‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 105 sur 267 · IX. De LA MopEsTIE · texte numérisé non relu

IX. De LA MopEsTIE

du fumier qu’il enterroit avec les choux : Ah! meschante langue, dit-il, je t'apprendray bien s'il faut ainsi injurier ton frere ; et soudain se prosterna à deux genoux, suppliant le Frere de luy pardonner. Or, quelle apparence y a-t'il, je vous prie, que nous autres nous estonnions de nous voir prompts à la colere, et si nous ressentons (4) quand on nous reprend ou que l'on nous fait quelque contradiction? Il faut donc tirer exemple de ces Saints, lesquels se surmonterent incontinent, l'un recourant à la priere, et l'autre demandant humblement pardon à son frere, et ne firent rien ni l'un ni l'autre, en faveur de leur ressentiment, mais s'amenderent et en firent profit.

Vous me dites que vous acceptez de bon cœur la correction, que vous l'approuvez et trouvez juste et raisonnable; mais que cela vous donne une certaine confusion à l'endroit de la Superieure, parce que vous l'avez faschée ou luy avez donné occasion de se fascher; que cela vous oste la confiance de vous approcher d'elle, nonobstant que vous aymiez l'abjection qui vous revient de la faute. Cela se fait, ma fille, par le commandement de l'amour propre. Vous ne scavez peut estre pas qu'il y a en nous-mesmes un certain monastere dont l'amour propre est superieur, et partant il impose des penitences; et ceste peine est la penitence qu'il vous impose pour la faute que vous avez faite d'avoir fasché là Superieure, parce que peut estre elle ne vous estimera pas tant comme elle eust fait si vous n'eussiez pas failli.

C'est assez parlé pour celles qui recoivent la correction ; il faut que je die un mot pour celles qui la font. Donc, outre qu'elles doivent avoir une grande discretion pour bien prendre le temps et la saison de la faire avec toutes les circonstances deués, elles ne doivent jamais s'estonner ni offencer de voir que celles à qui elles la font en ont du ressentiment ; car c'est une chose bien dure à une personne de se voir corriger.

(a') ef — sentiment (Ms. et Coll.)

148 L&s vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

Vous demandez en troisiesme lieu, comment vous pourriez faire pour porter vostre esprit droit en Dieu, sans regarder ni à droite ni à gauche. Ma chere fille, vostre proposition m'est fort agreable, d'autant qu'elle porte sa response avec elle : il faut faire ce que vous dites, aller à Dieu ‘*) sans regarder ni à droite ni à gauche. Ce n'est pas cela que vous demandez, je le voy bien ; mais comment veus pourriez faire pour affermir tellement vostre esprit en Dieu, que rien ne l'en puisse destacher ni retirer. Deux choses sont necessaires pour cela : mourir et estre sauvé, car apres cela il n'y aura jamais de separation, et vostre esprit sera indissolublement («) attaché et uni à son Dieu. Vous dites que ce n'est pas encor cela que vous demandez, mais que c'est que vous pourriez faire pour empescher que la moindre mousche ne retirast vostre esprit de Dieu ainsi qu'elle fait; vous voulez dire la moindre distraction. Pardonnezmoy, ma fille, la moindre mousche de distraction ne retire pas vostre esprit de Dieu, ainsi que vous dites, car rien ne nous retire de Dieu que le peché; et la resolution que nous avons faite le matin de tenir nostre esprit uni à Dieu et attentif à sa presence, fait que nous y demeurons tousjours, voire mesme quand nous dormons, puisque nous le faisons au nom de Dieu et selon sa tres-sainte volonté. Il semble mesme que sa divine Bonté nous dit : Dormez et reposez, et ce pendant jauray les yeux sur vous pour vous garder et defendre

(b') C'est sans doute, ma chere fille, que la multitude des paroles en un sujet oà il n'en est besoin que de peu doit estre evitée comme estant une immodestie, et principalement en l'occasion que vous dites, qui est pour s'excuser; car, outre limmodestie des paroles, c'est aussi une autre sorte d'imperfection de ne vouloir pas estre recognue defaillante ou imparfaite : c'est contre l'humilité, qui nous fait aymer nostre abjection. C'est assez pour ce point : que dites-vous davantage ?

Comme vous pourriez faire pour porter vostre esprit en Dieu de toutes choses, sans regarder ni à droite ni à gauche? Ma chere fille, j'ayme bien vostre proposition, d'autant qu'elle porte sa response quant et elle. Il faut faire ce que vous dites : aller à Dieu de toutes choses, (Ms. et Coll.)

(c') invariablement (Ms.)

P. am ‘

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