‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 107 sur 267 · IX. De LA MODESTIE · texte numérisé non relu

IX. De LA MODESTIE

tost à vostre pretention par ce moyen-là que non pas par aucune autre voye; car à mesure que nous nous dissipons nous sommes moins recueillis, et partant moins capables de nous unir et joindre avec la divine Majesté, qui nous veut tout sans reserve. Il y a certes des ames qui s'occupent tant à penser comment elles feront, qu'elles n'ont pas le temps de faire; et toutesfois, en ce qui regarde nostre perfection, qui consiste en l'union de nostre ame avec la divine Bonté, il n'est question que de peu scavoir et de beaucoup faire. (bh) Il me semble que ceux auxquels on demande le chemin du Ciel ont grande raison de dire comme ceux qui disent que pour aller à un tel lieu il faut tousjours aller, mettant l'un des pieds devant l'autre, et que par ce moyen on parviendra oü l'on desire. Allez tousjours, dit-on à ces ames desireuses de leur perfection, allez en la voye de vostre vocation en simplicité, vous amusant plus à faire qu'à desirer : c'est le plus court chemin li).

Mais voicy une finesse qu'il faut que vous me permettiez de vous descouvrir, sans toutesfois vous offencer. C'est que vous voudriez que je vous enseignasse une voye de perfection toute faite, en sorte qu'il n'y eust qu'à la mettre sur la teste, comme vous feriez vostre robbe, et que par ce moyen vous vous trouvassiez (j} parfaite sans peine, c'est à dire que je vous donnasse la perfection toute faite; car ce que je dis, qu'il faut faire, n'est pas trouvé agreable à la nature; ce n'est pas ce

(h') beaucoup faire. — Il faut aller grandement simplement en ceste sainte besogne, car ceux qui vont demandant continuellement le chemin le plus court pour aller en la ville oà ils pretendent d'aller, courent fortune d'y arriver plus tard que ceux qui ayans enfilé le grand chemin ne s'en destournent point. Les uns leur disent: vous n'allez pas bien, le chemin que vous avez pris est le plus long; il faut retourner en arriere, et puis vous prendrez un tel chemin. Pendant qu'ils retournent en arriere ils n'avancent pas, ni moins pendant qu'ils s'amusent à demander le chemin. (Ms. et Coll.)

(i') plus à faire — que non pas à desirer le plus court chemin. (Ms. et Coll.)

(j°) foufe faite, — ou une methode de perfection tellement faite qu'il n'y eust qu'à la mettre sur vostre teste comme vous jetteriez vostre voile, et que par ce moyen vous vous trouvassiez toute (Ms. et Coll.)

>, x, vit.

132 Les vaAYs ENTRETIENS SPIRITUELS

que nous voudrions. O certes, si cela estoit en mon pouvoir, je serois le plus parfait homme du monde ; car si je pouvois donner la perfection aux autres sans qu'il fallust rien faire, je vous asseure que je la prendrois premierement pour moy. Il vous semble que la perfection est un art, que si l'on pouvoit trouver son secret l'on l'auroit incontinent sans peine. Certes. nous nous trompons; car il n'y a point de plus grand secret que de faire et travailler fidellement en l'exercice du divin amour, si nous pretendons de nous unir au Bien-Aymé.

Mais je voudrois bien que l'on remarquast que quand je dis qu'il faut faire, j'entends tousjours parler de la partie superieure de nostre ame; car pour toutes les repugnances de l'inferieure il ne se faut non plus estonner que les passans font des chiens qui abbayent de loin. Ceux qui estans au festin, vont piquotant chaque mets et en mangent de tous un peu, se detraquent fort l'estomac, dans lequel il se fait une si grande indigestion que cela les empesche de dormir toute la nuict, ne pouvant faire autre chose que cracher. Ces ames qui veulent gouster de toutes les methodes et de tous les moyens qui nous conduisent ou peuvent conduire à la perfection, en font de mesme; car l'estomac de leur volonté n'ayant pas assez de chaleur pour digerer et mettre en pratique tant de moyens, il se fait une certaine crudité et indigestion qui leur oste la paix et tranquillité d'esprit '*; aupres de Nostre Seigneur, qui est cest un necessaire, que Marie a choisi, et ne luy sera point osté *. 'Y)

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(k') qui leur — empesche le repos et tranquillité de l'ame (Ms. et Coll.) (1', point osté. — Passons maintenant à respondre à la question que vous me faites, comme il faut faire pour obeir bien simplement et purement à Dieu et à nos Superisurs. La demande est fort bonne, elle porte sa response : obeir purement c'est obeir simple.uent à Dieu, et à nostre Superieur pour l'amour

de Dieu. Vous pouvez doubler lintention pour laquelle vous obeissez de plusieurs doublures : par exemple, vous habiller à la volonté de Dieu, parce

que vous scavez que les recompenses des obeissans sont eternelles ; de plus , ,

parce que les desobeissans seront privés de la jouissance de Dieu.

est bon, Tout cela

mais il n'est pas ni simple ni pur, parce quil est meslé et doublé.

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