CHAPITRE XXI
, L'estade de Gargantua, selon la discipline de ses précepteurs
sophistes '.
ET SOMMAIRE DE CE CHAPTTRE
Les cloches remises en leur place , et les citoyens de Pari$^ s'étant chargés par reconnoissance de nourrir la jument de Gargantua, tant qu'il lui plairoit , notre héros ne songe qu'à se livrer à l'étude; mais il faut auparavant, par le conseil de Ponocrates, qu'il oublie tout ce qu'il a appris sous ses anciens précepteurs. La manière dont son qovl-
' * Bemier remarque que le chapitre xxi , qui a pour titre , De tédu' cation et diette de Gargantua y selon les préceptes de ses précepteuri sophistes, a, dans rëdition gothique de i535 (qui est la première ), au lieu de sophistes, sorbonnastres. « Sur quoi, dit-il, on peut encore observer que Rabelais a malicieusement joué sur le lacus Serbonis ou SirboniSy l'appelant le puant lac de Sorbonne , en certains chapitres de quelques éditions, sur ce quil en a lu dans Strabo, cap. vi, Geograph. Mais, tout habile homme qu*il étoit, il n'a pas découvert, comme a fait Salmasius sur ce chapitre, que Strabon a confondu le lacus Serbonis in JSgypto avec le lac Asphaltite de la Galilée, à cause de la ressemblance de leurs eaux bitumineuses et de semblables quahtez, pernicieuses à bêtes et gens. » De là il suit que, par sophistes, Rabelais entendait les sorbonnastres^ les docteurs de Sorbonne; et, par lacus Serbonis, la Sorbonne.
vemeur Finstruit est une critique des études, et Rabelais , ainsi qu^Érasme et les autres savants qui eurent part à la renaissance des lettres, indique Fëtude des anciens comme le seul moyen de sortir de la barbarie.
Le ^enre d'études que Rabelais fait suivre à son géant , est celui qu'a suivi François P'. Il se levoit tard, s'habilloit négligemment $ déjeùnoit copieusement/ puis étudiait quelque méchante demi^heure, son ame était à la cuisine.
Ce chapitre, dit Rernier, est d'un orateur qui sait peindre de la manière qu'il lui platt , car il nous fait voir là Gargantua tel qu'il a voit été sous de méchants maîtres, en peu de temps tout autre par les soins de Ponocrate; en un mot, un grand prince, tout jeune qu'il est. A la vérité ce n'est qu'une idée, mais tout en est si bon, si bien traité , que
Grand dommage est que cela soit sornette.
u Les chapitres xxi à xxiv, dit Le M otteux , nous offrent deux objets à comparer : Yestude de Gargantua selon la discipline de ses précepteurs sophistes y et l'estude du même Gargantua selon la discipline de Ponocrates. La comparaison de l'une avec l'autre fait voir en général combien les leçons d'un bon précepteur sont préférables à l'ennuyeuse méthode des écoles; et combien l'éducation de la jeunesse protestante , dans ces premiers jours de la réformation, étoit plus bell» que l'éducation ordinaire de la jeunesse catholique. Mais cette même comparaison nous fait voir combien peu Henri d'Jllbret eût été un prince éclairé s'il s'en fût tenu aux lumières que son éducation catholique pouvoit lui avoir données. Il est vrai qu'il n'osa jamais se déclarer protestant : c'eût été pour lui un obstacle de plus au recouvrement de la Navarre, dont tout le peuple étoit papiste ; mais il n'en haïssoit pas moins les principes du papisme. C'étoient ces principes-là qui avoienl
dicté rexcommunication de son père, et qui avoient encouragé à l'usurpation de son royaume Ferdinand , le catholique. Aussi voyons-nous que dès que ces principes furent ouvertement attaqués par les réformateurs, son épouse au moins, Marguerite de Valois y se déclara assez hsiutement en faveur de leurs idées, et protégea leur parti le mieux qu'elle put. Il y a dans ces chapitres divers traits qui ne permettent pas de douter que Rabelais n'eût en vue un prince catholique qui participoit à la réformation de l'église.... Si V Ellébore de Anticyre a guéri Gargantua de tout cela (de sa première éducation ), il n'y aura nulle difficulté à dire qu'il s'agit d'un remède métaphorique. Les arguments des réformateurs contre les superstitions régnantes étoient un vrai remède dans le sens moral... et il faudra à ce compte, que le médecin qui guérit les esprits avec un tel remède soit quelqu'un de ceux qu'on appelle les médecins de l'ame. Le nom de Théodore que Rabelais lui donne, et qui veut dire don de Dieu, est très bien choisi pour désigner un habile théologien. Peut-être vouloit-il designer Berthaud, prédicateur de la reine Marguerite. »
Mais, comme le remarque le traducteur de Le Motteux, il n'y a point ici de parallèle à faire entre la jeunesse catholique et la jeunesse réformée, puisque dans les premières années de Henri d'Âlbret, il n'étoit point encore parlé ni de réformation, ni de réformés en Ëul^ope. Luther ne se mit sur les rangs qu'en i5i7; et il ne fut question de ses sentiments en France qu'en iSît. Henri d'Albret avoit alors 19 ans, et il n'y avoit certainement pas alors des familles protestantes où l'on pût remarquer si la jeunesse étoit mieux élevée que dans les familles catholiques. Ainsi tout concourt à prouver qu'il ne s'agit point dans ce chapitre de l'éducation de Henri d'Albret.
