‹ Œuvres de RabelaisChapitre 28 sur 45 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De ce qu'est signifié par les couleurs blanc et bleu.

COMMENTAIRE HISTORIQUE

ET 80MMAIBE DE CE CHAPITBE.

Le blanc signifie, dit Fauteur, j'oie et plaisir. Cette couleur convenait parfaitement à François I^ , qui fut Fami de la joie, et même Fami de son peuple, selon un courtisan du temps. (Voy. la note i.)

Le blanc doncques signifie joye, soûlas, et liesse ' ; et non à tort le signifie, mais a bon droict et juste tiltre. Ce que pourrez vérifier, si , arrière mises vos affections , voulez entendre ce que présentement vous exposeray.

Aristoteles dict que , supposant deux choses

' Rabelais donne cette couleur à Gargantua, parceque le blanc écoit la couleur des rois de France et des Galli , comme il le dit plus bas, et peut-être aussi pour indiquer la joie que Tavènement de François V au trône causa à son peuple. « Il a été , dit Brantôme parlant de ce prince , bon à son peuple , ne le tyrannisant jamais , ni n'exigeant pas trop... Il fut doux et miséricordieux... » Voyez Brantôme, Fie de François /", tome VII, pag. 258 et 259.

contraires en leur espèce, comme bien et mal, vertu et vice, froid et chauld^ blanc et noir, volupté et doleur, joye et dueil ; et ainsi de aultres, si vous les coublez^ en telle façon qu ung contraire d une espèce convienne raisonnablement a lung contraire d une aultre, il est conséquent que laultre contraire compete avecques l'aultre résidu. Exemple : vertu et vice sont contraires en une espèce ; aussy sont bien et mal. Si lung des contraires de la première espèce convient a lung de la seconde, comme vertu et bien (car il est seur que vertu est bonne )^ ainsi feront les deux résidus > qui sont mal et vice; car vice est maulvais.

Cette reigle logicale ^ entendue , prenez ces deux contraires, joye et tristesse, puis ces deux blanc et noir; car ilz sont contraires physicalement. Si ainsi doncques est que noir signifie dueil, a bon droict blanc signifiera joye.

Et nest cette signifiance^ par imposition hu-

* lï y a apparence que c'est ici une faute d'imprimeur, et qu'il faut lire copiez^ du latin copulare y joindre. (L.) — Si vous les coûtiez, c!est-à-dire si vous les accouplez, si vous les joignez. Le Ducbai a tort de supposer qu'il y a ici faute , et qu'il faut lire ici copiez. On trouve dans le glossaire de la langue roaiane cobler et coubler, pour accoupler, joindre, unir ensemble ; et le peuple, en Sologne, dit encore une couble pour une couple , par le changement très ordinaire du p en 6. Les Anglois ont retenu ce mot , et appellent un savetier cobler. Il vient du latin copulare:

' Cest-à-dire cette régie de logique.

* Et n'est cette signification instituée par imposition humaine.

GARGANTUA. 2i3

maine instituée, mais receue par consentement de tout le monde , que les philosophes nomment jus gentium, droict universel, valable par toutes contrées. Comme assez savez que tous peuples, toutes nations (j'excepte les anticques Syracusans ^ et

^ Plntarqne , Récrivant la ma^piificence des funérailles que firent les Syracusains à Timoléon, dit qu'ils y parurent dans leurs habits les plus propres, ïl'iflSv uctBafctç i^^nletç ^ogovfléSy. D'où Alexander ab Alexaodro , cbapitre tu du troisième livre de ses Jours géniaux , a pris occasion d'écrire que la coutume des Syracusains étoit d'assister aux funérailles en robe blanche. En quoi il a fait deux fautes copiées ici fidèlement par Rabelais : Tune d'avoir parlé de robe blanche , Plntarqne n'ayant point marqué la couleur, mais seulement la propreté des habits ; l'autre d'avoir pris la pompe fiinébre extraordinaire que firent les Syracusains à Timoléon, pour une coutume établie parmi eux d'en user ainsi dans toutes les funérailles. (L.)

