‹ Œuvres de Roger de ColleryeChapitre 64 sur 121 · SERMON POUR UNE NOPCE · texte numérisé non relu

SERMON POUR UNE NOPCE

LE PRBSGHECR, ftabUlé eti femme,

THEUME Audi, filiat et vide,

e theume que j'ay dévidé Est escript d*une grosse plume Aussi pesante qu'une enclume, Et d'un vielz psaultier enfumé

z. n existe deux antres Yersions de ce sermon; Tuntd, in-80, de 4 feniUets, a été Imprimée & Bonen chez Loys Costë, libraire, rne Escnyère, aux Trois Croix conronnées, sons ce titre : Discourg joyeux pour advertir la Nouvelle Mariée de ce qu'elle doit faire la première nuietf et réimprimée chez Guirandet, i83q, in-i6 de la feniUets.

L'antre yersion, sans date, a été imprimée k Lyon sons ce titre : Plaisant diecoun et avertissement atae Nouvelles Mariées pour se bien et proprement comporter la première nuict de leurs nopces, recité à ung valet par un jeune homme LyonnoiSf le jour du Jeudy Gras dernier ^ et réimprimée chez Pinard, i83o (in-ia de i5 pages, tirék 60 exemplaires).

L'éditenr de cette dernière réimpression accuse son collègue d'avoir fait une édition honteuse ; il ignore Texistence du texte de Loys Costé, texte très-mauvais en effet, que la réimpression in- 16 a copié littéralement, de telle sorte qu'en résumé c'est 2k Loys Costé que remontent les reproches amers prodigués si complaisamment & réditeur im-

lia Sermon

Je Tay extraict et escumé Âffin d'en faire ung bon brouet.

A propos, ung chartier sans fouet Qui ne dit dea ne hurehau, Pourroit-il toucher son chevau,

primé chez Guirandet, par Tëdlteur imprimé chez Pinard. Ce dernier eût pn sans doute remplacer quelques-uns de ces reproches par quelques recherches qui lui eussent procuré un texte plus complet et f&it connaître, dans Roger de Collerye, Vauteur de la pièce.

Ces sermons grotesques tirent leur origine, indirectement, il est vrai , et k titre de caricature , des mystères. Les habitudes et les traditions littéraires nées de la Foi religieuse, existoient encore, lorsque la Foi elle-même ayoit perdu cette influence qui lui avoit donné presque entière, ment la direction de la littérature au moyen âge. Les esprits railleurs de la fin du xv« siècle et du commencement du xvie trouYolent quelque chose de ridicule et de bouffon dans les naïvetés des mystères , naïvetés dont ils avoient oublié les origines, et qui étoient un des côtés d'un art admirable qu'ils ne pouvoient plus comprendre. Ils firent un premier pas , timide encore , dans cette voie de caricature, et ils créèrent le genre des Sermons et Légendes simplement gais et naïvement grotesques ; c'est k cet ordre qu'appartiennent le Récit du martyre de monseigneur Saint-Hareng et les autres Légendes boufTonnes de ce genre. Quelques autres firent un pas de plus, et débitèrent, comme le fait ici R. de CoUerye, des sermons naïvement obscènes. Enfin , la Réforme s'empara habilement de ces naïvetés, et les détourna de leur but primitif; elle en méconnut l'esprit , les supposa hostiles Ik oh elles n'étaient que gaies, les rendit, du reste, acres et venimeuses, et les fit passer de l'état de simples bouffonneries k l'état d'armes de guerre. C'est sur ces données que repose tout entière Y Apologie d'Henry Estienne ; et il ne faut pas oublier ces traditions inoffensives de l'esprit trouvère, si l'on veut 'jeter .quelque lumière nouvelle sur les mystérieuses origines du genre et de l'art de Rabelais.

POUR UNK ^iOPCE. Il3

Sa jument, sou ^ne «ou ^ besfte? Jamais, car ung homme saiiô teste N'a point besoing 4e ehstpperon Ne de pitq^mFÂe TespenHii; Qu'il soit ainsi, sans^Ceûne «sfUKiwe Soubdainement je «vous ie fleuve :

Je prens le cas gu'ime £Uf#e Frisque, gaillarde et guillerette Veult estre aujoupd'liuy inariée Et à ung masle apparée, Assavoir mon -^'al se peuU faire Pour à son plaisir satisfaire?