GARGANTUA. SyS
Les premiers jours ainsi passez^ et les cloches remises en leur lieu , les citoyens de Paris , par recong;noissance de cette honnesteté^ s offrirent d'entretenir et nourrir sa jument tant qu'il lui plairoyt. Ce que Garg;antua print bien à gré. Et lenvoyarent vivre en la forest de Bière ^. Je croy qu'elle n'y soit plus maintenant.
On lit Bière dans les vieilles éditions , et c'est comme on parloit autrefois. L'histoire de Charles VII, attribuée à Alain Chartier, mais qui est de Jacques le Bouvier, héraut d'armes, surnommé Berri : « et de là s*en vindrent lesdits Anglois et Bourgoingnons devant Meleun , du costé de la forest de Bière. » Elle est proche du village de Biévre (chap. Tii, sur tan 1420), où prend sa source la petite rivière de BièvrCf appelée plus communément le ruisseau des Gobelins. (L.)
Il est important de savoir s'il faut lire ici la forest de Bière ^ ou la forest de Bièvre, « Suivant Le Duchat, dit le dernier éditeur, c étoit la foret de Bièvre. D'autres prétendent, avec plus de vraisemblance, qu'on doit entendre la forêt de Fontainebleau. » Gomment Le Duchat, dit l'éditeur de 1752, a-t-il pu croire que c*étoit la foret dé Bièvre, village, dit-il, à deux Ueues de Paris; et, afin qu'on ne s'y trompe pas, c'est qu'il a grand soin d'ajouter que c'est de là que part le ruisseau des Gobelins. Gela est d'autant plus surprenant qu'il allègue uu passage de Thistoire de Gharles VU, qui aurott dû lui faire apercevoir son erreur, et lui prouver que cette forêt étoit près de Melun. • Get éditeur a raison , Le Duchat s'est mépris sur la forêt dont il est question dans ce passage de l'histoire de Gharles VII; mais il a très bien vu que celle dont il s* agit ici est la forêt de Bièvre; au reste, lui-même en paroit persuadé dans sa préface ( Voy. pag. 38). « On lit, dit-il, au chap. xxi du Uv. I, la forêt de Bière, nom que portoit autrefois la forêt de Fontainebleau, et au chap. xv du liv. II, on trouve la forêt de Bièvre. Gependant on ne peut pas douter en lisant le texte, que Rabelais n'ait en vue la même forêt dont il a parlé plus haut : et cela n'est point une faute d'impression, puisqu'on 1« trouve dans toutes les éditions, et qu'on ne manque pas d'expliquei-
Ce faict, voulut de tout son sens estudier à la discrétion de Ponocrates. Mais ieelluy, pour le
dans une note, que c*est le Bièvre, d*où sort le ruisseau des Gobelins. M Examinons donc la question. D'abord il est certain que fa forêt de Fontainebleau étoit nommée autrefois la forêt dé- Bière ou Bierre; que ce nom est une contraction de celui de Bièvre, étaient également de Biber^ Castor, Biévre, en vieux françois; que le nom de la rivière des Gobelins a pu, par conséquent, éprouver la même altération, et se dire autrefois indifféremment Iq Bièvre ou la Bière. Cette dernière orthographe, que suit ici Rabelais, ne peut donc pas suffire pour trancher la difficulté; mais trois observations, outre la découverte dont nous allons parler, doivent la résoudre : la première, c'est qu'il n^est pas vraisemblable que les Parisiens eussent envoyé dans la forêt de Bière ou de Fontainebleau, si loin de Paris et hors de leur territoire , la jument de Gargantua , pour lui témoigner leur reconnoissance ; la seconde, c'est qu'après avoir dit, liv. lï, chap. xv, que « Pantagruel, pour se recréer de son estude se pourmenoit vers les faulxbourgs Sainct-Marceau,' voulant veoir la folie Gobelin, » Rabelais nomme cette forêt la forest de Bievre; la troisième, c'est que dans le chap. xxii du même livre, il attribue le ruisseau de Bièvre à une pissade que firent des chiens à la porte d'une haute dame de Paris, de laquelle Panurge étoit amoureux. De plus Panurge étant le canlinal de Lorraine, comme nous le prouverons par la suite, cette haute dame, cpie Pantagruel et Panurge alloient voir sur les bords de la Biévre, ne peut être que Diane de Poitiers, dont ils étoient amoureux tous les deux, et l'une et l'autre doivent être la même par conséquent que