Le passage de Plutarque ne dit point que les Syracusains parurent aux funérailles de Timoléon dans leurs habits les plus propres, mais portant tons des habits purs , et par conséquent blancs : ainsi Alexander ab Alexandro et Rabelais sout encore accusés à tort par Le Dnchat de s'être mépris sur ce point; c'est lui évidemment qui se ^rompe, en traduisant xciêctpeLC Mîtletç habits purs, par les habits les plus propres. Le blanc , chez les anciens , étoit censé une couleur pure et de bon augure; le noir, une couleur impure et de mauvais augure. L'autre passage de Plntarqne cité dans la note 6 le confirme. Nous ne parlons point de la faute âiiBnlttç qu'on lit dans son édition de 171 1 pour i^BTlctç, parcequ'elle doit être rejetée sur l'iroprimenr, quoiqu'il s'y distingue généralement par une rare correction. « 0 y a des auteurs , dit un des éditeurs de i ySa, qui ont écrit que les Syracusains et les habitants d'Argos portoient le deuil avec des robe:» blanches. Le Duchat prétend que ces auteurs se sont trompés , sans faire voir comment ils se sont trompés. Mais , puisqu'il convient que les Argives portoient le deuil en blanc, pourquoi quelques peuples de la Sicile n'auroient-ils pas pu avoir la même coutume. » Rabelais, comme le remarque de Marsy, pouvoit encore excepter les Chinois ,

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quelcques Argives qui avoyent l'ame de travers)^, toutes langues voulens exteriorement demonstrer leur tristesse, portent habit de noir : et tout diieil est faict par noir 7 . Lequel consentement universel n'est faict que nature n'en donne quelque argument et raison : laquelle ung chascun peult soubdain par soy comprendre sans aultrement estre instruict de personne, laquelle nous appelions^ droict naturel. Par le blanc, amesmes inductions ^ de nature, tout le monde ha entendu joye, lyesse, soûlas, plaisir et délectation.

Au temps passé, les Thraces et Crêtes'^ signoyent les jours bien fortunez et joyeulx de pierres blanches; les tristes et defortunez", de noires. La nuict n'est elle funeste, triste, et melancholieuse? Elle est noire et obscure par privation. La clairté n'esjouyt elle toute nature? Elle

chez qui, dans tous les temps, le blanc a été la couleur du deuil. Selon l'éditeur de i8ao, le deuil des Grecs étoit le vert foncé (sans doute à cause de Tache, consacrée aux funérailles, aux jeux néméen5 et aux jeux isthmiques), et non le noir, comme le dit Rabelais.

^ Un certain Socrate dit dans Plutarque que quand ceux d'Ai^gos portoient le deuil, c' étoit avec des robes blanches, lavées de frais dans de l'eau bien nette. (L.) — Argives pour habitants d^Argos,

^ Se porte en noir..' — * Cest cette raison que nous appelons.

^ Par les mêmes inductions.

'° Les Thraces et les habitants de l'île de Crète marquoient les jours heureux de pierres blanches. Cest ce que rapporte en effet Perse, sat. I, Pline, liv. VII, chap. XL, et Alexander ab Alexandre 9 au chapiti*e xx du quatrième livre de ses Jours géniaux : de U lexpression, alho dies notanda lapillo. — " Infortunés, malheureux.

est blanche plus que chose que soit. A quoy prouver '*, je vous pourroy renvoyer au livre de Laurens Valle contre Bartole '^ : mais le tesmoig^nage evangelicque vous contentera. Matth, 1 7, est dict '^ que, a la transfiguration de nostre Seigneur, vestimenta ejusfacta sunt alba sicut lux. Ses vestemens feurent faictz blancs comme la lumière. Par laquelle blancheur lumineuse donnoit entendre a ses troys apostres, l'idée et figure des joyes éternelles. Car, par la clairté, sont tous humains esjouys. Gomme vous avez le dict d une vieille qui n avoit dentz en gueuUe , encores disoit elle : Bona lux ' ^. Et Tobicy chap. v, quand il eut perdu la veue, lors que Raphaël le salua, respondit : Quelle joye pourray je avoir, qui poinct ne voy la lumière du

'* En preuve de quoi.

' ^ Cest Laurent Vaila , savant professeur italien de belles-lettres et de rhétorique , dans le quinzième siècle , qui a effectivement ëcrit contre le grand jurisconsulte Barthole. On a aussi de lui, outre ses Élégances de la langue latine, qui sont son ouvrage le plus connu, un traité contre la fausse donation de Constantin, et un autre du faux et du vrai.

'^ Il est dit, Matth, 17.

