‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 108 sur 267 · IX. De LA MODESTIE · texte numérisé non relu

IX. De LA MODESTIE

Passons maintenant à l’autre demande que vous m'avez fait, scavoir est, (à) comment vous pourrez faire pour bien affermir vos resolutions et faire qu’elles reussissent en effect. Il n'y a point de meilleur moyen, ma fille, que de les mettre en pratique. Mais vous dites que vous demeurez tousjours si foible, qu'encor que vous fassiez souvent des fortes resolutions de ne pas tomber en l’imperfection dont vous desirez de vous amender, l’occasion se presentant vous ne laissez pas de donner du nez en terre. Voulez-vous que je vous die pourquoy nous demeurons si foibles? c’est parce que nous ne voulons pas nous abstenir des viandes mal saines ; comme si une personne laquelle voudroit bien n'avoir point de mal d'estomac, demandoit à un medecin comment elle pourroit faire. Il luy respondroit : ne mangez point de telles ou telles viandes, parce qu'elles engendrent des crudités qui causent par apres des douleurs ; elle ne voudroit pourtant pas s'en abstenir. Nous faisons de mesme : nous voudrions, par exemple, bien aymer la correction, mais nous voulons neantmoins estre obstinés (2); è c'est une folie, cela ne se peut. Vous ne sçauriez estre forte à supporter courageusement la correction pendant que vous mangerez de la viande de l'estime propre. Je voudrois bien tenir mon ame recueillie,

De mesme, vous obeissez à vos Superieurs voirement bien pour l'amour de Dieu, mais vous adjoustez à ceste robbe les doublures que nous avons dites, et de plus une certaine pretention de plaire et estre estimée de la Superieure ; cela n'est pas obeir simplement ni purement pour l'amour de Dieu. Ce desir de plaire à la Superieure nous oste bien souvent et le merite de l'obeissance et la paix du cœur; car dés que nous voyons qu'elle n'est pas contente de nous, au lieu de serrer et caresser tendrement au fond de nostre coeur ceste abjection, nous nous inquietons et troublons comme si nostre bon-heur dependoit de cela. O que l'ame laquelle ne feroit rien pour ses Superieurs eu esgard à leur personne, ains auroit la fidelité de regarder tousjours Dieu en eux et son saint amour, qu'elle feroit certes un grand bien pour elle! attendu que le but et la fin de ceste obeissance seroit merveilleusement agreable à Dieu, qui doit estre nostre pretention, et non pas les recompenses. Ainsi faisant, toutes sortes de Superieurs nous seroyent indifferens, parce que nous trouverions Dieu en tous. (Ms. et Coll.)

(m') Que dites-vous, ma chere fille? (Ms. et Coll.)

(n°) estimés (Ms: et Coll.)

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et neantmoins je ne veux pas retrancher tant de sortes de reflexions inutiles ; cela ne se peut. Mon Dieu ! je voudrois bien estre fermement invariable en mes exercices, mais je voudrois bien aussi n'y avoir pas tant de peine: en un mot, je voudrois trouver la besogne toute faite. Cela ne se peut durant ceste vie, car nous aurons tousjours à travailler. La feste de la Purification, je vous l'ay desja dit une fois, n'a point d'octave.

Il faut que nous ayons deux égales resolutions : l'une, de voir croistre des mauvaises herbes en nostre jardin, et l'autre, d'avoir le courage de les voir arracher et les arracher nous-mesmes ; car nostre amour propre ne mourra point pendant que nous vivrons, lequel est celuy qui fait ces impertinentes productions. Au reste, ce n'est pas estre foible de tomber quelquesfois en des pechés veniels, pourveu que nous nous en relevions tout incontinent par un retour de nostre ame en Dieu, nous humiliant tout doucement. Il ne faut pas que nous pensions pouvoir vivre sans en faire tousjours quelques uns, car il n'y a eu que Nostre Dame qui ayt eu ce privilege. Certes, si bien ils nous arrestent un peu, comme j'ay dit, ils ne nous destournent pourtant pas de la voye : un seul regard de Dieu les efface. (0°)

(0') um — simple retour en Dieu les efface. Et ce que l'on dit que la benediction de l'Evesque et l'eau benite les effacent, n'est pas en vertu de la benediction, mais en vertu de l'acte d'humilité que l'on fait en la recevant, et en vertu du retour que nous faisons de nostre esprit en Dieu.

Vous demandez s'il faut tousjours prendre l'eau benite en faisant certaines considerations que les livres enseignent. O ne pensez pas que tout ce qu'ils enseignent doive estre pratiqué par les personnes qui sont desja parvenues en ce degré, que de faire ceste pratique de retourner leur esprit à tout propos du costé de la divine Majesté par une certaine affection contemplative ; car tout cela nuiroit à leur simplicité. Ceux qui voudront faire une consideration sur l'eau benite en la prenant, et puis une, faisant la reverence au Crucifix, et puis une autre sur ]a presence du Saint Sacrement, sur le signe de la Croix et chose semblable; ou bien qui voudroit prendre la consideration de la vie, mort et passion de Nostre Seigneur, particularisant sur tous les points, cement jusques à la fin, qui ne void qu'il n'auroit pas le temps durant une Messe de faire une bonne affection ou une resolution, qui est le plus utile ? Certes, l'intention d'aller à l'eglise pour adorer Dieu comprend par eminence toutes ces considerations particulieres, et se tenir en ceste affection ou à une

dés le commen-

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