‹ Œuvres de RabelaisChapitre 32 sur 45 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

En chiant Faultre hyer *^ senty La guabelle qu'a mon cul doibz, L'odeur feut aultre que cuydoy^ :

J'en feus du tout empuanty.

0 1 si quelqu'un^ eust consenty M'amener une qu'attendoys, En chiant.

Car je luy eusse assimenty ^ Son trou d'urine à mon lourdoys ^7, Cependent eust avecq ses doig^tz Mon trou de merde ^uaranty, En chiant.

** Esclous est dit ici pour chus, c est-à-dire clos, fermés. Ainsi écluse au lieu de cluse, qui aui^it dû être le Trai mot, témoin Titalien chiusa. (L.)

^^ L'autre jour, en style de vieux romans, comme aux chap. xlv et XLVii de Galien restauré. Marot, dans sa dernière épitre :

L'autr bier le vy aussi sec , aussi palle ,

Comme sont ceux qu'au sépulcre on dëvalle. ( L. )

"^ Selon Cotgrave, assimentir signifie clore, resserrer, fermer, boucher. On le prend aussi pour cimenter, consolider.

^^ Cette expression, qui revient encore, liv. III, chap. x et LZiv, ;»ignifie tout lourdement , et sans y chercher de finesse. Lourdois , parlar b procéder goffo , dit le Dictionnaire françois-italien d'Ant. Oudin, Ant. du Pinet, au liv. VIII, chap. xxxvi de sa traduction de

Or dictes maintenant que je n y sçay rien. Par

la merdé^® je ne les ay faict mie: mais, les oyant

reciter a dame grand que voyez cy, les ay retennz

en la gibbessiere de ma mémoire.

Retournons, dist Grandgousier, a nostre propous.

Quel? dist Gargantua, chier? Non, dist Grandgousier, mais torcher le cul. Mais, dist Gargantua, voulez vous payer un bussart^^ de vin breton, si je vous foys quinault ^° en ce propous? Ouy vrayment , dist Grandgousier.

Pline, dit, en parlant de Tours, qu'il n'y a point d'animal plus fin et plus malicieux en son lourdoys que celui-là, pour exprimer ces paroles du texte latin : Nec alteri animalium in maleficio stultitia solertior» Lesquelles il auroit rendues autrement s'il avoit su que c'est astutia^ et non pas stultitia qu'il falloitlire. Pasquier, chap. viii du liv. VI de ses Recherches, rapporte la plaisanterie que le moine de Marcoussi proféra, dit-il, en son lourdoys. Expression méprisante dont il a été blâmé par le P. Garasse dans son Anti-recherche. (L.)

•* G-dessous encore, au chap. xxv et xxxv suivants. Cest l'équivalent de marmes et de merdigues qu'a expliqué le Scholiaste des éditions de Hollande ; à cela près qu'ici tnerdé fait allusion à la mar tière du chapitre. (L.)

*9 * On appelle bussart en ^njou une demi-pipe de vin, et vin breton y tout le meilleur vin qui croît dans la presqu'île que forment aux environs de Ghinon, la Loire et la Vienne. On lui donne ce nom vraisemblablement à cause que les Bretons l'enlèvent ordinairement pour leur boire. (L.) — .Le canton qui produit cet excellent vin s'appelle Verron. — Il est très remarquable que l'auteur en revienne toujours au vin breton , quand Grandgousier ( Louis XII ) est en scène : c'est sans doute une allusion à Gargamelle, ou Anne de Bretagne; c'est là le vin breton qui le met en train.

^^ On lit de même, liv. II, chap. xix, comment Panurge fit qui-

Il n'est, dist Gargantua, point besoing torcher le cul, sinon qu'il y ait ordure. Ordure n'y peult ,estre, si on n'ha chié: chier doncques nous fault davant que le cul torcher. O ! dist Grandgousier, que tu as bon sens, petit guarsontiet ! Ces premiers jours je te feray passer docteur en gaye science^', par dieu , car tu as raison plus que d'eage.

Or poursuy ce propous torcheculatif, je t'en prie. Et, par ma barbe, pour ung bussart tu au-

nault UAngloiSy et nous disons il demeura .quinaut y il fut bien quinauty pour dire il demeura camus, il fut bien camus, Quinault est un Tieux mot qui doit signifier un singe, car il dérive de quin^ qui est le mâle de la {!;uenon. Dans Jean le Maire ^ être quinault doit donc signifier faire la moue comme un singe.