" f«c iyabin. Id est: Lumen bonum. Vita lumen est. Id autem dictum est ah anu quapiam moriente, quant etiamnum juvahat vivere, dit Érasme lui-même, sous le nom de Listrius , sur le ^St eiyaBof de YEncomium Moriœ, pag. 64 de l'édition de Bâle, 1676. (L.) — Cest aussi à peu près ce que dit Mécène dans quelques vers latins que nous a conservés Senèque, et que La Fontaine a imités, fable 1 5, liv. 1; et Antigone, en mourant, dans la tragédie de Sophocle. L*Eloge de la Folie avoit paru quand Rabelais écrivoit son premier livre.

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ciel? En telle couleur '^ tesmoignarent les anges la joye de tout l'univers a la résurrection du saulveur, Jean^ 20, et a son ascension, Act. i . De semblable parure veid sainct Jean evangeliste, Apoc. 4 et 7, les fidèles vestuz en la céleste et béatifiée Hierusalem.

Lisez les histoires anticques, tant grecques que romaines, vous trouverez que la ville d'Albe (premier patron de Rome) feut et construicte et appelée a rinvention d'une truie blanche. Vous trouverez que, si a aulcun, après avoir eu des ennemys victoire, estoit descreté qu'il entrast a Rome en estât triumphant, il y entroit sus ung char tiré par chevaulx blancs. Autant celluy qui y entroit en ovation *7 : car, par signe ny couleur, ne pouvoyent plus certainement exprimer la joye de leur venue que par la blancheur. Vous trouverez que Pericles, duc des Athéniens, voulut celle part de ses gens d'armes, esquelz par sort estoyent advenues les febves blanches *^, passer toute la journée

'^ Par telle couleur les anges, etc.

'^ Petit triomphe permis aux capitaines , lesquels avoient eu quelque bon succès en guerre, et non pas un fait d'armes insigne, ainsi qu'estoit une notable bataille. Celuy à qui on octroyoit Tovation entroit à pied , ou sur un cheval blanc avec liesse , couronné de myrte , suivy du sénat jusques au Gapitole , où il sacrifioit à Jupiter une brebis dite ovisy unde ovatio ex Servio in 4 ^n. Mais ceux à qui on donnoit le vray triomphe et parfaict, ils immoloient un taureau. (Alphabet de l'auteur.)

'* Le sort, chez les Athéniens, se tiroit avec des fèves, dont les

en joye, solas et repos, cependent que ceulx de l'aultre part batailleroyent. Mille aultres exemples et lieux a ce propos vous pourroy je exposer, mais ce n est icy le lieu.

Moyennant laquelle intelligence pouvez resouldre ung problème, lequel Alexandre Aphrodisé '9 ha réputé insoluble : pourquoy le leon, qui de son seul cry et rugissement espouvente tous animaulx, seuUement craint et révère le cocq blanc ^°? Car (ainsi que dictProclus^', libro de saunes étoient blanches et les autres noires. Les blanches signifioient gain , et les noires perte ou condamnation. Pcriciès , assiégeant la ▼ille de Samos , et ayant dessein de tirer le siège en longueur, ne ▼onlut pas employer toutes ses forces contre cette place. « Il divisa, dit Plutarque , toute son armée en huit troupes , lesquelles il fit tirer au sort ; et celle à qui écheoit une febve blanche demeuroit en repos à faire bonne chère , pendant que les sept autres combattoient ; et , dit-on , que de là Tient qu'on appelle encore aujourd'hui un jour blanc celui auquel on a fait bonne chère , et reçu du plaisir, à cause de la febve blanche.» Plutarque, dans la Vie de Périolès, traduction d'Amiot.

' ' Cest Alexander Aphrodisœus y c est-à-dire Alexandre , natif d'Aphrodisias en Carie , philosophe péripatéticien du deuxième siècle, le plus célèbre et le plus ancien commentateur des œuvres d'Anstote.

'° Dans la préface de ses Problèmes, où il est cependant à remarquer qu'il ne dit pas précisément que ce soit d'un coq blanc que le lion ait peur, mais simplement d'un coq. (L. )

*' Babelais le cite encore livre II, chapitre xviii. Proclus, au reste , non plus qu'Alexandre Aphrodisé , ne détermine point la couleur du coq. (L.) — Ce Proclus, natif de Lycie, mort en 4^5 de l'ère chrétienne , étoit un philosophe platonicien qui a écrit contre la religion chrétienne , et dont il nous reste des commentaires sur quel-

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crificio et magia) c'est par ce que la présence de la vertus du soleil , qui est lorgane et promptuaire ^^ de toute lumière terrestre et sidérale, plus est symbolisante et compétente au cocq blanc: tant pour icelle couleur, que pour sa propriété et ordre specificque, qu au leon. Plus dict qu'en forme léonine ont esté diables souvent veuz, lésquelz, a la présence d'un cocq blanc, soubdainement sont disparuz.

