‹ Œuvres de RabelaisChapitre 31 sur 45 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Gomment Grandgousier congneut Tesperit merveilleux de Gargantua, à Tinvention d'ung torchecul.

COMMENTAIRE HISTORIQUE

ET SOUHAIBE DE CE GHAPITBE.

Dans ce très plaisant chapitre des torche-culs de Gargan» tua, Fauteur fait faire au vrai Gargantua (François 1") Faveu du grand nomhre de ses maîtresses, et de la première maladie galante que lui communiqua une belle vasconnoise , lorsqu'il n'avoit encore que dix-huit ans. Gargantua nous semble en faire clairement l'aveu, en disant: tt Une autre fois me torchai des aureillettes de satin cramoisi d'une dame, mais la dorure m'écorcha tout le derrière. Que le feu saint Antoine arde le boyau culier de Forfévre qui les fit et de la dame qui les porta. )>

Ce chat de Mars , dont les griffes lui exulcérèrent aussi tout le périnée, signifie la même chose; sa guérison, en se lirchant des gants parfumés de sa mère, exprime bien les soins recherchés que la mère de François I" a pris de lui dans cette maladie. On lit, dans le journal de Louise de Savoie, qu'à dix-huit ans (en i5i2) u François l*% allant en Guyenne, eut un mal en la partie de secrète nature.» Ce trait satirique pourroit encore s'expliquer par Faventure de la belle boulangère de Lodi en i5i5. Voyez chapitre II, strophe iv, note 5.

a5o LIVRE I, CHAP. XIII.

Ce chapitre en général exprime fortement l'attrait que le I jeune prince avoit pour les plaisirs et les voluptés. Villon, j dans sa deuxième repue^franche ^ psLQ. 26, a aussi un grand article de torche-culs , qui peut avoir donné à Rahelais l'idée du sien.

Les fréquentes ahlutions, dont les Turcs ont hesoin, font dire à Tournefort, Foyage du Levant y tom. H, liv. XIV, pag. 337 : « Le chapitre que Rabelais a fait, et qui porte un si plaisant titre, leur seroit d'un grand secours, si on le traduisoit dans leur langue.

Un de nos amis, M. Ëusébe Sal verte, littérateur distingué, et qui a écrit sur Rabelais, nous objecte que si ce chapitre est, comme nous le croyons, une allusion à la maladie galante de François P% il faut qu'il ait été ajouté aux éditions postérieures à i538 : le passage du journal de Louise de Savoie, que nous venons de citer, répond à cette objection ) puisqu'il prouve que François I" a eu une première aventure dès i5i2 , à l'âge de dix- huit ans. Ce n'est donc point à celle qu'il eut en 1 538 avec la belle Feronnière, et dont il mourut neuf ans après, que ce chapitre fait allusion. Ainsi il est inutile de supposer qu'il a été ajouté aux éditions postérieures à i538.

Ce passage répond aussi à de Marsy, qui ne suppose pas même qu'il ait été intercalé, et qui l'explique par la maladie galante de i538, comme si Rabelais pou voit prévoir en iS35, et même en iSiS, époque de la publication de son premier livre , ce qui devoit arriver en i538. o Toutes mes conjectures , dit-il , au sujet de l'allégorie renfermée dans ce chapitre, no aient sur ces paroles : Je me torchay v»^ mitre fois des aureittettes (d'un chaperon), tnais la dorure tPun tas de sphères de merde m'eseorchèreni tout le derrière : et plus bas , en parlant du chat de Mars : Ses gnpkes m'exnleérèrent tout le périnée. Il est certain que François l" eut à cette partie un ulœre dangereux que tou^

