Livre de la Diablerie
Au trictrac, dit l'Académie, on appelle tables les pièces plates et rondes avec lesquelles on joue à ce jeu. On les nomme plus ordinairement dames.
** Encore liv. II, chap. vu, la nicquenocque des questeurs, etc. A
• Bougent.
GARGANTUA. 4o5
Aux dames , A primus secutidus ^\
A la babou ^\ Au pied du Cousteau ^4,
Louduu^ on appelle niquenoques des chiquenaudes. (L.) — Ce jeu.doit faire un double emploi avec ceux aux croquinolles , h la nàzàrdey aux chinquenaudes. La chiquenaude consiste à appuyer ferme le bout du doigt du miheu sur le bout du pouce, et à desserrer, avec efïbrt, le doi{jt du milieu contre le nez. ou le front de quelqu'un. Gomme Rabelais dit chinquenaudes , il paroît, dit Adry, que, dansrori(rine, c'étoit un coup de l'arrête du poignet sur les cinq nœuds {quinque nodi) de la main. Le Duchat se trompe, selon lui, en disant que le jeu de croquignoHes est différent de celui des chiquenaudes. Selon Le Duchat, liv. II, chap. vu, note loi de son édition, la nicquenocque est aussi une sorte de jeu où Ton se joue de quelqu'un, en le balotant; mais le passage de Baïf qu'il cite, ne prouve pas que ce soit un autre jeu que celui des chiquenaudes ou des nazardes.
^' Encore liv. III, chap. xu^ je pensais au jeu du lourche et triquetrac. M. de La Noue, pag. 48 du Dictionnaire de rimes françaises qui lui est attribué, appelle aurche le même jeu ; et il dit que c'est un jeu de tablier, c'est-à-dire, une sorte de jeu de trictrac. Nicot dit la même chose, et le Dictionnaire anglois et françois de Miège rend par bredouille y ou partie double, le mot anglois lurchy que cette nation a pris de nous , et qui a passé jusque chez les Allemands dans la même signification. Ne viendroit-il pas d'orca, mot qui, dans les Satires de Perse, signifie une espèce de cornet dont les Romains se servoient à remuer et à jeter leurs taies ( dés) ? Quoi qu'il en soit, le jeu du lourche a produit lourché, mot qui s'est dit d'un homme qui^ par la mauvaise conduite de sa femme, étoit devenu Jan ou double Jany comme on parle, et il se lit dans dans cette signification dans le 52 des Arrêts et amours, ajouté aux 5i de Martial d'Auvergne, par Gilles d'Aurigni, dit le Pamphile, avocat au parlement de Paris. Pâquier, lettre xiii du dix-neuvième livre, a dit demeurer lourche^ pour être frustré de son attente, être dupe, être le sot. (L.) — Lourche étant le même mot que aurche contracté avec l'article le, doit en effet venir du latin arca. On trouve ce jeu nommé lourche dans Nicot, au mot Trictbac, dans Duez et dans Oudin, qui l'écrit aussi ourche, et place ce mol à la lettre O, après l'avoir mis à la lettre L;
4o6 LIVRE I, CHAP. XXII.
Aux clefz ^^, A pair ou non ^,
Au franc du quarreau ^, A croix ou pile ^^
ce qui a été fait aussi dans le Dictionnaire de Ménage ; et ce (jai est une preuve qu'on nommoit autrefois ce jeu indifféremment lourche et ourche: cette seconde orthographie confirme donc notre étymologie de /ourcAe. Ce qui la confirme encore, c'est que Le Duchat ajoute dans Ménage, au mot Oitrcbe^ qu'on lit dans Calepin, au mot Orca : « Quidam etiam orcam àccipiunt pro vasculo lusorio , quo conjecti « taU, agitatique emittuntur in tahulam aleatoriam ; quod à Mai^ ■.tiale dicitur turricula. » Persius, sat. m :
Àngastae collo non fallier orcae.
« In hoc t^men loco Persii scribit Cornutus, orc^m^ vasis genus «.esse, coUo apgusto,. in quo nuces jaciebantur distanti ex loco; et ■ qui certo jactu mittebat, victor habebati^. »
♦^ Autre jeu de trictrac, duquel et du lourche Nicot fait mention au" mot Trictrac.' Coquiliart, dans ses Droits nouveaux.
Quand nos mignons chaulx et testas Jouent au glic on à la roynette, Hz emprunteront dix escus Dessus la clef de leur bougette.
Le traducteur anglois du Rabelais a expliqué la renette du trictrac par h dames doubles^ ou h doubler les dames , ce qui me persuade que renette en ce sens pourroit bien être une corruption de rdienette^ pour dire à nettoïer les raies, à vuider les cases. Je ne sais au reste si ce jeu a conservé son nom de renette encore long-temps depuis Rabelais; mais si, autant qu'on en peut juger par Gaule-bon-tempsy mot de Dijon , Desaccords , lui-même Dijonnois, et mort à Dijon l'an i Sgo, a fait cette épitapbe , qui se lit dans ses œuvres :
Cy gist un vray Gaule-bon-temps , Qui a pris tous les passetemps De la gueule et de la brayette , Des jeux de carte et de rend te.
On peut conclure que le jeu de la renette s'est joué sous ce nom-là, au moins en Bourgogne, jusqu'en l'année 1690. (L.) — La renelte
Aux martres %, A la bille,
Aux pin(][res 60, Au savatier 6» ,
est, selon Saumaise, sur Vopicus, dans Proculus, c. xxziii, une espèce de jeu de dames ou de trictrac. On gagnoit à la reinette , quand on prenoit toutes les pièces de son adversaire : ainsi c'est une espèce de jeu de dames ou d'échecs plutôt que de trictrac. Ce jeu prenoit son nom d'une des pièces qui s'appeloit reinette, c'est-à-dire^ petite reine. LVtymolo{pe qu'en donne Le Duchat est ridicule et absurde.
^^ Les Italiens appellent sbaraglino une sorte de jeu de trictrac , que l'abbé Gnyet, dans les notes marginales de son Rabelais, prend pour le 6an^n<n. (L.)
^* Sorte de jeu qu'on joue dans un trictrac On dit, selon l'Académie, il joue bien le to%ite-4abie. Voyez note 43 y aux tables.
*9 Voye« ibid. Cest le même qu'on appelle aujourd'hui déones rabattues, qui est une sorte de jeu qu'on joue sur le tablier d'un trictrac. On empile ses dames sur les flèches d'un des côtés du trictrac, qui est le côté (jauche du joueur, et à chaque coup de dés-, on en abat, et on les relève sur les flèches du côté à droite.
^° A cause que ce jeu est piquant, dit Ménage à la marge de cet endroit de son Rabelais. (L. ) — Bernier dit la même chose dans ses additions. Reniguebieu, ainsi qaejarnigoi,jamiguieu, etc., est pour Je renie Dieu.
^ ' Au j eu d'hombre , j ouer spadille forcé, se dit lorsqu'on est obligé de faire jouer toutes les fois qu'on a spadille; et l'on dit codille /orc/, lorsqu'on est obligé de gagner codille,sans quoi l'hombre gagneroit; et forcer, c'est obliger de jouer sans prendre. A l'impériale, on dit qu'on est obUgé de forcer, c'est-à^re de mettre les cartes supérieures, quand on en a. On y est aussi obligé à la bête, quand on joue au forçat.
^* Ci-dessous, hv. IV, chap. lvi, Panurge lui fit la babou en signe de dérision. Ce passage me fait juger que le jeu de la babou pourroit bien être un jeu où les enfants s' entrefont la moue. ( L. ) — Bouchet dit, sérée xxrv : « Et trouvons en Théocrite qu'une femme nourrice menace son enfant de la baboue et du marmot. » Ce fantôme est nommé aussi, en provençal et en languedocien, babolo, babaou, papoou; en breton, 6ar6aofi; en italien, baou. « Babau^j^ro-
4o8 LIVRE I, CHAP. XXIL
Auhybou^^ Alatirelitantaine^,
Audorelotdulievre^^ A cochonnet va devant ^^,
noncez babaou)^ dit le Dict. de Trévoux, est je ne sais quel fantôme imaginaire dont les nourrices de Languedoc et pays voisins se serveiit pour faire peur aux petits enfants. On appelle babau généralement tout ce dont on fait peur, sans jamais pourtant faire de mal. C'est ainsi que l'explique de La Peyre dans ^on Anti-Babau, qui, selon lui, ne veut dire autre chose que chasse frayeur, n
« Sur pliisieurs pierres gravées antiques, dit Adry, on trouve^ entre autres jeux d'enfants, celui où un petit enfant se couvre la tête avec un masque hideux qui fait fuir ses camarades. La moue est comme une imitation de ce petit masque. Quelquefois les enfants barbouiiloient l'un d'entre eux pour imiter ce masque, et ils s'en* fuyoient ensuite de peur, à la vue de leur propre ouvrage. Quelquefois les enfants se moquoieut de l'un d'entre eux par des signes de dérision, dont le plus en usage chez les anciens étoit de former avec l'index et le pouce une espèce de bec de cicogné derrière la personne dont ils se moquoient; ce qu'on appeloit pinsare, pinsitare; ce qui fait dire à Perse, en parlant de Janus, qui avoit deux visages :
Félix à tergo quem nuUa ciconia pinsit.
^^ Encore liv. II, chap. xviii. Ainsi passa la nuit Panurge a chopiner avec les paiges, et jouer toutes les aiguillettes de ses chausses a primus et secundus, et a là vergette- C'est un jeu que deux écoliers jouent tête à tête, en tournant les feuillets d'un livre dans lequel ils auront caché quelque chose qu'ils veulent jouer. (L.) — Sans doute, dit Adry, qu'ils les tournent l'un après l'autre, et que l'un dit toujours primus, et l'autre secundusy jusqu'à ce que l'un des deux ait ouvert la page où est l'enjeu.
** Ce jeu paroît être, dit Adry, celui où Ton pique un couteau, et quelquefois un cIqu, au bord d'une table, au milieu d'un des côtés : les joueurs jettent leur palet ou écu, et celui qui est le plus proche du pied du couteau, gagne, pour\Ti que son écu ne tombe point à terre. — Ce jeu est encore usité en Saintonge. Dans nos anciens poètes, il est appelé au plus près du cousteau. Voyez note 43 et note ^5.
Aux pies , Au beuf violé ^,
A la corne, % Ala chevesche^,
^'^ Jeu qu'on joue sur une table, à qui poussera une clé plus près du bord. Matthieu Cordier, chap. xxxviii, n. 43, de son De corr. serm. entend. y édition de iSSg, fait mention de ce jeu; et Alex. Morus, pag. 4i 6t 4^ de son Panég. de Calvin, remarque que Calvin jouoit quelquefob à ce jeu-là pour se délasser. ( L. ) — On y joue , dit Adry, encore de la même manière en Bourgo(pe et ailleurs, et là table est un peu en pente. On la mouille quelquefois, pour que la clé glisse plus aisément. Il y a encore deux autres sortes de jeux de clé, dont l'une consiste à cacher une clé, l'autre à sifOer deilans.
^^ Jeu où Ton jette une pièce de monnoie en guise de palet sur un quarré qu'on a tracé en terre , et divisé par ses diamètres et diagonales. Celui qui met sur les lignes gagne quelque avantage. Le livre de la Diablerie y cité par Ménage, au mot Tables :
Là joUant en toutes saisons
Aux quilles , au franc du quarreau. ( L. )
— D'autres disent au franc de quairreau , au franc carreau. Suivant LeDuchat, c'est une espèce de marelle. Il se trompe encore, dit Adry, et le Dict. de Trévoux explique mieux ce jeu : c'est un carré marqué sur la terre ou sur un plancher, dans lequel on tâche de jeter un palet ou une pièce de monnoie. Il faut éviter de jeter le palet sur les lignes, et on doit tomber au milieu du carreau, comme cela se pratique aussi à la marelle, qui d'ailleurs est un jeu différent : à la marelle, on trace différents can'és ou triangles ordinairement sur la teire; au lieu qu'au jeu du franc carreau, on joue sur les pavés égaux et réguliers d'une rue ou d'un appartement. Celui-là gagne dont la pièce est franchement sur le milieu d'un pavé, ou le franc du carreau^ sur l'endroit le plus éloigné des raies ou bords du carreau.
*^ Platon, Aristote, Aristophane, Horace, Ovide, parlent de ce jeu. Horace dit luderepar impar, jouer à pair ou non. On disoit autrefois pair ou sol. On y jouoit avec des osselets, des pièces de monnoie, des noix, des fèves, des amandes, etc. Auguste, selon Suétone, écrit qu'il envoie à chacun des convives deux cent cinquante deniers, pour jouer aux osselets, aux dés, ou bien à pair ou non; mais on n'est pas d'accord, dit Adry, sur la manière de lire et d'expliquer ce
4io LIVRE I, CHAR XXII.
A je te pince sans rire ®, A aeferrer Pasne ^,
A picoter, Al^jautru^
passage. Il consiste aujourd'hui à deviner si le nombre de billes, par exemple , que quelqu'un a mis dans sa main ou cache sous son chapeau est en nombre] pair ou impair. Le Dictionnaire des jeux de FEjicycl. méth. décrit un jeu nommé pair et impaify qui se joue avec trois dés et un tableau divisé en deux parties , dont Tune représente imprimé le mot pair^ et l'autre le mot impair. On verse les dés avec un cornet dans un double entonnoir, d'où ils tombent sur le tapis. La ponte se met sur pair ou impair.
