, rapporte ce conte en ces termes :

Notez y en l'ecclise de Dieu Fenunes ensemble caquetoyent.

Le diable y estoit en ung lieu , Escrtpvant ce qu'elles disoyent.

Son rollet plein de poinct en poinct , Tire aux dents pour le faire croistre : Sa prinse eschappe et ne tient poinct ; An pdier s'est heurté la teste.

A quoi Ton ajoute que saint Martin, dans le temps qu'il se toumoit vers le peuple pour dire Dominus vobiscuniy ayant vu cela, se mit à rire; ce qui ayant surpris, donna lieu, après la messe, de lui en demander la raison; qu'alors le saint révéla sa vision, et que c'est de là qu'on a su l'histoire. Les Contes d'Eutrapel la touchent en passant, chapitre de la goutte, et même on l'a vue, au moins jusqu'en 1678, représentée à Brest, dans l'église de la Recouvrance, en un tableau qui en contenoit aussi le récit en françois et en bas-breton. ( L- ) — Le Recueil de P. Grosnet est intitulé : Mots et sentences dorées du maistre de sagesse Cathon, par Pierre Grosnet, Lyon et Paris, i553, in-8®, 2 vol. C'est d'après ce recueil que nous avons rétabli, avec le dernier éditeur de Rabelais, l'ancienne orthographe du huitain cité par Le Duchat. Selon cette historiette , le diable ne s étoit donné un coup contre le pilier que pour faire rire saint Martin lorsqu'il se tourneroit vers le peuple, et lui faire perdre le mérite du sacrifice. Mais, dit un des éditeurs de 1752, si. le saint eût eu les yeux baissés ainsi qu'il le devoit, le diable eût été encore vaincu par le saint.

' ^ Les cotylédons de la matrice sont ce qu'on appelle aujourd'hui le placenta, organe spongieux et vasculaire qui met en rapport la

sursaulta lenfant, et entra en la vene creuse '^, et, gravant par le diaphragme '7 jusques au dessus des espaules, ou la dicte vene se part en deux, print son chemin a gausche, et sortit par laureille senestre ' ®. Soubdain qu'il feut nay, ne cria, conune

circulation de la mère avec ceDe du fœtus. En y comprenant les membranes fœtales, il s'appelle vulgairement le délivre ou l' arrière-faix. Note de M. Pector.

'* CTest la veine cave inférieure, qui porte au cœur le sang des parties inférieures du corps. Rabelais suppose que Gargantua saute par dessus le placenta, pénétre par la veine cave inférieure, le cœur, la veine cave supérieure, la sous-clavière, la jugulaire externe et enfin l'auriculaire postérieure, pour sortir par l'oreille gauche. .Pfote du même.

'^ Cest gravant qu'il faut lire, suivant les meilleures éditions, aa lieu de grimpant, qu'on lit dans les plus nouvelles. Gravir, c'est proprement, comme au chap. xxiii suivant, grimper avec des poignards ou des poinçons qu'on nommoit greffes, de yfoptUi. Au chap. IV du cinquième vol. de Perceforest, il est dit que Jules César fut tué à coup.s de greffes, c'est-à-dire qu'on le poignarda. (L.) — Gravant est la bonne leçon, et doit être dit pour gravissant, dont il est le primitif.

' ' * Cest encore une autre allusion maligne au second mariage de Louis XII avec Anne de Bretagne, regardé comme illégitime, à cause da premier qu'il avoit contracté avec Jeanne de France. L'auteur s'amuse aussi aux dépens de ceux qui prétendoient que Marie avoit €ïonçu par l'oreille. Les propagateurs de cette plaisante doctrine étoient encore nombreux du temps de Rabelais ; et ^i la crédulité avoit pu continuer dans les siècles de lumière qui se sont écoulés depuis, ne doutons point que les prêtres ne vinssent nous entretenir encore de la même sottise. L'erreur religieuse acquiert du poids par le temps et l'antiquité des témoignages. Par exemple, on nous citeroit ce qu'a dit Jeschu, au sujet de la conception de Marie : Je suis entré en elle par le sommet de la tête. On nous citeroit le bréviaire des Maronites, qui porte que le Verbe du^ Père est entré par l'oreille

i6o LIVRE I, CHAP. VL

les aultres enfans, mies, mies^ mies: mais a haulte voix sescrioit: a boyre, a boyre, a boyre, comme invitant tout le monde a boyre; si bien qull feut ouy de tout le pays de Beusse et de Bibaroys '9- Je