GARGANTUA. aSi

Fart des chirurgiens ne put guéfir^ et qui à la fia le conduisit au tombeau, m Sur la fin de 1 538, dit Mezeray, le roi fut grièvement malade d'un ulcère qui lui vint h la partie ifue les médecins nomment le périnée. Le mal, disoit*on, ëtoit Feffet d'une mauvaise aventure qu'il avoit eue avec la belle Feronnière, Tune de ses maîtresses. Le mari de cette femme, désespéré d'un outrage que les gens de cour n'appellent que galanterie, s'avisa d'aller en un mauvais lieu s'infecter lui-même pour la gâter, et faire passer son mal jusqu'à son rival. La malheureuse en mourut; le mari s'en guérît par de prompts remèdes ; le roi en eut tous les fâcheux symptômes... et il lui en resta toute sa vie quelques uns dont la malignité altéra fort la douceur de son tempérament.}) 11 est assez probable, continue de Marsy , que Rabelais fait allusion à cette aventure, lorsqu'il représente son jeune Gargantua s'écorchant et s'exulcérant le périnée avec le chaperon d'une demoiselle, et maudissant avec raison et l'ouvrier qui le broda, et la demoiselle qui le portoit. Peut-être que tout ce chapitre est une satire indirecte de l'incontinence de François r% et sur-tout de l'inconstance de ses amours. Tout cela pourroit être peint allégoriqnement dans cette fable burlesque, et dans cette prodigieuse quantité de torche-'Cub, que Gargantua essaie tourà-tour, dont les uns lui causent une volupté bien grande, dont d'autres lui écorchent le derrière , lux donnent la caque" sangue, lui exulcèrent le périnée, n

Bemier ne voit dans l'invention des torche-culs par Gargantua que celle qu'imagina François I"* de se tordier, pour ainsi dire , le derrière avec les privilèges des villes. M Ce chapitre xiii , dit-il , si on s'en rapporte aux apparences, ne contient que des ordures, mais il ne laisse pas d'avoir un sens caché et de marquer, dit on, la manière indigne avec laquelle le roi François 1*' traita les privilèges des villes, s'en moquant, les cassant, et s'en servant,

pour ainsi dire , d'aniterges {anitergià) , tant ce prince faisoit peu de scrupule de donner dans tout ce qui Faccommodoit, et tant il lui falloit d'argent pour faire du bruit, pour satisfaire à ses vanités, son luxe, et contenter ses harpies, entre lesquelles sa mère ëtoit la plus importune; au point que , pour exténuer tous les excez du fils, un des auteurs même qui Font tiré au parti huguenot, quoique, pour ainsi dire, par les cheveux, n'a pas trouvé de meilleur moyen que de le comparer avec ceux de ses successeurs: uCujus etiam vitia subsecutorum temporum mores fecerunt ut penè virtutes videri possent.» {Hist. martyr Juthercui.)

u Cependant si Ton se récrie sur la saleté et Fordure de cette invention {anitergium) de Gargantua, je n'ai qu'à ren* voyer aux problèmes de Goclénius , de crepitu ventris, comme à autant de jeux d'esprit , où des hommes d'esprit et d'érudition ont donné... Quant h la solution (de ces problèmes) , je renvoie le lecteur à la page 3o4 , Amphitheairi socraticœ sapientiœ joco-seriœ. S'il faut rejeter tous les contes que l'on fait sur semblables matières , Gicéron auroit eu grand tort d'écrire ainsi à Pœtus : (( Ânum appellas alio nomine, cur non suo potiùs? Si turpe est, ne alieno nomine, si non est, suo potiùs? » C'est ainsi que notre docteur n'a pas oublié dans sa librairie chimérique de saint Victor , Ars honestè petandi in societate, per magistrum Ortuismm, celui auquel les lettres intitulées Obscurorum virorum sont adressées. »

«Villon, mettant sa vie en compromis au lazanon d'Edouard VI, roi d'Angleterre (voyez Rabelais, livre IV, chap. Lxvii) , pour l'honneur de son prince et de sa patrie, quoique exilé, ne.seroit donc qu'un ordurier, quoiqu'il n'ait jamais plus dit d'or qu'en cette rencontre, et qu'il ait été en cette occasion un bon homme d'affaires ' pour la France... Après tout, cet aniterge de Gargantua sera-t-il

Officiers qui accompagnent le prince à la chaise percée.

pire que le cacata charta, le catharmay et tant d'autres malfaoïmétes emportements de nos savants. Mais que ne se dit-il point sous des enveloppes? que ne se fait-il point , même à présent, de plus sale que ce que Rabelais fait dire et faire à son petit Gargantua? que d'ordures et d*ordurier$ que la nuit et le secret cachent , si on s'en rapporte au baron de Fseneste?»