la grande jument de Gargantua, que les Parisiens avoient envoyé vivre en la forest de Bière. Nous n'avons pu trouver à la vérité dans les mémoires du temps, que Diane de Poitiers ait eu quelque habitation le long de la Bièvre. Cependant tout nous portoit à le croire; d'abord ces mots de Rabelais: « Les citoyens de Paris, par reconnoissance de cette honnesteté (</e leur avoir rendu leurs cloches) y s'offrirent d'entretenir et nourrir sa jument tant qu'il lui plairoit, et l'envoyarent vivre en la forest de Bière. » Ensuite les fréquentes promenades que Gargantua et Pan- «agi'uel faisoient sur les bords de cette rivière ( Voy. liv. I, ch. xuy>
GAUGANTUA. 877
commencement, ordonna qu'il feroyt à sa manière accoustumée^ affin d entendre par quel moyen,
et Hy. II, cbap. xv et xxii). C'est d'après cette conviction que nous sommes allés les parcourir en 1 812. Nous ne recueillîmes alcnrs d'autre fruit de notre recherche que d'apprendre d'un paysan de Gentilly, que c'étoit une tradition dans ce villajye, qu'il y avoit existé un château sur les bords de la Biévre, qui avoit appartenu à une maîtresse de nos rois; mais. l'année d'après, nous fumes phis heureux. Le mardi 3 août, M. Ësmangart, conduit par son bon (vénie, alla se promener de nouveau à l'endroit indiqué par ce paysan; arrivé dans la prairie située entre Qentilly, la maison dite la manur facture et le moulin des Prés, sur la rive gauche, et à deux ou trois pas de la Biévre, il heurta du pied contre un morceab de métal enfoncé en terre. Il essaya de l'arracher, mais il ne lui resta dans la main qu'un fragment déjà éclaté. Un faucheur (Gilles Trouillard, jardinier et blanchisseur à Gentilly ), qui fauchoit près de là, ayant été appelé par .lui, fit une tranchée, et tira un rouleau de cuivre de dix-huit pouces de long sur huit de large, couvert de boue et de vert-de-gris. M. Esmangart y apercevant des lettres, le prit, après avoir récompensé cet homme de sa peine , et s'en retourna bien vite h Paris pour me le montrer. 11 ne connoissoit pas encore tout le prix de la découverte qu'il venoit de faire, lorsqu'ayant remarqué des chaudronniers à la porte de la boutique d'un serrurier du faubourg Saint-Jacques, il y entra, y fit dérouler et fourbir ce rouleau. Qu'y vit-il? une inscription en quatre vers françois, qui prouve que Diane de Poitiers avoit en effet une maison de plaisance sur les bords de la Biévre, en i527, et que François I"' y alloit souvent la voir. Voici la copie exacte et figurée de cette inscription :
DAns Ce pourPris le grAnd FraNçois preMier TreVue tonsJours jouissance noÛele QVil eSt hevRevx Ce liEu soVef reCele FlEvr De beaCJlte DiAne de PoicTierr
Souef est un vieux mot qui vient du latin suavisy agréable; pourpris signifie, selon le dictionnaire de Trévoux, enclos, enceinte 9 clôture de quelque lieu seigneurial, château, maison noble.
en si long temps, ses anticques précepteurs lavoyent rendu tant fat, tant niays, et ignorant. Il
G>mme cette découverte est vraiment extraordinaire, et qu'elle a excité un grand enthousiasme , je crois devoir ajouter , afin qu'on ne doute pas de son authenticité, que le lendemain du jour où elle a été faite, je suis retourné sur les lieux, avec mon ami, pour la vérifier; que j'ai vu les traces encore fraîches de la fouille; que j'ai parlé au faucheur qui a aidé à déterrer la plaque de cuivre, et qui demeuroit alors dans la maison dite la Manufacture, située près et en face de l'endroil de la prairie où elle a été trouvée ; que j'ai parlé. également au serrurier qui a déroulé et fourbi le rouleau; que ce monument précieux est dans mon cabinet, où l'on peut le voir encore ; que d'après l'annonce que j'en ai faite dans le Journal de l'Empire, il est venu plusieurs curieux le voir au musée des Petits-Augustins, où je demeurois alors; que le concieiige l'a fait mouler, et en a vendu un grand nombre de plâtres ; enfin que M. Le Bas de Courmont, amateur et littérateur distingué, a mis l'inscription en musique.