^^ Le côté de la monnoie sur lequel est l'effigie du prince, s'appeloit croix y parceque anciennement il y avoit une croix en place de cette effigie. On appeloit pile le côté opposé, qui étoit celui de l'écusson où étoient les' armes du prince. De là vient le nom de ce jeu, qui se joue en jetant en l'air une pièce de monnoie,' et en devinant avant qu'elle soit retombée , sur lequel des deux côtés elle doit tomber. Celui qui devine le côté qui paroit quand elle est à terre, a gagné le pari. Sur les anciennes monnoies , dit Adry , il y avoit , d'un côté, une croix, et de l'autre, un vaisseaiï. Les Romains jouoient à ce jeu, qu'ils nommoient, caput aut navia, ou navis, tète ou navire, parceque d'un côté de leurs anciennes monnoies étoit la tête de Janus, et de l'autre un vaisseau. Cest ce que txous apprend Macrobe, Uv. L Saint Augustin parle aussi de ce jeu. En Italie, on dit Jleur ou saint ^ parceque d'un côté des monnoies de Florence et de quelques autres villes est une Jleur de Us, et de l'autre la tête d'un saint. En Espagne, ce jeu s'appelle Castillo y Léon y parceque, sur les monnoies d'Espagne, on trouve d'un côté un château,, qui sont les armes du royaume de Castille, et de l'autre un lion^ armes du royaume de Léon. Gomme croix et pile désignent les deux côtés de la monnoie, on dit qii'un homme n'a ni croix ni pile, pour dire qu'il n'a point du tout d'argent. On dit aussi par alluslan au jeu de croix et pile, jeter à croix et à pile, pour dire mettre une chose au hasard. Les Anglois appellent le côté dé la tête king side, le côté du roi; et le revers cross side, le côté de la croix, comme nous. Cet usage vient de ce que, sur leurs anciennes monnoies, aussi bien que sur les nôtres, il y avoit une croix au revers.
GARGANTUA. 4ii
Au bourry bourry zou7**, A la barbe d'oribus?», A je m'assis , A la bousquine 7^,
'^ Jeu qui ne se trouve point dans l'édition de Dolet. On joue aux martres ayec de petites pierres rondes qu'on jette en l'air comme les osselets. (L.) — On voit, par le Roman de la Rose y qu'on disoit aussi aux marteaux :
Et cioq pierres y met petites
Du rivage de mer eslites.
Dont les enfants aux marteaux jouent
Quand rondes et belles les trouent *.
César Oudin^, dans son Diet. firanç. esp., explique martres par osselets; et à Gaen, le jeu des osselets s'appelle m,âtres^ martes^ ou mat^ ires; en Anjou, on dit jouer aux pingres : d'où il suit que le jeu des martres et celui des pingres sont le même jeu que celui des osselets; et que ces deux noms font encore un double emploi daQS Rabelais. Martres doit donc s'être dit par métathèse pour madrés^ des cailloux madrés, marbrés, pu veinés de différentes couleurs, comme le marron, dont le noin vient du même radical, par la perte du d.
** Ci-dessous encore, liv. IV, chap. xiv, les damoiselles jouaient atcjc pingres, c'est-à-dire, selon moi, jouoient aux osselets, aux martres avec leurs épingliers, qui leur tenoient lieu de ces petites boules rondes avec quoi on y joue, et qu'à Metz on nomme pinglers^ sans doute d*épinglier, parceque autrefois, comme encore aujourd'hui, plusieurs de ces épingliers sont de forme ronde, comme des étuis à savonnettes. On appelle pm^res, en Anjou, ce qu'on appelle à Paris le jeu des osselets. A Bourges on le nomme cohles, de cubu- Itu, diminutif.de cuhus. A Caen, ce jeu s'appelle maires, martres, et martes. (L.) — « Dans le Rabelais anglois, liv. IV, chap. xiv, ajoute Le Duchat dans Ménage, le mot pingres est traduit par celui de de pu5A-pm, c'es.t-à-dire,jeu d'épingles. Et je ne doute point que pingres ne vienne effectivement de spina , d'où notre mot épingle : soit que par te jeu de pingres on entende un jeu dt épingles, ou le jeu des osselets ; auquel jeu des osselets on peut avoir joué avec des os de V épine de certains aniïnaux : spina signifiant tantôt une épine.,, et tantôt l'échiné ou épine du dos. » Voyez la note précédente.
Les trouvent.
4i2 LIVRE I, CHAP. XXII.
A tire la broche , A compère prestez moy
A la boutte foyre 7^^, vostre sac ,
*' A la savate. Matt. Cordier, chap. xxxviii, n. a5 de son De cor. serm. emend. Jouons à la savate. Ludamus solea detrita. (L.) — Plusieurs enfants sont assis en rond, les genoux levés; Tun d'eux est debout au milieu, et cherche une savate que les autres se passent sous leurs jarrets, couverts de leurs habits, et dont ils le frappent quand il a le dos tourné. Celui entre les mains duquel il prend la savate , se met à sa place , et la cherche à son tour.
®* Seroit-ce le même jeu qu*à la chevesche? Voyez note 67.
®^ Au charme du lièvre, dit le Rabelais aiiglois, c'est-à-dire à imiter la chasse du lièvre charmé. On peut voir la description de cette chasse dans les Essais des merveilles de la nature. (L. ) — Dorelot a dû signifier au propre un petit sommeil léger : il signifioit au figuré un mignard, un mignon, un enfant gâté, un homme qui se délicate, qui a trop soin de lui, d'où dorloter et se dorloter, dans le même sens : cette mère dorlote ses enfants, ce vieillard se dorlote fort; et l'on dit dormir de lièvre y pour dormir les yeux ouverts. Dorelot et dorloter sont donc des diminutifs de dormir.
** Ce doit être un jeu à se tirailler l'un l'autre. Le traducteur du Rabelais en anglois a rendu le nom de ce jeu par h tire-le un tantinet. G'étoit aussi le refrain d'un vaudeville dont parle Charles Fontaine en son Quintil censeur, pag. 196 de* l'édition de i556. (L.)
*' Jeu de boule, ou de palet, auquel l'endroit où s'arrête la boule ou le palet de celui qui joue le premier sert de but pour lui-même et pour les autres. (L. ) — On appelle cochonnet une petite boule d'os ou d'ivoire , taillée à douze faces pentagones, marquées de points depuis un jusqu'à douze. On la roule sur une table pour jouer, comme si c'étoit un dé ; mais à cochonnet va devant, on la roule devant soi en se promenant, et on change à chaque coup de but : c'est sans doute parcequ'elle se souille comme un goret, un petit cochon, en roulant, fpi'on la nomme cochonnet. Est-ce le même^eu que celui que Montaigne appelle, liv. III, chap. xiii, à cornichon va devant?
^^ Ou vielle, comme l'abbé Guyet a remarqué jju'on parle aujourd'hui, et comme Bouchet, Sérée xxix, appelle déjà ce jeu. On appelle à Angers bœuf violé ou vielle, un bœuf que les bouchers y
GARGANTUA. 4i3
A la couille de bélier 74, A fig[ues de Marseille,
A boute hors , A la mousque 7^,
promènent pendant les jours gras. Ce bœuf, qu'ils ont pris soin de parer de rubans et de bouquets , est par eux accompagné pendant ces jours-là au son des violons ou des vielles, après quoi ils le tuent, et en envoient des morceaux à leurs principaux chalands, qui, par reconnoissanee, leur font des présents qui servent à les indemniser de ce que valoit le bœuf, et des frais de la fête. Les enfants s' étant avisés de parer de même et de promener un de leurs camarades, qu'ensuite ils faisoient semblant d'égorger, on a appelé cette farce , jouer au bœuf violé ou vielle. (L.) — Le Duchat, dans Ménage, donne avec raison comme une conjecture ce qu'il avance ici comme un fait. « Il y a de l'apparence, dit-il, qu'au jeu de bœuf violé les enfants imitant cette coutume (d'orner de fleurs la tête du bœuf gras, et de le conduire par la ville au son de la viole ou de la vielle ) , oriioient de fleurs la tête d'un de leurs camarades, et le conduisoient en cet état par les principales rues du lieu de leur demeure au son de quelques instruments, et faisoient ensuite semblant de le tuer, comme à un autre de leurs jeux, appelé par Rabelais, au pourceau mory. »
^^ La chevêche est le même oiseau que la chouette. On appelle au jeu de piquet, /aire la chouette, jouer seul contre plusieurs qui jouent alternativement. Cette locution vient sans doute de ce que les pipeurs imitent le cri de la chouette pour prendre les petits oiseaux. Ce jeu est-il le même que celui qui est nommé plus haut au hybou?
^^ Chacun pince le nez ou le menton de son voisin à droite; et s'il rit, il donne un gage. L'attrape de ce jeu consiste en ce cpie deux personnes de la société se sont entendues pour avoir un bouchon brûlé dont elles se noircissent les doigts. Ceux dont elles pincent le visage sont barbouillés de noir, et prêtent à rire d'autant plus que chacun croit que l'on rit de l'autre.
^^ Nous ne savons en quoi consiste ce jeu. Seroit-ce de feindre , en jouant, d'ôter le soulier, en levant le pied à un enfant, comme on le lève au cheval pour lui ôter son fer ou lui en mettre un? On dit figurément qu'on a déferré un homme des quatre pieds, pour dire qu'on l'a rendu muet, déconcerté, interdit; qu'il s'est déferré^
4i4 LIVRE I, CHAP, XXII.
A l'archer tru 7^, A Ja ramasse?^,
A escorcher le re^nard 77, A croc madame 79,
quand il est interdit et confus en parlant à quelqu*un ; enfin on dit de ceux qui se fourrent dans quelque chose où on ne les appelle pas, qu'ils se mêlent toujours des fers à Tâne. Or, tout le monde sait qu'on ne ferre pas les ânes.
^° Jeu où Fun des joueurs, qui se cache, est cherche par les autres, qui souvent le laissent là, et s'en vont. Les mots de ce jeu me paroissent corrompus d'autres qui, en allemand, signifient le caché soitf ou reste cûché. (L.) — Bourrir est un terme de chasse qui se dit en parlant du bruit que font les ailes des perdrix^ et sur-tout des rouges^ quand elles partent. Le nom de ce jeu pourroit bien en yenir plutôt que de mots allemands que Le Duchat n'a pas même cru devoir citer ; et le jeu pourroit bien être aussi une imitation du bruit que font les perdrix en s' envolant.
^' Jeu où l'on bande les yeux à quelqu'un de la compagnie, puis, sous ombre de vouloir lui faire une barbe dorée, on le barbouille avec de l'ordure. On appelle dans le même sens poudre d^oribus, la poudre que, liv. it, chap. xxx, Rabelais nomme diamerdis: et au chap. XXII du même livre, l'auteur voulant nous donner une idée désavantageuse de certain sorboniste de son temps, a cru ne pouvoir lui donner un sobriquet plus convenable , par rapport soit au mérite, soit même au nom du personnage, que celui de notre maître Doribus. (L.) — On traite de barbe d'oribus, dit encore Le Duchat dans Ménagé, iin jeune homme à qui la barbe commence à poindre, parceque les jeunes barbes sont blondes et dorées. On SL de là appelé barbe d'oribus^ un jeu où les enfants, sotis le semblant de faire uùe barbe à l'un d'entre eux qui a les yeUx bandés , lui en font une avec de la merde. Le traducteur anglois à rendu à la barbé d'oribus par h la bathe qui commence à pousser,
^' A l'ancienne mode, dit le Rabelais anglois. (L.)
^' Si, comme il y a de l'apparence , /oire ici vient de foras, ce jeu doit être une espèce de boutehors, (L.) — Le Duchat a raison: la boute-foyre et le boute-hors doivent être un même jeu sous deux noms différents. « Le boute-hors ou boute-dehors, dit le Dictionnaire de Trévoux, est une espèce de jeu qui n'est plus en usage: au fi-
GARGANTUA. 4i5
A vendre Tavoine , Aut reiSpOnsailles *>,
A souffler le charbon ^ Au juge vif et jug^e mort ,
gnré on dit de deux hommes qui tâchent de se débusquer Tun Tautre de quelque emploi, de quelque charge ( du ministère par exemple), qu'ils jouent au houte-hors. » Mais M. Beatiséjour, députe de la Gharentc^inférieure , nous apprend que ce jeu est encore en usage dans son département, où on l'appelle boute^dehors, qu'il consiste en ce que les enfants se mettent plusieurs sur un banc, et tâchent, en se pressant, d'en faire sortir un. Il est aussi usité dans l'Orléa* nois et la Touraine, et nous y avons joué nous-méme an collège.