Quoi qu'il en soit du trait historique auquel ce chapitre fait une maligne allusion , nous profiterons de celle qu'y trouve de Marsy pour apprendre au public qu'on vient de vendre à l'enchère au château d'Onzain , près Rlois , un portrait qu'on attribue à Léonard de Vincy , et qu'on nomme la beUe Feronnièrey ou la bergère de Bwrjy du nom d'un château voisin, aujourd'hui en ruines, d'où il avoitété transporté à celui d'Onzain. On nous a assuré que ce portrait , qui avoit été adjugé à un fripier de Rlois pour une modique somme, dans un moment où il n'y avoit pas de connoisseurs, avoit été revendu sur le lieu même, quand les riches amateurs furent arrivés , d'abord 600 f. , puis 3ooo f., pub 24,000 f., et enfin 36^ooo f.

Sus la fin de la quinte année, Grandgousier, retournant de la defaicte des Canarriens ^, visita son

* * Ou GanarrienSj par le changemeot du c en y, cromme an chapitre L suivant, où dans Fédidon de Dolet, i543, an lieu de Saint- Aubin-du-Comiier y on lit Saint- Aubin-du-Gormier. (L.) — Il est parlé en outre an chapitre h SAlpharhal y roy de Canarrûy snr quoi Le Dncliat fait cette antre remarque : « Comme dans plusieurs édî* tions on lit Ganarriensj et que dans le prologue du livre IV Fauteur parle des Génois comme de trompeurs (^gannatori)y et de gens qui en tontes choses nont cFautre vue que le gain^ je ne sais si sous le nom de Canarre on ne doit pas entendre la ville de Gènes y y ayant

254 LIVRE I, CHAP. XIIL

filz Gargantua. La feut resjouy, comme ung tel pei e povoit estre , voyant ung sien tel enfant. Et, le baisant et accoUant, Finterroguoit de petitz propous puériles en diverses sortes. Et beut d aultant avecques luy et ses gouvernantes, esquelles par ung grand soin demandoit , entre aultres cas , si elles lauoyent tenu blanc et net? A ce Gargantua feit response que il y avoit donné tel ordre qu'en

d'ailleurs un merveilleux rapport entre la douceur dont il est dit ici que Grandgousier usa envers les Ganarriens qu'il aVoit subjugués, et la clémence que le bon roi Louis XII fit paroître envers les Génois en 1 507, lorsqu'il força ce peuple à rentrer dans son obéissance. » Nous pouvons confirmer ce que Le Duchat ne fait que soupçonner : ce qui prouve qu'il s'agit vraiment ici des Génois^ c'est 1° le rapport du nom de Ganarriens avec celui de Gènes ^ qui se dit Genova en italien, d'où Rabelais a pu faire ce dérivé au lieu de celui de Genuariens; en le confondant à dessein avec celui de Canariens y dérivé du nom des îles Canaries: on disoit autrefois en françois les Genevois, et on dit encore en italien Genovesi pour les Génois^ tandis qu'on dit dans cette langue Ginevra pour Genève^ et Ginevrino pour Genevois* Cest ^° qu'en prenant la fin de la quinte année^ où Grandgousier retourna de la defaicte des Ganarriens^ pour la fin de la i5o5' année (comme il prend ailleurs 22 pour 1622 , et 624 pour i524, voy. liv I, chap. 11, strophe x, note i) , Rabelais marque même l'époque où Louis XII revint triomphant à Paris après avoir soumis et défait les Génois révoltés, puisque c'est réellement en 1 5o6. Ainsi , puisque les éditions varient, et qu'on y lit tantôt CanarrienSy tantôt Ganarriens, c'est la seconde leçon qu'il faut préférer ; et ce nom n'a pas le moindre rapport avec gannatori ni avec gain^ comme le croit Le Duchat, puisqu'il dérive de Gènes^ et qu'il est impossible qu'on fasse Ganarriens de gannoton*. Cette heureuse conjecture a été rejeté^ cependant par les éditeurs de 17S2 : « On prétend, disent-ils, que Rabelais veut désigner les Génois, et qu'il fait allusion à leur révolte sous Louis XII , qui les défit, entra dans leur ville en vainqueur, et leur pardonna. U avoit

