‹ Œuvres de RabelaisChapitre 33 sur 45 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Gonunent Gargantua feut institue par un sophiste

es lettres latines.

COMMENTAIRE HISTORIQUE

ET SOMMAIRE DE CE CHAPITRE

L^auteur ridiculise, dans ce chapitre, la futilité deh études de son temps, en introduisant sur la scène maistre Thubal^Hobfeme y maistre Jobelin-Bridé ^ et autres pédag^ogués de Gargantua ; et en passant en revue les titres extravagants des livres qu'on mettoit entre les mains de la jeunesse. La différence de la mauvaise et de la honne éducation que reçoit successivement Gargantua , dit M. Ëuséhe Salverte , est un tableau tracé de main de maître. Tous les bons esprits sont d^accord sûr ce point. Orandgousier cherche un savant pour endoctriner son fils : on lui enseigne un grand docteur sophiste nommé Thubal-Holofeme, qui apprend à Gargantua son alphabet, si bien qu'il le disoit par cœur à rebours; il lui fait ensuite lire trois ou quatre bouquins inutiles et pédantesques, inconnus aujourd'hui, et dès ce temps-là fort dignes de l'être, dit Ginguené; vient ensuite une bordée d'autres auteurs encore plus obscurs, dont les œuvres ridicules sont en partie de l'invention de Rabelais, et n'annoncent que sottise et inutilité. Au milieu de cette belle instruction , le pédant meurt : un autre lui succède, vieux tousseux, dit Rabelais^ nommé maître

Jobelin-Bridë , lequel suit les mêmes errements, et ne far* cit la tête de son élève que de telles et sembrables lectures.

Tout ce chapitre, dit de Marsy, renferme une critique sensée de la mauvaise méthode qu'on suivoit alors dans les écoles publiques. Dès le siècle de Rabelais, on faisoit perdre beaucoup de temps aux enfants, qu'on occupoit des années entières à des minuties ^grammaticales. C'est dans la vue de critiquer cet abus, que Rabelais fait faire à son jeune Garg;antua un cours de g;rammaire, qui seul dure cinquante ans. Nous verrons dans le chapitre suivant quel fut le fruit de ces belles études.

Je ne crois pas, écrit Clément à Voltaire (lettre II), en parlant de Rabelais, qu'on ait rien dit de plus sensé sur l'éducation, que ce qu'on lit dans les xiv% xv% xxiii* et xxiv* chapitres de son Gargantua, où il fait sentir si finement tout le vice et le ridicule des études de ce temps-là , et donne ensuite un plan si raisonnable d'une éducation saine et salutaire à Tesprit comme au corps.

Mais personne n'a mieux su apprécier ce plan d'éducation, en développer, et en faire ressortir tous les avantages, que M. Guizot.

uOn ne m'entendra pas sans étonnement, dit-il, nommer d'abord Rabelais comme un de ceux qui ont le mieux pensé et le mieux parlé en fait d'éducation, avant liOcke et Rousseau... Ce n'étoit pas une chose facile que de parler raisonnablement d'éducation au moment où écrivoit Rabelais... Rabelais avoit commencé par se soustraire au danger de choquer directement les idées reçues; en se transportant lui et ses leçons dans un monde extriavagant et imaginaire, il s'étoit donné la liberté de les élever et de les diriger tout autrement qu'on ne faisoit de son temps. Les régents de collège ne pouvoient prétendre à ce que Gargantua , qui 9 à peine né , fiumoyt a chascun de ses repas le Uàct de quatre mille six cents vaches (Uv. II, chap. iv) , et pour la

première chemise duquel on avoit levé neuf cents aulnes de toille de Chastellerault (iiv. I, cfaap. viii), iïkt traite comme un des petits garçons qui trembloient devant leur férule: Féducation d'un tel enfant ne pouvoit ressembler à celle des petits enfants ordinaires. Voilà donc Rabelais , grâce» à ses suppositions folles , libre d'élever à son gré Gargantua... La première éducation de Gargantua fut toute physique... aussi devint-il grand et fort de bonne heure : son père continua à lui faire exercer son corps pour le rendre adroit et agile... Vint cependant le temps où il falloit commencer à l'instruire ; la promptitude et la facilité de son esprit, qui s'étoit développé naturellement et sans contrainte, firent concevoir à Grandgousier de grandes espérances...

Par malheur , le bon Grandgousier n'avoit pas encore l'expérience de l'absurdité des méthodes d'enseignement généralement usitées : il remit donc Gargantua u à un grand docteur sophiste nommé Thubal-Holofeme (li. I, ch. xiv), ^1 qui commença par l'élever comme on élevoit alors... Grandgousier n'étoit pas entêté; il ne fermoit pas les yeux pour ne pas voir, et croyoit ce qu'il voyoit : Gargantua fut ôté des mains de ses anciens maîtres , et remis à Ponocrates , précepteur d'un genre tout différent, qui fut chargé de le conduire à Paris pour y refaire et achever son éducation. Ponocrates se garda bien de le placer dans un collège... il voulut d'abord le laisser se livrer à ses premières habitudes, u afin d'entendre par quel moyen ses précepteurs L'avoient rendu tant fat, niays et ignorant ( liv. I , chap. xxi)...)» Il s'appliqua alors à le réformer, non par la crainte, mais en lui faisant prendre peu à peu un autre genre de vie: jamais il ne chercha à asservir la raison de son élève sous le joug de l'autorité; il vouloit la rendre capable de commander, non la restreindre à obéir ; car il pensoit que u c'est Fusage.des tyrans qui veulent leur arbitre tenir lieu de