C'est la cause pourquoy Galli (ce sont les Françoys, ainsi appeliez parce que blancz sont naturellement comme laict, que les Grecz nomment Gala^) voulen tiers portent plumes blanches sus leurs bonnetz. Car, par nature, ilz sont joyeulx, candides, gratieux et bien esmez^^; et, pour leur

ques -livres de Platon, et pinsiears ouvrages grecs qai ont été ûnprimés plusieurs fois.

** Cest-à-dire le réservoir, la source, du latin promptuarium , dérivé de promo , je produis , je fais voir, je mets au jour.

*^ Bien aimez, dans la signification de gens quon aime bien y ne faisoit pas un bon sens. Bien amez, qu'on lit dans l'édition de i553, dans celle de 1 696^ et dans les dernières , n'en faisoit pas un meilleur, puisqu'en termes de chancellerie amé est l'équivalent iTaimé. De croire que bien amez revient au latin bene animati, du verbe amer qu'on auroit dit pour animer, on auroit de la peine à en trouver un exemple ; et quand on en trouveroit , une expression si peu usitée ne seroit pas intelligible. De prendre aussi bien aimez dans le même sens de biefi animez , sous ombre que dans nos vieux livres il se trouve quelques exemples qu'on a dit anciennement aime pour ame , c'est une erreur. Rabelais , par bien aimez , a entendu bien esmez , c'està-dire bien disposés , bien intentionnés , de bonne volonté , de bon

symbole et enseigne, ont la fleur plus que nulle aultre blanche, c'est le lys.

Si demandez comment, par couleur blanche, nature nous induict entendre joye et lyesse : je vous respondz que l'analogie et conformité est telle. Car, comme le blanc exteriorement disgrege et espart la veue ^^, se dissolvent manifestement les

esme : mot qui par abréviation vient d'estime, dans la signification de jugement, de sentiment. Ce mot est fréquent dans nos vieux Gaulois ; qai écrivent toujours esme. Écrire aime en ce sens est une faute , et c'en est une à Rabelais d'avoir écrit bien aimez au lieu de bien esmez. Les paysannes de Bourgogne disent d'un homme qui ne leur témoigne nuUe bonne volonté, qui ne leur fait nulle signe d'amitié,- ^ui7 n'a point d'esme. Jean Bouchet finit ainsi sa trente-quatrième épitre :

Escript soabdain en brief et lourd propos. Après souper qu'on perd souvent son esme.

Où esme signifie netteté de sens , génie, présence d'esprit. Le même, épitre lxxxiv, a dit, dans la même signification, si je nay perdu Vesme. Mais dans ces vers de l'épître xiii :

Et si Tespouse au roy Loys unzième Fille d'Escosse eut telle extime et esme De Charretier, qu'en dormant elle touche D'un donlx baiser son éloquente bouche Pour les bons mots qui en estoient yssus ;

esme n'est qu'un synonyme d'estime. L'ancienne orthographe d'esmer étoit aesmer d'adœstimare. L'histoire de Geoffroy de Villehatdouyn , hv. VIII, pag. i58 de l'édition de Vigenère, i585: «Et aesmérent que ils avoient bien quatre cens chevaliers , et que ils n'en avoient mie plus. » ( L.) — Cette critique de Le Duchat est très juste , et la correction est heureuse : elle méritoit de passer dans le texte , et nous l'y avons insérée, avec d'autant plus de confiance que l'édition de 1830 porte esmez. Celle de Le Duchat écrit aymez dans le texte , mimez dans la note ! — ^* Dissipe et disperse la vue.

aao LIVRE I, CHAP. X.

esperitz visife^^, selon ropinion d'Aristoteles en ses problèmes, et des perspectifz: et le voyez par expérience, quand vous passez les montz couvertz de neige; en sorte que vous plaignez ^^ de ne pouvoir bien regarder, ainsi que Xenophon eserîpt estre advenu a ses gens, et comme Galen expose amplement libro X de usu partium. Tout ainsi le cueur, par joye excellente, est interiorement espars, et patit manifeste resolution des esperitz vitaulx: laquelle tant peult estre acrue, que le cœur demoureroit spolié de son entretien, et par conséquent seroit la vie estaincte par cette pericharie^7^ conmie dict Galen, lib, XII, Method., libro V de locis affectis,, et libro II de symptomatxm cousis. Et comme estre au temps passé advenu tesmoignent Marc Tulle *^, libro I, quœstion. TuscuL, Verrius^^^ Aristoteles ^®, Tite Live^', après la bataille de Cannes, Pline, /ife. VII, chap. xxxn et un, A. Gellius, lib. m, xv, et aultres, a Diagoras

^^ Les esprits visuels.