^* Jeu de ballon, auquel on joue avec la bourse des testicules d'un bélier. Les pages du roi Henri II y jouoient entre eux, témoin ce que raconte Brantôme d'une des filles de la reine, à qui, en se levant de terre , où elle étoit assise dans la chambre et en présence de cette princesse , il arriva de faire bondir de dedsous ses jupes , une de ces balles belinières, bien pelue et bien yelue, qu'un, gentilhomme y avoit fait couler pour lui faire pièce. ( L. )
^' L'abbé Guyet croyoit que ce jeu pouvoit être celui de la mouche, duquel Rabelais parle, liy. III, chap. Ixxyiii, où il en fait dérivei^ le nom par Bridoie h Musco inventore. En ce cas-là, ce seroit te même jeu qu'Érasme en ses Adages, au mot proteo mutabilior, et Mat. Cordier, chap. xxxviii, note 12, de son De cour, sertn. ementf. ont appelé Empusœ ludus, parcequ'on y joue à cloche-pied. ( L. ) — « Mouche, dit le dictionnaire de Trévoux, est un jeu d'écoliers, où l'un d'eux, choisi au sort, fait la mouche^ sur qui tqus les autres frappent , comme s'ils la vouloient chasser. Rabelais ( liv. UI , chap. XXXVIII ), dit de quelques ofBciers, qu'ils jouoient à la Mous* che avec leurs bourelets, et que c'est un exercice salubre, h Mosco inventore. Ce jeu vient ordinairement des Grecs, qui avoient fentre leurs jeux, ceux qu'ils appeloient fet/à^'?)! , fjtuin^Ay etc. •» PoUux, dit Adry, appelle ce jeu chalce muya^ mouche d'airain, et Hesychius, muynda, la mouche. On bandoit les yeux à un enfant qui crioit : « J'irai à la chasse d'une mouche d'airain. » On lui répondoit: «Vous irez à la chasse de cette mouche, mais vous ne prendrez rien. » Alors on le fîrappoit avec des cordelettes jusqu'à ce qu'il eut pris quelqu'un. Si on découvroit ses yeux avant de deviner, on recom-
4i6 LIVRE I, CHAR XXII.
A tirer les fers du four, Aux cailletaux 8»,
Au faulx villain , Au bossu aulican ^^,
mençoit. Ce jeu s'appelle aujourd'hui l'aveugle. On bande les yeux à un enfant qui cherche à attraper les autres, qui le lutinent. pendant ce temps-là. Celui qwil attrape se met à sa place. On donne aussi quelquefois le nom de mouche au jeu de colin- maillard; les Italiens disent a//a moscola, omosca cieca^ la mouche aveugle. Cest peut-être le mousco-dabit (^musca-vadit) des Lan{]fuedocien5 qui appellent aussi le colin-maillard, ^ar/am&ostt. Parmi les jeux de Stella, on trouve la mouche. Un enfant tient en main un vase plat ou assiette; un de ses camarades tourne autour du pot, bourdonne, et contrefait la mouche : ce seroit la mouche d'airain, si l'enfant avoit les yeux bandés.
'^ Nous n'avons pu découvrir quel étoit ce jeu. Nous avons seulement appris de M. Beauséjour que le trut est un jeu encore usité en Saintonge; qu'on le joue avec trois cartes; que lorsqu'on a un certain point on frappe sur la table, et on dit trut. En effet en languedocien, tnœ, signifie un coup donné ou reçu, trucuy frapper, donner des coups, heurter contre; se trucay se donner un coup, se cogner, se heurter; paga truquet^ ^ayer comptant; trucal, une butte; trucO'taoulié y un batteur de pavé, un vagabond, un ivrogne qui se heurte à droite et à gauche, et à qui les enfants crient: A moi muraille! Cependant nous devons faire remarquer, i° qu'on a dit en vieux françois truy par contraction, pour tr'd)ut, impôt, et pour trou y prison, d'où estre en truage, pour être en prison, et trouge, trou, caverne, par contraction aussi de truage; a° que cette signification de tru, prison, paroit en rapport avec celle d'archer.
7^ Pour retourner un renard comme on en retourne la peau, il faudroit que la queue lui passât par la geule. Or, comme les fusées que fait 'un ivrogne qui vomit, ont quelque rapport avec la grosse et longue queue du renard, de là est venu, à mon avis, qu'on a appelé renarder et écorcher le renard le vomir des ivrognes. Je ne sais au reste, quel peut être ce jeu, qui, pour le dire en passant, se trouve bien dans l'édition gothique, in-12, 1642, et dans celle de i553, mais non dans l'édition de i535, ni dans celle de Dolet. Peutêtre consiste*t-il à contrefaire les grimaces et le hoquet d'un ivrogne
A sainct trouvé ^ Au poirier ^,
A pinse morille^^, A pinpompet ^^^
qui rend gorge ( L.) — ^Écorcher le renard , est une locution proverbiale qui signifie vomir après avoir bu ( en parlant d'un ivrogne ), par al>lusion sans doute au renard qui passe pour aimer le raisin; mais nous ne savons pas non plus en quoi consistoit le jeu du même nom.
7' Jeu qui imite la manœuvre qu^on pratique dans les Alpes, en<^ vers ceux, qui les traversent dans le fort des neiges. Nicot, qui nous apprend une nouvelle manière de ramasser, vmentée de son temps, dit qu'on y employoit une espèce de civière appelée ramasse, parce^ qu'avant cette invention on ramassait les passagers sur de grosses branches d'arbres, tirées avec une corde par celui qui ramassoit. Or le jeu de la ramasse est en vogue entre les enfants, particulière^ ment pendant l'octave de la Fétë-Dieu, comme on parle, auquel temps ils emploient à se ramasser l'un l'autre dans leur rue, les rameaux ou branches d'arbres dont on avoit orné le devant des mai" . sons au jour de cette fête. ( L. ) — Jouer à la ramasse , c'est se traîner les uns les autres sur une espèce de civière , avec des rameaux ou branches d'arbres. Ce jeu et son nom nous viennent des Alpes, où il est encore en usage en temps de neige. La ramasse est un traineau sur lequel les Voyageurs se font ramasser, c'ést-à-dire descendre sur la neige le long des montagnes. Ce traîneau est une espèce de chaise, derrière laquelle est celui qui la conduit, et qui la fait desrendre et rouler avec une prodigieuse rapidité par des che^ mins escarpés. Pontis raconte d'une manière agréable, dans ses Mémoires, tom. I, pagv 609, comment Louis XIII étant arrivé à Briançon, se fit ramasser par le consul du lieu, et lui-même par la fille de ce consul, que le roi récompensa d'un privilège et de <|uelques pistoles.
7^ Aufredon ou €iccrocheZ''tnoi^ madame^ dit le Rabelais anglois; mais je ne vois pas quel rapport peuvent avoir ensemble ces deux explications d'un même jeu. ( L. ) — Ne seroit-ce pas le même jeu que le trou-madame?
'^ A se remarier ensemble, à se répouser, dit le Rabelais anglois. De sponsalia on aura donc d'abord fait sponsailles, comme de cori'
4i8 LIVRE I, CHAP. XXII.
Au triori ^, A la truye ®®,
Au cercle ^, A ventre contre ventre,
ventus et de monasterium^ couvent et monstier, ainsi qu'on écriToit et prononçoit anciennement ces deux mots. (L.)
^' Aux petits cailloux y ou à mettre neuf pierres dans un sac y dit le traducteur ançlois ce qui suppose qu'ici cailleteau vient de cal" culettellus diminutif du diminutif calculettus. (L.) — Cailleteaux si- ^ifie aussi jeunes cailles ; mais il est plus probable qu'il s'agit ici de petits cailloux.
'^ Si, conformément à la traduction angloise, ce jeu consiste à contrefaire le bossu et le boiteux, il semble que ce soit ici une corruption d'au bossu niai ingambe. Dans l'édition gothique de i543, sans nom de lieu ni d'imprimeur, il y a au bossu d^alican. ( L.) — La conjecture de Le Duchat sur la corruption d^aulican ne nous paroit pas heureuse; aulican, peut venir du latin aulicus, de cour, courtisan; ce seroit alors un bossu ou un fou de cour, aulican peut s'être dit aussi pour au lit camp, au Ht de camp; quant à bossu, c'est ainsi, selon le dictionnaire de Trévoux , qu'on appelle en Touraine la monnoie de billon qu'on nomme à Paris sou-marqué: mais il est plus naturel de croire qu'il s'agit ici d'un jeu où l'on contrefait le bossu.
'^ Ce jeu se joue encore dans la Saintonge : on pince le bras, en disant pince morille, nous apprend M. Beauséjour.
"^ Rabelais, dans la nombreuse liste des jeux auxquels il fait jouer Gargantua, dit également : à V arbre fourchu , au chêne fourchu , au poirier fourchu ; et c'est en effet, selon Adry, le même jeu, qui consiste à se tenir sur la tête et les mains, tandis que les pieds sont en l'air et écartés. Dans le Languedoc, on l'appelle fa las candelétos.
' ' Al.Pimpompimpet, dit l'abbé Guyet, à la marge de son Rabelais. (L.) — Bemier met en note dans ses additions : Alias pinpontpinpet; mais la leçon ou l'orthographe de Guyet nous paroit préférable. Le nom de ce jeu doit tenir à pimpant, pompon , pompe. On a dit pimpousaicy pimpousée, pimpesouée , femme qui fait la pimpante j comme une épousée de vUlage : ce mot doit être par conséquent composé de pom/^e et épousée, et faire allusion à la locut^n que nou«
Aux combes 89, Au palet 9°,
A la vergette , Au j'en suis 9»,
Tenons de citer, et à VépomUfÊtu mois de mai, espèce de jeu où les petites filles parent une d'elles comme une mariée.
^^ Sorte de pas et de sauts, qui inûtent les trioris de Bretagne, ainsi nommés de t^i;|^o^iov, parceque les airs en sont à trois temps fort vîtes. Voyez la tablature de ces branles, fol. 8i verso, de FOr* chésographie de Thoinot Arheau, anagramme de Jehan Tabourot. (L.) — Le In'ort ou trehori de Bretagne, est une ronde ancienne usitée encore en Bretagne, dont le nom vient en effet du grec ift^^fia., triple choeur : on devroit donc écrire trihori par une h. «
^' Dans Stella, le jeu du cercle^ quil distingue du jeu du cerceau, consiste à tenir un cercle, et à le tourner autour de soi, de manière que le corps passe dedans. C'est, dit Adry, comme le jeu de la corde, mais le jeu du cercle est plus dangereux.
'* On appelle encore ce jeu ainsi, nous a dit M. Beauséjour, dans la Charente-inférieure. Il se joue dans les prés. Il consiste à chasser une boule dans un trou avec une sorte de crosse ou pedum , nommée ricoche : ce seroit alors à-peu-près le même jeu que celui de CQchonet va devant ^ et son nom de truie auroit la même origine: Il est encore un autre jeu du même nom qui se prononce treu en Sologne , et qu on appelle loup à Paris. Ce jeu consiste à faire tourner autour de soi un bout de latte dentée attachée à une corde : ce qui produit une sorte de grognement semblable à celui de la truie ; de là son nom.
'^ Combes, signifiant vallées; il est plus que probable que ce nom est altéré, et que combes est ici pour combles <f faite d'une maison, ou d'une mesure.
'° Il y a deux manières de jouer au palet : dans la première, un *des joueurs jette un petit écu, qui est comme le but, chacun jette ensuite son écu ou palet, celui qui s'est placé le plus près du but, gagne. Dans l'autre manière qu'on nonune le jeu de là galloche ou de la bombiche^ on prend pour but fixe le couvercle d'un étui ou d'une écritoire , un bouchon de liège ; on y met quelques pièces de monnoie ; on cherche à renverser la bombiche ou galloche avec son palet : les pièces éparpillées appartiennent à celui dont le palet est
420 LIVRE I, CHAR XXIL
Au f oucquet 9^, Au rapeau 9^,
Aux quilless^, A la boulle plate 9^,
l6 plus proche. Galloche, signifie j^fj^ment talon de bois d'un soulier et d'un sabot : on s'en servoit sans doute autrefois pour but. bombiche ^ient de bomber y un but qui bombe.
^' Jeu de pelotte ou de balle entre deux personnes qu'une troisième \ient croiser en disant j'en suis, au moment que de sa raquette elle a attrapé la balle ou la pelotte que l'une des deux premières alloit recevoir sur la sienne. Mat. Gordier appelle ce jeu colludere pila certatim excipienda. « Hic enim, dit-il^ certatur uter, aut quis(si multi sint) pilam excipiet, meliorque censetur ejus conditio qui excipit quàm qui mittit. Hic enim est tanquam minister, Hle quasi dominus. Unde qui pilae exceptorem detrusit, solet dicere, ego sumijen suis, cest-à'dire y je suis enjeu: pro eo quod latine dici potest; sum pilae excepter. » (L.)
