‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 114 sur 267 · X. DE L'OBEISSANCE · texte numérisé non relu

X. DE L'OBEISSANCE

l'evenement de nostre perfection selon les voyes ordinaires, en tranquillité de cœur, faisant tout ce que nous pouvons pour acquerir les vertus par la fidelité que nous aurons à les pratiquer une chacune selon nostre condition et vocation; et demeurons en attente pour ce qui regarde de parvenir tost ou tard au but de nostre pretention, laissant cela a la divine Providence, laquelle aura soin de nous consoler au temps qu’elle a destiné de le faire; et quand mesme ce ne seroit qu'à l'heure de nostre mort, il nous doit suffire, pourveu que nous rendions nostre devoir en faisant tousjours ce qui est en nous et à nostre pouvoir. Nous aurons tousjours assez tost ce que nous desirons, quand nous l’aurons et qu’il plaira à Dieu de nous le donner. Ceste attente et resignation est tres-necessaire, car le defaut d’icelle trouble fort l’ame. Il se faut contenter de sçavoir qu'on fait bien par celuy qui gouverne, et n’en rechercher ni les sentimens ni la cognoissance particuliere, mais marcher comme aveugle dans ceste providence et confiance en Dieu, mesme parmi les desolations, craintes, tenebres, et toute autre sorte de croix qu'il luy plaira nous donner. Demeurez donc, ma chere fille, parfaitement abandonnée à sa conduite, sans aucune exception ni reserve quelconque, toute, toute, et le laissez faire, jettant sur sa bonté tout le soin du corps et de l'ame, demeurant ainsi toute resignée, remise et reposée en Dieu, sous la conduite des Superieurs, sans soin que d'obeir.

Or, le moyen d'acquerir ceste souplesse à la volonté d'autruy est de faire souvent en l'oraison des actes d'indifference, et puis les venir mettre en pratique lors que l'occasion s'en presentera ; car ce n'est pas assez de se despouiller devant Dieu, d'autant que cela se faisant seulement avec l'imagination, il n'y a pas grand affaire; mais quand il le faut faire en effet, et que venans de nous donner tout à Dieu nous trouvons une creature qui nous commande, il y a bien de la difference, et c'est là où il faut monstrer son courage.

Ceste douceur et condescendance à la volonté du

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prochain est une vertu de grand prix; elle est le symbole de l'oraison d'union. Car comme ceste oraison n'est autre chose qu'un renoncement de nous-mesmes en Dieu, quand l'ame dit avec verité : Je n'ay plus de volonté sinon la vostre, Seigneur, alors elle est toute unie à Dieu; de mesme, renoncans nostre volonté pour faire tousjours celle du prochain, c'est la vraye union avec le prochain : et faut faire tout cela (0 pour l'amour de Dieu.

Il arrive souvent qu'une personne petite et foible de corps et d'esprit, qui ne s'exercera qu'en des choses petites, les fera avec tant de charité qu'elles surpasseront beaucoup le merite des actions grandes et relevées; car pour l'ordinaire, ces actions relevées se font avec moins de charité, à cause de l'attention et de diverses considerations qui se font autour d'elles. Si neantmoins une grande ceuvre est faite avec autant de charité que la petite, sans doute celuy qui la fait a beaucoup plus de merite et de recompense. En fin, la charité donne le prix et la valeur à toutes nos ceuvres, de maniere que tout le bien que nous ferons il le faut faire pour l'amour de Dieu, et le mal que nous eviterons, il le faut eviter pour l'amour de Dieu. Les actions bonnes que nous ferons, qui ne nous sont pas particulierement commandées et qui ne peuvent tirer leur merite de l'obeissance, il le leur faut donner par la charité, encore que nous les pouvons toutes faire par obeissance (nu), Bref, il faut avoir bon courage et ne dependre que de Dieu ; car le caractere des Filles de la Visitation est de regarder en toutes choses la volonté de Dieu et la suivre.

Vous m'avez autresfois demandé si l'on pouvoit faire des prieres particulieres : et je responds que quant à ces petites prieres qu'il vous vient quelquefois devotion de faire (v), il n'y a point de mal, pourveu que l'on ne

(t) avec le prochain, — laquelle il faut pratiquer et exercer (Coll.)

(u) par obeissance, — parce que Dieu a commandé toutes les vertus. (Ms. et Coll.)

(v) Quant à ces petites prieres que nous avons parfois devotion de dire (Coll.)

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