Je veulx dire «que ouy, pourveu Que le marié tsoitpourvfiu D'ung bast^i à feu et d'oullaàz Soudains, ligiers, chaulx, et hatife.

Sans instrumens on ne faict ri mi En telz cas, vous le scavez bien.

Laissons cela et retournons ' A nostre theume, et refvenons Au point prim^pai : qui pourra, En face ainsi i)0idiii6 il «vouldra; Car je suis bien «eaie «t certaine Qui joustera à la quintaine *, Avant qu'il soit demain matin, 'SaijB trop ^scumer le latin,

I. Les ao Yer^ «oiiFfuits ipan(m(Bxit.44n3 lea deiv^ .aujtres

va.ifii|e>fi«liiiiii»iiQVt«f«., «te,, ]M>ur,]CA bien d4âriç^r, «tP.

ii4 Sermon

Je dy qu'on peult bien défricher Ung terrouer, sans dénicher Le trou où estoient les oyseauh.

Tout soudain chaussa ses houseaulx\ Puis après monta à cheval, Et en courant à mont, à val, Pour éviter les grans dangers, Cuydant arriver à Angiers Il vint coucher à Carcassonne*. Or, avant que la cloche sonne.

De peur de perdre mon mémoire, Je vous pry donnez moi à boire.

{Elle boy t.) Beaucoup de gens treuvent estrange De veoir ung dyable avec ung ange ; Petis musequins, fines trongnes, Friquelimiques fatrillonnes, Escoutez bien et retenez, Oyez, entendez, aprenez Le bien qu'on a en mariage :

Le premier an, de franc courage On s'entrebaise, on s'entracoUe, On jaze, on caqueté, on bricoUe, On faict le dyable de Vauvert * ;

I. Sans doute ce défricheur dont U parle ploa haut; cette partie , du reste , semble vouloir prendre les allures du ooq-k-rftne.

a. Jeu de mots sur ange et sur carcasse.

3. Vauvert , habitation située à Tendroit oh se trouve actueUemeut l'Observatoire de Paris. Les diables s'en étaient

POUR UNE NOPGE. ix5

Jamais il n'y a feu couvert ;

Tout va sen dessoubz, pelle melle.

S'il vient qu'el soit belle fumelle,

Le povre mary s'esvertue

De labourer, tant qu'il s'en tue ;

Puis à deffricher il s'aplique

Si fort, qu'il en demeure éthique.

L'an d'après, jà escorniflé Voyant qu'elle a le ventre enflé •, Il se commence à soucyer.

Et à chagrin s'assocyer; Il plaint la teste, puis les dents.

Et a les oreilles pendans Ne plus ne moins comme un lymier.

S'il advient qu'il soit coustumier De faire ung enfant tous les ans, Telz jeux ne luy sont plus plaisans; Et bien souvent, pour leur entrée.

Font deux enfans d'une ventrée.

Qui est lors esbay? C'est il.

En disant: « mauldit soit l'ostil, Le fourneau, la forge, et le moule, »

On le faict tenir pied à boule Et recommancer à l'ouvrage

emparés, et y firent rage jasqu'en laSi, époque oU saint LoniB 7 installa an couvent de Chartreux.

I. Ce yen est omis dans Tédition de Bouen; il est remplacé dans rédition de Lyon par celui-ci :

Kschioé, blesme, OMOufflé.

ii6 Sermon

Qui est subject à mariage.

Et, après qu'il a folâtré,

U vouldroit bien estre diatré

Quant il voit que sa fBmme est grosse.

Si en arez vous ceste endosse,

Vous aultres jeunes mariez,

Et serez tansez, teiriez

De voz femmes à tous propos.

Y euydez-vous avoir repos

En mariage, mes mignons ?-

Ouy dea ! de beaulx bons eompaignons

Ne s'en font anjourdiiuy que rire ;

Et puis à chacun ilz vont dire.

Quant quelcun s'est apparié :

Et voyla Trop tost maryé.

Qui en est Jobelin bridé.

yétidi, Jilia^ et vide,

Prinse *.

Avant qu'en ma matière entrer, A genoulx il vous fattlt veaulrer Devant nostre belle espousée.

En luy disant : « 4kyiilce rosée, Dieu te doint ung bien bon confort, S'il advient que trop grant effort Te face la mryt ton mary ; Et (^ tOB «OBur ne smt marry

I. Entrée en matière. Ce mot manque dans les denx autres éditions.

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