^* Voici conmie j'ai vu pratiquer le jeu de fouquet à des paysans. Ils prennent une poignée de filasse qu'ils tordent en long, et qu'ils se fourrent par un bout dans l'une des narines, mettant le feu au bout d'en bas de la filasse. Le feu monte : eux cependant disent toujours/oii^uet, fouquet y et soufflent en même temps par la narine qui est libre ; en sorte que ce double vent empêche que le feu, qui gagne le haut de la filasse , ne leur brûle ni la bouche ni le nez. On voit, par là, d'où a pris son nom le jeu de fouquet; mot qui néanmoins dans la signification de feuquety c'est-à-dire de petit feu, vient de foquetus diminutif de focus. La manière au reste dont j'ai dit que se pratiquoit ce jeu est différente de celle que décrit Rabelais au prologue du liv. IV, mais il n'est pas extraordinaire qu'un même jeu se pratique différemment. (L. )
®' Ce jeu est trop connu pour le décrire : il consiste à abattre successivement une quantité de quilles fixée, avec une grosse boule qu'on lance et fait rouler d'un but assez éloigné ; les quilles sont au nombre de neuf, et rangées debout dans un carré, à une certaine distance Tune de l'autre ; la quille du milieu, qu'on nomme en Sologne le Colas y abattue seule, compte pour neuf, autant que les neuf. Ce nom de Colas pour Nicolas y est très remarquable, il se donne en général, dans les jeux d'enfants, à celui qui se tient au mi-
Au vireton 9^> A touchemerde 9^,
Au picquarome 97, A angenart 99,
lien des joueurs, qui est le but et le plastron des autres, le niais; et c'est sans doute le rapport de ce nom et de nigaud son synonyme avec celui de Nicolas, qui est la cause de Fabus qu'on fait de ce nom de saint: c'est ainsi, et pour la même raison, qu'on dit JVicodéme pour niais,
^* Jeu de quilles du Dauphinë et de l'Auver^pae, à qui en abattra le plus du premier coup. Brantôme parle de deux princesses , dont de son temps les soldats s'entredisoient, que si l'une jouoit bien aux quilles, l'autre ne rempelloit pas moins bien. Voyez ses Dames galantes y tom. n, pag 4^5. (L.) — £n Languedoc, ce jeu se nomme rampeu. « Il peut se faire, dit Adry, qu'on y joue en Dauphiné et en Auvergne, de la manière que le dit Le Duchat; mais il est certain qu'on y joue tout autrement dans le Poitou et dans plusieurs autres provinces; et on doit remarquer que Rabelais, voisin du Poitou (qui de plus a été moine à Fontenai-le-Gomte)^ étoit très éloigné des deux provinces dont parle le commentateur. » Voici comment on joue ce jeu dans le bas Poitou, d'après M. Beauséjour : on range trois quilles sur une seule ligne, qu'on tâche d'abattre avec une boule; quand on n'en abat pas, on est expulsé du jeu; pour y renti*er il faut déposer une somme égale à l'enjeu total, ce qu'on appelle ivmpeler: celui qui abat les trois quilles prend tout. Gomme on a dit rapeau pour rappel y réclame, ainsi qu'on le voit dans nos anciens lexicographes, entre autres dans Duez, dans Oudin, etc., il n'y a pas de doute que rempeler ne soit pour rappeler au jeu, et non pas pour revenir en peau , et que rampeau ne se soit dit également par corruption pour rapeau. On trouve dans le glossaire de la langue romane : rapeau .f renvi au jeu; appeau pour siffler les oiseaux. Cest donc dans ce sens de rappeler avec un appeau y que Brantôme, en parlant de deux femmes galantes , dit que si l'une jouoit bien aux quilles, l'autre ne rempelloit pas moins bien. Ainsi rapeau est mieux dit que rampeau , et doi^tre^ la vraie leçon.
®* Jeu d'Auvergne, selon Bernier. Seroit-ce le même que le jeu de siam?
. '* Ne seroit-ce point cet amusement que prennent les enfants h.
4m livre I, CHAR XXII.
A la courte boulle '«>, A la requoquîllette ï*»^,
A la griesche'o*, Au casse pot »®3^
faire virer ou tourner un peson sur une petite cheville qui le traverse ?(L.) — Adry dit qu'on y joue encore aujourd'hui; que ce jeu est différent du tourniquet; et qu'on l'appelle aussi pirouette. Vireton étoit une petite flèche , un petit trait d'arbalète, parcequ' elle tournoit et viroit en l'air, à cause des ailerons qui y ëtoient att^^hës. Ce mot vient du latin verutum broche, ou c'est le diminutif du vieux franc ois vire, flèche, dard, forme de veru.
^^ Un écolier courbé et appuyé des mains sur les reins de son camarade, qui se tient debout devant lui, et qui lui tourne le dos, reçoit en cet état sur son dos un autre de ses camarades, à qui il dit de piquer, et qu'ils vont à Rome. (L.) — « Ce jeu, dit encore Le Duchat, dans Ménage, consiste à s'asseoir sur son camarade, comme sur un cheval , et à lui donner du talon dans les flancs , en faisant semblant d'aller à Rome. » En Sologne, les enfants appellent piquarome , un autre jeu dans lequel on ^t^ue un petit bâton pointu en terre, et on envoie à Rome celui dont le piquet a été arraché, en lançant ce piquet le plus loin qu'on peut. Cest ainsi que dans les jours de ténèbres où les cloches sont remplacées par des crécelles et des maillets, le peuple dit que les cloches sont allées à Rome. Voyez aupicquet, note iio.
*• Ce proverbe, non plus que le précédent et le suivant, n'est pas dans l'édition de Dolet. Cest celle de i553 qui les a introduits. (L. ) ^^ Nous ne savons pas en quoi consiste ce jeu, mais angenart doit venir d* engin ruse, finesse, subtiUté, tromperie, engan en provençal ancien, engano en espa{jnol, inganno en italien, engigner, engeigner, engeiner, engener, tromper, amuser, subtiliser, engigneour, engignour, engigneur, engignere trompeur, du latin inqe^ nium.
'*** Jeu de boule dont l'espace est fort court et fort limité, pour le distinguer du jeu de la longue boule.
'**' Cest comme un volant se nomq^e ««i Anjou, à cause qu'on l'y fait de plumes de perdrix grises, qui s'appellent en ces quartiers-là ^nejc/tes. (L.) — On dit en Anjou, youer à la gruesche, pour dire jouer au volant. Dans Rabelais il y a à /a griesche^ en quel-
 montalant io4, Aux jonchées i^,
A la pyrouette »°5, Au courtbaston '®7,
ques éditions : ce qui me fait croire, dit Ménage,, que ce jeu a été ainsi appelé parcequ on y joue ordinairement avec un volant fait d'ailerdè perdrix ^nescAes. On l'appelle au Maine co^uantin, parcequ*on faisoit aussi des volants de plumes de coq. Ce mot se trouve aussi dans Rabelais. Voyez à Im pyrouette, note io5.
'^^ Nous n'avons pu découvrir en quoi ce jeu consiste; mais son nom vient de recoquiller, retrousser par les bords en forme de CO' quille; et Ton dit recoquiller les feuillets d'un livre, les bords d'un chapeau, les feuilles des arbres; les vers de terre, les fleurs se reco^ quilleni; le recoquillement d'une feuille, d'un vers, etc.
'°^ Au pot cassé, dit Mat. Gordier, chap. xxxviii, note a6, de son De corr.serm. entend. On pend an plancher, avec une corde, un vieux pot de terre, puis on bande les yeux à tous ceux de la compa< gnie, lesquels en cet état vont tour-à-tour, un bâton à la main, tâcher d'atteindre ce pot, au hasard que les éclats en volent sur eux : ce qui cause un tintamarre où il y a toujours du danger. Scarron, chap. xviii, de la première partie de son Roman comique, parle d*une antre manière de jouer au pot cassé. (L.) — Ce jeu doit être Je pot au noir. Peut-être aussi, dit Adry, ne s*agit-ii que d'un pot fêlé ou un peu ébréché, que des enfants placent sur une hauteur, et achèvent de casser en jetant des pierres d'une certaine distance. Le vainqueur est celui qui a achevé la destruction totale. On voit par-là que Jes enfants sont déjà de petits hommes, comme les hommes ne sont que de grands enfants.
'^^ Pour à mon talent; c'est-à-dire pour en faire à mon désir, à ma volonté, à mon plaisir. Talent ou talant avoit autrefois cette signification. Mais quel est ce jeu?
'°' La pirouette est une pièce de bois, de métal, ou d'ivoire, ronde et percée, au travers de laquelle passe un pivot sur lequel on la fait tourner, pour divertir Jes enfants; mais le jeu de la pirouette de Gargantua, doit être celui qu'on joue encore en Sologne sous ce nom, avec des palettes de bois^ et avec un volant dont les plumes sont piquées sur un petit cylindre de bois également , que les enfant:^ •appellent une drue ou une gi'ucy au jeu de palet : ce qui nous fait
Au pirevollet »o8, Aupicquet"%
A cline mucette ><»», A la blanque "»,
présumer que le nom de jeu de gruesche ou grieschcy donne au jeu de volant en Anjou, pourroit bien être dérivé de là. Voyez à la griesche, note loi. Adry dit que ce jeu et celui de virevolte pour- Foient bien être le même, qu*à Troye, le volant s'appelle pilvoûau et il remarque que dans les jeux de Stella , le volant n*est qu une espèce de bouchon qui n a que deux plumes, et qu'on repousse avec un battoir : c'est le jeu de la pirouette de Rabelais.
'** Jonchets, ludus junculorum , dit Mat. Gordier, chap. xxxviii, note 43 de son De corr. serm*. emend. Ce jeu a été nommé de la sorte, parcequ'autrefois on y jouoit d'ordinaire avec de petits brins de jonc : ce qui se pratique encore à Saint-Lo en basse Normandie, aà lieu qu'ailleurs ou n'y joue plus guère qu'avec des brins de paille ou avec des bétons d'ivoire de même grosseur. ( L. ) — Ovide fait inention de ce jeu, De aite amandi, liv. III :
Reticuloque pilae levés i'undantur aperto : Ncc nisi quam tollas , uUa movenda pila est,
Nicot appelle ce jeu \ejeu des jonchées y comme Rabelais, et Ménage remarque qu'on le trouve ainsi écrit dans quelques dictionnaires. « Jonchée, dit Nicot, signifie la poignée de petites broches d'yvoire, dont les filles s'esbattent, qu'on dit le jeu des jonchées. » Montaigne le nomme le jeu des jonchez^ liv. III, chap. ix : «Cest un mouvement d'yvr oigne , dit-il, titubant, vertigineux, ou des jonchez^ que l'air manie casuellement selon soy. » Sur quoi Coste remarque qu'on empoigne ces brins de joncs pour les faire tomber tous ensemble, de manière qu'ils s'éparpillent en tombant : et c'est ce qui fait dire à Montaigne que l'air les manie casuellement selon soy. Le Duchat, Ménage, Gordier, Goste, Trévoux, et Adry, se trompent donc tous certainement en prétendant que le nom de ce jeu vient de ce que les jonchets étoient faits d'abqrd avec de petits jonca. Comme on appelle également ce jeu le jeu des honchets ou onchets\ que honchets n'est qu'une variante de hochets, que hocher signifie mouvoir, bouger, que parmi ces honchets, il y a encore de vrais hochets y comme le roi, la reine, le cavalier, qui ont une forme
Ah f uron " ', . Au chastelet » »4,
A la seguette "^, A la rengee "^^
particulière, comme enfin ce jeu consiste à tirer du jeu un honchet, sans faire repiuer les autres, il est ëTident que jonchées et jonchets •ont pour honchets, honchets pour hochets, et que jonchets ainsi que hochets vient de hocher et non àejonc. Cest donc honchets ou hochets qu'il faut dire. Ces honchets sont donc les oscilla des anciens , qui étoient des petites figures humaines qu'on faisoit mouvoir comme nos marionnettes et nos pantins, d'où on a dit en latin oscillare osciller, oscillatio oscillation, dans le même sens étymologique que celui que nous assignons à jonchets ou honchets. On faisoit mouvoir ces marionnettes aux saturnales, en mémoire des enfants emmaillotés que Saturne avoit dévorés; et notre jeu des honchets, vient évidemment de cet usage antique et payen. Voy. note iSy.
"*' Dans Stella, on trouve ce jeu ainsi figuré : deux enfants assis face à face, empoignent un bâton, chacun tire de son côté, et s'efforce d'enlever de terre son compagnon.
'^* Le Rabelais anglois a traduit At the whirling gigge, comme qui diroit : h la toupie tournante. Je crois que c'est proprement, ou à faire voler sa toupie, du pavé ou du plancher sur la paume de la main, sans qu'elle cesse de tourner; ou a faire sauter cette toupie du pavé ou du plancher sur la paume de la main ( vola)^ sans qu'elle cesse de pirouetter. La chose est facile, et il n'y a qu'à prendre bien son temps. (L.) — « Pirevollet, ajoute Le Duchat, dans Ménage, peut aussi venir de pirouetter et de voler. Le saut de la toupie sur la main semble un vol, tant ce saut est subit. » En Saintonge, nous a dit M. Beauséjour, ce jeu consiste à lancer en l'air un bâtonnet à l'extrémité duquel sont implantées deux plumes de coq, et à le faire retomber en pirouettant sur sa pointe. Voyez h la pyrouette, note io5.