La décoi;iverte de cette inscription est d'autant plus singulière qu elle est moins due à un hasard aveugle qu'à la. recherche opiniâtre de celui qui l'a faite. Elle est d'autant plus importante qu'aucune histoire, aucun mémoire, aucune géographie, aucune description de Paris et de ses environs, aucune carte topographique ne fait mention de cette habitation de Diane de Poitiers ; que l'abbé Lebeuf, qui a donné la description du diocèse de Paris, et Sauvai, celle des maisons de plaisance des maîtresses de nos rois, n'en parlent pas, quoique ce dernier fasse mention des trois hôtels que cette maîtresse de François I"' avoit eus à Paris; quoique Garnier (tome XXVI. pag. 44 ®t 4^) nous apprenne, dans la vie de Henri H, que ce prince la gratifia d'hôtels, de châteaux, et de nombre de terrains vagues, dans et hors l'enceinte de la ville de Paris. Je soupçonnai aussitôt que la maison de plaisance de Gentiily, dont l'inscription nous révéloit l'existence, pourroit bien être celle qui avoit appartenu aux jésuites, et dont Sauvai cite la description suivante, qui a été faite en 1639, par Fauteur du Supplément à Dubreul : « Elle est, dit ce dernier, le séjourle plus agréable qui soit dans les environs de Paris, et qui contient en son pourprii les deux tiers du village, en-
dispensoyt doncques son temps en telle façon , que ordinairement il s esveilloyt entre huict et neuf
fermëé dans un long tour de murailles garnies de plusieurs pavillons... Le jardin a de grandes allées couvertes, d'autres nues; quantités de cabinets, fontaines, statues, carreaux, bordures, arbres fruitiers, glacières, canaux, couches de fleurs, et un agréable bocage de haute futaye. Ce beau lieu est à présent aux pères jésuites du collège, qui l'ont acheté pour envoyer leurs écoliers se divertir en temps d*été. »
Il étoit facile de se tromper dans le choix de tant de maisons de plaisance de Gentilly, dont André. Duchesne, Malingre, Sauvai, Lebeuf, etc., nous of&ent des descriptions, et il sembloit que j'aurois dû préférer le château seigneurial. Mais je l'avois rejeté, parcequ*il étoit séparé des bords de la Biévre , par la rue principale et par un rang de maisons, et j'avois deviné juste. Car étant allé à Gentilly une troisième fois avec M. Esmangart, cinq jours après sa découverte, pour rechercher la maison de plaisance qu'elle indiquoit, du plus loin que j'aperçus, en arrivant par les prés, au coin de la première rue à gauche, dite la rue du Pont, un pavillon bâti en pierres et en briques, dans le style du seizième siècle, à une portée de fusil de Tendroit où l'inscription avoit été trouvée, je m'écriai: Voilà la maison de plaisance de Diane de Poitiers. Et en effet y étant entrés nous vîmes un grand parc traversé par deux bras de la Bièvre, qui y forment un beau et grand bassin; des arbres de haute futaye ^ et à l'autre encoignure, du côté de Bicétre, au nord-est, un second pavillon semblable au premier ; j'y suis retourné seul plusieurs autres fois depuis, et j'achevai de me confirmer dans cette opinion; mais je n avois encore vu que la moitié du pourpris^ parceque cette propriété avoit été divisée, il y a cent ans, par un mur, entre deux propriétaires. Je trouvai dans l'autre moitié qui est au sud, non seulement la chapelle que les jésuites y avoient fait construire au milieu, mais à l'extrémité sud-est, une belle terrasse en grandes dalles, d'une magnificence royale, et l'ancienne habitation à porte cochère bâtie en pierres de taille, qui est aujourd'hui celle du fermier; tandis que les deux propriétaires en occupent de plus nouvelles sur la rue.
On ne peut donc plus douter que Diane de Poitiers n'ait eu une
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heures ^, feust jour ou non : ainsi Favoyent ordonné
maison de plaisance à Gentilly ; que la plaque de cuivre qui nous l'apprend, ou plutôt qui nous le confirme en provient; qu'eUe y a été attachée probablement au-dessus de la porte d'entrée de cette maison qui existe encore, puisque cette plaque a huit petites entailles pour recevoir les crampons. Lorsque cette ^inscription fut posée, Diane de Poitiers devoit avoir vingt-sept ans, puisqu'elle étoit née en i5oo, et François I**^ trente- trois ans d'âge et doute ans de régne, puisqu'il étoit né en 1494? ^^ ^*^^ étoit monté sur le trône en i5i5. Il est donc de plus en plus certain que la grande jument de Gargantua est Diane de Poitiers , qui , à l'âge de vingt-trois ans , étoi; connue à la cour, sous le nom de grande sénéchale; que Gargantua est François T**, et que Pantagruel , qui avoit son logis et faisoit de fréquentes promenades sur les bords de la Biévre, est Henri II, qui devint amoureux de Diane en i536; enfin que la forêt de Bière ^ où les Parisiens envoyèrent vivre la jument de Gargantua, est bien la forêt de Bièvre, et non celle de Fontainebleau. La foret de Biévre n'ezistoit peut-être déjà plus du temps de Rabelais, puisqu'il dit : « Je croy qu'elle n'y soit plus maintenant. » Mais le passage suivant de Yffistoire de Paris y par D. D. Félibien et Lobineau ( tom. II, pag. 907), prouve qu'elle a existé au moins jusqu'au milieu du quatorzième siècle : « Tous les dons et octrois précédents furent confisqués par Philippe de Valois, l'an i33i. Il y ajouta le droit de paisson, dans la forêt de Biévre, sans payer aucun péage. » De plus l'on trouve dans le premier volume des pièces justificatives de cette histoire ^ à l'année i3a8, des lettres du même roi, qui confirment la concession 'de ti'ois cents charretées de bois par an, à prendre dans la forest de Biévre : c'est ainsi que ces deux savants historiens ont traduit, m foresta nostrà Bierriœ. Et après tout Rabelais auroit pu nommer la forêt de Bière ^ au lieu de la forêt de Biévre, pour dépayser le lecteur.