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raison. » Aussi Gargantua prit-il bientôt goût au travail... Les connoissances qu'on cherchoit à lui faire acquérir ëtoient intéressantes et variées. »

a On ne peut se défendre d'une surprise mêlée d'admiration , quand on songe aux progrès immenses qu'a faits l'esprit humain depuis Rabelais... Au seizième siècle, les mathématiques , les sciences naturelles étoient dans l'enfance, ou plutôt , ce qui est pis encore , elles étoient changées en astrologie, magie, alchimie, ou autres vaines sciences sans utilité comme sans vérité... les bonnes méthodes d'enseignements ignorées. N'est-ce pas un phénomène très remarquable, que, dans un tel état de choses, un homme ait eu assez de sagacité , assez de justesse d'esprit, non seulement pour regarder les sciences naturelles comme un des principaux objets d'étude qui doivent entrer dans l'éducation, mais encore pour faire de l'observation de la nature la base de cette étude, pour arrêter son élève à l'examen des faits, pour lui indiquer la nécessité d'appliquer la science, et l'engager à étudier les arts et les métiers, qui profitent de ces applications? N'est-il pas étrange que cet homme se soit placé ainsi , non seulement dans la route où l'on pût acquérir quelques connoissances exactes et utiles dans des sciences qui n'existoient pas, mais encore dans la route par laquelle les savants arrivent aujourd'hui à des résultats grands et certains, à des découvertes fructueuses et solides? c'est cependant ce qu'a fait Rabelais... Suivons-le dans ce qu'il veut qu'apprenne son élève, et dans les méthodes dont il se sert. Gargantua étudie Vastronomief mais non pour y chercher l'astrologie et deviner l'influence des astres. «Laisse-moi, lui écrit son père, l'astrologie divinatrice et l'art de Tullius, comme abus et vanités, n

li Les mathématiques sont la base de l'astronomie : Ponocrates fait servir les amusements de Gargantua à l'en instruire, u On leur apportoit des chartes non pour jouer,

mais pour y apprendre mille petites gentillesses et inventions nouvelles, lesquelles issoient de arithmétique. En ce moyen entra uhe affection d'icelle science numérale » (liv. I , chap. xxiii). Ce n'étoit pas à cela seulement qu'ils s'esbaudissoient; Ponocrates savoit que le meilleur moyen de rendre Fétude intéressante et profitable, c'est de la rendre active , et d'en chercher l'occasion dans les circonstances ordinaires de la vie... Ponocrates et son élève alloient-ils se promener? la botanique les occupoit alors. Si le temps pluvieux ne leur permettoit pas d'aller herboriser, «ils visitoient les boutiques des drog^eurs, herbiers et apothicaires» (liv. I, chap. XXIV ). Ces visites s*tendoient souvent à toute la «cience que nous appelons technologie; car « partout, donnant le vin, apprenoient et considéroient l'industrie et invention des métiers ( ib, ). «

u Et qu'on ne croie pas qu'en dirigeant ainsi l'attention de son élève vers l'étude de la nature, ou des avantages que les hommes en peuvent tirer, Ponocrates lui laissât négliger les sciences morales ; il lui enseignoit au contraire à chercher dans tout ce qu'il voyoit ou apprenoit quelque bon précepte de conduite^., n'étoient-ce pas là des journées vraiment bien employées, et une éducation bien conçue? Il n'est pas jusqu'à l'éducation physique, la gymnastique proprement dite, que Rabelais n'ait pris soin d'y faire entrer. Il décrit avec le plus grand détail les exercices de toute espèce auxquels se livroit l'élève de Ponocrates , et ces exercices ne sont pas de vains jeux, leur utilité est toujours clairement indiquée , ils tendent en général à faire de Gargantua ce que dévoient être tous les jeunes gentils-* hommes d'alors, un homme d'armes fort et adroit. »

u Telle étoit la marche que suivoit Ponocrates avec son élève ; tel est le plan d'éducation que propose Rabelais : plan vaste, bien entendu, bien ordonné, où tout est bien disposé pour faire de Gargantua un homme et un homme

éclairé. Ce n'est pas tout encore ; on a déjà remarqué peutêtre que je n'avois pas parlé jusqu'ici des études littéraires proprement dites, en particulier de l'étude des langues, de rhistoire et de tout ce qui s^ rattache. Rabelais ne les a cependant pas négligées : il a développé ses idées sur ce sujet et sur plusieurs points dans une lettre de Grandgousier à son fils: lettre non moins sage que touchante, où les intentions du père de Gargantua se montrent parfaitement d'accord avec les méthodes de son précepteur, et où il donne à son fils, avec tout le désintéressement de l'amour paternel, les meilleurs conseils que puisse donner un père. Je parlerai dans un second article de cette lettre >, des voyages de Pantagruel , et des résultats de son éducation, tels qu'ils se manifestent par son caractère. Ces résultats sont la pierre de touche des préceptes. » Annales (£éducation^ tom. II, pag. 323.

Ces propos entenduz , le bon homme Grand-' gousier feut ravy en admiration , considérant le hault sens et merveilleux entendement de son filz Gargantua ^ . Et dist a ses gouvernantes : Philippe ,

' Voy. liv. I, chap. xxix, Lettre de Grandgousier à Gargantua; liv. II, chap. vm, et liy. IV, chap. m, Lettres' de Gargantua à Pantagruel, et liv. in, chap. xlvi, ses Remontrances snr le mariage.

* * Ce que Rabelais dit ici de l'enfance de Gargantua, Thistoire le rapporte de François l" :

«François T^fut élevé au collège de Navarre, où il apprit peu de latin ; il prouva néanmoins que T amour des lettres avoit chez lui devancé l'âge. A peine âgé de quatorze ans , il fit des réflexions si fines et si justes au fameux Baltazar de Castiglione, italien, sur la première partie de son Courtisan, appelé par les Italiens le livre (for, (]ue cet auteur en fut étonné, qu'il en profita ^ et présagea dès-lors

roy de Macedone^,coiîgneut le bon sens de son filz Alexandre, a manier dextrement ung cheval. Car ledict chevaliestoit si terrible et effréné que nul n ausoit monter dessus, pource que a tous ses chevaulcheurs il bailloit la saccade, a Tung rompant le col, a laultre les jambes, a laultre la cervelle, a Taultre les mandibules. Ce que considérant Alexandre en l'hippodrome ( qui estoit le lieu ou Ton pourmenoit et voltigeoit les chevaulx), advisa que la fureur du cheval ne venoit que de frayeur qu'il prenoit a son umbre. Dont, montant dessus le feit courir en contre le soleil, si que^ l'umbre tumboyt par derrière, et par ce moyen rendit le cheval doulx a son vouloir. A quoi congneut son père le divin entendement qui en lui estoit , et le feit tresbien endoctriner par Aristoteles, qui pour lors estoit.estimé sus tous les philosophes de Grèce. Mais je vous dy qu'en ce seul propous que j'ai présentement devant vous tenu a mon filz Gargantua , je congnoy que son entendement participe de quelque divinité ; tant je le voy agu , subtil, pro-

tout ce que seroit un jour François l", » Voyez Gaillard, tome 6, page 2429 Histoire de François I^''.