de la femme bénie. On nous citeroit saint Augustin ^ qui n'est pas mal fécond dans ce genre d'inventions, et le pape Félix, qui attestent que la Vierge devint enceinte par l'oreille. On nous citeroit saint Ephrem, qui l'a chanté dans une hymne : VirgOy quœ per aurem concepisti; et Voisin, traducteur de ce dernier, qui attribue cette pensée premièrement à saint Grégoire de Néocésarée ou le thaumaturge. On nous répêteroit les anciennes prières de FÉglise que l'on chantoit du temps d'Agobart : Le Verbe est entré par l'oreille de la Vierge, et il en est sorti par la porte dorée. Mais on ne fait plus .ces contes qu'aux enfants, qui eux-mêmes n'y croient plus. Voyez Voltaire, Dictionnaire philosophique , au mot généalogie. Sur un des vitraux de la salle du quinzième siècle de l'ancien musée des Petits-Augustiiis , figurant l'Annonciation , on voit d'un côté la Vierge à genoux qui lit ses heures, de l'autre le beau Gabriel, et dans un coin de la chambre le Saint-Esprit, du bec duquel part un rayon qui va droit à l'oreille de la mère de Dieu pour y déposer un embryon fort bien dessiné. Le peintre, dans ce tableau, n'a fait que représenter ce que l'Église chantoit alors dans la prose que nous venons de citer :

Gaude , Virgo , mater Christi , Quae per aurem concepisti.

'^ Beusse est un gros bourg qui donne son nom à une petite rivière que forment diverses fontaines voisines de Loudun. Le Bibaroys n'est autre chose que le Vivarets, comme les Gascons prononcent ce nom. Rabelais rapproche ici le pays de Beusse et le Vivarets, parcequ'il entend parler des pays de buverie et des buveurs qui l'habitent. (L.) — L'auteur joue en effet sur le nom du bourg du Chinonnois, nommé la Beusse, et peut-être aussi sur celui du Vivarais , prononcé à la gasconne; mais il n'entend parler ici, sous ces noms du pays de Beusse et du Bibaroys^ que du pays où l'on boit. La beusse ou la busse signifie en vieux françois, comme on l'a vu plus haut (voyez chap. IV, note 12), une barrique de vin qui contient une demi-pipe;

GARGANTUA. i6i

aie doubte que ne croyez asseurement ceste estrange nativité. Si ne le croyez, je ne m'en soucie; mais ung homme de bien, ung homme de bon sens croit tousjours ce qu'on luy dict, et qu'il trouve par escript^**. Ne dict Salomon ^\ Provcrbiorum xiv: Innocèns crédit omni verbo^ etc.? Et sainct Paul , primœ Corinthior, xni : Charitas omnia crédit. Pourquoy ne le croiriez vous? Pour ce , dictes vous, qu'il n'y ha nulle apparence. Je vous dy que, pour ceste seule cause, vous le debvez croire en foy parfaicte. Car les sorbonnistes disent que foy est argument des choses de nulle appaparence.

Est ce contre nostre loy, nostre foy, contre rai-

et le Biharoys est le pays où l'on boit) comme le Pinsaroys le pays où Ton pense y tout en jouant peut-être sur le rapport du nom de ce pays imaginaire aTec celui du pays réel du Piuserais (le pays de Poissy): tout cela sort donc du cerrean de l'auteur. C'est de beusse ou busse qu'on a fait bussart. Liv.I, chap. xiii : «Voulez-vous payer un bussart de vin breton? » Quant à l'étymologie du nom du bourg de Beusse^ Le Duchat croit que c'est le bourg qui a donné son nom à la rivière, nous pensons nous le contraire : ce qui le prouve c'est que ce nom signifiant tonneau convient mieux à une source de rivière qu'à un bourg, et que la source existoit avant le bourg.

'*• Après ces mots on ht dans l'édition de François Juste, i535, et dans ceUe de Dolet, i542 , ce qui suit : « Ne dict Salomon, etc. , » jusqu'à la fin de l'alinéa. (L.)

Il paroît que c'est la crainte de la Sorbonne et même du parlement qui lui a fait supprimer ce passage et celui de la pag. 1 5o (voy. note 2 de ce chapitre); il manque dans toutes tes éditions modernes, excepté dans celle de 1820, qui l'a rétabli dans le texte.

*' Salomon ne dit-il pas?

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