GARGANTUA. a55

tout le pays n estoit guarson plus net que luy. Comment cela? di&t Grandgousier. J ay, respondît Gargantua, par longue et curieuse expérience, inventé ung moyen de me torcher le cul, le plus seigneurial, le plus excellent, le plus expédient que jamais feut yeu. Quel? dist Grandgousier. Comme vous le raconteray, dist Gargantua , pre^ sentement. Je me torchay une foys d'ung cacfae-

mis sur sa cotte d'armes , non utitur aculeo rex cui paremus. Qael roi, et quel exemple de paternité qui arrachoit des larmes à tout le monde ! Gomment peut-on croire que Rabelais ait voulu peindre un si grand prince sous les traits de Grandgousier, qui, excepté dans deux ou trois chapitres , ne parle jamais que d'un ton poissard et ^«nadier ? On est révolte quand on lit toutes les honneurs que Rabelais met dans la bouche de ce Grandgousier, et qu'on pense en même temps à Louis XII. m Mais ces reproches sont faux, et Grandgousier y est au contraire peint comme un bon roi et un bon père. — Il faut lire Canariens , selon l'Alphabet de Fauteur. « Les Canariens sont y dit-il , les habitants de i'ile de Canarie , une des six iles fortunées , nommée ainsi à cause du nombre des grands chiens de cette île , et parceque les Canariens mangent goulûment et tout cru comme des chiens : Carbon, canarien, dévoroit vingt conils en un repas, ou un grand bouc. Or, tels peuples , ainsi quaUfiës , doivent être rangés sous la seigneurie et puissance de Grandgousier. » Nous ne réfuterons pas cette conjecture qui n'est fondée que sur un rapport de noms, qui est bien foible, et qui l'est bien davantage encore en lisant Ganarrtensy comme le portent quelques éditions. D'autres voient dans le royaume de Canarre l'université, et dans les Canarriens ses suppôts, sans doute parceque quelques uns sont nommés ckiens de &asfe-coMr par les écoliers, et parceque Louis Xn > notre Grandgousier, fut obligé, en 1499^ d'aller, en personne réprimer leur audace, qui alloit jusqu'à déclamer on aboyer contre le gouvernement. Voyez Gamier, tom. XXI, pag. 91 . Mais c'est encore une r^v^rie : Louis X0 n'a pas f.iit la guerre à l'université.

let^ de velours d'une damoiselle, et le trouvay bon ; car la moUice de sa soye me eausoit au fondement une volupté bien grande.

Une aultre foys, dung chaperon d'y celle, et feut de mesme.

Une aultre foys, dung cachecoul; une aultre foys des aureillettes^ de satin cramoisy : mais la dorure d ung tas de sphères de merde qui y estoyent ni escorcharent tout le derrière. Que le feu sainct Antoine arde ^ le boyau culier de lorfebvre qui les feit, et de la damoiselle qui les portoit.

^ Un masque. Cest comme qui diroit cachelaid ; et ce masque a été nommé de la sorte , parceque les laides s*en servent volontiers et commodément. (L*)

^ Pierre Grosnet , dans son recueil des mots dorés de Gaton , et autres dictons moraux :

Mais que vallent ces grands estais?