« Il fut, dit Brantôme du même prince, fort grand amateur des lettres et gens savants, et y ëtoit reçu qui venoit; mais il ne falloit qu*d fût âne, ni qu*il bronchât, car il étoit bientôt relevé de luir même. Voyez Brantôme y tome 7, page 267. *

^ Macédoine.

^ De sorte que.

fond et serain^. Et parviendra a degré souverain de sapience , s il est bien institué. Pourtant je veulx Iç bailler a quelque homme sçavant,.^ur l'endoctriner selon sa capacité. Et n'y veulx rien espargner. De faict, Ion lui enseigna ung grand docteur sophiste, nomme maistre Thubal Holoferne ^, qui

^ Calme, posé, tranquille, exempt de trouble : serenm* ^ * Antoine Du Verdier , page 1 1 85 de sa Bibliothèque , parle d'une Prognostication nouvelle et joïeuse pour trois jours après jamais y coni' posée par Thubal Holoferne, et imprimée à Paris Van 1478. Mais si le nom de Tauteur est faux , la date de Timpression n*est pas moins fausse. On peut juger par les deux quatrains que rapporte Du Verdier, tirés de cette Prognostication, que le style n*en est pas de 147^* Pour le nom de Thubal Holoferne, je le crois inventé par Rabelais, et ensuite emprunté par Tauteur de la Prognostication, quel qu*il soit; mais qui n est assurément ni Geoffroi Vallée, brûlé à Paris Tan 1674, ni Bonaventure Des Périers, cru peut-être auteur de cette pièce à cause d'une Prognostication pour tout tems à jamais, mentionnée dans le catalogue de ses œuvres, rapporté par Du Verdier. Je l'ai vue; rien n'est plus différent de celle de Thubal Holoferne. (L.) — Cette pronostication est, selon Bemier, une raillerie sur la contention des Cordeliers et des Jacobins sur des questions de ce temps-là. Nous avions cru d'abord que le nom de Thubal Holoferne pourroit être le nom défiguré de Grégoire Tiphemes ou Tiphemas, savant professeur, natif de Tifemo en Italie, qui a traduit les sept derniers livres de Strabon, et quiprofessoit, en 147^, le grec à Paris; mais étant mort dans cette ville, vers i479) il u'apu être le pédagogue de François r% qui étoit né en i494* ^ous pensons que ce doit être plutôt Balthazar de Castillon qui, d'après la note précédente , a été comme le précepteur de ce prince par son livre Del cortegiano. Le nom hébreu de Thubal que Rabelais lui donne nous semble faire allusion à-la-fois à son prénom de Balthazar et à sa qualité d'Italien, vu que la Vulgate traduit Thubal par Italia^ chapitre Lzvi, verset 19, d'Isaïe. Celui d'Holopherne, qui étant composé

luy apprint sa charte 7 si bien qu'il la disoit par cueur au rebours® ; et y feut cinq ans et troys mois :

du grec 0x0; tout, et ^c^vm dot, signifie doué de tous les dons ou de tous les talents , et qui est le nom d'un général de Nabuchodonosor, paroit lui convenir également, tant parcequ'il étoit aussi brave guerrier qu'habile négocialeur, poëte et écrivain distingué, que parceque son livre du Courtisan est appelé par les Italiens un livre tJCor. Il est né en i47^9 ^^^^ vraie ou fausse de la pronostieation qui lui est attribuée. Il est mort en 1629, et Rabelais, dans le même chapitre, le fait mourir en i^^o^ sans doute pour 1620 et tant d'années : « Je ne doute pas, dit Le Motteux, que maistre Thubal Holofeme et son successeur maistre Jobelin Bridé^ ne fussent des gens bien connus lorsque Rabelais écrivoit. » Il se pourroit bien cependant que Thuhal Holofeme^ au lieu d'être Balthazar de Gastiglione, auteur du Ck>u,rtisan, fut Jacques Colin d'Auxerre, secrétaire de François T", à qui l'on doit une traduction de cet ouvrage, revue et corrigée par Mellin de Saint-Gelais , son ami. « On croit avec assez de vraisemblance, dit la Monnoye, sur la quarante-neuvième Nouvelle de Des Périers, que Colinet, dans le Prologue du liv. V attribué à Rabelais, n'est autre que Jacques Colin, désigné de même par le nom de /acquêt dans une églogue de Marot à François V^...» L'honneur qu'il eut d'être secrétaire de oe prince lui donna beaucoup de crédit auprès de lui, et le mit en état, comme il affectionnoit les lettres, de favoriser ceux qui en faisoient profession. Il ne contribua pas moins que Jean Du Sellai et Guillaume Budée à l'établissement du collège de France... La plupart des poètes, ses contemporains, ont fait des vers à sa louange. On voit, parmi les poésies latines du cardinal Du Reliai, de très beaux hendecasyllabes , par lesquels il l'invite à sa maison de Saint-Maur. On peut dire que c'est lui qui commença la fortune de Jacques Amyot. Ce fut aussi lui qui, à son très grand préjudice, produisit Pierre Du Châtel à la table de François I*'. Il eut tout sujet de s'en repentir. Du Châtel, outre la capacité qu'il s'étoit acquise par l'étude, avoit encore beaucoup voyagé ; de sorte qu'il parloit sûrement d'une infinité de choses que Jacques Colin ne connoissoit que par la lecture. Celui-ci, par cette raison, fut moins goûté i certains discours, d'ailleurs un peu trop in*-

puis luy leut Donat ^ , le Facet , Theodolet , et Jla^ nus in parabolis '°, et y feut treize ans six mois et deux sepmaines.

considérés qu'il avoit tenus, avoient fait à la cour diverses querelles qui r avoient rendu odieux. Il fut donc disgracié et obligé de se retirer vers l'an iB3y. » Cest sans doute parcequ'il étoit encore en faveur quand Rabelais écrivoit son premier livre, qu'il ne le nomme pas par son iîom, tandis qu'il ne garde pas la même réserve dans le Prologue du livre cinquième.