'"^ G est comme on parle en Anjou, mais à Paris on prononce et on écrit cligne mussette, des verbes cligner et musser; parcequ'en ce jeu, pendant qu'un des enfants cligne, c'est*à«dire ferme les yeux, il donne le temps de se musser ou cacher à ses compagnons, qu'il ▼a ensuite chercher. (L.) — Dans ce jeu d'enfants, selon le dictionnaire de Trévoux, qui le nomme cligne^musette ou climusette, l'an
A la foussette » »fi, A la trompe » »®,
Au ronflait » *7, Au moyne » >9,
d'eux ferme les yeax, tandis que les autres se cachent en dÎTers endroits, où il est obligé de les chercher pour les prendre. La Monnoie, dans son glossaire bourguignon, dit que « ce jeu s'appelle en bourguignon bouchau, parcequ'un des joueurs s'y bouche les yeux, pendant que ses compagnons se cachent. Cest Vapodidrascinda des Grecs, a Ainsi, à ce jeu, un enfant cligne les yeux, et les autres se mussent ou se cachent. Il les cherche, et s'il en attrape un, celui-ci «e met à sa place. Cest donc ime corruption que de l'appeler climu' sette, comme dans le savant de société : le vrai nom est cligne-mur sette. En Languedoc on le nomme le claquet, le cache-cachette; en Sologne,youerà iâ cachette.
"^ Ce n'est point ici ce jeu de cartes, qui nous est venu d'Espagne vers le milieu du dix-septième siècle; c'en est un auquel les enfants jouent avec des bâtons semblables à des piquets. (L.) — Bemier dit aussi dans ses additions qu'on joue à ce jeu avec des bâtons ou piquets : c'est donc le même que celui qu'on nomme piquarome en Sologne. Voyez au picquarome , note 97.
"' « On appelle aussi ce jeu, selon Adry, piquer t épingle. Les enfants tirent dans un hvre avec une épingle; on se sert d'un hvre dont toutes les pages sont blanches, à l'exception d'un petit nombre où l'on a écrit quelques petits lots, comme de cinq, de dix épingles, que l'on gagne si on place l'épingle sur ces pages écrites ; si on n'attrape rien, on dit : Blanque, ce qui veut dire page blanche. Ce jeu est différent de celui où l'on tire à la belle lettre dans un livre imprimé. « En Sologne les enfants jouent à la blanquey en piquant une épingle dans un papier sur lequel sont écrits plusieurs nombres par dessous; si l'épingle pique un de ces nombres, on gagne autant d'épingles ; on perd son épingle , si on pique dans le blanc. Le dictionnaire de Trévoux dit que la blanque est une espèce de loterie où l'on achète certain nombre de billets, dans lesquels, s'il y ev a quelqu'un noir, ou marqué de quelque meuble qui est à l'étAlage, on en profite ; s'il n'y en a point , on perd son ai^gent ; et alors on dit qu'on a trouvé blanque, d'où ce jeu a tiré ce nom, qui vient de l'italien bianca. Ce jeu, selon Pasquier, Rechjrrches, liv. Vlli,
Au tenebry "«, A la soulle «^a^
A Fesbahy «^i, A la navette ,
chap. XLix, a été introduit en France par les Italiens. Ce mot blan^ que y se dit pour blanche; c'est le même |eù que celui que Rabelais appelle plus haut à la blanche. Voyez pour la manière de jouer cette espèce de loterie, le dictionnaire des jeux de FËncyclopëdie méthodique.
'" Ce jeu doit être le même que celui qu'on nomme aujourd'hui furet du bois joli ^ dans lequel on se passe un sifBetde main en main, et dont chacun joue de manière à n'être pas vu de celui qui cherche le sifflet. On dit en jouant : « Il a passé par ici le furet du bois joli; n de là le nom de ce jeu. Quelquefois on attache le sifflet derrière celui qui cherche, et alors ce n'est plus qu'un jeu d'attrape.
"^ Nous ne connoissons pas ce jeu. Seguette^ seroit-il le diminutif de seguCy qu'on trouve dans Nicot pour ciguë; ou faut-il lire segnette, de seigner marquer, désigner, signet ou sinety diminutif de signe ^ billet signé, cachet, marque?
"^ Trois jeux que les enfants jouent avec des noix ou avec des chiques f s'il m* est permis d'appeler encore aujourd'hui de ce nom de petites boules de marbre ou de terre cuite qui ne sont d'usage qu'à des jeux d'enfants. Ils jouent même quelquefois à la fossette avec de petites coquilles de limaçons. Au jeu du châtelet ils font un triangle de trois chiques ou d'autant de noix, et mettent au-dessus une quatrième qui fait une espèce de petit château^ que gagne celui qui a l'adresse de le démolir avec une chique ou une noix qu'il y darde de quelques pas. A la rengée, les enfants disposant tout autant qu'ils veulent de chiques ou de noix sur une même ligne ; chacun à son tour roule sa chique ou sa noix contre la rangée^ et emporte toutes celles qui suivent la chiqué ou la noix qu'il a déplacée avec la sienne. A la fossette, ils jettent avec le creux de la main une poignée de chiques, de noix, ou de coquilles, dans une petite fossé qu'ils ont creusée au pied d'une muraille, et gagnent toutes celles qu'ils y ont fait entrer de plus que leurs compagnons. ( L. ) — Le jeu du châtelet ou château de noix, est encore en usage en Saintonge; il étoit connu du temps des Romains, et Ovide le range parmi les différents jeux de noix : « D place, dit«il, une noix sur trois autres, en forme
4a8 LIVRE I, CHAP. XXII.
A fessait, A saine t Cosme^ je te viens
Au ballay »^', t'adorer i^,
de château, qu'il renverse en jetant une ou plusieurs noix dessus.* Philon, le juif, le décrit de la même manière.
"'Ce jeu, dans Stella, est nommé le jeu de la rangette. U est composé de cinq châteaux de noix , rangés de front à quelque distance Fun de l'autre : les joueurs essaient de les abbattre avec une noix lancée d'un but marqué. Voyez au chastelet, note 1 14* Cest de là qu'on a dit h la rengette^ pour tout de suite, qu'on trouve dans Clément Marot.
"^ On y joue aussi avec des billes, des amandes, des pois, etc. A Bordeaux et à Nantes, on y joue avec des coquilles, sur le gravier et le sablé. M* Guillaume nomme ce jeu à la fossette aux esping les. Dans Stella, on y joue avec une balle dans neuf trous, espacés comme les quilles au jeu de boule. Les vers qui sont an bas de la (pravure, prouvent qu'il y a avantage à mettre dans le trou du milieu. Une autre gravure représente la fossette aux noyaux; mais il n'y a qu'un trou. On jouoit aussi à la fossette chez les Grecs et chez les Romains.
"^ Cest dit-on le sabot qu'on tire avec une corde. Si cela est, ce jeu est alors le même que le suivant.
"^ Au sabot, sorte de toupie. Ce terme est de la Touraine et de l'Anjou. (L.)
"^ Encore le sa6ot. Ce terme est du Dauphiné, où joaer au moine c'est jouer au sabot. (L.) — Le Duchat se trompe : tous les écoliers savent que le jeu de moine est différent de celui du sabot.
''° Au ténébreux, à l'esprit, dit le Rabelais anglois. Maître Éloi d'Amerval, liv. Il, chap. cxvii de sa Diablerie, écrit tonnebri, et c'est aussi comme Lambert Daneau a appelé certain jeu qu'il prétend ilhcite, à cause des indécences qui s'y commettent devant des femmes. Voyez sa Remontrance sur les jeux du sort ou de hasard , imprimé en 1578, pag. 23 et 24. Le Voyage de M* Guillaume en l'autre monde, Paris, 1612, p. 71, fait mention du jeu a cache cache mon canehry: d'un antre jeu appelé, a monte, monte Veschelette, montez-la; et d'un troisième qu'on appelle, a lamasle, masle broche en cul. '{h.) — Ce jeu consiste, ajoute Le Duchat dans Ménage, à
GARGANTUA. 4a6
A escarbot le brun, A bien et beau s*en va (jua-
\j A je vousprenssansverd"^, resme»^,
contrefaire Tesprit foUet. Atgohling, a dit le traducteur du Rabelais anglois, c'est-à-dire, au gobelin.
'*' On met de la farine dans une assiette, dont on forme une pile avec un verre à liqueur; on retire le verre, on met dessus une pièce de monnoie. Chaque joueur avec un couteau enlève un peu de farine , celui qui à la fin fait écrouler la {>ile et la pièce est tenu d'en-» lever avec ses dents la pièce : ce qui lui barbouille le visage de farine. Ce nom d'esbahi, qui si^poifie étonné , surpris, vient de ce que celui qui fait écrouler la pile et la pièce l'est en effet.
*** A se souiller, à se salir, dit la même traduction. (L.) — La soulle est un ballon ou grosse balle de foin couverte de cuir, que l'on jette en l'air : le vainqueur est celui qui parvient à s'en saisir. Ce jeu est particulier à la Bretagne : on l'appelle soûle dans la haute ^ mell dans la basse. Voyez les dictionnaires bretons de Rostrenen et de Lepelletier. Il y a donc de quoi rire de voir le traducteur du Rabelais anglois rendre ce mot par souiller, salir^ et Le Duchat adopter cette exphcation ! Cet exemple suffit pour prouver combien ce dernier interprète a tort de s'appuyer aussi souvent qu'il le fait sur l'autorité de la traduction angloise. « La soûle, dit Adry, est un jeu de balle très connu dans la basse Bretagne. Le P. Lafitau dit qu'il approche fort, 1° du jeu décrit par Antiphane dans Athénée; a^ de Vourania, décrit parPoUux; 3*^ d'un jeu de balle des sauvages. » Il a raison, d'après la description qu'il fait du premier et du troisième de ces jeux. Il ajoute que le jeu de soûle on de ballon étoit appelé rabote chez nos ancêtres. De soûle on a dit soûler, pour jouer au ballon, et non pas à la boule, comme l'explique le glossaire de la langue romane.
''^ Ce jeu consisteroit-il à aller à cheval sur un balai? Cest un jeu d'enfants fort connu; et l'antiquité cite des grands hommes qui n'ont pas dédaigné d'y jouer avec leurs enfants. De plus , le peuple croit que les sorciers vont aussi à cheval sur un manche à balai. ' "^ On bande les yeux à quelqu'un qu'on a fait asseoir dans un fauteuil. Saint Came, je te viens adorer, lui dit un autre qui, dans le moment, lui présente au visage une chandelle allumée. Celui-ci veut
43o LIVRE I, CHAP. XXII.
Au chesne forchu ^^7, A la queue au loup '^9,
Au chevau fondu »=*8, A pet en gueuUe »^o,
Tempoigner, mais à la place de ce cierge, on coule dans la main du personnage un bâton tout enduit d'ordure. De là vient sans doute le proverbe à saint Breneux chandelle de m.... Au même jeu d'autres ajoutent à la cérémonie du cierge une seconde pièce plus risible et moins vilaine que la première. Sous ombre de caresser le saint Gôme, qui a les yeux bouchés, ils lui noircissent le visage avec du charbon ou de la suie. De là vient quW la vingt-neuvième des Sérées de Bonchet il est parlé d'un More qui, dans Poitiers, fut pris pour un ramonneur de cheminées, ou pour quelqu'un qui venoit de jouer à saint Côme^je te viens adorer. (L.)
"^ On sait que ce jeu -consiste à convenir entre personnes d'une même société, que celui qu'on surprendra sans verd^ c'est-à-dire sans une branche de verdure, pendant le mois de mai, paiera une amende ou donnera un gage.
'^^ On joue à ce jeu en Daupfainé , sur la fin du carême. ( L. )
"' Un petit garçon appuyé sur ses mains se tient debout sur sa tcte et écarte ses jambes. Par derrière en vient un autre qui s'élance au travers de l'autre c6té, et il prend exprès cette route, de peur que, venant à faire mal son saut, celui qui contrefait le chêne fourchu ne vienne à recevoir quelque coup de pied dans le ventre ou dans les bourses. (L.) — Dans ce jeu, des enfants sautent entre les jambes écartées de celui qui fait le chêne ou arbre fourchu; ce qui est bien plus dangereux, dit Adry, malgré la précaution qu'ils prennent de sauter de derrière en avant, pour ne le point blesser. Au chêne fourchu y au poirier fourchu , h V arbre fourchu y sont le même jeu : « A cette heure fais bien a poinct l'arbre fourchu , les pieds a « mont, la teste en bas, » dit Rabelais, liv. IV, chap. ix. Les vieux poètes appeloient arbre fourchu^ \m lai, un virelai, à cause des petits vers qui étoient au milieu des grands, et faisoient une espèce de fourche : on employoit ce petit poème pour des sujets lugubres. Cétoit donc, ainsi que le jeu de l'arbre ou chêne fourchu , un même symbole que la fourche patibulaire.
