AUX LECTEURS
Amys lecteurs , qui ce livre lisez ,
Dépouillez vous de toute affection ;
Et le lisant ne vous scandalisez :
Il ne contient mal, ne infection.
' M'ous ayons cm deyoir substituer ce titre à celui d' Œuvres de Rabelais ) parceque les oeuvres de Rabelais ne se divisent pas en cinq libres, comme on pourroit le croire à voir ce titre suivi de Livre pre^
Vray est qu'icy peu de perfection Vous apprendrez , sinon en cas de rire :
miery dans toutes les éditions. Cest le roman de Gargantua et Pantagruel qui est divisé en cinq livres, et non pas les œuvres, dans lesquelles ce roman est compris, avec les pièces détachées. Si Rabelais n'a pas mis un titre général aux cinq livres de son roman, c'est qu'il ne les a publiés que successivement, à. longs intervalles; que le cinquième n'a même paru qu'après sa mort. Nous avons donc cru devoir faire ce. qu'il eût fait lui-même, s'il eût publié son roman en entier, de son vivant , en ajoutant ce titre, qui manquoit, et qui étoit nécessaire à la tête des cinq livres qui le composent; mais nous avons dû aussi en prévenir le lecteur.
* C'est le titre du Gargantua de l'édition de 1642 : la première, c'est-à-dire celle de i535, portoit : La vie inestimeible du grant Gargantua , père de Pantagruel, jadis composée par Vabstracteurde quinte essence^ livre plein de pantagruelisme. Nous avons préféré la rédaction de 1 542 , comme étant celle que Rabelais préféroit lui-même , et parcequ'elle renferme le nom de Maistre Alcofrihaa, sous lequel il a publié ses deux premiers livres; car ce n'est qu'auxlivres suivants qu'il a osé mettre son vrai nom.
^* Le nom d' Alcofribas , ou plutôt d\4lcofribas Nasier, est l'anagramme de François Rabelais. Par le choix qu'il a fait de ces deux mots, entre bien d'autres qu'il auroit pu trouver dans son nom, il semble qu'il ait vu, dans le premier, un «mot espagnol composé de algo, quelque peu, ou quelque chose, et de bribar, gueuser, mendier, briber, brifer, friper, qui bribe , brife , ou fripe quelque peu , un fripe-lippe ou fripe-sauce, qui aime la fripe, les franches lippées, un liguritor en latin; et dans le second, un mot françois dérivé du latin nasus, nase ou nez, qui a du nez, pour sentir et flairer, au sens propre et au figuré. Ce qui le confirmeroit, c'est que ce nomd'-^/cofribas qu'il prend ici, ainsi qu'au liv. I, ch. viii, et au liv, II, ch. xxxii et xxxiv, est expliqué dans ce sens à la fin du chap. xxxii, et est suivi de la qualité à'architriclin, c'est-à-dire de maître-d'hôtel de Pantagruel, dans le titre de la Pantagrueline prognostication. Ce bon vivant et joyeux compagnon signe une de ses lettres à Antoine Gulïet : «Votre très humble architriclin, convictor et amy, François Ra-