^ On appelle charte de charta , ou , conformément à l'édition de Dolet, chartre, de chartula, l'A B G, parceque toutes les lettres en caractères majuscules, et antres de différentes sortes et grandeurs, y étoient tracées sur une feuille qui se colloit sur un carton ; ce qui se pratique encore aujourd'hui en France et ailleurs. Les Espagnols disent dans le même sens cartilla. (L.) — lU disent aussi, diaprés la même origine, carta, lettre missive, épitre, carteu^ cartes à jouer, cartel, un cartel, etc. Le traducteur de Rabelais en an^ois a rendu charte par A B G, et Simon de Valhébert Ta expliqué de même à la marge de cet endroit de son Rabelais.

• Cest-à-dire qu'il récitoit son A B G par cœur, en remontant de la fin au commencement.

^ JElii Donati de octo partibus orationis libellus. Cest de ce livre qu'au chap. i du liv. V de Rabelais, Frère Jean dit qu'il n*y trouve que trois temps, le prétérit, le présent, et le futur. Les enfants, dit Furetière au mot Rudiment y l'appellent leur Donet^ par corruption de Donat ^ qui a écrit les premiers principes de la grammaire. Villon, au grand Testament, le Donnait, est pour eulx trop rude, s'entend pour des enfants qui, n'étant pas destinés aux belles-lettres, n'ont que faire de ce Rudiment. (L.)^ — La plus ancienne édition du Donat est de Venise, par J. de Geroto, i4979 in-4°. Le Donat estJElius Donatiis, célèbre grammairien qui vivoit au cinquième siècle, et qui fut le précepteur de saint Jérôme. Il a fait aussi des Gommentaires sur Virgile; mais la Vie de Virgile est de Tibère Donat, ainsi que l'a fait voir Vossius.

"* Ces trois Traités font partie des Auctores octo morales en vers latins, imprimés avec leur glose aussi latine à Lyon chez Jean Fa-

Mais notez que, cependent, il luy apprenoit a escripre gothicquement, et escripvoit tous ses livres. Car Tart d'iiapression n estoit encore en usaige.

bri. Fan 1490. Voici comment débute le commentateur du premier : « Ex prohemio Faceti , titulus istius libri est. Incipit Ethica morosi Faceti. Et supponitur philosopbiae morali. Solet enim sic communiter describi. Facetus est quidam liber metricus a magistro Faceto editu8,loquen8 depraeceptis et moribus a Cathone in sua Ethica obmissis. Et dicitur Facetus per etymologiam quasi favens cœtuif id est placens tam in dictis quam in factis populo. » L'auteur du Facet étoit un certain Reinerus Alemanniy qui a été cité par le Vocabuliste Hugutio, mort vers Fan 1312. Il est surprenant que tant d'habiles gens aient cru que ce Theodulus , qui yivoit sur la fin du cinquième siècle, et duquel parle Gennade dans son Gatalo^e de& écrivains ecclésiastiques, ait composé Fimpertinent poème intitulé Theodolus. Cest une églogue non pas de deux mille vers, comme Fa rêvé Naudé ; mais seulement de trois cent quarante-cinq. Elle est à trois personnages, le Mensonge^ la Vérité y et la Sagesse. Le Mensonge y soutient les fables du paganisme ; la Vérité y oppose les histoires de l'Ancien Testament, et les mystères du Nouveau; la Sagesse, témoin et juge de la dispute, décide en faveur de la Vérité : le tout en vers léonins. Cette manière d'écrire, absolument inconnue dans le cinquième siècle, n'a été introduite tout au plus que vers le dixième. Les paraboles d'Alain sont un peu plus dignes d'être lues que le Théodolet et le Facet. Elles ont été traduites en françois, Paris, 1493, et en allemand. Outre même les anciens Commentaires, André Senfdeb de Breslaw y en a fait de nouveaux , imprimés in-8° , à Breslaw, et à Leipsick, en i663. A la tête est la vie d'Alain, où sont rapportées les différentes opinions touchant cet auteur, et le temp» auquel il a vécu : les uns le plaçant à la fin du douzième siècle, les autres le reculant jusqu'à i320. Ce qu'il y a de sûr c'est qu'Alain de Lisle, religieux de Gteaux, auteur des Paraboles, et aussi des sept livres d'explications de la prophélie de Merlin, marque nettement au livre III de ces explications, qu'il les écrivoit sous Henri II, roi

38o LIVRE I, CHAP. XIV.

Et portoit ordinairement unggrosescriptoire, pesant plus de sept mille quintaulx, duquel le gualimart ' ' estoit aussi gros et grand que les gros pilliers de Enay '^ : et le cornet y pendoit a grosses

d* Angleterre, qu*on sait avoir commencé à régner Tan ii54, et qui mourut l'an ii8g. (L.) — On appeloit Alain le Docteur universel. Le vrai nom de Fauteur du Facet nest pas Reinerus^ mais Jean de Garlande.

La première édition séparée du Facet, est intitulée : Liber Faceti morosi docens mores hominum. Daventriae, Jac. de &eda, 1494) ù^~4^- Voici le titre de Fouvrage de Theodolet auquel Rabelais fait ici allusion : Ecloga Theoduti cum notabili commento; Colonise, 1 494) ^^'4^- Ces trois auteurs, dont Rabelais n'a pas l'air de faire grand cas, ont été rassemblés dans un même recueil, commentés par un anonyme, ont été imprimés à Lyon en 149*^? en i536, et i54o, in-S^, sous ce titre : Autores pœtœ morales octo. Ils étoient fort connus dans les anciennes notes; ils sont oubliés aujourd'hui, et ils ne valent pas la peine qu'on les tire de leur obscurité.

" Ce mot est de l'Anjou. C'est une corruption de ca/emar fait de calamarium^ d'oii, par une autre corruption, on a fait aussi calmar y qui est comme Ant. Oudin a écrit ce mot. (L.) — Ménage prétend que galimarty qu'il écrit galemar^ vient de calamarium^ et cite les gloses anciennes qui ont KctXA/ÀAftov y atramentarium ; mais il vient immédiatement de l'adjectif latin calamarius^ propre à mettre des plumes à écrire, d'où calamaria theca^ dans Suétone, calemar, casse d'écriture, étui à mettre des plumes ; theca calami, qu'indoctes nomment calemarty dit Sarrasin :

Pour Janotus , mon vieil ami Sera mon gentil braquemart :

Puis encor theca calami, Qu'tndocles nomment calemart.