"* Personne n'ignore ce jeu, qui, pour le dire en passant, est de l'ancien temps, où les singuliers, qui aujourd'hui se terminent en al se ter min oient en an. Il est seulement à remarquer qu'ici fondu se
A Guillemin baille my ma A la brandelle i^^, lance * ^ ' , Au treseau * ^,
prend à la même simplification que lorsque d'un nayire abymé dans la mer, on dit qu'il y est fondu. Cest la raison pourquoi Mat. Cordier, chap. xxxviii, note a4 ^^ ^^^ ^^ corr. serm. emend.^ appelle ce jeu certare equuleo depresso. ( L. ) — A ce jeu , un enfant se baisse et présente son dos sur lequel monte un de ses camarades qui se fait porter ainsi. Parmi les jeux de Stella , le cheval fondu est celui où plusieurs enfants courbés à la file , et le premier, appuyé sur un mur ou sur un banc, reçoivent leurs camarades sur leur dos ou leur croupe. Fondu est un terme de marine qui signifie coulé à fond, enfoncé, abaissé. Dans le Languedoc ce jeu se nomme cabalet de san Jorgi , c'est-à-dire, le petit cheval de saint George.
'** Ce jeu est trop connu pour le décrire. Nous nous contenterons de faire remarquer qu'on l'appeloit aussi et qu'on l'appelle encore a la queue leu-leu; qu'en Languedoc on dit, h louhet loubet (au petit loup loup), on fa a las auquetoSy jouer aux oisons; et qu'on dit encore saint Leu pour saint Loup.
' ** Ce jeu , dans certaines provinces , est plus badin que violent quand on a les reins souples; et s'il y a quelque chose à craindre pour les joueurs, c'est quelque mauvais vent, dont il leur est difficile de se garantir. Ailleurs il consiste uniquement à qui fera le plu» de bruit, lorsqu'en enflant les joues on s'en frappe l'une avec les cinq doigts en pointe. A Metz, où, avant que de se frapper ainsi sur la joue enflée, les enfants font couler légèrement les extrémités de» doigts sur la lèvre d'en bas, afin que venant à se refermer, elle rende déjà successivement quelques petits sous comme de tambour; par onomatopée ce jeu se nomme en patois bristempogné y c'est-à-dire, brise ton poignet, parcequ'à cette petite manœuvre le poignet se brise comme pour battre sur une guitare. ( L. ) — Ce jeu indécent est figuré sur le guidon de la mère foUe de Dijon. Voyez pi. vu des Métn. de la fête des fous y par du Tillot, 174^ 9 in-4''' En Languedoc on ait jouga à quatre pipots y iouer aux quatre petits tonneaux , figurés sans doute par les quatre fesses : c'est ainsi qu'il est nommé dans Goudouli. On peut en voir la description dans Adry.
'^' Autrement, 72o6m y etc., dit l'abbé Guyct à la marge de son Rabelais. On bande les yeux à l'un de la troupe, lequel on traite de
Au boleau »'4, A la mig^ne migné beuf ^36^
A lamousche»^'», Au propous '^7,
chevalier. En cet état il commande à son écuyer, soit Guillemin oii Robin, de lui bailler sa lance. Attendez^ monsieur^ rëpond l'ëcuyer, je vous fagence. L'écuyer disant ensuite à son maître qu'il lui présente effectivement une lance : dans le temps que monsieur le chevalier ouvre la main pour empoi^er cette lance, son écuyer lui met en main un bâton qu'il a pris le loisir d'enduire de m... , à l'endroit que l'autre doit toucher. (L.)
'^* Cest sans doute le jeu de la brandilloire : ce jeu est aussi usité au Tunquin, selon le P. Marini, dans sa Relation du Tunquin. Son traducteur le nomme Brandillon.
'^^ Autrement, au ireseau fourni , dit l'abbé Guyet à la marge de son Rabelais. On appelle treseau^ en Anjou, trois hommes qui battent des gerbes ensemble. (L.) — Selon le Dict. de Trévoux, treseau est un assemblage de trois gerbes ensemble, qu'on laisse sur le champ après qu'elles sont liées , jusqu'à ce qu'elles aient été dimées ; et tre^ zeau se dit de trois hommes qui battent du blé dans une aire : mais ces deux mots n'en faisant évidemment qu'un sous deux orthographes, ils doivent avoir la même signification. On appelle, selon le même Dictionnaire, trezeaux ou treizeauXy en Normandie, des monceaux de gerbes de blé amassées dans les champs , parcequ'ils étoient composés de treize gerbes, afin que la dime de la treizième gerbe fût levée. Trezeaux ou treizeaux ^ient donc de treize ^ tandis que treseau ou trezeau vient de trois.
' '* Au boleau seroit-il pour au bouleau, et ce jeu seroit-il le même que celui qui est nommé plus haut au balai? Il y a des balais de hou* léau.
'^^ Ce jeu est-il le même que celui qui eât nommé ci-dessous à la mousque? Nous ne le pensons pas; car il y a même sous ce nom de mouche plusieurs jeux différents. Voyezà la mousque^ note yS. Voyez le Dict. des jeux de l'Encyclopédie, pag. i84; celui d'Adry, pag. 176 et i8i , et le Dict. de Trévoux.
'^® Une cramichel que nous avons entendu chanter à Romorantin, commence ainsi :
A la mine minebœnf , ....
A neuf mains '^^^ Au pontz cheU2 ^
Au cbapifou ^^% A colin bridé ^4»^
Madame qui est auprès da feu , Qui mange du pain et de Tc^uf , J'y en ai demandé :
Elle ma dit , non fré *, Qtie la paresse la tenoit, Un li , un la , Galmi , galma.
Saint GiUe Quipotille*% Petit pont f Cours à mont, etc.
On appelle cramichel une chanson que chantent les enfants avant de jouer à cache-cache, afin de savoir sur qui tombera le sort, soit pour aller se cacher, soit pour, aller chercher ceux qui doivent se cacher. 11 paroit que saint Michel pfësidoit à ce jeu, comme Mercure aux jeux d'exercices, et ëtoit invoqué dans cette chanson, avant de commence^ le jeu. On sait que saint Michel a aussi remplacé Mercure , pour peser les âmes , et les conduire les unes en paradis , les autres en enfer. Dans la chanson que nous venons de citer, et que nous avons recueillie comme un monument des anciens usages, il paroît que c'est saint GiUe qui remplace saint Michel. En effet, ce saint est toujours honoré avec saint Loup, sous le nom de saint Leu et saint Gilles, dans une même ëglise, et Mercure étoit représenté avec une tête de loup ou de chien. Cette substitution de saint Gille à saint Michel n'est donc point extraordinaire. Quant kmignebeuf^ il est évident que c'est pour mine bœuf, mine de bœuf, et que par con-* séquent c'est Bacchus Hébon ou à tête de bœuf, dont Mercure étoit le père nourricier, qui est invoqué au commencement de cette chanson. Mercure étoit aussi le compagnon inséparable dé Bacchus, comme saint Leu ou saint Loup de saint Gilles, dont le nom latin jEgidiuSy est composé du grec «it^oç «7(^oç, à mine de chèvre; et Bacchus étoit aussi représenté vêtu de la nébrisse. Mais o'est assez pour faire sentir que ces jeux nous viennent des anciens, et tiennent à leur mythologie et à leurs symboles.
* Ferai. — ** Fait de petiu pets.
A la grplle ^^^, • A Colin maillard,
Au cocquantin i^^, A mirelimofle '^^^
'" Au cocq-à-l'âne, au propos interrompu. (L.) — Tous les enfants connoissent ce jeu. Ceux qui ne le connoitroient pas en trouveront la description dans le Dict. des jeux de Tenfance, à ce mot, et dans le Savant de société, tom. I, pag. 91.
'^* Ce doit être le jeu que nous nommons aujourd'hui au pied de bcsuf: c'est aussi l'opinion de de Marsy.
1^9 Encore liv. Y, chap. xxvii, Vous eussiez pensé que fussent gents jouants au chapifou ; c'est le colin-maUlard. En Normandie on nomme ce jeu capifolel; mais capifol est l'ancien mot. Le Blason des fausses
amours :
Qui pour {^Uer et frigaler l^ent galeux n est-il pas Hen fol?
Qui tant vealt pour f«Bme foler, Que femme le faict afokr, JotLem-ils pas au capifol? ( L. )
— Chapifou, capifol^ capifolet^ signifient tête folle. Ce jeu fait double emploi avec celui que Rabelais nomme plus bas colin-maillard. On dit en Italie a la gatta orba ou cieca ^ à la chatte aveugle ; en Languedoc on le nomme, selon Adry, capitorbo^ ou catitorho, ou catihorbo. Le nom italien prouve que ces trois noms, quoique altérés, doivent signifier chat aveugle^ car on dit encore en languedocien orbo pour aveu£^e et gat ou gato poiu* chat. On appelle aussi ce jeu en languedocien tartanis-tartancu, ou cartanis-cartanas et caS' eana. Le P. Boulanger croit que c'est le même jeu que celui que les Grecs nommoient collabismos^ dans lequel Pollux dit qu'un des joueurs se fermoit les yeux avec ses mains, qu'un autre le frappoit, et lui demandoit qui l'avoit frappé, comme les soldats de la Passion. Ce jeu allégorique est donc bien ancien. Le grand Gustave, ce puissant et redoutable fléau de la maison d'Autriche, s'est souvent égayé à jouer à colin-maillard avec ses principaux officiers, parmi ses plus grands triomphes : cela passoit alors pour une galanterie admirable. '*^ Adry pense que ce jeu est peut-être encore le même que celui que Rabelais appelle, colin-maillard et chapifou. Colin est pour JVicolaSy pris dans le sens de niais; ainsi Colm-Atridé doit avoir le sens
GARGANTÙAi 435
A mouschart, Au piston ,
Aucrapault^ Aubilleboucqueti4^,
A la crosse «44, Aux roynes,
^oisonhridéy c'est-à-dire de sot, d'homme qui n'a point yq. lé monde, qu'on déniaise, qu'on attrape. On dit brider la bécasse, pour attraper, tromper.
'^' Rabelais, liv. IV, chap. lu, appelle groUe le blanc, le centre d'une sible. Ici jouer à la grolle ne seroit-ce pas tirer au blanc? (L.) — Nous ne savons pas en quoi consistoit ce jeu ; mais la grolle est le QOm de la corneille en Saintonge et pilleurs. Ce nom, qu'on écrit graule et graille, vient par contraction de graculus, et non pas de garrula, comme on le croit. Cest de là que vient grailler^ crier comme la corneille.
'^' On appelle cocquantin^ dans le Maine ^ ce qu'on nomme à Paris un volant; et on l'appelle de la sorte, parceque autrefois on se servoit de plumes de cocq à faire des volans. ( L. ) — Voyez h la griesche, note loi, et au picandeau, note 169; ce sont les mêmes jeux.
'^^ Ce nom doit être composé de mire lui le mouffle ou muffle^ comme on dit bride lui le nez, mirlicoton, mirlipot, mirlirot, mir-^ liton. Mais quel est ce jeu?
*** G est ce que Mat. Cordier, chap. xxzviii, note 40 de son Dé corr. serm. etnend.y appelle liulere clava. Hic ludus, dit-il, clava et pila constat. On joue à la crosse avec une boule qu'on pousse de toute sa force avec un bâton courbé par un bout en forme de crosse. (L.) — On voit ce jeu figuré dans Stella. Cest à-peu-près le jeu de mail, sinon que des enfants se renvoient les uns aux autres une petite boule qu'ils poussent avec un bâton recourbé. On l'appelle aussi le jeu du petit mail, pour le distinguer du jeu de mail, qu'on jouoit avec un maillet ferré, du latin malleus. Il y avoit autrefois, dans presque toutes les villes, des jeux de m^, ordinairement sur les remparts. On a appelé Mail le heu où l'on y jouoit : c'est pour cela que dans plusieurs villes, comme à Orléans, la promenade extérieure s'appelle le Mail, et qu'il y a encore à Paris la rue du Mail, parceque cette rue est sur les anciens remparts.
'*^ On appelle communément 6i7/e6o^ue£ un bâton court, creusé
436 LIVRE I, CHAP. XXIL
Aux mestiers '4^, Au pinot »48^
A teste a teste bechevel i^?, A maie mort '49,
en rond par les deux bouts, et au milieu duquel est une, corde, à laquelle est attachée une balle de plomb qu'on jette en l'air et qu'on reçoit alternativement dans les concavités des deux bouts. Cest un mot composé de bille, en la signification de petite boule, et de bo~ quety c'est-à-dire un petit h-agment de bois. A Metz, les jeunes garçons prennent un morceau de bois long d'un demi -pied plus on moins, gros à-peu-près comme le pouce , et pointu par les deux bouts. Ils posent ce bois sur le pavé, et frappent d'un bâton sur l'un des bouts : en sorte que l'ayant fait sauter, ils lui donnent pendant qu'il vole un autre coup pour le jeter à leurs compagnons, qui doivent le leur renvoyer de la même manière; et ce jeu, qui est proprement celui du court-b/iton y est nommé le jeu du biUebo<f. (L.)— > Henri III portoit quelquefois à la main un bilboquet, dont il sejotioit, est-il dit dans le journal de ce prince, par L'Étoile. Ce jeu, dit Adryi reprit faveur vers le milieu du siècle de Louis XV, et on voyoit sur le théâtre des actrices jouer au bilboquet, lorsque les intervalles de leur rôle le leur permettoient. A-peu-près dans le même temps , les petits-maîtres portoient par-tout des bilboquets. Plus tard, on les a vus de même jouer à l'émigré.