Cette découverte est encore confirmée par le témoignage d'André Duchesne et de l'abbé Lebeuf, qui assurent que la plupart de nos rois de la première et de la deuxième race faisoient leur séjour à Gentilly, et par la lettre suivante, que M. Gault dp Saint-Germain a écrite le i4 août i8i3, au Journal de l'Empire: « La découverte d'une inscription sur les bords de la Biévre, relative aux
ses regens anticques^, alleguans ce que dict David :
amours de François I*' et de Diane de Poitiers, publiée par M. Éloi Johanneau, dans votre feuille, vient à Tappui des autorités qui prouvent que sous les trois races , nos rois ont eu des palais à Gentilly. Une des plus respectables est celle du savant D. Mabillon, bénédictin, et de son collaborateur D. Michel Germain, dans la Diplomatique liv. IV, pag. 283. Ce dernier n'hésite point à placer Gentilly ( Gentiliacum'^y au rang des palais royaux et terres domaniales. »
Le fait est que Pépin y vint passer l'hiver en 762 , y célébra la fête de Noël et celle de Pâque qui suivit; qu*en 766, il y vint célébrer encore cette dernière fcte, et y fit tenir un concile national. Or, « cette résidence du roi et de sa cour à Gentilly, dit Lebeuf, suppose nécessairement qu*il y avoit un palais, et même que c*étoit une des terres royales, villa dominica. » Le fait est que Charles V donna en 1371 , à Tévéque de Paris, son hôtel de Valois sis à Gentilly, et les dépendances de cet hôtel. Cest sans doute pour cela que Henri IV écrivant au roi d'Espagne , signa ainsi : Henry ^ par la grâce de Dieu y roi de Gentilly.
En vain on objecteroit qu*il est singuUer qu'il y ait une capitale,au milieu de chaque mot de notre inscription , qu'on ne trouve d'exemples de capitales mêlées avec les petites lettres, que dans les chronogrammes. Je répondrois que cette fantaisie du graveur, quoique de mauvais goût, n'est point sans exemple; que j'ai vu des inscriptions semblables et du même temps, au château de Ghenonceaux^ tnr le Cher, qui a appartenu aussi à Diane de Poitiers, et que M. Esmangait en a vu une autre en vieux vers françois dans la chapelle de Saint-Hippolyte de l'église de Saint^ean à Saint-Quentm. D'ailleurs la plaque^ quoiqu'elle ait été fourbie mal adroitement par le serrurier, offre encore une patine de vert-^le-gris qui est un cachet d'antiquité, et tous les lamineurs qui ont vu le cuivre, l'ont bien reconnu pour être ancien. Il n'y a donc qu'un homtme de mauvaiise loi, et jaloux des découvertes des autres, qui puisse nier celle-là^ quelle qu'étonnante qu'elle soit.
' Cétoit , dit de Marsy, se lever fort tard , dans le siècle de Rabelais : c'est comme qui se lèveroit aujourd'hui entre midi et une heure. ^ Dans l'édition de Dolet, au heu êianticques^ on Ut théologiens;
Vanum est tx>bis ante lucem surgere. Puis se gambayoy t , penadoy t et paillardoy t parmy le lict quelque temps ^, pour mieux esbaudir ses esperitz animaulx , et s habilloy t selon la saison ; mais voulen tiers portoy t il une grande et longue robbe de grosse frise ^, fourrée de regnards: après se pî-
mais quoiqu'ici ces deux mots soient synonymes, les rëgents de collèges étant autrefois tous ^adués en théologie, théologiens convient mieux ici avec le passage Vanum est etc. , que Rabelais met en la bouche de ces régents, et qui est pris du psaume 126 ou 127. (L.) ' Se gambayoit, c'est-a-dire gambilloit. Se penader, c*est étendre ses bras comme un oiseau déploie ses ailes pour prendre Fes^or. Se paillarder, c*est proprement se rouler sur la paille ou sur une paillasse; mais ici tout se dit figurément d*un paresseux qui prend ses aises en plusieurs manières ayant qu'il puisse se résoudre à quitter le lit. (L.) — « Penader y ajoute Le Duchat, dans Ménage, a deux significations. Tantôt il signifie se mirer dans ses plumes comme te paon; et alors c'est le paveneggiare des Italiens; par lequel mot Ant. Oudin a rendu se pennadery dans son dictionnaire françois-ka- Hen^ tantôt aussi il signifie étendre ses bras pour prendre ses aises et pour se délasser, et alors il vient de pennatàre, fait de penna, et s'est dit premièrement des oiseaux, qui avant que de prendre leur vol et de s'élever dans les airs, sont quelque temps à battre des ailes comme pour se dégourdir. Cette explication me paroit suivre naturellement des paroles de Rabelais : car quand il cGt que le jeune Gargantua, avant que de se lever, commençoit par se gambayery âe penader^' et se paillarder quelque temps dans son lit, il est clair que par ces trois choses, il entend que cet enfant mal élevé, s'étendoit les jambes, puis les bras, et enfih qu'il se rouloit tout le corps sur la paillasse'^ avant que de pouvoir se résoudre'^ qtdtterïe lit: >♦ De Marsy, dans son Rabelais moderne, a rendu pehadoit par vautroit. Ce qui prouve qu'il n'a pas entendu le mot penader y qui se disoit autrefois pour /pavaner ^ et qui vient également de paon y et non pas, comme le croit Le Dncbat, de pennatare^ mot imaginaire ^ fait de penna aile.
