‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 111 sur 267 · X. DE L'OBEISSANCE · texte numérisé non relu

X. DE L'OBEISSANCE

de l’obeissance est la promptitude, à laquelle est opposée la paresse ou tristesse spirituelle ; car il arrive rarement qu’une ame triste fasse quelque chose promptement et diligemment. En termes theologiques, la paresse s’appelle tristesse spirituelle, et c’est cela qui empesche de faire l'obeissance courageusement et promptement. (f) La troisiesme est la perseverance; car il ne suffit pas que l'on agrée le commandement et que pour quelque espace de temps l'on l'execute, si l'on n'y persevere, puisque c'est ceste perseverance qui obtient la couronne*.

Il se trouve par tout des exemples admirables de la perseverance, mais particulierement dans la vie de saint Pachome. Il y a des moines qui ont perseveré avec une patience incroyable à ne faire toute leur vie qu'un mesme exercice, comme le bon Pere Jonas qui ne fit jamais en sa vie autre chose, outre le jardinage, que des nattes, et s'estoit tellement habitué à cela qu'il les faisoit sa fenestre fermée, en meditant et faisant oraison ; l'un ne luy empeschoit point l'autre, de sorte qu'on le trouva mort les genoux croisés et sa natte attachée dessus : il mourut en faisant ce qu'il avoit fait toute sa vie. C'est un acte de grande humilité de faire toute sa vie par obeissance un mesme exercice qui soit abject, car il peut arriver force tentations que l'on seroit bien capable de quelque chose de plus grand. Or, ceste troisiesme condition est la plus difficile de toutes, à cause de la legereté et inconstance de l'esprit humain; car à ceste heure nous aymons faire une chose, et tantost nous ne la voudrions pas regarder. Si nous voulions suivre tous les mouvemens de nostre esprit, ou qu'il nous fust possible de le faire sans qu'il y eust du scandale ou du deshonneur, nous ne verrions autre chose que des changemens : (8) ores nous voudrions estre en

(f) et promplement. — L'on ne sçauroit passer les rivieres plus seurement que dans un navire ou basteau; aussi nous ne sçaurions faire le passage de nostre vie avec plus de seureté que parle moyen de l'obeissance. (Ms. et Coll.)

(g) quand nous aurions esté une heure Jesuite nous voudrions estre une autre heure Capucin, et puis un peu apres nous chercherions une autre

* Matt., x, 29, XXI

att., XXVI, 38,79;

FC. , XIV, 34-3

160 LES vRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

une condition, et peu apres nous en chercherions une autre, tant ceste inconstance de l'esprit humain est extravagante ; mais il la faut arrester avec les forces de nos premieres resolutions, à fin de vivre également parmi les inégalités de nos sentimens et des evenemens.

Or, pour mieux nous affectionner à l’obeissance, lors que nous nous trouverons tentés, il faut faire des considerations de son excellence, de sa beauté et de son merite, voire de son utilité, pour nous encourager à passer outre : cela s'entend pour les ames qui ne sont pas encore bien establies en l'obeissance ; mais quand il n'est question que d'une simple aversion ou dégoust de la chose commandée, il faut faire un acte d'amour et se mettre à la besogne. Nostre Seigneur mesme en sa Passion ressentit un tres-grand dégoust et (à) une aversion mortelle à souffrir la mort; il le dit luy-mesme *; mais avec la fine pointe de son esprit il estoit resigné à la volonté de son Pere, tout le reste estoit un mouvement de la nature.

condition ; et tel qui a vescu en bonne paix toute sa vie avec sa femme, sil eust peu la changer, l'eust fait une douzaine de fois; voire mesme jusques là que, si nous pouvions, nous changerions de pere et de mere, tant (Ms. et Coll.) ( Reprendre au texte, lig. 2.]

(h) de la chose commandée, — il ne faut faire qu'un acte d'amour et se mettre à la besogne. Je n'entends pas un acte d'amour sensible, car ils ne sont pas en nostre puissance et ne sont nullement necessaires; je dis un acte d'amour raisonnable, avec la pointe de nostre esprit, car c'est ainsi que doivent aller les vrayes servantes de Dieu ; autrement nous n'irons jamais bien. Si nous nous attachons à ces petites tendretés et douceurs spirituelles, et que nous ne nous resolvions de servir Dieu avec la pointe de nos resolutions, nous n'aurons jamais ni des vrayes vertus ni d'amour solide.

J'ay cognu un gentilhomme qui me dit une fois en voyant passer un autre : Voila un homme que j'ayme avec une passion estrange, mais je ne luy ay jamais parlé ni ne luy parleray jamais, car j'en evite tant que je puis les occasions. Et pourquoy, luy dis-je, puisque vous l'aymez tant? Parce, dit-il, que si je l'accoste, peut estre ne parlera-t'il pas si bien que je me suis imaginé, ou il fera quelque chose de mauvaise grace, et je ne pourray plus l'aymer. Voyezvous, quand nos affections dependent de tant de petites choses elles sont sujettes à mille detraquemens.

Il ne faut faire nul estat des aversions ni des difficultés, pourveu que ceste pointe de nostre esprit tienne tousjours à son souverain objet. Nostre Seigneur mesme en sa Passion les a souffertes; car il avoit (Ms. et Coll.)

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