L'abbaïe d'Énay à Lyon, ou, comme on doit écrire, l'abbaie d*Ainaiy bâtie sur les ruines de l'ancien Atheneum. y ou temple d'Auguste, à la pointe et embouchure du Rhône et de la Saône, est fameuse par plusieurs antiquités qu'on y voit encore ; mais on n'y

chaînes de fer, a la capacité dung tonneau de marchandise.

Puis luy leu t De modis significandi * ^, avecques les commentz ' 4 de Hurtebise , de Fasquin ' ^, de Troptrouvé rien de plus remarquable que ces piliers, qui, parcequ'ils sont tachetés de rouge et de blanc, passent, chez les Lyonnois, pour de la pierre fondue. II y en a quatre, tous également gros. Ainsi, c*est fort mal à propos que dans les dernières éditions de Rabelais on s*est éloigné de celle de Dolet, Lyon, 1642, qui met ici les gros pilliers d'Énayy et non pas le gros pillier. (L.) — On ne connoît pas le nom ancien de Tabbaye d'Ainai , qui étoit située où étoit Para lugdunensis , ce fameux autel , consacré à Auguste par soixante-quatre peuples de la Gaule : tout ce qu'on sait, c'est qu'elle étoit nommée Ataneum , au moyen âge. Cest donc sans autorité que Le Duchat traduit ce nom par Atheneum.

'^ Un Jean de Garlandia ( quelques*uns écrivent Garlandria)^ An^ois du onzième siècle, est auteur de ce Hvre barbare, dont Érasme parle avec mépris dans son discours De utilitate Colloquiorunty imprimé à la suite de ses Colloques. Il faut voir aussi les opuscules de BabeUus. (L.) — Jean de Garlande est né en France, suivant les auteurs de l'Histoire littéraire.

'^ Les commentaires. « Rabelais, dit De Marsy, joue ici sur le mot, se servant de l'expression équivoque commentSy commenta, mensonges. Au reste tous les noms comiques de ces prétendus commentateurs sont de l'invention de maître François, qui s'égaye ici aux dépens du méprisable auteur de modis significandi. Hurtebise y qui heurte la bise, qui verberat aéra; tropditeux, qui en dit trop. *i

' * Heurtebise est le nom d'un petit château sur le bord de la rivière qui sépare la France d'avec l'Espagne, et c'est là que se virent le roi Louis XI et le roi Henri de ' Gastille. Un certain François de Billon fit imprimer en i555 un livre ridicule, q«'il intitula le Fort inexpugnable de Vhonneur du sexe féminin. Je ne sais s'U n'étoit pas peut-être descendu de ce fat de Billonio dont parle Rabelais , ou si sous un tel nom ne seroit pas désigné quelqu'un dont le savoir impertinent ne valoit désormais plus rien que pour du billon y ou si

diteux, de Gualehault, de Jehan le Veau, de Billonio , Brelingandus , et ung tas d aultres : et y feut plus de dixhuict ans et unze mois. Et le sçeut si

enfin ce ne seroit pas ici Jean de Builhoriy astrologue et mathématicien du roi Louis XI. A l'égard des autres noms qu*on lit ici, il y a bien de Tapparence que Fauteur les a forgés exprès, ou employés pour représenter Fignorance, le verbiage, et la bêtise de ceux qui se méloient d'enseigner avant le rétablissement des belles-lettres. Tel étoit déjà plus haut celui de Hurtebise, pour représenter un homme qui perd son temps à étudier, comme il le perdroit s'il heurtait la hisCy s'il battoit le vent ou l'air. Goquillart, dans ses Droitz nonveaulx :

Et dire franc à son mary,

Que maistre Enguerrant Hurtebise

Son ayeul, qui mourut transi

L'autre jour au pays de Frise ,

Si luy laissa par bonne guise.

Tous ses biens à son testament.

Fasquin et trop-diteux, conmie on lit dans les éditions de 1 54^ et de 1626, et plus bas, au chap. xxv de ce livre, ce sont ces jaseurs ou disans trop y qui ne disent ni n'écrivent que de jpurés fadaises. Joann. Kalb^ ou Jean le Veau, nom d'un maitre-ès-arts allemand, dans les épîtres Obscurorum F^irorum, est l'un des sobriquets que les Parisiens donnent à ceux qui font le veau, aux écoliers nouvellement débarqués, qui s'amusent à regarder les enseignes des boutiques et des cabarets.

O Deus omnipotens Vituli miserere Joannis, Quem mors praeveniens non sinit esse bovem.

lit-on pour épitaphe de maître Jean le Veau, dans les Bigarrures de Tabourot, laquelle épitaphe, dont le huitain de Marot n'est qu'une paraphrase, a été un peu changée par l'historien Méteren, qui l'a apphquée au comte Fitelli^ tué dans les guerres civiles des Pays-Bas. Gualehault est le nom barbare du roi d'Outre-les-Mai'ehes, au vol. i , chap. lxv, du roman de Lancelot du Lac, Et BrC' linganduSy ou Prélintfant, est chez les Poitevins un terme d'injure

bien que, au coupelaud '^, il le rendoit parcueur a revers. Et prouvoit sus ses doigts a sa mère , que de modis significandi non erat scientia.

Puis luy leut le Compost '7^ ou il feut bien seize

et de mépris , qui dans la Gente Poitevin rie est appliqué à un président de grands jours, peut-être parcequ*un président prendlangue des juges avant que de former l'arrêt qu'il doit prononcer. ( L. ) — Fasquin doit venir defasquey qui s'est dit pour étui et pour pochette; et hrelingandusy doit être le vrai mot françob latinisé, berlinguey herleng y berlang, brelanCy ou berline^ jeu de brelan, et non d'une mesure de deux pintes environ. Le Duchat dit, dans le dictionnaire de Ménage, que le nom de hurtebise désigne un gueux qui s'est laissé mourir de froid pour s'être, faute d'habits, heurté contre le vent de bise; et liv. I, chap. xxv^ que trop^iteux, signifie disant trop^ ja^ seur; qu'un vieux Dictionnaire latin-picard, imprimé en gothique, sans nom de lieu et sans date, porte : dictator, qui dite bien, diteur.