gnoyt du pygue de Almaing7, cestoyt des quatre doigts et le poulce. Car ses précepteurs disôyent que soy aultrement pygner, laver et nettoyer, estoyt perdre temps en ce monde.
^ G*ëtoit cette robe de bachelier ou de maître-ès-arts qui par sa longueur faisoit que les uds et les autres étoient toujours crottés. Elle ëtoit d*une étoffe grossière, comme Vives nous apprend qu*étoienttous les autres habits des suppôts de l'université; et ce pour^ roit bien être le quartier de ces gens-là que, par rapport à leurs longues et amples robes de grosse frise , les rieurs appellent le pays (le Frise dans ces vers des droits nouveaux de Goquillart .*
Que maistre Enguerrant Hartebise, Son ayeul , qui mourut transi L'antrejour au pays de Frise. (L>)
'* Cest comme on lit dans l'édition gothique de i54a, au lieu ê^Almany que Dolet a mis dans la sienne de la même année, en un temps où Pon disoit Almaigne pour Allemagne. Si; conformément à rédition de i553, on lisoit ici avec les plus nouvelles Almain^ on pourroit croire que la malpropreté de Jacques Almain, ancien docteur de Paris, auroit donné lieu à cette façon de parler proverbiale, qui d'ailleurs paroit une inversion de la main y dans la signification de dentata manus. Mais ce proverbe regarde proprement les Allemands, non comme maussades, rien n'est plus propre que cette nation, soit à peigner à fond sa chevelure, soit à se laver souvent les mains, et même le visage tous les matins ; mais c'est que comme de tous les peuples civilisés de l'Europe, ils ont peut-être été les derniers à prendre la perruque, le François qu'on voit si souvent le peigne à à la main, se moquoit de voir un Allemand se servir de fois à autre des deux siennes pendant la journée, pour rendre aux cheveux de son front la séparation qu'il y avoit faite le matin avec le peigne^ Dans les dictionnaires françois-espagnol et françois-italien d'Oudin, le peigne d'allemand est expUqué par los dedos et le dita^ sans doute par cette raison-là. (L.)—« Ce peigne (fa/nuu'n 9 ajoute Le Duchat, dana Ménage, c'est dentata manus; et c'est ainsi que l'explique Simon de Val-Hébert, à la marge de cet endroit de son Rabelais, où on
Puis fian toy t , pissoy t , rendoy t sa gorge , rottoy t , petoyt, baisloyt, crachoyt, toussoyt®, sangloutoyt, et esternuoyt, et se morvoyt en archidiacre 9, et desjeunoyt pour abattre la rousee et maulvaisaer: belles tripes frites , belles carbonnades , beaulx jambons , belles cabirotades , et force souppes de prime '*'. Ponocrates lui remonstroyt que tant
lit d'Almain. Mais une chose m* embarrasse, savoir si Ton doit lire almariy de l'italien a/man^ c'est-à-dire à la main, ou almain, du fîrançois à la main. Car d'un côté en disant peigne (TAlmany Rabelais peut avoir eu en vue de railler les Allemands sur leur malpropreté; et de l'autre, en disant peigne d'j4lmain, qui sait s*il n'aura pas prétendu se moquer d'un moine de ce temps-là, nommé Jacques Almain, docteur de Paris, qui, quoiqu'il ait beaucoup écrit, ne se peignoit peut-être jamais autrement qu'avec les quatre doigts elle pouce? On voit par le passage même, qu'en effet ses sembla^ blés avoient mis le jeune Gargantua sur le pied de ne se peigner que de la sorte. » De Marsy a mis, se peignait du peigne d'Adam^ et ajoute en note : Dans l'incertitude du véritable sens de cette expression, j'en ai substitué une plus claire et plus usitée. Plus usitée, soit, mais elle n'est pas plus claire, car il est évident que pygne de Almaing ou de Alman^ signifie peigne d'Allemagne où de Ailemand, et fait peut-être en même temps allusion au docteur Almain dont parle Le Duchat.
' Rien de ceci n'est dans l'édition de Dolet. Sanglouter, c'est roter. (L.)
^ Gomme un archidiacre, à qui sa prébende, plus considérable que les simples bénéfices de son chapitre, fournit les moyens de faire meilleure chère ^ et par conséquent d'amasser plus d'humeurs que ne font les simples chanoines. (L.)