'^^ Les enfants, pour jouer à ce jeu , se divisent en deux bandes. On tire au sort celle qui jouera la première. Alors les deux bandes se retirent à Fécart chacune de son côté, ayant un chef à sa tête. La bande qui doit jouer choisit quelque métier, et après avoir distribué les rôles, et s'être un peu exercée, elle appelle l'autre, devant laquelle la première représente, en pantomime, tous les mouvements et toutes les opérations du métier choisi. Si l'autre parti devine, il joue à son tour.
'*^ Jeu que les enfants jouent avec deux épingles, que Tun d'eux cache dans sa main : après quoi il donne à deviner à l'autre, si ces épingles sont placées ou tête à tête, ou à béchevet, c'est-à-dire à contresens, en sorte que la tête de l'une soit tournée vers la pointe de l'autre. « ^esc/iet/et,ditMonet, que Ménage devoit citer, c'est double chevet en un ht, un à la teste, l'autre aux pieds. Lits h beschevet, coucher à beschevet. » Le même, au mot Chevet, pour donner à entendre ce que c est que lit à double chevet, renvoie à Bécheybt.
Aux croquinolles i^, Au belusteau ^^i,
A laver la coiffe madame, A semer Favoyne,
D*Aubigné, liy. I, chap. i de sa Confess. Gath., dit à bechenez; mais cet ouvrage a d'abord été imprimé si peu correctement, qu'on ne sauroit imputer à Fauteur tant de fautes grossières qui s'y trouvent. Au lieu de béchevel, comme on lit dans le Rabelais de Dolet, dans l'édition de i553, et dans l'édition de 1626, faite sur celle de 1 55a, on dit aujourd'hui béchevet , comme il y a dans celles de 1 559 ^^ ' ^7^ > et on parle de la sorte, parceque les anciens diminutifs en el, conune ici chevel fait de chef y sont absolument hors d'usage. Exemple en Capely dont Villon a autrefois usé pour Capet dans le vers suivant :
Se feusse des hoirs lAue-Capel. ( L.)
— On dit aujourd'hui télé h tète béchevet y et par corruption , en Sain> tonge, tête à biche. De béchevet on a fait le verbe béchevetety et par contraction, en Sologne, béchouetter et bichouetter. Nous ne pensons pas que beschevet vienne de bis caput, ou double chevet y comme le prétendent Nicot, Ménage et Le Duchat : ce mot doit venir de biais chevet y chevet de biais, de travers. Cest ainsi qu'on a dit bestourné pour mal tourné; qu'on nommoit à Paris Saint-Benoit le bestoumé l'église de Saint-Benoit, dont le chevet ou le chœur étoit à l'occident, et par conséquent à contresens, au lieu d'être à l'orient.
'** Au pivot ou pibot, dit l'abbé Guyet à la marge de son Ra»^ bêlais. (L.) — Pinot doit être en effet une mauvaise leçon pour pivot ou pibot contraction de pied bot, c'est-à-dire pied boiteux : pinot ou plutôt pineau est le nom «Fune espèce de raisin : et non pas d'un jeu ; ce doit donc être le jeu de cloche-pied y non pas parceque, comme le croit Adry, on y tourne comme sur un pivot y mais parceque, comme je viens de le dire, on a fait pibot de pied bot y par contraction, et ensuite pivot, soit par le changement ordinaire du 6 en Vy soit par la confusion de ces deux mots. On disoit autrefois jouer à couké^ pour dire à cloche-pied, sans doute pour h clouquer^ cloquery clocher. ^
'*^ On a dit malemort de mala mors, mort funeste.
''° Ces deux jeux (du n° i5o et le suivant), ni le précédent, ne sont ni dans l'édition de 1 535 , ni dans celle de Dolet ; mais bien dans celle de i553. (L.) — hacroquignole, qu'on disoit autrefois craqui-
A briffault «5», A defsndo »54,
Au molinet »53, A la virevolte »5'>,
qnoUy est la chiquenaude cpi'on donne sur la tête avec le second et le troisième doigt fermé ou tendu avec ressort. On voit, dit Adry, ^ que ce n est point un jeu, et que si c'en est un, il est du nombre de ceux que le proverbe appelle , jeux de prince, qui ne plaisent qu'à ceux qui les font.
'^' Deux enfants se placent face à face l'ui^ de Tautre, et s* entrelaçant en cet état les mains de l'un avec celles de l'autre, ils se poussent tous les deux tour-à-tour, en sorte qu'ils semblent bluter, (L.)
*'^* Briffaut^ adjectif dérivé de briffer, signifiant vorace et grand mangeur, et étant le nom d'un chien de chasse, à briffault doit signifier à manger goulûment, ou à imiter le chien nommé briffaut.
' '^*Des enfants se divertissent à courir contre le vent avec de petits moulinets qu'ils fout de deux morceaux.de cartes à jouer, on, avec deux petits ais croisés l'un sur l'autre , et attachés avec une épingle au bout d'un bâton. C'est la même petite machine que cidessus, chap. XI, Rabelais nomme virolet. (L.) — Quoique molinet et moulinet soient un même mot, il ne faut pas confondre le jeu du molinet avec celui de moulinet - Le Duchat a très bien décrit le preinier, ainsi qu'Adry à Moulins (petits); le second consiste à faire tourner rapidement comme un moulin , entre ses mains, un bâton on toute autre arme , pour empêcher son adversaire d'avancer : c'est le rotare ensem de Virgile. Les Bas^Bretons sont très habiles dans cet exercice. Le bâton, dit Adry, est entre leurs mains une excellente arme défensive : entre les mains des enfants, ce n'est qu'un petit amusement, un tour d'adresse.
'^* Ne seroit-ce pas le même jeu que celui de cache-cache, où les enfants qui ne veulent pas être pris par celui qui les cherche, disent : Je m*en défends? ils le disent aussi à tous les jeux où l'on court. Je m'en défends, mon corps et mon sang; celui qui me touche est un serpent (un traître), disent-ils, quand ils jouent à cachette ou à colin -maillard, et qu'ils veulent cesser un instant de jouer, sans être pris.
Adry pense que c'est le même jeu que celui de la pirouette, qu'on nomme aussi vireton. Voyez la note io5. Virevolte ou vire-
Aux escoublettes enrai- A la beste morte,
gee8'56^ A monte monte l'esche- A la bacille ' V lette ^^,
Au laboureur, Au pourceau mory i^,
voûte signifie circonvolution, tours et retours faits de suite et avec vitesse , volteface.
'^^ A se heurter de la tête Tun contre l'autre, comme font les béliers, <{ui de cette manière s accouplent par les Cornes, d'où vient escoublettes; ce cju'on appelle autrement combattre à l'enragée. Vives, dans celui de ses dialogues qui a pour titre, Vestitus^ et deambulatio matutina : vin tu ut mutud arietemus capita? Veux- tu que nous heurtions comme moutons, de la tête Fun contre l'autre? à quoi l'on répond: Nolo tecum contendere insaniâ^ c'est-à-dire, suivant l'ancienne traduction de i56o, je ne veux point combattre contre toi à l'enragée. (L.)
' ^' Deux enfants placés le plus ferme qu'ils peuvent sur les deux bouts d'une planche appuyée sur une poutre qui la traverse par le milieu à quelques pieds de terre, se donnent en cet état le branle ; en sorte que toui^à-tour l'un s'élève et l'autre descend, au li^asard de faire tous les deux la culebute. (L.) — Bacule est pour bascule par contraction.Cest une pièce de bois, soit planche ou solive, qu'on met en travers et en équilibre sur une autre, qui est élevée au moins de la hauteur du genou : les enfants se mettent à cheval dessus à chaque bout, et lui font faire la bascule y en s' élevant et s* abaissant alternativement. En Saintonge, nous a dit M. Beauséjour, on nomme ainsi un jeu qui consiste à prendre quelqu'un par les pieds et par la tête, et à le secouer de côté et d'autre , pour le punir d'avoir bu , sans avoir planté un sarment, lors de la plantation d'une vigne. Ce jeu doit donc remonter an culte de Bacchus ; comme c'est le même que l'escarpolette ou la balançoire, il a dû faire partie de la fête des Bacchanales, sous le nom d' oscilla. Voyez la note io6.
'*• Ce jeu consiste, selon M. Beauséjour, à faire monter successivemeut un enfant du cou de pied aux genoux, et des genoux sur les épaules. Il nous semble qu'il consiste aussi à faire monter un moineau d'un doigt sur l'autre, comme par une échelette. Il est nommé dans le Voyage de maître Guillaume, fou de Henri IV, à
44o LIVRE I, CHAP. XXII.
Au cul salle, Au tiers '^',
Au pigeonnet'^, A la bourrée '^,
monte monte Veschelette, montez là. Il y a dans ce petit liTre qm est rare et plaisant une liste de seize jeux dont plusieurs ne sont pas dans celle de Babelais, et dont les noms sont pour la plupart très libres; la voici : « Les dames passent leur temps aux petits jeux da temps passé :
^ux dames poussées , A la masle masle broche en col ,
Aux dames rabatuës , A remuer par commandement,
A la fossette aux espingles , A la beste a deux dos »
Au trou madame , A tappe cul ,
A Margot la fendue , A gratte chonse ,
A monte monte l'eschelette, montez la, A labourer en la raye,
A pince maurille , A planter un honune ,
A cacbe cache mon cannebry, A enter des femmes en escusson,
et à d'autres jeux que Ton apprend en hantant bonne compagnie. » Voyez le Voyage de maître Guillaume, i6i i, in-8*», pa^;. 66.
* '* A contrefaire le pourceau mort, ou qu'on va tuer. (L. ) — On a dit morie pour béte morte, morier, morir pour mourir. Ce doit donc être le même jeu que celui à la heste morte.
^^° Ce doit être le jeu à pigeon vole. On lit au pignonet^ dans Le Duchat.
'^' Le cinquante-unième des Arrêts d'Amour. « De la partie dudict amoureux fut deffendu au contraire. £t disoit que les hommes n'estoieut point tenus d'endurer des dames, se il ne leur plaist: car elles sont subjectes, et ne leur appartient de venir mettre dans leur dos aucunes l^erbes, soit par esbat ou autrement: car ce qui leur plaist en une manière , il desplaist aux autres. Or estoit vray que ceste dame de son authorité, et sans dire qui avoit perdu ou gaignë, Iny estoit venu jetter dedans le dos en joiiant au tiers, une poignée d'horties, et d'ordure, où il y avoit des fourmys parmy, qui le piquoient, et faisoient si grand mal qu'il ne pouvoit durer. Et à ceste cause, comme tout esmeu par chaude colle la vint frapper et décoiffer ainsi qu'il ha esté dict. ( L. )
'^* En Sologne, planter la bourrée, ou comme on l'appelle en Saintonge, par corruption, la porrée, c'est se dresser sur ses main^
GARGANTUA. 44i
Au sault du buisson i^, A la maille bourse en cul ^^\
A croyser, Au nid de la bondree,
A la cutte cache >^, Au passavant ^^^
la tête en bas, et les pieds en haut, contre un mur, comme une bourrée ou un fagot. Cest un jeu de petit polisson.
'^^ Les enfants jouent à ce jeu, dit Adry, en sautant sur un petit buisson, ou ce qui est moins dangereux, sur un petit monticule de sable. «r
'** Je crois qu'ici cutte Tient de cutis, et que c'est le jeu qu'en Lorraine on appelle cache^mains y parcequ'on est obligé de cacher ses mains, à peine d'y recevoir des coups de verge. (L.) — Quoique Adry ait adopté ici l'opinion de Le Duchat, nous ne pensons pas que ce jeu soit celui qu'on appelle cache-mains : ce doit être le même que celui de la cachette^ ou de cache-cache niçois ou mitoulas, qui est appelé h cache cache mon cannehry, dans M* Guillaume, et que les Italiens nomment cache-lièvre. Les enfants disent à Orléans jouer h cucute^ à Paris jouer h la cute-cute, et crient quand ils sont cachés, il est eute ; dans le Maine, ce jeu s'appelle eut; de plus, en vieux François cute a signifié caché,- lieu caché, cuter cacher; en breton cuz signifie cache, cuxa cacher, discuta , discuda ou discuz^ découvrir; en gallois cudd occultatio, absconsio, cuddio abscondere, occultare; le tout du grec Jtfvd» occulto, abscondo, mvdo; cavema, latebra. Dans cutte-cache, cache est donc la traduction et la répétition de cutte ^ comme dans cute'Cute.
'^' Le Duchat, dans Ménage, pense que ce pourroit être le même jeu que celui que Rabelais nomme plus haut h la maille maille^ et que le jeu de hasard qui est nommé le jeu de boune en courrojre^ dans ces vers du Boman de la Rose y fol. ^2^ verso :
De fortune la sommeilleuse.
Ne de sa roë menreillease Tous les tours compter ne pourroye.
Cest le feu de bourse en courroye , Que fortune sut si partir, Que nui devant ny an partir.
N'en peult avoir science experte, S'il y prendra ou gaing on pertex
A la figue, A la recheute »®,
Aux petarrades, Au picaudeau i^,
A pile moustarde, A crocque teste "?•,
A cambos »^, A la grue '7»,
ce doit être aussi le même que celui qui est appelé à la masle masle broche en cul ^ dans maître Guillaume.
