‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 109 sur 267 · IX. De La Mopesris · texte numérisé non relu

IX. De La Mopesris

En fin il faut scavoir que nous ne devons jamais cesser de faire des bonnes resolutions, encore que nous voyons bien que selon nostre ordinaire nous ne les pratiquons pas, voire, (P) quand bien nous verrions qu’il est impossible de les pratiquer quand l’occasion s'en presentera ; et cela, il le faut faire avec plus de fermeté que si nous sentions en nous assez de courage pour reussir de nostre entreprise, disant à Nostre Seigneur : Il est vray que je n’auray pas la force de faire ou supporter telle chose de moy-mesme, mais je m'en resjouïs, d'autant que ce sera vostre force qui le fera en moy * ; et sur cest appui, allez à la bataille courageusement, et ne doutez point que vous n'en rapportiez la victoire. Nostre Seigneur fait envers nous tout de mesme comme un bon pere ou une bonne mere, laquelle laisse marcher son enfant tout seul lors qu'il est sur une douce prairie où l'herbe est grande, ou bien dessus la mousse, parce que si bien il vient à tomber, il ne se fera pas grand mal; mais aux mauvais et dangereux chemins elle le porte soigneusement entre ses bras. Nous avons souvent veu des ames supporter courageusement des grands assauts sans estre vaincues par leurs ennemis, lesquelles par apres ont esté surmontées (4) en des bien legers rencontres. Et pourquoy cela, sinon parce que Nostre Seigneur voyant qu'elles ne se feroyent pas grand mal en tombant, les a laissées marcher toutes seules, ce qu'il n'a pas fait lors qu'elles estoyent dans les precipices des grandes tentations, d'oü il les a tirées par sa main toute-puissante. Sainte Paule,

autre, si elle vous vient durant la Messe, c'est une tres-bonne fagon de l'entendre. En fin, la multiplicité des sujets dissipe nostre coeur et nostre esprit, et l'empesche et divertit de ceste simplicité amoureuse qui rend nos ames si agreables à Dieu. (Ms. et Coll.)

(p') Vous voulez encor scavoir si vous devez tousjours faire des resolutions, encore que vous voyez bien que, selon vostre ordinaire, vous ne les pratiquez pas. O certes, il ne faut jamais cesser de les faire, (Ms. et Coll.)

(q') par leurs ennemis, — ains demeurer victorieuses, lesquelles par apres ont esté vaincues (Ms. et Coll.)

* II Cor., xn, 9, 1

© E cvm, ad Fnstoch., in Epitap.

Paula, $ so.

laquelle fut si genereuse à se dépestrer i") du monde, quittant la ville de Rome et tant de commodités, et laquelle ne peut estre esbranlée par l’affection maternelle qu'elle portoit à ses enfans, tant son cœur estoit resolu de quitter tout pour Dieu, apres avoir fait toutes ces grandes merveilles, elle se laissa surmonter par la tentation de son propre jugement, qui luy faisoit accroire qu'il ne se falloit pas sousmettre à l'advis de plusieurs saints personnages qui vouloyent qu'elle retranchast quelque chose de ses austerités ordinaires : en quoy saint Hierosme advoué * qu'elle estoit reprehensible.

(*, Remarquons pour conclusion, que tout ce que nous avons dit en cest Entretien sont des choses assez delicates pour la perfection; et partant, que nulle de vous autres qui les avez entendues n'ayt à s'estonner si elle ne se trouve parvenue à ceste perfection, puisque, par la grace de Dieu, vous avez toutes le courage bon pour y vouloir pretendre. Vive Jesus!

(r') desprendre (Ms.)

(s') I1 sera facile de respondre à vostre demande, ma chere fille, qui est, lequel des deux vous devez embrasser et suivre, ou la simplicité ou la charité; s'entend la pratique de l'une ou de l'autre, quand elles se rencontrent en mesme sujet. La charité est la principale vertu et à laquelle toutes les autres sont et doivent estre sujettes; mais en l'exemple que vous me donnez, il vaut mieux faire, ou pour mieux dire, pratiquer la simplicité ; car ce n'est pas un manquement de charité de faire lever une Sceur pour vous laisser passer en la place qu'une autre vous presente. Je dis mesme, quand bien elle seroit un peu incommodée de se lever ou trop pressée dessus son siege, il vaut mieux aller en la place que l'on vous presente tout simplement, estant bien ayse que la Sceur qui se leve fasse ceste pratique de charité à vostre occasion.

Dites-vous encore lequel vous devez faire quand une Sceur vous prie de faire quelque chose de sa charge, et laquelle vous ne pourriez faire sans manquer à ce qui est de la vostre. Par exemple, le souper ne pouvant pas estre appresté à l'heure si vous faites ce dequoy elle vous prie, qui ne void que si vous faisiez la condescendance à ceste heure-là, que ce seroit au prejudice de l'obeissance et de la charité? ce qui ne se doit jamais faire, quel pretexte que l'on ayt. Il faudroit dire tout doucement à ceste Sœur : Si vous pouviez attendre jusqu'à ce que j'aye fait ce que j'ay à faire de ma charge, je le feray, mais je ne peux pas à ceste heure. Mais si ce que vous avez à faire n'estoit pas pressé, alors il le faudroit quitter promptement pour pratiquer la charité et la condescendance, faisant ce dequoy vous estes priée. (Ms. et Coll.)

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