Robes , cottes de taffetas , Chaînes d'or, rubis , et aneaulz , Dyamans et autres joyaulx?

Vos oreillettes de velours , Vos grands manches , aultres atours , Et grands queues trainant par terre , En enfer vous feront grant guerre.

Ces aureillettes étoient.une dépendance du chaperon que les femmes portoient en France dans le seizième siècle. Nicot : « On appelle aussi chaperon Tatour et habillement de teste des femmes de France, que les damoiselles portent de velours, à queue pendant , touret levé, et aureillettes attoumées de dorures et sans dorures , autrement appelé coquille , et les bourgeoises, de drap, toute la cornette quarrée, hormis les nourrices des enfants du roy, lesquelles le portent de velours à la dite façon bourgeoise. » CTétoit Tor de ces oreillettes qui avoit écorché le derrière du jeune Gargantua. (L.)

Ce mal passa, me torchant d'uiig bonnet de paige^, bien emplumé a la souice.

Puis, fiantant derrière ung buisson, trou vay

ung chat de mars 7 ; d'icelluy me torchay , mais ses

gryphes m'exulcerarent tout le périnée. De ce me

gueryz au lendemain , me torchant de guandz de

ma mère, bien parfumez de maujoin®. Puis me

torchay de saulge, de fenoil, de aneth, de marjo-

' Brûle 9 du latin ardeo. Ce feu Saint-Antoine s*appeloit aussi feu sacré , feu d'enfer, lea ardents ; on prétend que c'est l'érésipèle. Il paroit que cette maladie faisoit de grands ravages aux onzième et douzième siècles ; et ce fut pour soulager les malades qui en étoient attaqués que Tordre de Saint-Antoine deViennoisfut institué en 1098. Tout ce que le feu infernal attaquoit devenoit sec et noir comme s'il eût été brûlé.

^ Un bonnet emplumé , c'est un bonnet orné de plumes par-dessus, comme en portent chez les princes leurs gardes suisses dans les jours de cérémonie. (L.)

' * Une. martre. Ci -dessous encore , liv. IV, chap. xxxii, s il grondoit, cestoient chats de mars. (L.) — Nous ne pensons pas qu'un chat de mars soit une martre. Comme les chats entrent en chaleur en mars, il appelle ainsi, au sens propre, les matous qui miaulent, qui font miaou: chaque chat a son janvier, dit le proverbe italien. Au sens figuré, il fait sans doute allusion au Mercure, ou à Mars qui fit c... Vulcain, comme François V fit c. le mari de la belle boulangère.

' * Le benjoin appelé en quelques lieux maujoin par antiphrase, et par corruption maujoint et maujoinet; c'est le benjoin, appelé par les Espagnols benjuy et menjuy. (L.) — Ce maujoin est le benjoin , résine d'une odeur suave, dont les gants des dames de la cour pouvoient bien être parfumés ; mais on l'employoit sur-tout pour corriger la mauvaise odeur des fumigations mercurielles dans le traitement des maux vénériens; ce qui n'est point mis ici sans dessein, comme nous r avons déjà donné à penser. L'auteur attribue cette cure merveilleuse Àla vertu des gants de la mère d« Gargantua, parceque effectivement

26o LIVRE I, CHAP. XIII.

Ouy dea , respondit Gargantua , mon roy , je rhythme tant et plus,

Et en rhythmant souvent m'enrime '9.