'^ Au lieu de copulaud^ comme on lit dans les éditions de Hollande, après celle de i553, il faut lire, conformément à l'édition de Dolet i54î2, au coupelaud y c'est-à-dire à l'essai, à l'examen, à la coupelle. S'il y a quelqu'un de ces examens d'écoliers qu'on appelle ccpulaud, ce doit être quand on les accouple l'un avec l'autre pour voii* qui des deux saura mieux sa leçon. (L.)

'^ Cest la traduction franc oise du traité intitulé: Liber Aniani, qui Computus nuncupatury cum commente. On y apprenoit, tant bien que, mal, la connoissance du cours de la lune, celle du cycle solaire, du lunaire, autrement appelé le nombre d'or, de l'épacte, de l'indiction, etc. Ce qui le fit nommer aussi compost ecclésiastique, et même compost des bergers, par rapport à l'usage que pouvoient faire d'un tel livre les personnes des champs. Et ce livre, qui depuis long-temps est au rang des livres bleus y étoit particulièrement réservé pour les curieux, qui vouloient apprendre l'astronomie, n'y ayant en ce temps-là que le seul compost, où ils pussent prendre quelque teinture de cette science. (L.) — C'est-à-dire le comput, (et non pas la composition , ainsi qae le disent deux de nos glossaires), ou l'art de computer les époques, en matière de chronologie; du

ans et deux mois, lorsque son dict précepteur mourut :

Et feut l'an mil quatre cent vingt, De la vérole qui luy vint '8.

latin computare. Ce livre a été imprimé à Paris, Alain Lotrian, s. d. in-4°, et à Lyon, Cl. Nourrit, i5o4, in-4'*. U en existe un autre à peu près pareil intitulé: Le compost et le Calendrier des Bergers ^ Paris, 149^) ^ fol* Mais ce nest pas de ces deux composts qu'il s*agit ici, ajoute Le Duchat, dans le Dictionnaire de Ménage. Celui dont Rabelais parle, étoit une espèce de grammaire et de syntaxe, intitulée Composita verborum^ que M. Pet. Halenmusius, pag. 37 des Epist. obsc. vir.y attribue an fameux Johannes de Garlandia, auteur de quelques livres de semblable farine. Hildbrandvs Mont' macus, auteur de la dix-septième lettre des lamentationes obsc. vir., y prend le titre de doctor in compositis verborum, et plus si vellet! ' ® * Ces deux vers sont de Fépitaphe que Marot fit à frère Jean l'Évéque, cordeiier, natif d'Orléans. (L.) — a II est bien étonnant, en vérité, dit, au mot feust y Fauteur des notes alphabétiques de lySa, sur ce passage , que Le Duchat ait laissé dans Rabelais tant de vers sans les dégager de la prose. Voilà sept à huit endroits où les vers devroient être détachés, ou du moins mis en lettres italiques, surtout lorsque Rabelais les emprunte des différents poètes. Ceux-ci sont de Marot, qui les fit pour le frère Jean. Cette épitapbe est singulièrement caustique :

Gy gist , repose et dort léans IjC fea evesqne d'Orléans , J'entends l'evesque en son sumom , Et frère Jean en propre nom.

Qui feust Can mil cinq cent et vingt De la vérole qui lui vint.

Or afin que saincts et anges Ne prennent ces boutons estranges Prions Dieu qu'au frère frappart Il donne quelque chambre à part.

Langlet Du Frenoi change ainsi le cinquième vers : Qui m.ourut l'an cinq cents et vingt, l\ ne comprenoit pas le mot de feust, qui, suivant

Apres en eut ung aultre vieux tousseux , nomme

maistre Jobelin Bride '9, qui luy leut Hugutio^%

qu*il est placé, signifie dans les anciens auteurs defunctus fuit , parce' qu'on sous-entend mort. Afin d*y substituer mourut, qui rend le vers prosaïque, il a été obligé de supprimer mil; il est vrai qu'il est sous-entendu. Quant à Le Duchat, il. a bien laissé feust , mais il a mis quatre cents; il n*a reculé que de cent ans, la mort de frère Jean, et il a fait son vers de neuf syllabes, tandis qu'ils sont tous de huit. » Feust y dans cette épi(p'amme, simplifie en effet defunctus fuit ; mais il est inutile de sous-entendre mort, il vient, ainsi que^eu pour ^unct de functuSy comme défunt vient de defunctus. Ce précepteur, que l'auteur fait mourir de la vérole, est celui qu'il nomme au commencement de ce chapitre, Thubal Holoferne.

'^ Jobelin est un diminutif de Johy nom qui laisse l'idée d'une patience extrême, et telle que doit être celle d'un maître d'école qui a quantité d'enfants à instruire et à discipliner. Rabelais donne à celuici le surnom de bridé y pour marquer la contrainte dans laquelle vit un pédagogue qi:^^ propose de ne négliger aucun de ses disciples : et il l'appelle Jo6e/m 9 dans la même signification qu'au chap. ix, dn liv. ni, il parle de tiercelet de Job. J'oubliois de remarquer qu'oison bridé se prend rarement au propre , mais très souvent au figuré. Au premier sens, s'il s'agbsoit, comme entre frère Jean et Panurge, de mener une truie en lesse, ou de prendre pour monture un oison bridé, je veux dire un de ces oisons dont la figure gi^otesque n'^ pour but que d'amuser ceux qui se plaisent à considérer les boîtes d'apothicaires, il faudroit être plus fou que Bndoies, pour ne pas prendre le même parti que Panurge, qui aima mieux boire. Au second, se reposer de quoi que ce soit sur un oison bridé, comme on parle, c'est s'en fier à une personne simple comme un oison, et pécore comme un cheval de carrosse. (L.)

"* Ou Ugutioy dont j'ai ci-dessus marqué le temps, étoit de Pise, et fut évêque de Ferrare. Il a fait un Traité de grammaire, suivi d'un Dictionnaire tiré de celui de Papias, mais augmenté de plusieurs mots et étymologies, la plupart impertinentes, quoique depuis fidèlement copiées par le jacobin Balbi dans son Catholicon, et par Reuchlin dans son Breviloquus. (L.)