'^ Cette expression, qui revient souvent, s'entend à mon avis de certaines soupes, telles que les religieux en mangent à l'heure de primes y c'est-à-dire, à six heures du matin. (L.) — ' « Panurge, liv. III, chap. XY, les traite de soupes grasses, et il les y oppose,
soubdain ne debvoyt repaistre au partir du lict , sans avoir premièrement faict quelcque exercice. Gargantua respondit : Quoy ! n ay-je faict suffisant exercice? Je me suis veautré six ou sept tours parmy le lict" devant que me lever. N'est-ce assez? Le pape Alexandre ainsi faisoy t ' ^ par le conseil de son medicin juif, et vesquit jusques a la mort en despit des envieux. Mes premiers maistres m'y ont accoustumé, disants que le desj entier faisoy t bonne mémoire, pourtant y beuvoyent les- premiers. Je m'en trouve fojt bien , et n'en disne que mieulx. Et me disoyt s^Hk Tubal (qui feut premier de sa licence a l^^^Hue ce n'est tout l'advantaige de courir bieD^mi, mais bien de partir de bonne heure : aussi n'est-ce la santé totale de nostre humanité, boyre a tas, a tas'^, comme
ajoute Le Duckat dans Ménage, aux soupes de lévriers, qui ëtoient des soupes maigres, et telles qu'on en donne aux chiens. »
" Cest tours qu'on doit lire, comme dans l'édition de Dolet; et non pas jours, comme on lit mal-à-propos dans presque toutes les autres. (L.)
'* * Ceci doit regarder le pape Alexandre V, homme de grande chère, grand buveur, et de grands vins, dit son historien, Théodoric de Niem. Je ne sais plus où, mais j'ai une idée bien claire d'avoir lu que sur ses vieux jours ce pontife ne pouvant plus se tenir debout, tant il étoit devenu gros et pesant, Marsile de Parme, son médecin, lui ordonna de faire du moins quelques gambades de temps à autre dans le ht, par forme d'exercice, et qu'un joijr le saint père fut surpris dans cette posture. (L.)
'^A grands coups.
canes , mais ouy bien de boyre matin; unde versus:
Lever matin n'est point bon heur^^, Boyre matin est le meilleur.
Apres avoir bien a poinct desjeuné, alloyt a recclise , et luy portoyt on dedans un grand penier un gros breviere empantouphlé'^, pesant tant en gresse qu'en fermoirs et parchemin , poy plus poy moins, unze quintaulx six livres. La oyoit vingt et six ou trente messes'^ : cependant venoyt son diseur d'heures '7 en place, empaletocqué comme une duM^^, et très bien antidote
' ♦ Lever matin n'est ]
Mais venir à point
Cest comme on lit ce proverbe dans le recueil de Pierre Grosnet; mais ici Rabelais l'a accommodé à son but. ( L. )
'^ Un gros bréviaire romain, autorisé par le pape, et pour ainsi dire scellé de sa pantoufle. Au chap. vu du liv. II, pantofla decretoruniy ce sont les décrétâtes, en tant que ces ordonnances papales ensei^ent à respecter le pape jusqu'à lui baiser la pantoufle» (L*}— Cest-à-^re enveloppé dans son sac.
*® Cest ce que dit lliistoire : « Le roi, François I*"", a été très bon catholique, sans jamais s'être dévoyé de la sainte foi et religion... H aima, et embrassa fort l'église catholique apostolique et romaine, la servant fort révéremment. » (Brantôme y tom. VII, pag. aSy.)
'' Celui qui fait cette fonction auprès du roi, est son aumônier, appelé à cet égard orator régis, comme l'étoit ce M. de Rapin, qui, dans le seizième siècle, se qualifioit aumônier de Catherine de Médicis et orateur du roi. Voyez la vie de M. de Rapin , tom. X , pag. 2 , de son Histoire d'Angleterre. ( L. )
Par le noir, le blanc, et le cendré, qui sont les couleurs du plumage de la huppe, il semble que Rabelais veuille ici dépeindre cet aumônier de Gargantua comme un chanoine d'autrefois, véttt
son halaine a force syrop vignolat '9. Avecques icelluy marmonnoyt toutes ses kirielles; et tant curieusement les espluschoy t , qu'il n en tomboyt ung seul grain en terre. Au partir de Fecclise, on lui amenoyt sus une traine a bœufs ^^, un foratz de patenostres de sainct Claude ^ ' , aussi grosses
de son aumusse. Mais d*autre côté, empaletocqué veut dire affublé d'une façon de petit manteau, au derrière duquel pendoit un capuchon ; car tel étoit l'ancien paletot, fait exprès de la sorte pour pa rer du froid et de la pluie ceux qui le portoient. La duppe, communément appellée huppe, est cet oiseau niais, presque sans langue, et dont la vt)ix mal articulée, ressemble à celle des diseurs d'heures, qui marmonnent plutôt qu'ils ne parlent. ( L. ) — « Ce diseur d'heures {canoniales)^ ajoute Le Duchat, dans Ménage, étoit vraisemblablement quelque chanoine, aumônier de Gargantua (il devoit dire plutôt de François r*" ). On sait que les chanoines étant à l'église en hiver, s'enveloppent pendant le chant des psaumes avec une aumusse de petit gris. Cette aumusse a l'air d'un petit manteau ou palletoc qui ne ressemble pas mal au plumage de la huppe, oiseau qu'on appelle aussi duppe, et c'est en ce sens que Rabelais dit que le diseur d'heures de Gargantua, étoit empaletocqué comme une duppe. De palletoc, on a fait empalletoqué , et aussi palletoquet, mot messin qui répond au frant^ois pallot, et qui se dit d'un jeune villageois grossier et niais. » Cest- à-dire encapuchonné comme une huppe. Le paUetot ou paletoc, étoit un habillement à capuchon, comme le manteau de quelque religieux. Quand le capuchon couvroit la tête, la pointe étoit élevée et ressembloit au bouquet de plume que la huppe ou duppe porte sur sa tête. Paletoc vient de palle {pallium ), et toque, manteau court, qui sert de toque, qui couvre la tête comme la toge des Romains.