^® Vous vous plaignez.

*^ C'est-à-dire par cette joie excessive , du grec «•ifi;^*f fwt , snmma etimmodica lœtitia; vrtçt^ttf^Çf supra modum itetus. *• Marcus Tuliius Cicero.

*^ Cest Verrius Flaccus , qui est cité à ce sujet psa* Pline, iiv. VII, chap. LUI. (L.)

Cité par Anlugelie, Iiv. III , chap. xv.

Les exemples rapportés par Tite-Live regardent la bataille de Trasiméne et non pas celle de Cannes , en quoi Pline et Aulugelle ne sont pas d* accord avec lui. (L.)

Rhodien^*, Ghilon, Sophocles, Dionysius, tyran de Sicile, Philippides, Philemon, Polycrate^^, Wiiliston ^^, M. Juventi ^^, et aultres qui moururent de joye. Et comme dict Avicenne, in 2 canone, et tibro de viribus cordis, du zaphran ^^, lequel tant

'* Voici le texte «TAiiIagéfle': « Cognito repente insperato çaudio expirasse animam refert Aristoteles, Polycritam (et non pas Polycratem) nobilem fœminam... Philippides qnoque comœdiarum poeta haud ignobilis... Cum in certamine poetamm praeter spem Ticisset,, ioter illad gaudiam mortuas est. Diagoras très filios habuit eosque omnes yidit vincere eodem die Olympiae... In osculis et manibus filio* mm animam ^Bavit... » Chilon^ moamt aussi en recevant son fils^ qui venoit d*étre couronné aux jeux olympiques; Sophocle ^ pour avoir remporte un prix , aux mêmes jeux , à Và^ de quatre-vingtcinq ans; Denys^ l'ancien, en apprenant qu'il avoit été proclamé vainqueur à Atbènes aux jeux lénéens; Philistion , -poëte comique^ pour avoir ri excessivement; Juventms, en recevant des lettres du sénat qui lui demandoit une grâce. Pour Philémon y voyez le chapitre XX.

'* Cest Polycrite- qu'il faHoit nonuner cette femme avec Parthénins et Plutarque , et non pas Folycrate avec la vieille édition d'Aulugelle, qui avoit déjà trompé Textor in Officina. (L.) — Voyez la note précédente.

^* Suidas parle de loi. Cétoit un poëte comique , qui mourut pour avoir ri excessivement. (L. )

'^ M. Juventios Talva. PKne , fib. Vil, cap. Uii. Valère -Maxime ^ lib. IX , cap. XII , où Phigio» observe , sur la foi des fastes capitolins et des manuscrits qu'il faut écrire Thaina. ( L. ) — Cest donc M, Juventius qu'il faut lire dans Rabelais , qui tronque souvent la fin des noms qu'il cite : c'est ainsi que dans le prologue du livre I"* il écrit Aristotel, comme si c'étoit ainsi qu'il le uMnmoit, tandis qu'il met ici Aristateles en entier.

^^ Du saf&an. Ce mot se £t zafferano ou zaffaran en italien , et s'est dit zafframen ou zaffranum en bas latin. Voyez Ducange-

esjouyt le cueur qu'il le despouille de vie, si on en prend en dose excessifve , par resolution et dilatation superflue. Icy voyez Alex. Aphrodisé, libro primo probtematum, cap. xix, et pour cause. Mais quoy? j'entre plus avant en ceste matière que nestablissoys^7 au commencement. Ici doncques calleray mes voiles , remettant le reste au livre en ce consommé du tout ^®. Et diray, en ung mot, que le bleu signifie certainement le ciel et les choses celestes, par mesmes symboles que le blanc signifie joye et plaisir.

^^ Que je ne me proposois.

Au livre où je traiterai à fond cette matière.

GARGANTUA. aaS

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