Hebrard Grecisme^', le Doctrinal", les Parts *^,

*' Héhrard^ ou plutôt Éhrard àe Béthune, composa, Fan 1112, en vers, le livre intitulé Grœcismus, ainsi nommé parcequ'il y explique une grande quantité de dictions, ou grecques, ou d'étymologie grecque. On lisoit encore le Grécisme dans l'école de Deventer, en 1476. Et Érasme, comme les autres écoliers de Deventer, avoit fait une partie de ses classes dans ce livre , qui fut réimprimé avec un commentaire de Vincent Quillet ou Quillot, peut-être (Metulin) de Guienne, à Lyon, chez Jean du Pré, 149^9 ^t à Angouléme encore en la même année. (L.)

^^ Rudimens de la langue latine, composés environ Tan i^^2, en vers léonins, par Alexandre de Ville-Dieu, cordelier de Dol en Bretagne. Ceux qui ont cru qu'avant que ce Doctrinal fût reçu dans les écoles, on y lisoit une manière de grammaire du nonuné Maxi^ mien se sont trompez. Lorsque le bon Alexandre au conunencement de son ouvrage, a dit qu'U l' avoit entrepris pour l'instruction des enfants, et pour leur ôter des mains les badineries de Maximien, il n a entendu autre chose, sinon que la jeunesse^k lieu de continuer à se remplir la mémoire des sottes élégies oe ce poète, auroit de quoi se la remplir plus utilement des préceptes du Doctrinal. Il est divisé en quatre parties, dont il n'y eut que les deux premières, imprimées l'an i493. Il a été depuis imprimé entier chez les héiitiers de Henri Quentel, à Cologne, en i5o6. Cest dans la première partie, chap. iv, de generihus nominum, qu'on trouve le Barbara Grœca genus retinent ffucd habere solebant, appliqué si spirituellement par le roi Louis XI, au cardinal Bessarion, né en Grèce, et qui avoit rendu visite au duc de Bourgogne , avant que de la rendre au roi. (L.) — Ainsi Bemier se trompe, quand il dit que le Doctrinal est un livre de théologie, composé par un archevêque de Reims. U s'agit ici d'un livre de grammaire, et non de théologie, il est intitulé : Doctrinale puerorum.

'^ On appelle pars en Bourgogne et dans quelques autres provinces de France, les rudimens des petits enfans, et on les appeUe de la sorte, parcequ'il y est traité des huit parties de l'oraison. Le Quid est? doit être pareillement quelque Uvre d'étoole, digéré par forme de demandes et de réponses. (L.)-^ C'est peut-être dans ce

le Quid est, te Supplementum'\ Marmotret**, de

sens (des parties du discours), dit Menace, qu*il faut entendre le doctor in parfUms, de cet (sic) , ëpitapbe, que Naudé a produit dans son dialogue de Mascnrat et de Saint-Ange :

Hic j&cet Jodocus , Qui fuit Romae coquus , Magister in artibas Et doctor in partibus ; Et de gratiâ speciali Mortuus in hoipitali.

'^ Le supplementum n est pas, comme le prétend le traducteur allemand du premier livre de Rabelais, ce Supplément, que firent au Traité des formalités de Jean Scot, le nommé Langschneider et le docteur Etienne Brulefer, mais la chronique de FAugustin, Jacques Philippe de Bergame, intitulée Supplementum Chronicorum , augmentée à son tour d*un Supplément, mentionné au commencement du ehap. xxxvii suivant. (L.) — De Marsy est de l'avis du traducteur allemand : Un supplément, dit-il , aux formalités barbares de Scot , étoit pour maître Jobelin bridé, un morceau bien plus friand qu*un livre d'histoire.

*' Rabelais écrit encore MarmotretuSy chap. vu du livre II; et peut-être a-t-il affecté d'écrire ce nom de la sorte pour le rendre plus ridicule. Les éditions que j*ai vues du livre dont il s'agit ici, ont toutes Mammotrectus , non point par corruption de Mammc threptus du grec /«flify^o9pMn>roc , comme la vraisemblance le voudroit, mais par rapport à une autre raison, dont l'auteur, qui étoit un cordelier de Reggio, dans le Modénois, s'explique en ces termes de sa préface : et quia morem geret talis decursus pœdagogi qui gressus dirigit parvulorum, mammotrectus poterit appellari. Ce mot se trouve diversement écrit, MammoirectuSj Mamotrectus, Mamotretus, MammetretuSy Mammetractus , et ici Marmotretus. L'orthographe la plus conforme k l'étymologie rapportée, devoit être Mammotractus, de l'ancien mot Lombard mammo , poupon, enfant, dont reste le diminutif mamm 0/0 9 et de tratto tractus, comme qui diroit puer traetusy manuductus, parcequ'à la faveur de ce Uvre, les jeunes frères sont introduits à l'intelligence des termes de la Bible, et du bréviaire, comme des enfants conduits par la main. Luc Wadingue,

moribus in mensaservandis^^ : Seneca de quatuor vir^

nomme Marchesino le eordelier, autem* du Mammetrect, et le met en Fan i3oo. Sixte de Sienne, peu exact en chronolo^e, à son ordinaire, recule cet écrivain jusqu*à Tan i^So; en quoi il se trompe manifestement, puisque Barthélemi de Pise, qui publia, en i385, ses Conformités de saint François avec Jésus-Christ, y parle de l'auteui* du Mammotrect, comme d'un homme mort il y avoit déjà du temps. Locum de Regio, dit-il, pag. 109 de l'édition de Milan, i5i3, de quo fuit f rater quifecit Librum qui dicitur Mamotretus. (L.) — Voici le titre de cet ouvrage, d'après M. D. L. : Mammetractus sive expositio in singulis libris Biblice^ authore Marchesino; Mayence, Schoiffer, 1470, in-fol., et Métis, i5i i, in-4°- Quoi qu'en dise Le Duchat, il nous paroît certain que ce nom de marmotret^ qu'il a trouvé écrit tnammotrectus dans toutes les éditions de ce livre, est une corruption du mot gi'ec /utsLfAfJtoBfivrroç , a nutrice vel ab avia educatus, et qu'il ne vient pas de l'italien mammolo tratto^ Rabelais, qui cite encore , dans le chap. vu du liv. II, Marmotreius de babouinis et cingis aura aussi attaché à ce nom l'idée de pédagogue des marmots, des babouins^ ou des petits enfants. Ainsi Marmotret est le titre du livre, et non pas le nom déguisé de l'auteur : il revient à celui d'a/umnus en latin, à celui de nourrisson en fîrançois. Bernier dit que cet ouvrage est une espèce de dictionnaire, fait par un Augustin. Nous avons lu ailleurs que cestJohannes Sulpicius à qui on le doit, ainsi que celui de Moribus puerorum.