'9 Du vin, par allusion à sirop violât. Siroter, c'est boire à petits eoups. ( L. ) — De sirop de vigne.
^^ Une charrette traînée par des bœufs.
** * Q-dessous encore, liv. IV, chap. l, ung grosfaratz de clefs. Ici
388 LIVRE I, CHAP. XXt.
chascune qu'est le moulle dung bonnet, et, se pourmenant par les cloistres, galeries, ou jardin, en disoyt plus que seze hermites.
Puis estudioy t quelque meschante demie heure, les yeulx assis dessus son livre : mais (comme dict le comicque^^) son ame estoyt en la cuisine.
Pissant doncques plein officiai ^^, s asseoyt a table. Et, parce qu'il estoyt naturellement phlec-
faratz signifie sans doute un amas soit de patenostres, soit de clefe, de toutes sortes et de toutes (prandeurs; mais je ne sai de quelle pi*ovince est ce mot. En Languedoc, ils disent /ait/es pour hardes^ petitêtre de fero^ d'où aussi nous pourrions bien avoir fait fardeau. Or, comme nous disons transférer pour transporter ^ il y a de l'apparence qu'on aura dit aussi ferare pour ferre ^ et que faraty fait de ferra" ium dit pour feritum par métaplasme , aura signifié proprement toute sorte de fardeau. ( L. ) — Cest-à-dire que ces grains de chapelets étoient gros comme la tête. Par ces patenôtres de saint Claude, Tille où l'on en vend encore ; l'auteur veut peut-être rappeler ici -le pèlerinage que fit à Saint-Claude, en Franche-Comté, Anne de Bretagne , pour avoir des enfants de Louis XII ; de là sans doute aussi le nom de Claude , donné à sa fille aînée (Badebec), épouse du vrai Gargantua. Mézerai, in-fol. f7e d'Anne de Bretagne. Un faratz doit s'être dit pour un fatras y un amas, une charreté: c'est ainsi, qu'on dît du. feure pour du feutre.
^* Apparemment Térence ou Plante, mais plutôt Térence : Érasme dit apud Comicum, pour apuA Terentium.
*' Cest comme on lit dans l'édition de i535, et dans celle deDolet, au heu d'urinal qu'il y a dans les autres : ce qui me fait croire qn officiai, en la signification d'urinal est un mot de Lyon, où ces deux éditions ont été faites. Ci-dessus , au chap. ix , Rabelais se moque de ceux qui appellent officiai un pot-de-chambre. Cest qu'il y avoit de son temps des gens qui croyoient parler fort pohment, en appelant ainsi ce vaisseau, sous ombre qu'il fait V office de garderol)e. {L.)
maticque, commençoyt son repast par quelques douzeines de jambons , de langues de beuf fumées , de boutargues , d andouilles , et telz aultres avant coureurs de vin. Cependent quatre de ses gens luy jectoyent en la bouche ^\ l'ung après laultre continuement, moustarde a plenes palerees ; puis beuvoyt ung horrificque traict de vin blanc, pour luy soulaiger les rongnons. Apres mangeoyt, selon la saison, viandes a son appétit, et lors cessoyt de manger quand le ventre luy tiroyt. A bôyre navoit point fin ni canon ^^. Car il disoyt que les metes^^ et bornes de boyre estoyent quand, la personne beuvant, le liège de ses pantouphles enfloyt eji hault d ung demy pied ^7.
** « François I*' aima la bonne chère Quant à sa maison,
jamais les ordinaires, ni saUes, ni tables, n'en approchèrent Ses
tables étoient très bien servies, que rien n*y manquoit, et ce qui ëtoit très rare, c'est que dans un village, dans des forets, en l'assemblée, Fon y étoit traité comme si l'on eût été dans Paris » Brantôme, tome Vn,pag. 3oo.
'* Ni borne, ni règle. (L.) — De 'canon, règle.
** De meta borne.
'^ Cest-à-dire qu'il falloit que le vin qui sortoit par les pores du buveur, fit enfler le liège dont étoit en ce temps-là composée la semelle des pantoufles. ( L. )
■^go LIVRE I, CHAP. XXII.