'^' Ce jeu est nommé. poussavant, liv. U, chap. v : c*est selon Le Duchat, sur cet endroit, tantôt un jeu de boule du Dauphiné, tantôt le jeu d* amour appelé assez librement poussavantydans une vieille chanson réimprimée en i549. M. Beauséj dur pense que c'est un jeu qu'on joue en Saintonge , comme le cheval fondu^ en posant les deux mains sur les épaules d'un autre , qui s'incline et en sautant pardessus SB. tête. Passavant étoit le cri d'armes de Thibaut, comte de Champagne.
'^^ Ne seroit-ce pas pour h campas? Donner campoSy en terme de collège, c'est donner congé aux écoUers de sortir, d'aller aux champs âe divertir; avoir campos^ c'est avoir la clé des champs y la permission de se promener : c'est ainsi que ce mot latin est expliqué dans Trévoux, dans Oudin, dans Oudez, dans Le Roux, etc. Le f> se change souvent en b. Ou bien ce jeu seroit-il celui du croc enjambe? on disoit cambe et gambe autrefois pour jambe.
'^^ Seroit-ce le même jeu que celui qui est notomé pag- 4^^ ^^ pont cheuz ?
'^^ Au volant. PicanJeau est du lyonnois, où peut-être le volant est fait de plumes de pie noires et blanches. (L. ) — Cest le volant des Lyonnois, dit Bemier, dans ses additions; ce que répète Adry, d'après lui et Le Duchat, sans les citer : il trouve cependant qu'il est difficile de croire que Rabelais ait voulu parler du même jeu, sous trois dénominations différentes. Mais il y en a bien d'autres exemples dans cette liste, et puis c'est un fait attesté par Bemier : il est facile de le constater.
''° Un jeune garçon se tient debout, dans l'attente que son compagnon lui saute par-dessus la tête ; mais, comme le plus souvent il la tient trop droite, en sorte que s'il ne la cburboit, celui qui doit sauter pourroit la heurter du pied, on lui crie coupeteste en Lorraine, ailleurs crocque-téte , c'est-à-dire, de s'avaller la tête, de
A taiIl€COu|>, Aux allouettes,
Aux nazardes^?^, Aux chinquenaudes ^l\
Apres avoir bien joué , sassé , passé et bejjité temps' 74^ cou vcnoyt boyre quelque peu : c estoyent
peur qu'elle ne lui soit croquée, (L.) - Le P. de Rostrenen dit la même chose, au mot €!oupPE-TâTE.
''' Seroit-ce ce que nous 2^j>elons faire le pied de grue? Chez les Grecs, au rapport de PoUux, les enfants se di^utoient à cpii resteroit le plus long'temps dans cette attitude. Ce seroit alors le cloche-pied. Ou seroit-ce un jeu semblable au taui décrue ou à /adanse de la grue des anciens, notnmée yifAiocy parceqti*an imitoit en la dansant le vol des grues qui vont en troi:^e triangulaire, con* duites ou précédées par une seule , et dont les figures imitoient les détours du labyrinthe ? Les jeunes Athéniennes partagées en deux bandes la dansoient tous les ans à Delphes le jour des Délies, autour de l'autel d'Apollon.
'^' Cest le même jeu que celui que Rabelais appelle plus haut aux crocquignoles y et plus bas aux chin<iuenaudes ; une nasarde c'est une chiquenaude que l'on donne au bout du nez. Les écoliers, les pages se Hasardent les uns les autres. Voyez les notes i5o et 178.
' ^ ^ C'est comme on lit dans l'édition de Dolet , dans celle de 1 553 , et en beaucoup d'autres. Ainsi, puisque anciennement on parloit de la sorte, il y a de l'apparence que par chiquenaude on entendoit un coup de l'arrête du poignet sur ou contre les cinq noeuds des doigts d'une autre main. Le jeu des croquinoUs dont il est parlé plus haut dans les éditions nouvelles, après celle de i553^ n'est point celui des chiquenaudes; mais vraisemblablement cet autre jeu, où deux enfants écarquillent tour-à-tour les doigts de la main, la paume en dedans, et les font toucher du bout au pavé, pendant que l'autre pousse certain nombre de coups une chique contre les noeuds des doigts ainsi placés. (L.) — Voyez la note i5o et la précédente.
'^* Ce qui est entre ces marques ( sassé, passé , ) n'est point dans l'édition de i535, ni dans celle de Dolet, i543 ; mais bien dans les gothiques de la même année 1 54^ , où il semble que Rabelais ne l'ait ajouté que parceque ici beluter le temps , le passer, et le sasser ne sont
unze peguadz'7^ pour homme ; et , soubdain après bancqueter, c estoyt sus ung beau banc^ ou en beau plein lict'76 sestendre et dormir deux ou troys heures, sans mial penser aiy mal dire '77. Luy, es-
qu^iine même chose. En effet, comme peisser le temps , c'est proprement le faire écouler sans qu*on s'en aperçoive, l'auteur a cru pouvoir dire dans le même sens sasser, beluter le temps , parceque sasser^ bluter la farine^ c'est la faire passer par une infinité de petits pertuis, à-peaprès de même que Gargantua avoit forcé son temps à s'écouler en quantité de toutes sortes de jeux d'enfants. Ci -dessous, livre Y, chap. XXI, lorsqu'il est dit de la dame Quinte-Essence, qu'accompagnée de ses damoiselles et des princes de sa coar, elle tamisoit, belutoit, et passoit le temps avec un grand et beau sas de soie blanche et bleue, c'est-à-dire, comme il est dit plus bas, qu'eUe jouoit avec eux à de. certaines danses antiques comme la Gordace, l'Emmélie, et mille autres semblables. (L.) — Gomme on sasse et on blute le blé.
'^^ he pegad est une mesure de vin, ainsi appelée de picatum^ à cause de la poix avec laquelle on enduit intérieurement les pièces de cette sorte de vaisseau, qui, sous le nom de Kann^ est connu dans une grande partie de l'Allemagne pour un vaisseau à bière. On prononce pega à Toulouse, où Ton appelle de la sorte la plus grande mesure de vin, c'est-à-dire le pot de vin, plus grand d'un quart que le pot de Paris. (L.) — En effet pega ou pegaou en languedocien est un broc, un pot de vin; à Toulouse c'est une mesure pesant huit livres ; et ce mot vient du languedocien pego poix, pegas emplâtre de poix, pega poisser, enduire de poix^ du latin pix poix.
''® Cest en qu'il faut lire, conformément aux éditions de 154^, et non un comme dans les nouvelles , qui ont fait cette faute sur l'édition de i553. (L.)
*^' Cest comme on lit encore liv. II, chap. xii, et il faut lire de la sorte conformément à l'édition de i535, et à celle de iB^2. Si l'un des deux mal pouvoit se supprimer, ce seroit le dernier, non le premier. (L.)
veillé , secouoyt ung peu les aureilles : cependent estoyt apporté vin fraiz ; la beuvoyt mieulx jque jamais. Ponocrates luy remonstroyt que c estoyt maulvaise diète ainsi boyre après dormir. C'est , respondoyt Gargantua, la vraye vie des Pères '7®. Car de ma nature je dors salle , et le dormir m'ha valu autant de jambon.
Puis commençoyt estudier quelque peu , etpatenostres en avant; pour lesquelles mieulx en forme expédier, montoyt sur une vieille mulle "79 ;
"' Cette pensëe de Gargantua fait allusion au quarante-deuxième chapitre de la -règle de saint Benoit, qui veut que les moines de rOrdre, mox ut surrexerint h cœna (du dîner) sedeant omnes in unum., et légat unus coUationeSy vel Vitas Patrum : aut certè aliquid quod œdificet audientes. Elle est fondée sur ce qu* après cette lecture les moines alloient boire un coup dans le réfectoire. Or, Gargantua se croyoit en droit de boire comme eux à Fheure de vêpres, parceque encore qu*il n'eût fait que dormir pendant que ces moines stétoient altérés à lire la Vie des Pères et les collations ou conférences de Cassien, comme sa nature étoit, disoit-il, de dormir salé^ il ne se sentoit pas à cette heure-là moins ahéré qu'eux. ( L. )
'79 * Suivant l'idée qu'on s'est faite jusqu'à présent de la mule ou jument de Gargantua, on pourroit croire qu'il dit ici son chapelet sur le pied du poco di hene^ poco di maie de la courtisane italienne; mais ce n'est ici qu'une simple allusion à l'ancienne coutume des conseillers du parlement de Paris, lesquels, au rapport d'André Du Chêne, montés comme ils étoient sur leurs mules, disoient leur chapelet, tout en allant au palais. Cest cette manière de dire son chapelet que Rabelais appelle expédier en forme ses pate^ nôtres, c'est-à-dire les rouler chemin faisant, à la mode des conseillers et d'une façon aussi authentique que l'expédition d'un arrêt ou d'une commission en forme. (L.) — Ceci, dit l'abbé de Marcy, pourroit bien regarder Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois,
laquelle avoyt servi neuf roys : ainsi maruiotantde la bouche , et dodelinent ' ®^ de la teste , alloy t veoir prendre quelque connil'®' aux filetzv.
Au retour se transportoyt en la cuisine pour sçavoir quel roust estoyt en broche.
Et souppoyt tresbien par macoiiscience, et voulentiers convioy t quelques, beuyeurs de sea voisina, avecques leaquelz beuvant d autant , comptoyent '^^les vieux jusques es nouveaulx.
Entre aultres avoyt pour domesticques lessei-< gneurs du Fou , de Gourville , de Grignault , et de Marigny '**. Apres souper venoyent en place les
qui accorda saccessivemeot ses faveurs à François V^ et à Henri II. Cest peut-être là ce qu*entend Rabelais par cette vieille mule U^ quelle avoit servy neuf roys. Sur ce pied Gargantua disoit ici son chapelet, dans le goût de la courtisane italienne, qui étant dans les bras d*un homme, récitoit dévotement ses patenôtres, et alléguoit pom* raison, un pQco di bene, un poço di maie. Le^présomp* tueux et super^ciel auteur des notes de Tédition 4e 1762, se moque de ceux qui voient. Diane de Poitiers dans la grande jument, et il attribue cette opinion à Le Motteux qui n*én dit pas un mot, et <|ui n^^me devoit être bien éloigné de l-adopter.
'^^ Bemuant de la té^. Voyes la note i5 du chapitre vii.
'"' Conni/ signifie lapin. On disoit connillet et connin : il vient du UMiin cuniculûs, qui a le même sens. « Noble homme peut faire en sa terre qn fief noble, faux (garenne) a connils,i> dit la Coutume de Bretagne, art-Sg.!..!! y a à Amboise, sur la croupe du coteau, tine tombeUe druidique appelée la Motte aux eonnins.
Cest comme on doit lire, conformément aux éditions de iS^i, Messieurs du Fou et de Gourville étaient de bons gentilshommes du Poitou : et quoique le château du Fou, qui, soit dit en passant, appartenoit , en i539, au seigneur de Mompezat, soit dans le voisinage
beaulx évangiles de boys*®^, c'est a dire force ta- 1) bliers, ou le beau flux^ ung, deux, troys, ou a toutes restes pour abréger, ou bien alloyent veoir les garses '^^ d entour, et petitz bancquetz parmy, collations, et arrière collations. Puis dormoyt sans desbrider, jusques au lendemain huict heures.
de Poitiers, Jean da Fou, qui en étoit seigneur, fut fait sous-maire de Bourdeaux en i452. Un Jacques du Fou, capitaine d*une grande réputation, plein de vertus, dit Tannaliste Bouchet, et homme d*une grande religion, étoit sénéchal du Poitou en i486. Un seigneur de Orignaux (Grignault peut-être) étoit chevalier d'honneur d& la reine Anne de Bretagne, femme du roi Louis XII. Et Gourville est mis au nombre desL petites villes de TAngoumois, dans un ancien Guide de chemins, imprimé à Paris chez Charles Etienne, Tan i553. (L.) — Tous ces seigneurs étoient de la cour de François V : Grignault étoit un seigneur angevin, Marigny un seigneur normand; il y avoit un François du Fou, capitaine et gouverneur du château de Lusignan en i53i. Voy. Histoire généalogique de France, par le P. Anselme.
''^ Les dames en général se nomment bois en termes de trictrac. Gela fait que , comme d'ailleurs le tablier du trictrac ressemble par ses bords à un gros et grand livre, les profanes ont appelé Évangiles de bois ce tablier, sur lequel on joue encore à quatre différents jeux. Quant à ce qu'il est dit, que cétoit après souper qu*on apportoit ces beaux Evangiles^ c'est par rapport à un statut de la Régie de saint Benoît, qui veut qu'avant que de se coucher les moines de l'ordre lisent entre eux un certain nombre de chapitres des Évangiles. (L.) — « Il y avoit, dit l'éditeur de i75a, des moines qui, au lieu de lire la Vie des Pères ou l'Évangile avant que de se coucher, dinsi que la règle le prescrivoit, jouoient aux dames ou aux échecs, et appeloient un damier, l'évangile de bois. »
''^ * On sait que François I**^ aimoit à courir les ruelleç : ses aventures avec la belle boulangère et avec la belle Féronnière ne le prouvent que trop.