*^ Benaier dans son Jugement, sans jugement, sur Rabelais, fait ici; comme partout, un nombre innombrable de fautes. Il lit tout de suite marmotret de moribus, etc., comme si ce n'étoit qu'un seul et même traité. Il le place entre les huit auteurs moraux, qui, à ce compte, seroient neuf, et rapporte enfin des vers qu'il a tirés du chap. VI des Prolégomènes de René Moreau, sur l'école de Saleme, et qu'il a l'impudence d'attiibuer au prétendu Marmotret. Le traité de moribus in mensa servandis, entendu par Rabelais, n'est autre chose que le petit poème élégiaque de Jean Sulpice de Véroli, commenté par Radius. (L.) — Le Duchat, selon M. D. L., reprend à tort Bernier d'avoir dit que ce traité se trouvoit avec le Facet et le Théodolet parmi les auctores octo morales: on le trouve en effet dans l'édition de i54o; cette édition est augmentée de trois traités,

tutibus cardinalibus^T y Passavantus cum commento^^^ Et Dormi secure ^9^ pour les festes. Et quelques

dont un poëme élë^aque , intitulé : Sulpitti verulani de moribus in tnetisa servanda. Ce Jean Sulpice de Véroli, en latin Sulpitius ou Sutpitianus^ florissoit à la fin du quinzième siècle. !Nous avons de lui un commentaire surLucain, et quelques ouvrages de grammaire; ce mauvais petit poème, à l'usage des basses classes, inûtulé : De morUms servandis, est nommé qtios decet, dans la nouveUe soixantesept de Des Périers, parcequ'il conunence par ces deux vers :

Qaos decet in mensâ mores servare docemus , Virtuti ut studeas litterttUsque simul.

'^ Le faux Sénèque de Firtutibus cardinalibus, est un traité en prose de Martin, mort évéque de Brague, Fan 583, abbé, premièrement, et depuis, évèque de Mondonedo, après l'érection de cette abbaïe en évêché. (L.)

*• Jacques Passavant, célèbre jacobin de Florence, vivoit sur la fin du quatorzième siècle. Cest de lui que nous avons le Specchio délia vera penitenzay si estimé parmi les Toscans pour la pureté du style. Il n'avoit pas le même talent pour le latin, témoin les petites notes qu'il ajouta aux commentaires de deux autres jacobins, Thomas Valois, et Nicolas Trivet, sur saint Augustin, de la Cité de Dieu. On sait comment Vives les a tous trois turlupinés, et en particulier le bon Jacques Passavant. « At Thomae Valois, dit-il y et Nicolao Trivet prodiit velut succenturiatus Jacobus Passavantius, qnem nomen ipsum indicat fuisse scurram aliquem festivum qui sodalitium totum oblectabat, cui, ut credo, per jocum, lusumque no* men Passavant est à reliquis fratribus inditum. » Vives qui savoit fort bien le françois, trouvoit je ne sais quoi de comique dans le nom de Passavant, qui effectivement ressemble à ceux de Trutavànt et de Tiravant. Rabelais, par un autre jeu de mots, en disant Pa5savantusy au lieu de Passavantius, a fait une allusion à pas-savant, et y a burlesquement ajouté cum commenta, façon de parler dont on avoit coutume de se servir, quand on vouloit marquer qu'une chose étoit si bien conditionnée, que rien n'y manquoit. (L.)

'^ Les sermons intitulés i)ormi securè, vel Sermones de sanctis par annumsatis notabiles et utiles omnibus sacerdotibus ,' pastoribus

aultres de semblable farine , a la lecture desquelz il devint aussi saige qu oncques £uis ne fourneasmes nous^°.

et capellanis, qui dormi securè, vel dormi sine cwâ sunt nuticupati, eb quod absque magno studio faciliter possint incorporari in mente et populo prœdicari, furent imprimés Fan i486, à Nuremberg, chez Ant. Kobergers, à Paris, en i5o3, chez Jean Petit, depuis à Lyon, chez Jean de Vincle, et enfin à Cologne, en 161 2, et en 16 j 5, chez Jean Grithius , avec des Notes d*un Rodolphe Clutius , jacobm. Luc Wadingue de Scriptorih. Ordinis Minor. , nous apprend que Matthieu Hus, cordelier allemand, est Fauteur du Dormi securè, (L.) — La plus ancienne édition est sous ce titre : Bichardi Maidstoni sermones Dormi securè ^ in-fol., sans date, mais on la croit de 1480.

'^ G-dessous, liv. III, chap. xxii, la même façon de parler revient encore dans les éditions de iSSq, i^yS, et i6a6. Au lieu de nenfoumasmes nous, qu*on lit dans celles de i553, de 1696, etc., il faut ]ire foumeasmesy dans l'un et dans l'autre endroit, conformément à réédition de Dolet, i542, et k celle de 1547^ ^^ ^^ ^^ ^J^ de la sorte. Foumer, suivant les termes de la coutume d'Anjou et de celle du Poitou, au fait de labannalité des fours de certains fie£s, c'est la même chose qvC enfourner. Or, comme enfourner se dit figarément pour commencer, il y a grande apparence qu'en certaines provinces^ lorsqu'on disoit nous voilà aussi avancez qu oncques puis ne foumeasmes nous, cela signifioit nous voilà aussi avancez qu'au commencement, Cétoit une expression proverbiale : et comme ces sortes d'expressions ne doivent point être altérées, Rabelais a conservé soigneusement les termes de celle-ci ; de sorte que quand il a dit que Gargantua devint aussi sage (c'est-à-dire savant), après soixante et tant d'années de lecture (de tels livres), qu oncques puis ne foumeasmes nous, il donne à entendre que Gargantua perdit son temps, et que son pain, pour se servir de la métaphore, ne se trouva pas plus cuit que l'étoit le nôtre quand nous enfournâmes. (L.) — Gela veut dire que Gargantua fut aussi avancé, après toutes ses études, qu'il l'étoit le premier jour.

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