‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 102 sur 267 · IX. De LA MODESTIE · texte numérisé non relu

IX. De LA MODESTIE

La troisiesme modestie regarde les paroles et la maniere de converser. Il y a des paroles qui seroyent immodestie en tout autre temps qu’en celuy de la recreation, où justement et avec bonne raison on doit(4) relascher un peu l'esprit; et qui ne voudroit parler ni laisser parler les autres sinon de choses hautes et relevées en ce temps-là, feroit une immodestie; car n'avons-nous pas dit que la modestie regarde le temps, les lieux et les personnes? A ce propos, je lisois l'autre jour * que saint Pachome, d'abord qu'il fut entré au desert pour mener une vie monastique, eut de grandes tentations, et les malins esprits luy apparoissoyent souvent en diverses manieres. Celuy qui escrit sa Vie dit qu'un jour qu'il alloit par les bois pour en couper, il vint une grande troupe de ces esprits infernaux pour l'espouvanter, qui se rangerent comme des soldats qui posent la garde, tous bien armés, et se crioyent l'un à l'autre: Faites place au saint homme. Saint Pachome, qui recognut bien que c'estoyent des fanfares de l'esprit malin,

tenir à genoux, les mains jointes ou les bras en croix; cela ayde infiniment à se tenir recueilli et ramassé en la presence de Dieu.

Vous demandez si de tenir la teste penchée ou repliée sur l'espaule, ou bien de tourner les yeux dans la teste, est contre la modestie. A cela je responds que si cela se fait quelquefois sans y penser, qu'il n'y a pas grand mal, pourveu que l'on n'affecte point ces façons de faire comme estant quelque chose de remarquable pour la devotion; car il faut eviter la contenance affectée, puisque tout ce qui est affecté doit estre abhorré, evitant soigneusement de faire le sanctificetur quand il n'y a point de nomen tuum apres, je veux dire les devots et les saints en nostre contenance exterieure, comme je fis une fois. 11 n'y a point de danger de faire ce petit conte de recreation, puisqu'il est à mon propos. Estant jeune escolier en ceste ville, il me prit une ferveur et une envie d'estre saint et parfait; je commengay à me mettre en la fantasie que pour cela il falloit que je repliasse ma teste sur mon espaule en disant mes Heures, parce qu'un autre escolier qui estoit vrayement un saint le faisoit, ce que je fis soigneusement quelque temps durant, sans que pourtant j'en devinsse plus saint.

Revenons maintenant à nostre propos. Ceste seconde modestie a esté appellée de plusieurs une studiosité d'esprit, c'est à dire un soin tres-particulier de tenir l'esprit rangé dans les bornes d'une sainte modestie, voulant scavoir simplement ce qui nous est necessaire, et retranchant la curiosité de toute autre chose. (Ms. et Coll.)

(t) on — peut desbander et (Ms. et Coll.)

* Vitae Patrum, 1.

Vita S.Pach.,c.xv

cles., DI, 4, 7-

142 Lzs vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

se print à sousrire, disant : Vous vous mocquez de moy ; mais je le serav, s'il plaist à Dieu. Or le diable, voyant qu'il ne l'avoit peu attrapper ni faire entrer en melancholie, pensa qu'il l'attrapperoit du costé de la joye, puisqu'il s'estoit ri de sa premiere embuscade ; il s'en va donc attacher grande quantité de grosses cordes à une feuille d'arbre, et se mirent plusieurs demons à ces cordes, comme pour tirer avec grande violence, crians et suans comme s'ils eussent eu grande peine. Le bon Saint levant les veux et vovant ceste folie, se representa Nostre Seigneur crucifié en l'arbre de la croix ; eux, voyans que le Saint s'appliquoit au fruict de l'arbre et non à la feuille, s'en allerent tous confus et honteux.

Il y a temps de rire et temps de ne pas rire; comme aussi, temps de parler et de se taire*, comme nous monstra ce glorieux Saint ? en ces tentations. Ceste modestie compose nostre facon de parler, à fin qu'elle soit agreable, ne parlant ni trop haut ni trop bas, ni trop lentement ni trop brusquement, se tenant dans les termes d'une sainte mediocrité, laissant parler les autres quand ils parlent, sans les interrompre, car cela tient de la babillerie ; parlant neantmoins à son tour, pour eviter la rusticité et suffisance qui nous empesche d'estre de bonne conversation. Souventefois aussi on se rencontre en des occasions oü il est necessaire de beaucoup dire en se taisant, par la modestie, égalité, patience et tranquillité.

(u) Or le diable, coyant qu'il ne l'avoit peu attrapper ni — induire en tentation à ce premier assaut, advisa de le surprendre du costé de la joye, puisqu'il avoit perdu son escrime à la premiere aubade. Il s'en va donc attacher quantité de grosses cordes à une feuille d'arbre, et se mettent plusieurs diables à ces cordes, tirans avec grande violence et crians les uns aux autres : hay, hay, suans comme s'ils eussent bien peiné. Le bon Pachome levant les yeux en haut ct voyant ceste folie, se represente Nostre Seigneur crucifié en l'arbre de la croix et se munit du signe d'icelle. Alors les demons voyant que le Saint s'arrestoit au fruict de l'arbre et non aux feuilles, se retirerent honteux et confus.

Il y a temps de rire et temps de ne pas rire, comme aussi femps de parler et temps de ne pas parler; ce que nous monstra le saint personnage (Coll.)

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