*' Le guay saber, autrement le métier qu'exerçoient les anciens conteurs et troubadours de Provence. Le jeune Gargantua venoit de faire paroitre devant son père, dans tout ce chapitre, un esprit si fertile en nobles imaginations, et une si belte disposition à la poésie, que le bon homme Grandgousier mettant dans une espèce de parallèle ces gaillardes productions de l'esprit de son fils avec la plupart de nos anciens romans et fabliaux, se résout à faire agréer ce jeune homme parmi ceux qui à un besoin auroient pu faire revivre la guaye science des anciens Provençaux. (L.) — En science guaie ou joyeuse, La science des anciens troubadours, ou poètes provençaux, ne consistant qu'en chansons ou romances qui inspiroient la joie et les plaisirs, s'appeloit <^uay saber, gai savoir, ou gaie science. Cest à quoi Rabelais fait ici allusion, parceque Gargantua avoit retenu par coeur d'assez plaisants vers, et qu'il avoit trouvé l'invention de plusieurs aniterges. La même science, sous le nom de gay saber, s'est maintenue jusqu'à nos jours dans Toulouse, où les jeux floraux, qu'on y célèbre depuis ïSaS, en sont une espèce d'académie. Dans l'édition de Dolet, comme le remarque M. D. L., au lieu de ces mots, je te ferai passer docteur en qaye science, on lit, docteur vn Sorbonne^ par Dieu, Cest plus hardi; mais Dolet a été brûlé.

ras soixante pipes, j'entends de ce bon vin breton lequel point ne croist en Bretagne , mais en ce bon pays de Verron ^^ .

^* On appelle pais de Verron toute la presqu'île depuis le confluent de la Loire et de la Vienne jusqu'au territoire de Chinon inclusivement. Cest là en effet que oroit le bon vin breton, et nullement en Bretagne, où si un conte, qu'on attribue au roi François I*', n'est pas fait à plaisir, l'on peut dire que le meilleur raisin ne vaut rien , même aux environs de la ville de Rennes, qui est encore moins mal située que les autres de la Breta(pie. Ce prince racontoit un jour que le chien de M. Ruzé, conseiller de Rennes, pour avoir man{;ë une seule (prappe de raisin breton, près de Rennes, aboïa dans le moment le cep de la vigne, « comme protestant de se venger de telle aigreur, qui jà commençoit lui brouiller le ventre. » Voy. le dernier chapitre des Contes d'Eutrapel. (L.) — Ainsi ce que l'on appelle du vin breton y continue Le Duchat (dans Ménage), n'est pas du vin crû en Bretagne, où il n'en vient point de bon ; mais c'est d'excellent vin de Chinonnois,! canton de Verron. De dire à présent pourquoi on le nomme vin breton, c'est peut-être parceque les Bretons ont accoutumé de l'enlever pour eux, comme très bon, et croissant dans le voisinage de la Loire, d'où il leur est aisé de le transporter dans leur province. Au chap. xlvh du liv. I, il est parlé de Verron comme étant un village de laTouraine, entre les coldreaux et coulaines ( il se trompe : il n'est encore question là que du pays de Verron ; il n'y a pas entre les coldreaux et coulaines de village de Verron). Ce canton de Verron, ajoute Le Duchat, est une langue de terre au confluent de la Loire et de la Vienne , du territoire de Chinon , où , suivant la reibarque deGuyet, dans son Rabelais, en marge de ce passage , ch. xiii, vouleZ'Vous payer un bussart de vin breton? croît le vin de Verron. Et la paroisse de Quinquenois est enclavée dans le même canton, témoin Rabelais, qui ayant fait dire à Chicanneux, parle seigneur de Bâche, liv. IV, chap. xiv, qu'avant que de recevoir sa citation il vouloit lui faire boire de son bon vin de Quinquenois, raconte, au chapitre suivant, que la noise commença après que Chicanneux eut dégouzillé une grande tasse de vin breton-

Je me torchay après , dist Gargantua d'ung couvrechief, d ung aureiller, d une pantophle, d une gibessiere, d'ung penier, mais, o le mal plaisant torchecul ! Puis d'ung chappeau . Et notez que , des chappaulx , les ung sont raz , les aultres a poil, les aultres veloutez , les aultres taffetassez ^^ , les aultres satinizez. Le meilleur de tous est celuy de poil ; car il fait tresbonne abstersion de la matière fécale.

Puis me torchày d'une poulie, d'ung cocq , d'ung poullet , de la peau d'ung veau , d'ung lièvre , d'ung pigeon , d'ung cormoran , d'ung sac d'advocat, d'une barbute*^^, d'une coyphe, d'une leurre.

