IX. DE LA MoDpESsTIE
du Zion rugissant, qui va tousjours autour de vous pour penser vous deffaire*. Voyez donc si nous n’avons pas raison de nous coucher modestement, ainsi que nous avons dit. C'est le moyen de bien faire tout ce que nous faisons que d’estre bien attentifs à la presence de Dieu; car aucun de nous ne l’offencera, voyant qu'il nous regarde. Les pechés veniels mesmes ne sont pas capables de nous destourner de la voye qui conduit à Dieu: ils nous arrestent sans doute un peu en nostre chemin, mais ils ne nous en destournent pas pourtant, et beaucoup moins les simples distractions ; et cecy je l'ay dit en l'Zntroduction *.
Pour ce qui est de l'oraison, elle ne nous est pas moins utile ni moins agreable à Dieu pour y avoir beaucoup de distractions ; ains elle nous sera peut estre plus utile que si nous y avions beaucoup de consolations, parce qu'il y a plus de travail, pourveu neantmoins que nous ayons la fidelité de nous retirer de ces distractions et n'y laissions point arrester nostre esprit volontairement. C'en est de mesme de la peine que nous avons le long de la journée d'arrester nostre esprit en Dieu et és choses celestes, pourveu que nous ayons le soin de retirer nostre esprit pour l'empescher de courir apres ces mousches et papillons, comme fait une mere à l'ndroit (4) de son enfant. Elle void que ce pauvre petit s'affectionne à courir apres les papillons, pensant de les attrapper ; elle le retire et retient incontinent par le bras, luy disant : Mon enfant, tu te morfondras à courir apres ces papillons au soleil, il vaut mieux que tu demeures aupres de moy. Ce pauvre enfant y demeure jusques à tant qu'il en voye un autre, apres lequel il seroit aussi prest de courir si la mere ne le retenoit comme devant. Et que faire là, sinon prendre patience et ne nous lasser point de nostre travail, puisqu'il est pris pour l'amour de Dieu?
Mais si je ne me trompe, quand nous disons que nous
(d') ume mere — laquelle est tendre (Ms. et Coll.)
* I Petri, v, 8.
“Partie I,cc.v,xx1
storia ex Chron.
trum Min,,1. I, II; oratio apud August.
ne pouvons trouver Dieu, et qu'il nous semble qu'il est si loin de nous, nous voulons dire, que nous ne pouvons avoir du sentiment de sa presence. J'ay remarqué que plusieurs ne font point de difference entre Dieu et le sentiment de Dieu, entre la foy et le sentiment de la foy; qui est un tres-grand defaut. Il leur semble que quand elles ne sentent pas Dieu, qu'elles ne sont pas en sa presence, et cela est une ignorance; car une personne qui va souffrir le martyre pour Dieu, et neantmoins elle ne pensera point en Dieu pendant ce temps-là, sinon en sa peine, quoy qu'elle n'ayt point le sentiment de la foy elle ne laisse pas de meriter en faveur de sa premiere resolution, et faire un acte de grand amour. Il y a bien à dire d'avoir la presence de Dieu (j'entends estre en sa presence), et d'avoir le sentiment de sa presence ;(*) il n'y a que Dieu seul qui nous puisse faire ceste grace; car de vous donner les moyens d'acquerir ce sentiment, il ne m'est pas possible.
Demandez-vous comment il faut faire pour se tenir tousjours avec un grand respect devant Dieu, comme estans tres-indignes de ceste grace ? Il n'y a point d'autre moyen de le faire que comme vous le dites : regarder qu'il est nostre Dieu, et que nous sommes ses (f) foibles creatures, indignes de cest honneur ; comme faisoit saint Frangois, qui passa toute une nuict interrogeant Dieu en ces termes : « Qui estes-vous, et qui suis-je * ? » En fin, (8) si vous me demandez : Comment pourray-je faire pour acquerir l'amour de Dieu? je vous diray : En le voulant aymer ; et au lieu de vous appliquer à penser et demander comment vous pourrez faire pour unir vostre esprit à Dieu, que vous vous mettiez en la pratique par une continuelle application de vostre esprit à Dieu, et je vous asseure que vous parviendrez bien plus
(e') de sa presence. (lig. 3) — N'est-ce pas cela que vous voulez dire? Sans doute. O ma fille, (Ms. et Coll.)
(f') vous — dites : regarder quel est nostre Dieu, et quels nous sommes; des ( Coll.)
(g ) En fin, — vos demandes portent toutes leurs responses, car (Ms. et Coll.)