X. DE L'OBEISSANCE
s'y attache pas, en sorte que ne les disant pas il vous en vienne du scrupule, ou que vous fissiez dessein de dire tous les jours, ou un an durant ou certain temps, quelque oraison à vostre fantasie; car cela, il ne le faut pas. Que si quelquefois pendant le silence il nous vient devotion de dire un Ave maris stella ou un Veni Creator Spiritus ou quelque autre chose, il n'y a point de difficulté que nous ne le puissions dire et qu'il ne soit bon; mais(w) il faut bien prendre garde que cecy se fasse sans prejudice d'un plus grand bien. Par exemple, si vous aviez devotion, vous trouvant devant le saint Sacrement, de dire trois fois le Pater à l'honneur de la sainte Trinité, et que l'on vous vinst appeller pour faire quelque autre chose, il faudroit se lever promptement et aller faire ceste action à l'honneur de la sainte Trinité, au lieu de dire vos trois Pater. (x)
Il ne faut donc se prescrire de faire certain nombre de genuflexions, d'oraisons jaculatoires, et semblables pratiques par jour, ou durant quelque temps, sans le dire à la Superieure, bien qu'il faille estre fort fidelle en la pratique des eslevations et aspirations en Dieu. Or, si vous pensez que ce soit le Saint Esprit qui vous inspire de faire ces petites pratiques (Y), il vous scaura bon gré que vous en demandiez congé, voire mesme que vous ne les fassiez pas si l'on ne le vous permet, d'autant
(w) il ne le faut pas. — Dites-vous que quelquefois au silence il vous vient envie de dire un Ave maris stella ou un Veni Creator, ou bien quelque autre chose en faisant vostre ouvrage. Il n'y a point de difficulté que vous ne le puissiez dire et qu'il ne soit bon, comme par forme de pricre; et c'est une bonne petite ceuvre en laquelle vous avez du merite, comme de bayser une image ou quelque autre chose semblable. Or, (Ms. et Coll.)
(x) vos trois Pater. — Ces choses sont quelquefois utiles à certains esprits, d'autres n'en ont pas besoin. Il y a de toutes herbes dans un jardin, et si bien il sy en trouve une plus excellente que toutes les autres, ce n'est pas à dire qu'il ne faille mettre que de celle-là dans le pot. (Ms. et Coll.)
[Le dernier alinéa du texte ne se trouve pas dans les Co//oques.]
(y) Et c'en est de mesme des pratiques de vertus, oraisons jaculatoires ou genuflexions, car il ne faudroit pas se prefiger d'en faire un tant par jour ou durant un tel temps, sans le dire à la Superieure, bien qu'il faille estre fort fidelle à en faire. Si vous pensez que ce soit le Saint Esprit qui vous inspire de les faire, comme aussi des prieres
168 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS
que rien ne luy est tant agreable que l’obeissance religieuse. Vous ne pouvez non plus promettre à personne de dire un nombre de prieres pour eux. Si l'on vous prie de le faire, il faut respondre que vous demanderez congé de le faire; mais si l’on se recommande simplement à vos prieres, vous pouvez respondre que vous le ferez volontiers(z), et en mesme temps eslever vostre esprit en Dieu pour ceste personne-là. Tout de mesme en est-il de la tres-sainte Communion, car vous ne pouvez point communier pour personne sans congé. Cela ne s'entend pas qu'estant prestes de recevoir Nostre Seigneur, s'il vous vient en memoire la necessité de quelqu'un de vos proches ou bien les necessités communes du peuple, vous ne puissiez les recommander à Dieu, en le suppliant d'en avoir compassion (4), Mais si vous voulez communier particulierement pour quelque chose, il faut demander congé, si ce n'est pour vos propres necessités, comme pour obtenir force contre quelque tentation, ou bien pour demander quelque vertu à Nostre Seigneur. Qu'il soit beni.
(z) Vous ne pouvez — donc pas promettre à personne de dire tant de Pater pour eux : si l'on vous prie de le faire, il faut respondre que vous demanderez congé ; mais si l'on se recommande simplement à vos prieres, vous pouvez respondre que vous le ferez de bon cceur
(a) vous ne puissiez les — representer à Dieu, le suppliant d'en avoir compassion. Et tant s'en faut que vous fassiez mal en le faisant, qu'au contraire vostre oraison en sera plus agreable à Dieu, plus elle sera generale.