Mais, concluant, je dy et maintien qu'il n'y ha tel torchecul que d'ung oyzon bien dumeté^^,

La yio^rt-quatrième Nouvelle de rHeptameron : « Son chapeau estoit de soie noire, sur lequel estoit une riche ensei(pie, où il y ayoit pour devise un Amour couvert par la Force, tout enrichi de pierreries, n A. propos de ces chapeaux de taffetas, qui sont encore aujourd'hui fort communs en Espagne, on ne sera peut-être pas fâché de savoir que nos anciens écrivoient et prononçoient taffetaf. Ce qui confirme Topinion de Bochart, qui, conformément à Govarruvias, prenoit ce mot pour onomatopée. La grant Nef des fous, imprimée en 1499? ^^ feuillet 7 verso : les bources comme panetières , les sainctures de taffetaf. ( L. )

^* Mentonnière.

'^ La note sur le vers 44 ^^ chant 4 du Lutrin de Boileau veut que la ouate soit proprement ce mol duvet dont parle ici Rabelais, et qu'il exalte si fort dans les oisons ; et que ce mot vienne d'oue, comme nos anciens disoient pour oie y ainsi opiouette pour oison. Cette étymologie est juste, et Le Ducliat a tort de la rejeter, dans

pourveu qu on luy tienne la teste entre les jambes. Et m'en croyez sus mon honneur. Car vous sentez au trou de cul une volupté mirificque , tant par la douceur d'icelluy dumet, que par la chaleur tempérée de Foyzon : laquelle facilement est communicquee au boyau culier, et aultres intestins : jusques a venir a la région du cueur, et du cerveau. Et ne pensez que la béatitude des heroes et semidieux, qui sont par les champs elysiens , soit en leur asphodèle ^^ ou ambroisie , ou nectar, comme disent ces vieilles icy . Elle est selon mon opinion , en ce qu'ilz se torchent le cul d'un oyzon. Et telle est lopinion de maistre Jehan d'Escosse ^7,

le Dictionnaire de Ménage, à ce mot, sous prétexte que la ouate n*est pas de la plume ^ mais de la bourre de soie.

^^ Herbe dont la racine est nourrissante, qui a une odeur forte quand elle fleurît. Lucien suppose qu'il y a un pré planté d'asphodèles dans les enfers, près du fleuve d'Oubli; et les poètes feignent que les héros en vivent dans les Champs-Elysées. On la nomme hastula regia en latin.

'' Plaisanterie que Rabelais jette en passant sur Jean Scot. Son nom latin étoit Joannes Scotus, d'où plusieurs ont inféré mal à propos, selon Le Duchat et de Marsy, qu'il étoit Écossois. Rabelais a tombé dans cette erreur comme les autres. « On a cru, dit Le D|ichat, que Jean, surnommé le docteur subtil, étoit d'Ecosse, et que Duns étoit son nom de famille. Lélandus, fondé sur de bons titres, et après lui Pitséus, disent que c'est une erreur. Jean, selon eux, étoit né à Dynstam , vulgairement Dyns, village à trois milles d'Angleterre d'Alnwich dans le Northumberland. Son nom de famille étoit Scot y mais sa patrie étoit l'Angleterre, n L — Nous avons de lui des quodlibeta, et des questions sur le livre des Sentences. Rabelais lui attribue, liv. II, chap. vu, Barhouillamenta Scoti, ouvrage imagi-

naire, pour indiquer que ses œuvres sont dignes de servir â^aniterges. On trouve dans l'histoire littéraire de M. Bérin^on , que vient de traduire de Tan^^lois le respectable M. Boulard, qui aime et cultive les lettres pour elles-mêmes, comme il fait le bien par amour du bien, des notions plus précises sur ce tnaistre Jehan d* Ecosse , que Thistorien nomme Duns Scot. « Il vivoit , dit-il , au commencement du qua<torzième siècle. Il étoit moine, et doué de talents surprenants ; il enseigna à Oxford et à Paris, où il acquit une grande célébrité, et où son habileté polémique lui fit donner le nom de Docteur subtil. Il mourut à Cologne, dans sa trente- quatrième année... Ayant osé combattre quelques assertions de saint Thomas -d'Aqnin, qui étoit regardé conmie l'oracle des écoles, il devint le fondateur d'une nouvelle secte dans la philosophie, et fit revivre avec une ardeur inextinguible les anciennes disputes entre les réalistes et les nominaux. On a observé que les Grecs et les Perses ne combattirent jamais les uns contre les autres avec autant d'animosité et de fureur, que ces deux sectes di* visées d'opinions. Oxford fut le grand théâtre de leur^ querelles. Scot étoit le principal ornement de cette université, ses leçons étoient suivies par plus de trente mille auditeurs; mais ses confrères des ordres mendiants, ainsi que Paris l'avoit également éprouvé, s'étoient montrés turbulents, s'opposant aux statuts publics, et profitant du crédit qu'ils avoient sur le peuple, et encore plus de celui

qu'ils possédoiént à la cour de Rome La science professée parla

plupart d'entre eux n' étoit composée que d'erreurs et de folies. C'est aux firères mendiants qu'on doit principalement attribuer la corruption de la science. »

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