On voit la preuve de cela aux chapitres xlvi et xlvii du livre V, où ceux qui avoient consulté l'oracle de la bouteille,. sans en excepter Pantagruel, le plus sage de la compagnie, riment tous à Tenvi l'un de l'autre. L'édition de Dolet, 1 543 , établit elle-même ces deux significations du verbe rhner, en ce qu'à la première on lit rimer^ et à la seconde rithmer. Dans le dictionnaire de la langue tolosane , ruma^ c'est rôtir, brouir, cuire excessivement. (L.) — Rimery nmeure, dit encore Le Duchat, dans Ménage, se dit du bouilli ou d'autre chose qui a pris au pot, et qui sent la fumée. Le traducteur de Platine, liv. VU, de ObsoniiSp fol. 78, s'est servi plusieurs fois de ces deux mots en cette signification. C'est donc, dit M. D. L., un mauvais calembourg , une froide équivoque sur les verbes rimer (brûler) , et rimer ou rhythmer. Rabelais a malheureusement beaucoup de mauvais jeux de mots conmie celui-ci : Js tu prins au pot? As-tu bu au pot? As-tu consulté la bouteille^ le dieu des buveurs, qui inspire l'enthousiasme poétique, puisque tu rimes déjà? « François V (notre Gargantua) n étoit pas, dit Gaillard (Vie de François V% tom. VU , pag. 35), un des moindres poètes de son temps : peut-être ne le cédoit-il qu'à Marot; il a fait des vers à la gloire d'Agnès Sorel, de la belle Laure et autres. » D'autres lisent au piot: piot est pris, disent-ils ici , pour vin;

pier, boire :

Tandis que j'ay la maia an pot »

Veux-tu , Lyot ,

Du doux piot?

'9* Et en rimant, souvent je m'enrhume. Ceci est de Marot, qii commence ainsi sa petite épître au roi :

En m'esbatant , je fais rondaulx en rithme ,

Et en rithmant biea souvent je m'enrime.

Bref c'est pitié , entre nous rimailleurs ;

Car vous trouvez assez de rime ailleurs ,

Et quand vous plaist , mieulx que moi rimassez ,

Des biens avez et de la rime assez.

C«mme du ruma des Toulousains les Dauphinois ont fait rimer ^ ici

Gargantua: 261

Escoutez que dict nostre retraict aux fianteurs :

Chyart,

Foyrart,

Petart,

Brenous,

Ton lard,

Chappart»»,

S'espart^»,

Sus nous,

Hordous 22,

Merdous,

ESgfOUS ^y

Le feu de sainct Antoine t'ard, Si tous

Marot adolescent a dit s*enrimer pour s enrhumer , en quoi il est suivi par le jeuoe Gargantua. (L.) — ^Notez que Gargantua appelle Grandgousier mon roy^ en citant un vers que Marot avoit adresse au roi François I*".

** Ou chaparty comme qui diroit échapart, qui échappe. Ces vers sont de même mesure que ceux de Marot à la lingère Linote. ( L. )

* ' Se répand : âiespartir, composé de la préposition ex et de partir dans le sens de départir^ de partager. Il vient donc de partiri, et non pas di exspatiare ^ comme le dit le nouveau glossaire.

** Sale, ord., succido, sporcOy disent les Italiens. Froissart, vol. 2, chap. Lxxvi, au feuillet 99, verso, de l'édition de Verard: « Et comment, garçon ordouXy as-tu esté si bardy, que sur la deffense que je leur avoys faicte, tu leur as consenty a chevaucher, et as esté en leur compaignye? Par monseigneur saint Jacob, je te ferai pendre. » Et la reine de Navarre, dans son Heptameron, nouvelle 87, où elle parle d'une chambrière laide et crasseuse, qui avoit été prise sur le fait par sa maîtresse avec le maître de la maison : « Si le mary honteux et marry, étant trouvé par une honnête femme avec une telle ordouscy ce n estoit pas sans grande occasion. » De horridosvs^ comme ci-dessus, chap. vi, horde ou orde vieille de horrida. (L.)

*' D'ex et de guttOy parceque les eaux 8*y égouttent. (L.)

Tes trous , Esclous^^, Tu ne torches avant ton départ.

En voulez vous dadvantaige? Ouy dea, dist Grandgousier. Adoncq, dist Gargantua.

Page 1